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Tome 1, Chapitre 28 Tome 1, Chapitre 28

Tampa, samedi 8 mai 2032

Réunie autour de la table, la famille Muñoz s’apprêtait à dîner. Dans l’air flottait un fumet délicieux : celui du pastel de carne que Sofía venait de cuisiner. Tandis que sa mère en découpait des tranches, Angélica servait tout le monde en salade. Les deux petites, les yeux rivés sur la TV, s’abreuvaient de publicités hispaniques en tendant distraitement leurs assiettes.

« Vous adorez le curry… mais craignez de manger votre grand-mère réincarnée au dîner ? Une solution : Vegicurry, vegicurry, vegicurryyy ! Un délicieux curry végétarien, garanti bio et sans gluten. Parce qu’on n’est jamais vraiment sûr de la vache sur qui on tombe… ! »

« Salomé, ça ne peut pas marcher si tu tiens ton assiette penchée comme ça.

— Mmh. Pardon.

— Mamàààà ?

— Oui, querida ?

— C’est vrai qu’on peut se réincarner en vaaaache ?

— Bien sûr, que c’est vrai, répondit Salomé à sa sœur. Puisqu’ils le disent à la TV… T’as oublié Loli ? »

Angélica grimaça. Les grandes marques de l’alimentaire n’avaient pas perdu de temps pour adapter leurs slogans. Loli, la vache… Depuis que cette équipe de scientifiques allemands les avait devancés en dénichant le premier cas de codes jumeaux humain-animal, le monde s’en trouvait sens dessus dessous. On entendait de tout et de n’importe quoi. Pour sa part, elle restait dubitative. Tant que sa propre équipe n’aurait pas confirmé leurs résultats par une trouvaille du même genre, elle préférait l’ignorer. Pour sa propre santé mentale. Et d’ailleurs, elle coupa le son.

« Ce n’est pas parce que la télé le dit que c’est vrai », affirma Sofía.

Pour une fois, Angélica était d’accord avec elle. Sa mère avait fini par s’habituer à l’idée de la réincarnation, mais ne semblait pas prête à croire à la version animale. Pas plus qu’Angélica. Toutes deux se complaisaient dans le déni. Le pire, c’est qu’elle s’en rendait compte. Elle réalisait que son esprit freinait de toutes ses petites pattes face à cette effrayante possibilité. Qu’il s’inventait plein de justifications qui la menaient à en douter.

Si seulement ils pouvaient tout annuler, revenir en arrière. Empêcher Rhapsody Blue de développer ces maudits casques RB pour animaux. Les supplier de ne pas les commercialiser – tout ça pour rentabiliser les coûts de développement... L’argent, toujours l’argent, et leur précieuse réputation ! Pour sa part, elle n’avait jamais souhaité ni désiré explorer la piste animale. Elle avait même prié pour que ces recherches n’aboutissent jamais. Prié ! Elle, Angélica Muñoz, la veuve désillusionnée ! Preuve supplémentaire que les Dieux n’existaient pas : personne ne l’avait entendue, ni exhaussée.

« Tu imagines vraiment mamie Sofía dans son pré à brouter de l’herbe ? » poursuivit sa mère, déterminée à détendre l’atmosphère.

Catalina se mit à rire en voyant sa grand-mère imiter l’animal en question. Angélica sourit malgré elle. Salomé se pinça les lèvres et rougit.

« La maîtresse, elle en a aussi parlé, de Loli », murmura-t-elle en ramenant son assiette à soi.

Angélica choisit d’ignorer sa remarque – et maudit la maîtresse de Salomé au passage. Ils auraient pu attendre que les choses se précisent, avant de parler de « Loli la vache » à l’école. La nouvelle ne datait que de quelques jours !

« Donne-moi ton assiette, Caty chérie. »

La petite s’exécuta, les yeux dans le vague, comme plongée dans une intense réflexion.

« Et papa, lâcha-t-elle soudain, vous croyez qu’il s’est récarné en animal ? »

Angélica se figea. Sa main se crispa sur la pince à salade en silicone. Sans le savoir, Catalina venait de braquer les projecteurs sur la question qu’elle s’efforçait – en vain – de planquer dans les recoins les plus sombres et poussiéreux de son esprit.

« On dit réincarner, lui dit Sofía. Pas récarner. »

Cette remarque permit à Angélica de sortir de son état de stupeur et de reprendre son action en cours : servir Catalina en salade.

« Réincarner, répéta la cadette. Je sais pas…Peut-être il est devenu une girafe, parce qu’il était grand ? Ou… un lama, parce qu’il avait plein de cheveux ! Ce serait drôle, hein, mamà ? »

Comment réagir à ça… Se fâcher ? Non. Catalina était juste curieuse, personne ne pouvait le lui reprocher. Nier ? Rentrer dans son jeu ? Prendre le sujet à la légère ?

« Drôle, tu es sûre ? dit-elle en s’asseyant. Il vivrait moins longtemps. Et puis la vie d’une girafe ou d’un lama, ça n’a pas l’air très marrant.

Catalina enfourna un bon morceau de pain à la viande en réfléchissant à la remarque.

« Saly, donne-moi ton assiette, s’il te plait », demanda Sofía.

La grande plaça ses mains en croix devant elle.

« Non.

— Non ? Comment ça, non ? Tu n’aimes plus les pasteles de carne de mamie Sofía ?

— J’en veux pas, c’est tout. Je n’ai pas très faim. »

Angélica, qui avait aussi commencé à manger, observa la scène en fronçant les sourcils. Dans ces moments-là, elle préférait laisser sa mère gérer Salomé : moins de cris, moins de rébellion. Il n’en avait pas toujours été ainsi, mais depuis 2 ou 3 ans, leur relation avait changé. Depuis la disparition de Gabriel, en fait. Comme si Salomé lui en voulait, à elle, pour une raison qu’elle ignorait.

« Allez, sois gentille… Un tout petit bout pour faire plaisir à mamie qui a passé une heure en cuisine ? »

Un pli se forma sur le front de Salomé. Sa bouche trembla un peu.

« Je… J’ai pas envie.

— Qu’est-ce qui se passe, cariño ? Tu es malade ?

— Non… mais je ne veux plus manger de viande. Ça me dégoûte. »

Ok, j’ai compris…

« Cling ! »

Angélica reposa ses couverts sur son assiette et soupira. Entre la TV, l’école et les propos de sa sœur, comment Salomé pouvait-elle rester indifférente ? Sofía s’apprêtait à insister. Angélica décida de s’en mêler : elle leva une main, en signe de paix.

« Ça va, mamà. Laisse-tomber.

— Mais…

— C’est pas si grave.

— Je sens que je vais vomir si vous me forcez, renchérit Salomé.

— Très bien. N’en mange pas, alors. »

Honteuse, Salomé baissa les yeux sur sa portion de salade, les mains sur ses genoux. Angélica l’observa d’un air désolé. Une petite voix, dans sa tête, lui murmurait que son aînée se montrait peut-être plus raisonnable qu’elle-même. Plus courageuse, aussi. Et plus sage.

Elle baissa les yeux sur sa propre assiette, où une généreuse portion de pain à la viande n’attendait que sa fourchette. Angélica toisa un instant ses valons de fromage grillé. Sa croute de pommes de terre encore fumante. Et son porc haché aux petits oignons. Son porc haché… Son humain haché ?

La nausée s’invita à la fête ; le dégoût de sa fille devenait contagieux. Mais comment refuser de manger sans vexer sa propre mère ? Elle devait montrer l’exemple… Ou du moins respecter le travail de la cuisinière.

Allez, sois raisonnable. Et même si c’était vrai… Même s’il avait été humain un jour : l’animal est déjà mort. Au moins, si tu le manges, il n’aura pas été tué en vain. Et puis, tu en as tellement consommé, déjà, de la viande ! Un peu plus ou un peu moins, quelle différence si tu arrêtes aujourd’hui ? Demain, peut-être. Demain, on verra.

Angélica ferma la porte à ses pensées parasites – celles qui lui hurlaient de cesser de se mentir et de se justifier – et prit une bouchée qu’elle mâcha sans grand plaisir. Elle adorait cette recette, pourtant. Avant…

C’est super bon, en plus… Ça m’énerve.

« Ben si c’est comme ça, j’en veux pas non plus, réagit Catalina, peu après la scène de sa sœur. J’ai pas envie de manger papa, moi…

— Mais qu’est-ce que c’est que ces histoires ? protesta Sofía. Ça ne vous a jamais posé problème, avant. Allez Caty, mange. Papa n’est pas dans ton assiette… Ni dans le ciel en train de voler. Ni dans la jungle. Ni au zoo.

— Tu es vraiment sûre ?

— Oui. Mange, maintenant.

— Mmh. »

Angélica, cette fois, trouva sa mère un peu dure. C’est avec un pincement au cœur qu’elle vit sa cadette mâchouiller son pain à la viande avec force grimaces, puis avaler à grand bruit. Il faudrait qu’elles en parlent, avec Sofía. Qu’elles accordent leurs violons sur le sujet, pour ramener la paix à la maison.

« Aaaah, ça a déjà commencé ! » paniqua Catalina, en pointant la TV du doigt

L’attention de toute la tablée se reporta sur l’écran ; les publicités avaient laissé place au générique de leur émission favorite : « Histoires Incroyables ». Diffusée tous les samedi soir sur une chaîne hispanique, elle possédait la capacité de les réconcilier toutes les quatre, quelles que soient les querelles du moment, pendant les 90 minutes de diffusion. Ce soir, elle débarquait à point nommé.

De quoi traitait l’épisode de la semaine dernière, déjà ? Ah oui : d'un homme de 40 ans qui avait gagné trois fois au loto au cours de sa vie – des sommes suffisamment importantes pour qu’un journaliste s’y intéresse. Sur quoi porterait celui d’aujourd’hui ? Pour l’instant, on ne voyait qu’une femme âgée dans un salon envahi de plantes en pots. Dans ses bras, elle tenait un spécimen couvert de petites baies rouges aux allures de lanternes chinoises. Elle expliquait quelque chose, mais on n’entendait rien. Angélica rétablit le son… et regretta presque aussitôt.

« Oui, tout à fait, expliquait la dame, en espagnol. C’est bien un physalis.

— Vous saviez qu’on appelle aussi ces plantes « amour en cage » ?

— Bien sûr ! C’est même pour ça que j’ai choisi cette espèce. Je me dis, parfois, que c’est peut-être un peu égoïste… D’avoir voulu garder mon époux à mes côtés de cette façon, je veux dire. Mais puisqu’il aimait autant les plantes que moi, je me suis dit, pourquoi pas.

— Et pourtant, à l’époque du décès de votre mari, on ne parlait pas encore de réincarnation. Comment vous est venue cette idée ? »

À l’évocation de la réincarnation, Angélica faillit changer de chaîne. Elle jeta un œil à sa famille et en les voyant toutes aussi absorbées, elle n’en eu pas le cœur. Elle prit donc le parti de céder, elle aussi, à la curiosité et se concentra sur l’émission. À l’écran, la vieille dame haussait les épaules.

« Certains plantent un arbre au-dessus des tombes de leurs proches. N’est-ce pas ? C’est ce que j’ai fait avec mes animaux de compagnie, enterrés dans le jardin. J’aurais aimé faire de même avec mon mari. Mais comme il souhaitait être incinéré, j’ai dû trouver une autre solution. J’ai donc mélangé ses cendres dans un pot de terre et j’y ai planté une graine… Elle a germé et depuis, je la garde près de moi !

— Est-ce que les découvertes de Rhapsody Blue ont changé votre perception des choses ?

— Oui et non. Cette plante a toujours signifié beaucoup pour moi. Je sentais depuis le début la présence de mon mari dans ses racines, dans sa tige, dans ses fruits aussi… J’ai toujours eu l’impression qu’elle me parlait. Bien sûr, je lui parle aussi. Tous les jours ! Et quand j’ai eu connaissance de cette étude sur la réincarnation, je me suis dit : c’est ça. Ce physalis magnifique, il abrite l’âme de mon Gorge ! Il s’est réincarné dans cette petite graine, il vit dans sa sève… Respire par ses feuilles… Et il veille sur moi. Mais vous savez, je crois que quelque part, je l’ai toujours su.

— C’est incroyable, votre histoire ! »

La dame se mit à rire en caressant sa plante.

« Ça n’a rien de sorcier. Vous pourriez faire la même chose. Honnêtement, je ne pense pas que… »

« Clinginging ! » fit la fourchette de Salomé, lorsqu’elle lui échappa des mains.

Un bout de tomate cerise vola sur la table, tâchant la jolie nappe blanche. La presque-adolescente affichait un visage choqué. Angélica lui jeta un regard inquiet.

Et voilà… Estupida ! J’aurais dû éteindre… Je le savais !

« Ça va, querida ? »

Pas de réponse. Ce fut sa sœur qui réagit la première en remettant les pieds dans le plat, avec élan et sans parachute :

« Dis, mamàààà… C’est vrai qu’on peut se réincarner en plaaaante ?

— Ok, c'est bien ce que je craignais... Tu ne veux plus manger de salade non plus, c’est bien ça, Salomé ? Allez, ça suffit. Hop ! Fini la TV pour ce soir. »

✲°˖✧*✧˖°✲

Angélica tournait et se retournait dans son lit. La conversation de ce soir, au dîner, la préoccupait. Elle s’inquiétait pour ses filles. Une pensée en amenant une autre, elle se mit à craindre que Salomé ne se laisse mourir de faim. Elle comprenait que toutes ces informations puissent les traumatiser – elle-même n’en menait pas large. Et sa mère non plus :

« Dis, Angel. Tu y crois, toi, à la réincarnation en plante ? lui avait-elle demandé, une fois les filles couchées.

— J’en sais rien. Mais je ne pense pas. Je ne l’espère pas, non plus. Mais qui sait ? »

Au moins, ce soir, Angélica avait compris qu’elle ne gagnerait rien à nier les dernières découvertes. Au contraire… Elle risquait seulement de perdre un peu plus le respect de son aînée. Elle devait rester à la fois ouverte et lucide. Pour son propre bien et celui de sa famille. Et puis le train était en marche, à quoi bon essayer de l’arrêter ?

Maintenant que les barrières de son esprit venaient de sauter, le découragement l’envahit. Sous ses draps, ses jambes se mirent à trembler. Elle saisit un oreiller qu’elle pressa contre elle.

Tous ses efforts servaient-ils vraiment à quelque chose ? Menaient-ils quelque part ? Voilà des semaines qu’elle s’échinait à convaincre les populations des pays membres de faire enregistrer leurs plus jeunes enfants. Interviews, conférences de presse, campagnes d’information diverses… Et chaque soir, lorsqu’elle rejoignait l’abri de sa chambre, elle ne pouvait s’empêcher de se rendre sur la plateforme de volontaires pour y entrer le nom de Gabriel. Qui sait… Peut-être que cette fois, le site trouverait une correspondance ? Un enfant, nouvellement enregistré, qui possédait le même code ? Elle y croyait. Elle s’accrochait à cette idée pour donner le meilleur d’elle-même, chaque jour.

Elle avait même embarqué Keitaro dans sa lubie. Ce soir-là, quand il l’avait enlacé, dans le couloir de la résidence… Elle avait senti une connexion. Peut-être même une forme d’affection – de sa part – dont elle essayait de tirer parti, non sans honte. À coups de flatteries, de gestes et de petites attentions, elle était parvenue à le mettre dans sa poche. Il était devenu son lien privilégié avec la hiérarchie : Denzel lui faisait confiance. Il l’écoutait, respectait ses idées et accédait le plus souvent aux requêtes et suggestions de l’ingénieur japonais. Murmurer à l’oreille de Keitaro lui permettait d’atteindre celles de Denzel, de façon positive et convaincante – alors qu’il avait toujours ignoré ses propositions à elle.

Mais tout ceci avait-il encore un sens ?

Si l’on considérait, aujourd’hui, qu’un homme pouvait aussi renaître en animal, ou même en plante… à combien s’élevait la probabilité qu’elle retrouve Gabriel un jour ? Ce chiffre lui semblait déjà faible avant que Loli s’en mêle. Faible, mais pas inexistant. Ce soir, il lui semblait si infime qu’elle hésitait à baisser les bras. Tout simplement.

✲°˖✧*✧˖°✲

Son réveil indiquait 9h30 lorsqu’Angélica ouvrit les yeux le lendemain matin. Malgré l’heure tardive, son sommeil agité lui laissait l’impression d’être encore plus fatiguée que la veille au soir. Plus fatiguée, mais aussi plus positive. Elle ne voyait plus tout en noir et avait même retrouvé un peu d’espoir.

Elle écarta les rideaux et grimaça lorsqu’un soleil éclatant envahit la chambre. Elle ouvrit la fenêtre pour aérer, enfila des chaussons, une veste et descendit au salon. Son horoscope matinal attendrait. Pourvu que sa mère soit déjà levée, sinon les filles devaient trouver le temps long.

« Bonjour mamà ! » claironna Catalina, la bouche pleine de brioche.

Elle trouva ses deux filles et sa mère assises à la table à manger. Elles attaquaient leur petit déjeuner depuis peu. Angélica les salua et s’approcha en bâillant.

« Y’a plus de lait ? grogna Salomé en soulevant la boite en carton, vide. »

Angélica faillit plaisanter en lui disant que le lait, ça venait aussi des vaches. Et que du coup, elle ne devrait peut-être pas en boire. Elle se retint, pour des raisons évidentes.

« ¡Vaya, qué tonta soy![1] s’exclama Sofía. J’ai oublié d’en racheter. Mmh… Tu veux du jus de fruit à la place ? »

Salomé fronça les sourcils et avança ses lèvres, boudeuse.

« Ça va… Je vais descendre en acheter, proposa Angélica. Laissez-moi juste me coiffer.

— Merci, querida ! lui dit sa mère, rassurée. »

Quelques minutes plus tard, elle dévalait l’escalier de sa résidence, clefs et porte-monnaie en poche. Elle s’arrêta dans le hall le temps de prélever son courrier. L’une des lettres attira son attention : elle ne portait aucune adresse, ni d’expéditeur, ni de destinataire. Seul son nom y figurait : « Angélica Muñoz ».

Tiens ?

L’écriture, légère et tremblante, lui rappelait celle de sa grand-mère. À l’intérieur, un petit renflement. Cadeau laissé par un voisin ? Par le concierge ? Un objet qu’elle aurait laissé tomber et qu’on lui retournerait ? Intriguée, elle déchira le haut de l’enveloppe et la renversa.

Lorsque la petite chose noire atterrit dans le creux de sa main, Angélica bondit en criant de surprise. Une blatte ! Une vilaine blatte toute noire et luisante, qui dansa un instant dans les airs avant de heurter le sol d’un bruit mat. Horrifiée, elle s’écarta vivement de la zone, le cœur battant à tout rompre… pour s’apercevoir que l’insecte était déjà mort. Il gisait sur le dos, complètement sec. Elle soupira, honteuse de sa réaction et à moitié-soulagée. À moitié seulement, car elle venait quand même de recevoir, d’un inconnu, une lettre piégée. Ok, ce n’était pas de la poudre toxique, ni une bombe miniature… mais tout de même !

C’est alors qu’elle remarqua le papier tombé à terre, un peu plus loin. Il avait dû glisser de l’enveloppe en même temps que l’horreur sur pattes. Elle se pencha pour le ramasser, du bout des doigts. Dessus, trois mots rédigés, en anglais et au stylo bille, de la même écriture vacillante : « stop corrupting minds »[2].

La voilà. La peur… Elle commençait sur ce bout de papier, se reflétait dans le blanc de ses yeux, s’infiltrait peu à peu dans son esprit, affolait son cœur. De qui provenait ce mot ? D’un voisin, vraiment ? Peu probable. Fallait-il y voir une menace ? Contre elle ? Son équipe ? Ses collègues en avaient-ils reçues aussi ? Elle devait s’en assurer… La sienne contenait une blatte, les autres avaient peut-être eu moins de « chance ».

Tant pis pour le lait. Il y avait plus grave et plus urgent.

Angélica emprunta l’ascenseur jusqu’au 2e, l’étage où résidait Keitaro. Elle frappa chez lui et patienta. Rien.

« Keitaro ? Vous êtes là ? C’est important ! »

Elle frappa de nouveau et colla son oreille à la porte. Enfin, elle perçut du bruit à l’intérieur et s’écarta.

« Angélica ? Désolé, je ne peux pas vous voir. »

Comment ça, il ne pouvait pas ? Il n’était pas encore habillé ? Il venait de se réveiller ?

« Oooh désolée. Il est peut-être encore tôt. Je peux attendre ici.

— Non, vous ne comprenez pas... »

Non, en effet. Elle ne comprenait pas.

« Keitaro, il y a un problème ?

— Oui…. Je vais devoir rentrer au Japon. Dès que possible. Je ne peux plus rester ici.

— Vous avez reçu une lettre, vous aussi, c’est ça ? Tout va bien ? Vous ne pouvez vraiment pas ouvrir ?

— Une lettre ? De quoi ?

— De menace… »

Angélica glissa le mot sous la porte.

« Qu’est-ce que… », entendit-elle à travers le panneau de bois, qui s’ouvrit enfin.

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Notes de bas de page :

1. "Mince, quelle idiote", en espagnol.

2. "Cessez de corrompre l’opinion", en anglais


Texte publié par Natsu, 7 juin 2021 à 09h24
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