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Tome 1, Chapitre 19 Tome 1, Chapitre 19

Vendredi 2 janvier 2032


    Keitaro avait passé une nuit affreuse. Chaque fois qu’il était parvenu à fermer l’œil, son mal de ventre l’avait tiré du sommeil. Il avait ainsi enchaîné les allers-retours entre les toilettes et sa chambre jusqu’à 6 heures du matin, après quoi il avait pu dormir une petite heure.
    
     Il gisait maintenant sur son matelas, encore plus fatigué que la veille au soir, courbaturé comme s’il avait lutté la nuit entière contre un ennemi invisible. Ses mirettes, toutes collées de sommeil, s’ouvrirent sur la pénombre de sa chambre. Pas le moindre rai de lumière sous ses lourds rideaux. Seuls quelques piaillements d’oiseaux lui indiquèrent que l’aube approchait. Malgré l’épuisement, Keitaro n’avait aucune envie d’essayer de se rendormir. Avec un gémissement, il se redressa en position assise, se frotta le visage avec vigueur, puis se cacha les yeux d’une main en allumant la lumière de l’autre le temps que sa vue s’adapte.
    
     Que lui arrivait-il ? Un virus ? Une indigestion ? Ou peut-être juste le stress… Oui, probablement juste le stress. Il avait déjà expérimenté ce genre de symptômes lors de son burnout ; il connaissait les ravages que pouvaient causer l’angoisse et le surmenage.
    
    Il savait aussi que pour ce genre de maux, aucun médecin ne pourrait l'aider autrement qu'en l'assommant de tranquillisants qui l'empêcheraient de réfléchir. Non merci... De simples antidouleurs suffiraient. Et s'il pouvait éviter de se frotter au système médical d'un pays étranger, il ne s'en porterait que mieux.
    
     Il devait se détendre. Aller prendre l'air... et un café aussi, pourquoi pas. En bonne compagnie. Il aurait bien le temps de se montrer productif plus tard. Ou alors, il pourrait aussi s'écouter et s'accorder la journée entière ? Bonne idée ça, prendre soin de soi ! Au lieu de s'abrutir au travail pour ne plus penser jusqu'à s'en rendre malade, encore une fois. Son burnout aurait dû lui servir de leçon. Au lieu de ça, il recommençait les mêmes erreurs, encore et encore. Il fallait qu’il se calme, quels que soient les tourments de sa vie privée ou les complexités de sa vie professionnelle. Sinon, il deviendrait juste incapable de faire quoique soit. Comme avant.
    
     Allez... Il était temps de sortir du lit et d'aller prendre une douche pour mettre en pratique toutes ces belles résolutions.
    
    
✲°˖✧*✧˖°✲

    Keitaro rejoignit le Coco Loco peu après l'ouverture.
    
    « drililiiing ! »
    
    Comme chaque fois qu'il en franchissait le seuil, le carillon de la porte lui rappelait celui des clochettes à vent qui égaillaient les étés japonais ; un léger sourire se dessina sur ses lèvres gercées. Une fois à l’intérieur, il emplit ses poumons de l'envoûtante odeur de café froid flottant dans l’air et s'approcha du bar. Il s'attendait à voir Malika, mais c'était au tour de Gary de s'occuper du service ce samedi matin. Pas de musique non plus, mais la TV qui déversait un flot d’anglais bien trop rapide pour sa compréhension.
    
    « Hello !
    — Hello, bonne année ! »
    
    Keitaro voulut lui rendre ses vœux, mais sa voix l'abandonna en cours de route façon disque rayé. Sa nuit quasi-blanche avait semé sa part de séquelles… Heureusement, le serveur ne releva pas. En fait, il avait déjà enchaîné en lui proposant un « remontant » de son cru. Keitaro n’avait jamais entendu parler de « café cubain ». Il prit néanmoins le risque d'accepter – d’un hochement de tête cette fois, pour éviter un nouvel accident de corde vocale. Il se hissa sur un tabouret du comptoir, non loin d'un vieil habitué. Puis il bâilla longuement, couvrant sa bouche avec son poing. Au moins, il n’avait plus mal au ventre : le stress, c'est bien ce qu'il pensait.
    
     Une voix le fit tressaillir. Une voix de femme qu’il connaissait... et qui ne se trouvait pas dans la pièce ! Il leva la tête vers l'écran et vit avec horreur se détacher le visage d'Erika Sullivan, sa compagne d'échanges linguistiques. Une Erika sans lunette et avec un micro à la main. Une Erika qui ne s'appelait même pas Erika d’ailleurs, mais Lucia Gomez – à en croire l’encadré affiché en dessous. Mais le pire, c'était son discours. Ou plutôt les mots qu’il parvenait à capter malgré l'absence de ses oreillettes : « Menteurs », « James Palmer » …
    
     Un frisson glacé lui parcourut l'échine. Il craignait le pire... D'une main tremblante, il fouilla sa mallette à la recherche de son précieux traducteur qu'il enfonça dans ses oreilles. Puis il se leva de son tabouret pour s'approcher de la TV. « Attendez ! » dit-il à Gary qui s'apprêtait à enclencher sa machine à faire mousser le lait. Le serveur suspendit son geste.
    
     Keitaro sentit ses jambes se dérober sous lui ; encore une de ces crises, comme il en avait si souvent à Tokyo. Pas maintenant, c’était le pire moment ! Il devait tenir bon et se concentrer sur la traduction. D’une main, il s’agrippa à la table, de l’autre à son oreillette droite. Puis il ne bougea plus. Respirait à peine. Et bientôt, les mots qu'il redoutait le plus claquèrent, en japonais, à ses tympans :
    
    « … il serait question de réincarnation ».
    
    Son cœur sembla stopper sa course. Le reste du reportage se perdit dans le néant. Tandis qu'il réalisait l'ampleur de la catastrophe, Keitaro fut saisi d'une vague de panique telle qu'il en avait rarement connue. Il ne pensait plus qu'à fuir, s'échapper de ce piège qui se refermait sur lui. Un court instant plus tard, l'ingénieur prenait ses jambes à son cou, sa mallette bringuebalant à son côté, en direction son appartement.
    
    
✲°˖✧*✧˖°✲

    
    Tout était fichu. Il s’était bien fait avoir, le benêt... Il avait accordé sa confiance à tort, à une inconnue. Cette prétendue Erika. Il lui avait ouvert sa porte et l’avait laissée seule, non loin de documents sensibles qu’il n’aurait jamais dû imprimer. Et maintenant, le scandale. L'échec de leur mission. La ruine de Rhapsody Blue... Et tout ça par sa faute ! Sa vie était finie. Sa réputation ternie à jamais. Personne ne voudrait plus l'embaucher. Il serait connu comme « celui qui avait coulé la plus grosse organisation du monde ». Quant à Saori, il n’oserait plus jamais la regarder dans les yeux. Et que dire de son fils... Si ses futurs camarades l'apprenaient, se ferait-il harceler à l’école à cause de lui ?
    
     Reproches et scénarii catastrophes défilaient dans sa tête tout au long de sa course, puis du trajet en bus. Ils le poursuivirent jusqu’à chez lui telle une nuée de frelons furieux. Affolé, Keitaro balança ses chaussures dans l'entrée avant de se précipiter vers son bureau. Son ordinateur était toujours là. Par contre, les profils imprimés des 7 nouveaux cas s'étaient envolés, probablement dans les mains d'Erika. Non, de Lucia. Lucia, la journaliste... qui sortait d'où, au juste ?
    
    Il se souvint de son post-it : « I'm really sorry ». Aucun doute, son acte était prémédité depuis le début. Comment avait-il pu se laisser berner à ce point ? Eh mais d'ailleurs... le café ! L'aurait-elle drogué en plus de lui avoir menti ? Elle aurait pu le faire pendant qu'il allait chercher lait et sucre, ce qui lui aurait permis de fouiner à sa guise. Quelle sorcière... Depuis combien de temps préparait-elle ce mauvais coup ?
    
    L'ingénieur se laissa tomber dans sa chaise roulante, la tête entre ses mains, se cachant de la lumière pour se calmer et réfléchir. Comment s'étaient-ils rencontrés déjà ? La première fois, la jeune femme l'avait abordé au café. Son intérêt pour les langues ? Simple prétexte pour se rapprocher de lui. Et comment avait-elle su qu'il travaillait à Rhapsody Blue ? Qu'il possédait des documents sensibles ? Et où il se rendait pendant son temps libre ? L'avait-elle suivi jusqu'au Coco Loco ? Après tout, elle n'était pas encore à l'intérieur lorsqu'il s'était présenté au café, ce jour-là. Elle avait débarqué plus tard... Mais cela ne l'aidait pas à comprendre d'où elle tenait toutes ces informations à son sujet. Quelqu'un, à l'Agence ou ailleurs, l'avait-il trahi ?
    
    Kikuchi-san.
    
    Mais oui ! Une seule personne pouvait le haïr à ce point. Lui seul, dans son entourage, avait recours à ce genre de stratagèmes pour parvenir à ses fins. Son beau-père... Cherchait-il à lui faire payer son refus de signer les papiers de divorce ? Keitaro l'en croyait tout à fait capable, quels que soient les risques pour lui ou son poste de manager à RBJ.
    
    Une seule solution pour en avoir le cœur net... Voyons quelle heure était-il au Japon ? Bientôt 22h30. Avec un peu de chance, Isamu – son jeune ex-collègue – n’était pas encore couché. Keitaro ouvrit son ordinateur portable et se connecta à son logiciel habituel de visioconférence. Le nom de « Sasaki » s’afficha en jaune, indiquant qu’il était absent. L'ingénieur ne se laissa pas intimider et pressa le bouton en forme de caméra ; l’heure était grave, il devait au moins essayer, et même insister.
    
     Le jingle d’appel se prolongea plusieurs dizaines de secondes avant de s'interrompre. Sasaki-kun, réponds ! s’énerva Keitaro en réappuyant une seconde fois. Après un peu d’attente, le silence revint et la photo de son collègue laissa place à un écran noir, puis à l'intérieur d'une pièce faiblement éclairée. Dans un coin, un bout de tissu bleu à carreaux se mouvait : sans doute le bas de pyjama de son collègue.
    
    « Hey Momoyama-san, ça fait longtemps ! Désolé, je sortais du bain… Comment allez-vous ? »
    
     Qu'il était bon d'entendre parler japonais, ainsi que la voix familière de son ex-subordonné... Keitaro aurait donné n'importe quoi pour pouvoir sauter à pieds joints à travers l'écran et le rejoindre, loin de cette catastrophe qu'il avait lui-même déclenchée, à l'abri des retombées qui n'allaient pas tarder à s'abattre sur lui.
    
    « Sasaki-kun, bonsoir. Excuse-moi de t’avoir laissé sans nouvelles si longtemps... et de t’appeler si tard, aussi. En fait, j’ai un problème. Un très gros problème. Et j'espérais pouvoir te demander de l’aide. »
    — Qu'est-ce qui se passe ? Vous m'inquiétez... »
    
    Un visage aux traits fins apparut dans le cadre. Débarrassé de ses lunettes, Isamu semblait encore plus jeune. Ses cheveux étaient humides de l’eau du bain et ses joues rosies.
    
    « Tu n’as entendu parler de rien, au travail ?
    — Rien, c'est à dire ? À propos de quoi ? Enfin, non, rien de spécial, je crois. J'aurais dû ? »
    
     L'information n'avait pas encore dû atteindre le Japon – ou du moins, les oreilles d’Isamu. S’il ne tarderait pas à apprendre la terrible nouvelle, Keitaro se sentait toujours contraint au silence par la chartre de confidentialité de Rhapsody Blue. On lui avait volé ses documents, certes... Mais il refusait de jeter tous ses principes et dévoiler le pot aux roses de son plein gré.
    
    « Je n'ai pas le droit de t'en parler, je suis tenu au secret. Mais en gros, la mission sur laquelle je travaille vient d'être sabotée... Une journaliste nous a volé des documents ultra confidentiels. Et je suis quasiment certain qu'elle n'a pu agir seule.
    — Wow... Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? On dirait un film d'espionnage... »
    
     S’il n’était pas aussi angoissé, la remarque aurait fait sourire Keitaro.
    
    « J'ai peur qu'on n'en soit pas très loin... Et j'aurais besoin de ton aide pour trouver le traître. Je soupçonne quelqu'un à RBJ.
    — Le traitre ! Vous voulez que je joue les espions au boulot ?
    — Exactement. Mais je comprendrais si tu refuses.
    — Mais non, dites-moi tout ! »
    
     Isamu jeta un œil derrière lui, puis se rapprocha de l'écran. Il chuchotait à présent :
    
    « Qui soupçonnez-vous ?
    — Euh... Tu es seul chez toi ?
    — Non. Mais mes parents sont déjà couchés. J'ai mes écouteurs, de toute façon.
    — Très bien. Je pensais à Kikuchi... »
    
     Keitaro ne prit même pas la peine d’ajouter la particule honorifique « san » au prénom de son ex-manager. Il ne lui vouait désormais plus aucun respect.
    
    « Kachô-san ? s'étonna son vis-à-vis, les yeux écarquillés.
    — Chuuuuuut !
    — Pardon... Mais oui, je me souviens qu'il avait une dent contre vous. Quand même, vous le croyez capable de... ?
    — Totalement. Je crois qu'il ferait n'importe quoi pour me nuire.
    — Bon. Mais qu'est-ce que je dois faire exactement ?
    — Rien de très risqué, rassure-toi. Laisser traîner tes oreilles, parler avec les collègues, traîner côté management, garder l'œil ouvert… Ce genre de choses. Tu vois ?
    — Je vois très bien. Et c'est tout ? »
    
     Keitaro hocha la tête, reconnaissant. Il s'apprêtait à le remercier quand une autre idée lui passa par la tête. Il hésita un court instant, puis ajouta :
    
    « En fait, il y a autre chose… J’ai peut-être un autre service à te demander.
    — Ça va vous coûter cher, tous ces services. Au moins une dizaine de bières !
    — Promis, tu auras toutes les bières que tu veux à mon retour. C'est au sujet de ma femme...
    — Sa... Sanae-san... Non. Saori-san ?
    — Saori-san, oui. En fait, c'est un peu délicat, mais... est-ce que tu pourrais trouver un moyen de t’assurer qu’elle va bien ? Et mon fils, aussi. J'aimerais juste savoir s'ils se portent aussi bien que me l'assurait Kikuchi.
    — Euh oui, ok. Mais pourquoi ? Enfin, ça ne me regarde pas vraiment… Mais quand même, ne serait-ce pas mieux de lui demander directement ?
    — Elle ne me répond plus. Et pour tout t'avouer... J'ai reçu des papiers de divorce récemment.
    — Oh... Je suis désolé. »
    
     Les mots de Kikuchi, envoyés la veille par message, lui revinrent en mémoire : « Le petit a besoin d'un vrai père. Et Saori, de se remarier. » Ce souvenir seul, et tout ce qu'il impliquait, lui noua la gorge à nouveau.
    
    « C’est un peu personnel et embarrassant, ajouta-t-il à l’attention d’Isamu, mais je soupçonne Saori de chercher à me remplacer. Peut-être qu’elle a déjà un amant. Ou qu’elle envisage un o-miai[1], je ne sais pas... Si tu apprends quelque chose à ce sujet, pourras-tu m’en faire part ? Kikuchi a peut-être son rôle à jouer là-dedans. Ça ne m’étonnerait pas, en tout cas. »
    
     Isamu esquissa une moue chagrinée. Keitaro l’entendit soupirer et vit ses épaules et le coin des yeux s’affaisser. Il s'en voulut de lui infliger de la peine.
    
    « C’est terrible, ce que vous racontez. Je vais essayer, mais je ne peux rien promettre. Ah d’ailleurs, c'est fini avec Mariko aussi. Bon on n'était pas marié, mais... Voilà.
    —Je vois… Je suis désolé de l'apprendre. Je n’aurais peut-être pas dû te parler de tout ça… »
    
     Le trentenaire baissa la tête. Il se sentait navré de rajouter tous ses problèmes à ceux de son ex-collègue, qui n'avait pas l'air mieux loti. Le silence se prolongea quelques instants.
    
    « Bah, ça n'allait déjà pas fort quand je vous en ai parlé, reprit Isamu. Mais peu importe. Du coup, j'ai plus de temps à consacrer à ma nouvelle mission d'espion !
    — Sasaki-kun... Merci. Infiniment.
    — Ça va, ça va. En fait, je trouve ça plutôt excitant. Je vous enverrai la facture de bières ! Mais plus sérieusement... je suis touché que vous fassiez appel à moi.
    — Tu es le seul sur qui je peux compter au travail. Tu le sais, non ?
    — Oui. Je crois.
    — Ça se passe bien d'ailleurs, pour toi ? Tu arrives à t'intégrer ?
    — Bof. Mais ça viendra... C'est toujours comme ça, non ? Quand on débarque.
    — Ah. Attends une seconde. »
    
     À ses pieds, il sentit quelque chose vibrer dans son sac. Son téléphone. Quelqu'un l'appelait. Keitaro se pencha pour récupérer son mobile et vérifia le nom affiché à l'écran : Denzel... Son boss avait dû entendre les nouvelles, lui aussi.
    
    « Sasaki-kun, je suis désolé, je vais devoir te laisser. J'ai un appel important.
    — Pas de problème. On se tient au courant. Courage ! Et comptez sur moi.
    — Bonne nuit ! Merci encore. »
    
     La communication cessa. Keitaro se retrouva en tête à tête avec son mobile qui vibrait toujours. Sa poitrine se comprima comme si deux mains géantes pressaient son torse de chaque côté. Le moment était venu d’assumer sa faute. Il ne pouvait se défiler, il le savait. L’effroi s'empara de tous ses membres, les transformait en coton, les privait de force. Un gouffre sembla s'ouvrir sous sa chaise à roulettes. La fin était proche...
    
     D’un geste mal assuré, il enfila son oreillette traductrice. Et avec l'enthousiasme d'un animal qu'on emmenait à l'abattoir, il décrocha.
    
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    Notes de bas de page :
    
    1. Mariage arrangé, encore assez fréquent au Japon.
    

Texte publié par Natsu, 26 avril 2021 à 08h33
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