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Tome 1, Chapitre 29 Tome 1, Chapitre 29

Tampa, mercredi 19 mai

Assis à son bureau, carnet sous les yeux, Gary faisait ses comptes. Un bout de langue dépassait d’entre ses dents, preuve qu’il était concentré. Dehors, la nuit s’installait peu à peu.

« Ploc ploc plic plic ploc » faisaient les gouttes en s’écrasant sur le velux.

Il avait plu toute la journée. Le seul jour de la semaine qu’il pouvait consacrer à ses tournées… C’était quand même pas de bol. Le bas de son pantalon de costume, tout humide de pluie, collait encore à ses mollets. Sa peau moite le dégoûtait. Mais la douche devrait attendre encore un peu.

« Voyons… Deux kits de changement de sexe post-mortem, énonçait-il à voix haute, un kit de réincarnation en chat – il marche du tonnerre, celui-là ! Et un autre dans une famille riche. En tout, ça nous fait quatre lots de bougies… deux bagues de pacotille… un médaillon… quatre paquets de tisane… un livre sur la psychologie du chat… et un autre sur les bonnes manières en société. »

Pour un même produit, les sommes différaient d’un client à l’autre – il adaptait les prix au faciès, à l’âge de la personne, à son quartier et à l’allure de son domicile.

Pas fameux, aujourd’hui. Sur une cinquantaine de portes, on a fait mieux… La faute à ce temps de chiotte ?

Même s’il avait connu des mercredis plus fructueux, il parvenait peu à peu à réduire les dettes de son père. Chaque semaine depuis deux mois, il virait le triple de la somme habituelle à sa mère. Elle gardait pour elle ce dont elle avait besoin et redistribuait le reste aux différents créanciers. Elle le contactait ensuite pour le tenir au courant des montants remboursés.

À ce rythme, il en aurait encore pour quoi ? Un ou deux ans à tirer ? Rien d’impossible. Il faudrait juste s’accrocher, optimiser son commerce. Et s’asseoir sur ses congés… Investir dans un meilleur parapluie, aussi. Le sien l’avait lâché cet après-midi.

Allez mum, on va s’en sortir… Ce sera juste un peu long. Promis, j’te le paierai un jour, ce voyage en Europe. Un jour, tu s’ras fier de ton fils.

Le bruit de la sonnette le tira de ses réflexions. Bizarre. Il était un peu tard pour le facteur. Un livreur tardif, peut-être ? Il sortit de son studio, descendit avec précaution les marches encore mouillées menant au rez-de-chaussée. Puis il colla son œil droit au judas et reconnut…

« Joel… J’aurais dû m’en douter, dit-il à travers la porte. Tu sais qu’j’t’ouvrirai pas, mec ? T’as pas encore compris que t’étais pas l’bienvenu, ici ? Faut qu’j’appelle les flics pour qu’ça rentre dans ta p’tite tête de junky ?

— Eh cap’tain ! Ouvre, j’veux juste parler, j’te l’jure !

— C’est ça, ouais ! Tu m’prends pour ta mère ou quoi ? Fous moi l’camp d’ici. Tout de suite !

— Tu comprends pas… J’suis venu payer ma dette ! J’ai une info qui pourrait t’intéresser. Mais genre vraiment t’intéresser. »

Gary fronça les sourcils sans répondre. Il ne s’attendait pas à ça. Une partie de lui, intriguée, voulait lui laisser une chance. L’autre lui hurlait de ne pas lui faire confiance, de l’ignorer et de remonter finir ses comptes.

« C’est au sujet de ton petit commerce. »

Silence. Gary se pinça les lèvres, indécis. Dans sa poitrine, la curiosité enflait.

« Eh bien quoi, mon commerce ? »

Les mots étaient sortis tout seuls.

« Ouvre et je t’expliquerai.

— Ahaha ! Bien essayé, Joel. Mais te fatigue pas… Cette porte, elle restera fermée.

— Cap’tain ! J’te promets. J’te jure sur ma vie qu’c’est pas des conneries ! »

Silence.

« J’le jure sur Anita. Voilà, t’es content ? C’est vraiment pour toi qu’je viens ce soir. »

Anita, sa petite amie de l’époque... Ou plutôt, l’amour de sa vie, à ce qu’il leur racontait – c’en était écœurant. Sirupeux et poisseux à souhait. La clef tourna dans la serrure. Joel actionna aussitôt la poignée comme s’il avait gardé sa main dessus tout du long. Gary le jaugea d’un œil méfiant, sans s’écarter du seuil.

« J’peux monter ? demanda Joel d’une voix timide.

— Tu t’fous de moi ? Tu vas pas faire ta sainte ni touche, maintenant, si ? »

L’autre attendit néanmoins son feu vert.

« Vas-y… Monte. »

Son visiteur s’exécuta, sans se faire prier davantage.

« Eh ! Et pas longtemps, hein ? Je bosse moi, demain !

— Moi aussi, figure-toi !

— Ah ! Laisse-moi rire. Tu viendrais pas ici, si t’avais un job.

— Qu’est-ce t’en sais ? Je gagne ma croute, maintenant. »

Gary n’avait aucune envie de lui demander des précisions. Joel n’attendait que ça, il le savait. Il le voyait à ses petits regards en coin et refusait de lui accorder ce plaisir. En puis surtout, moins il s’impliquait dans sa vie, plus il s’évitait d’emmerdes. Elles lui collaient à la peau, les emmerdes. Un peu comme Anita, autrefois.

« Bon alors, c’est quoi c’t’histoire ? Accouche, qu’en en finisse.

— Laisse-moi d’abord te demander, dit Joel en s’asseyant sur son lit. Ça marche bien ton commerce ou quoi ?

— En quoi ça te regarde ?

— Allez, réponds… C’est pas une question piège. »

Gary, debout le dos bien droit, croisa les bras et le toisa de son mètre 90. Joel soupira.

« Très bien, me dis rien ! Ça me blesse un peu… mais j’comprends. Et j’respecte.

— J’attends. »

Joel ouvrit la bouche pour répondre. Se ravisa. Puis il pointa son index vers le ciel comme s’il venait de se rappeler quelque chose. Enfin, il souleva ses fesses du matelas et fouilla dans la poche arrière de pantalon. Il en sortit un prospectus qu’il lui tendit.

« C’est quoi c’torchon ? Si tu voulais m’faire un cadeau, t’aurais pu éviter de t’asseoir dessus…

— Ils viennent juste d’ouvrir. C’est une compagnie qui fait la même chose que toi… en mieux ! Crois-moi, tes tisanes et autres trucs de grand-mère, c’est d’la gnognote à côté. Eux, ils vendent du sérieux, mon pote. Et en toute légalité ! Des assurances : voilà ce qu’ils proposent.

— Des assurances… ?

— Ouais. Et des stages, aussi. De réincarnation. Tu vois l’idée ?

— Euh…

— J’suis à l’essai chez eux depuis quelques semaines. Ils cherchent encore du monde pour présenter leurs produits à domicile. J’me suis dit : cool ! Voilà qui va intéresser le cap’tain à coup sûr. »

Gary examina le flyer d’un air circonspect, puis le lit à voix haute :

« Éthernal. Avant le grand voyage, venez purifier votre âme auprès de nos coachs en réincarnation. Car seules les âmes pures recevront la grâce d’une deuxième chance. Et avec nos assurances trans-vies, plus besoin de vous soucier de vos bagages : Éthernal vous retrouve et s’occupe de tout pour un avenir sans nuage... Joel, c’est quoi ces conneries ?

— C’est pas des conneries ! C’est réel ! Ces gars-là, c’est des vrais. Pas des amateurs. Ils s’appuient sur les recherches de Rhapsody Blue et utilisent des machines super avancées pour calculer ses chances de se réincarner. Et tu sais quoi ? ajouta-t-il d’un ton guilleret. Quand t’es bon, il parait qu’ils paient super bien ! J’sais pas combien tu t’fais avec ta camelote, mais y’a moyen de se faire beaucoup plus avec eux. »

Gary l'observa par en-dessous, la tête toujours penchée sur le papier froissé. Il chercha dans le visage et l’attitude de Joel un signe de nervosité, n’en trouva aucun. En le voyant si détendu, le doute l’envahit. Ses convictions vacillèrent. Le contenu du flyer ressemblait aux salades qu’il servait tous les mercredis à ses clients, dans son costume trop serré. Mais cette histoire de machines le perturbait. Pouvait-on vraiment « calculer ses chances » ? Si oui, en fonction de quoi ? Il n’en fallait pas davantage pour réveiller le démon de la peur, au creux de son estomac.

« Pourquoi tu m’donnes ça ?

— J’comprends pas ta question. Ou plutôt, j’t’ai déjà répondu : tu m’as aidé, je t’aide. C’est comme ça que ça marche, non ? Les amis. Après tout, on a partagé les mêmes galères. »

Gary plissa les paupières et bomba le torse. Les mêmes galères… Là, il poussait un peu loin.

« Ou presque. Eh ! C’est pas d’ma faute si moi, j’me suis jamais fait chopper. »

Il avait raison… Personne ne l’avait obligé à jouer au con, là-bas à Miami. Ni Joel, ni les autres. Ils le suivaient, l’écoutaient, mais ne l’avaient jamais poussé à rien. Son sort, il l’avait mérité. Il serait injuste d’en vouloir aux autres d’avoir été le seul à payer.

Il reporta son attention sur le prospectus. Il l’agita un moment entre ses doigts à la manière d’un éventail, puis le posa sur son bureau.

« Ça paie bien, tu dis ? »

Joel se contenta de hocher la tête avec vivacité.

« Merci. »

Ce mot lui fut si pénible à prononcer qu’il dut détourner les yeux comme s’il s’adressait à quelqu’un d’autre. Il s’attendait à ce que Joel exulte et fanfaronne, prenne la grosse tête comme un gosse. Mais non. Il restait là, le cul vissé dans son matelas, un sourire niais plaqué sur son visage d’ange. Ses yeux clairs pétillaient. Ne lui manquait qu’une auréole. Gary croisa les bras et haussa les sourcils. Pourquoi ne bougeait-il pas ?

« Eh bien ? Tu peux rentrer, maintenant ? Tu m’as dit ce que tu voulais, non ? »

La courbe des lèvres de son visiteur s’inversa. Un pli se forma sur son front.

« Alors c’est tout ? Juste un merci et bam, tu me jettes ? Eh ben, si j’avais su… »

Joel se releva, lentement, l’air mécontent.

« Tu v’nais pas éponger tes dettes, avec ton torchon en papier ? C’est pas c’que tu m’a dit ?

— Si si. Mais quand même ! J’avais espéré… Bah, laisse tomber. »

Son invité ouvrit la porte du studio et resta planté là.

« Bonne nuit, Joel, au revoir, insista Gary en détachant chaque syllabe. Bye bye ! Sayonara. »

Il l’avait remercié une fois et c’était bien suffisant. Qu’il ne compte pas sur lui pour recommencer. Soudain, Joel se retourna et le dévisagea avec un air de chien battu.

« En fait, cap’tain… T’aurais pas juste… Juste, allez, 50 dollars ?

— DEHORS ! SORS DE CHEZ MOI ! »

Joel rabattit sa capuche sur ses yeux et fila dans l’escalier. Gary le surveillait depuis l’étage, attendant qu’il sorte pour aller verrouiller en bas.

J’en étais sûr. Quelle sangsue, j’te jure… !

À cet instant, l’image de sa mère, plus jeune, lui revint en tête. Celle qui l’attendait au petit matin pour le cueillir après ses sorties nocturnes. Qui l’engueulait quand il avait merdé – c’est-à-dire, souvent. Qui s’excusait ou payait les pots cassés pour ses conneries. Qui prenait les coups à sa place, quand son père vivait encore à la maison. Qui jonglait, une fois son père disparu, avec deux ou trois jobs pour les faire vivre tous les deux.

Et si Joel se trouvait dans une situation similaire au lui d’autrefois ? Un gamin trop vite grandi, que personne n’avait soutenu ou pris la peine de fixer. À qui personne n’avait accordé de temps ou d’attention. Et qui réclamait aujourd’hui le droit de vivre, en grapillant à gauche à droite, faute de mieux.

Sa mère… C’était sans doute grâce à elle que Gary vivait bien aujourd’hui, et pas Joel. Malgré ça, il venait de le foutre à la porte une fois de plus, alors que lui-même ne valait pas beaucoup mieux. Il se dégoutait.

Les kits de son nouveau business reposaient, bien au chaud dans son sac de sport, à quelques centimètres de ses pieds. En posant ses yeux dessus, Gary esquissa une grimace. Rageur, il balança un coup de pied dedans. Pourquoi la vie était-elle ainsi ? Il ne cherchait qu’à devenir un homme respectable. Mais là ce soir, il se sentait juste misérable. Ne pouvait-on sortir de la merde, s’enrichir et s’élever qu’au détriment des autres ?

« Tu racontes des conneries à des gens crédules, tu leur mens sur la marchandise… Et ça ne ferait pas de toi un escroc ? » lui avait dit Joel. Il n’avait peut-être pas totalement tort, cet imbécile. En même temps, Gary avait l’impression de combler un besoin avec ses produits. Un besoin essentiel. Il aimait parfois se représenter comme un marchand d’espoir. Il imaginait ses clients rêver à une vie meilleure en sirotant ses tisanes d’épices, se calmer les nerfs en allumant ses bougies. Quel mal y avait-il à ça ? En quoi était-ce différent d’un coach en relaxation ? Ou en sophro… Sophronomie… Sophrobidule. Cette discipline « hyper tendance » dont parlait l’un des magazines dont il s'était inspiré, et qui permettait de réduire l’anxiété. Est-ce qu’on les traitait d’escrocs, eux ? Non.

Du pied, il poussa le sac ventru contre le mur afin qu’il ne gêne pas ses mouvements. Puis il retourna à son bureau pour finir ses comptes. Il ne savait plus où il en était et peinait à se concentrer. Le prospectus, jeté négligemment sur la table, attira son attention. Éthernal…

Curieux, il tapa le nom de la compagnie sur son téléphone. Il trouva leur site officiel et parcourut quelques pages. Joel avait raison… Ils avaient l’air sérieux. Ce qui voulait dire qu'avec eux, il aurait un vrai contrat et aucun risque de se faire chopper sans licence. Il reprit son stylo, arracha une page vierge à son carnet et griffonna quelques notes.

✲°˖✧*✧˖°✲

Cinq jours plus tard – un lundi – Gary sortit du Coco Loco une fois son service terminé. Comme il n’était que 16:00, il avait l’impression de faire l’école buissonnière.

« Et merci encore hein, Patronne.

— File-donc à ton rendez-vous, gloussa la colombienne en faisant mine de le chasser. Les femmes n’aiment pas attendre, tu sais.

— Puisque j’vous dis qu’c’est pas ça !

— À d’autres, à d’autres. Moi je sais que c’est une demoiselle. C’est bien pour ça que je te laisse partir. Tu me raconteras, hein ? Coquinou.

—Tsss… On peut vraiment rien vous cacher à vous, patronne.

— Hasta mañana[1] ! »

Il lui souffla un bisou volant avant de s’élancer vers le bus – celui-ci venait d’apparaître à l’autre bout de la rue. Ses longues jambes avaient parfois du bon : il réussit à monter et s’écroula dans un siège en s’épongeant le front. C’est malin, il transpirait maintenant. Au moins, il n’arriverait pas en retard.

Le bus le déposa non loin de sa destination : un bâtiment à deux étages, dont le toit formait un V inversé à la manière d’un clocher d’église. La peinture extérieure, d’un bleu azur, semblait encore fraîche. Gary souffla un coup et s’approcha.

À travers la baie vitrée de la réception, il distingua trois rangées de fauteuils dont beaucoup étaient occupés. Des rivaux, sans doute ? Derrière un long bureau d’angle, une femme en tailleur – du même bleu que les murs – gérait l’accueil. Avec son chignon et son foulard noué autour du cou, elle lui évoquait une hôtesse de l’air. Les deux grandes affiches placardées derrière elle renforçaient cette impression : celle de gauche montrait un papi équipé d’une valise, en train de monter dans un petit avion privatif. Celle de droite représentait la même passerelle, sauf qu’un enfant souriant avait remplacé le grand-père. Dans sa main, le gamin traînait la même malle, devenue bien trop lourde pour lui. Ces deux images rappelèrent à Gary le contenu du prospectus de Joel. « Plus besoin de vous soucier de vos bagages : Éthernal vous retrouve et s’occupe de tout pour un avenir sans nuage ».

Il passa une main à l’arrière de son crâne pour vérifier que son bun ne s’était pas trop déplacé pendant sa course. Puis il se posta à l’entrée. Les portes vitrées, parfaitement translucides, s’ouvrirent devant lui. L’hôtesse leva les yeux et lui sourit.

On dirait un ange…

« Bonjour ! l’accueillit-elle d’une voix chantante. Vous êtes candidat ?

— Bonjour ! répondit Gary, sur le même ton musical. Euh oui, en effet. Gary Morgan. »

La jeune femme vérifia sur sa liste.

« Gary Morgan… ! Oui, en effet. Asseyez-vous, je vous en prie. À votre tour, quelqu’un va vous appeler. En attendant, n’hésitez pas à parcourir nos brochures. »

De la main, elle indiqua un présentoir rempli de prospectus colorés. Gary fit oui de la tête, piocha au hasard dans la pile et prit place sur un des fauteuils.

Tiens, c’est marrant. On se croirait vraiment dans un avion. Avec un peu plus de place pour les jambes…

Gary compta six autres candidats. Deux femmes, quatre hommes. La plupart, assez jeunes et bien portants. Ils présentaient bien, tous. Ce qui n’avait rien d’étonnant : l’offre d’emploi postée sur le site d’Éthernal mentionnait l’importance d’une apparence soignée.

Très bien, qu’avons-nous là…

Gary examina les différentes plaquettes. « Qu’est-ce qu’une âme purifiée ? » titrait l’une d’entre elles. « Comment éviter une réincarnation animale ? » questionnait une autre. « L’influence de nos erreurs passées », lisait-on sur la troisième. Il les parcourut une à une, pour tuer le temps.

Lorsque son nom retentit enfin, il se leva pour rejoindre un homme en costume bleu et pantalon blanc – un vrai petit Schtroumpf, en chair et en os. Ils traversèrent une envolée de couloir, avant de s’arrêter dans une petite pièce lumineuse. On lui fit signe de s’asseoir dans le fauteuil en cuir, en face du bureau.

Comme chez le psy.

Ici encore, quelques affiches de nature plus ou moins ésotérique tapissaient les murs, la plupart sur le thème du voyage. Après un rapide examen de la pièce, il s’assit à la place indiquée. Le cuir moelleux, en dessous de lui, s’avéra ultimement confortable. Il s’y enfonça avec plaisir et tâcha de se détendre. Le recruteur s’installa en face, derrière un bureau muni d’un ordinateur – s’agissait-il d’une de leurs fameuses machines ?

« Monsieur Morgan, bienvenue ! Et merci d’avoir répondu à notre annonce.

— Merci à vous.

— Je vais d’abord vous demander de vous présenter. En cinq minutes, pas plus… Et puis nous parlerons de la compagnie, Éthernal, et des raisons pour lesquelles vous souhaitez nous rejoindre. »

Gary s’exécuta, avec nervosité. Il détestait parler de lui. Avec son parcours chaotique, il devait toujours s’ingénier à éviter – ou adoucir – les sujets qui fâchent. À savoir, sa jeunesse turbulente et son incarcération de 4 ans. Quant au reste… une expérience en tant que serveur n’impressionnait personne. Heureusement pour lui, il avait toujours excellé en baratin.

Quand ils en vinrent à parler de la boîte, il récita les bribes qu’il venait de lire dans les fascicules. Il remercia sa mémoire photographique, qui lui avait déjà sauvé la mise plusieurs fois. Enfin, il énonça ses motivations :

« J’aimerais rejoindre Éthernal car… j’aime l’idée de vendre de l’espoir. Si j’peux aider les gens à obtenir une meilleure situation dans leur prochaine vie, alors je s’rai fier de moi et de mon travail. »

Contre toute attente, le recruteur sembla apprécier ses arguments et y rajouta son grain de sel :

« Sachez aussi qu’en travaillant pour Éthernal, vous bénéficiez d’une réduction sur tous les stages et assurances, ainsi que d’une consultation gratuite avec un coach. Pensez, enfin, qu’en aidant les autres à purifier leur âme, vous polissez aussi la vôtre ! C’est du gagnant-gagnant. »

Gary hocha la tête, mal à l’aise. Il n’avait aucun problème à raconter des bobards aux clients, mais qu’on lui parle avec tant de sérieux de ces histoires d’âme et de purification… En fait, ça lui filait les jetons.

« Et puis la paie, indexée sur vos ventes, est plutôt généreuse ! »

Voilà un bien meilleur argument.

Le Shtroumpf recruteur fouilla dans un tiroir et en tira un stylo. En plastique, à encre noire : tout ce qu’il y avait de plus ordinaire. Il le posa bien en évidence devant lui et tendit ses deux mains dans sa direction.

« Maintenant… Vendez-moi ce stylo. »

Gary comprit rapidement ce qu’on attendait de lui. Ses lèvres s’étirèrent en un sourire. L’heure du vrai baratin était venue.

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Notes de bas de page :

1. "À demain !" en espagnol.


Texte publié par Natsu, 14 juin 2021 à 06h36
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