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Tome 1, Chapitre 16 Tome 1, Chapitre 16

Jeudi 1er janvier 2032


    « Mattaku[1]... Va-t-on me laisser travailler, maintenant ? »
    
    Lui qui s'était levé tôt exprès, un premier janvier, pour avancer dans l’amélioration de son programme, Keitaro ne cessait d'être interrompu. Lui-même se fichait bien de la date, contrairement au reste du monde. Tout avait commencé par un message de bonne année de ses parents qui en profitaient pour lui reprocher son absence :
    
    « Même ta sœur est venue depuis Paris ! Elle a dû renoncer à des concerts pour nous voir. »
    
    Mayumi, sa sœur pianiste et parfaite en tous points... Face à elle, il passait toujours pour le fils indigne. Il s'était pourtant déplacé tous les autres premiers de l’an, de Tokyo à Sapporo[1], bravant les 8h de train qui le séparaient de sa famille. Il aurait pu voyager par les airs et diviser ce temps par deux, mais l’avion n'était jamais une option lorsqu'il pouvait se débrouiller autrement.
    
    Cette année, il avait choisi de passer son tour. La seule et unique fois de sa vie et ses parents osaient le lui reprocher. Comment ne pas se sentir amer ? Il s’était excusé malgré tout, prétextant le travail pour occulter les deux véritables raisons de son abstention : sa peur du vide, bien sûr. Mais aussi la crainte des retrouvailles avec Saori et sa famille.
    Rester aux Etats-Unis lui permettait de continuer à faire l'autruche. À prétendre que cette demande de divorce n'existait pas. Qu'il y avait eu erreur. Que Saori avait été forcée – ou influencée – par son père. Ou qu'il s'agissait d'un geste malheureux, un soir de déprime. S'il évitait d'évoquer le sujet, celui-ci disparaîtrait peut-être de lui-même ?
    
    « Kei-chan, je suis désolée, mais ce n’est plus possible. Porte-toi bien. »
    
    Deux phrases, c’est tout ce que contenait la lettre de Saori. Aucune explication, aucune chance de rédemption. L’écriture était manuscrite et le ton aussi glacial qu’un hiver à Hokkaido. Keitaro peinant à imaginer sa femme rédiger ces mots. Il préférait l’imaginer, otage de son père, écrivant sous la contrainte. C’était moins douloureux ainsi.
    
    « Pling ! »
    
    La réception d'un nouvel e-mail le tira de ses réflexions. De son beau-père cette fois, avec une photo en prime. On y voyait l'intérieur d'une poubelle contenant le cadeau de noël – non ouvert – envoyé par Keitaro à son fils.
    
    « Si vous souhaitiez nous faire plaisir, vous auriez mieux fait de nous renvoyer les papiers signés. Le petit a besoin d'un vrai père. Et Saori, de se remarier. Merci d'avance, bonne année et bon courage pour votre mission. »
    
     Keitaro n'en crut pas ses yeux. Comment pouvait-on se montrer si insensible ? Que son cadeau n'ait pas profité à son fils, passe encore... Mais qu’on le traite de "faux-père" et de mauvais mari ? N'était-ce pas Kikuchi qui l'avait envoyé en mission à l'autre bout du monde ? Ou du moins, qui avait accepté de se « séparer de lui » sans même le consulter, lorsque les américains avaient réclamé son concours ? Non, tout ça relevait clairement d'une stratégie pour l'éloigner... Quand son beau-père cesserait-il de se mêler de leur vie maritale ? Après tout, il existait tellement pire que lui : des maris qui battent leur femme, la trompent, l'insultent... Or il aimait Saori et n'avait jamais levé le bras ni haussé le ton avec qui que ce soit.
    
    L'ingénieur ferma les yeux et se renversa dans sa chaise roulante. Son ventre émit un gargouillement inquiétant. Des nœuds semblaient s'y former, créant des embouteillages. Une crampe soudaine le plia en deux. Allons bon... Voilà que son propre corps participait à la liesse générale à coup d’auto-sabotage ? D'une main, il se massa l'abdomen. Le stress, sans doute... Rien de grave. Il se leva et partit en cuisine se préparer un « café de relaxation ».
    
    9h du matin, indiquait l’horloge électronique du mini-four. Et pas une once de couleur dans le ciel. Tout disparaissait derrière une épaisse couche de nuages ; les quelques rayons qui parvenaient à percer baignaient tout l’appartement d’une lumière blanche agressive. Le genre de lumière qui fait plisser les yeux et provoque des migraines. Sa boisson prête, Keitaro revint au salon, courbé par la douleur. Au passage, il tira les rideaux jusqu’à se retrouver dans la pénombre. Il tomba dans sa chaise roulante et but à petite gorgées en s’efforçant de ne penser à rien.
    
    Une demi-heure plus tard, il se sentait déjà mieux. La magie de la caféine ! Il allait pouvoir se concentrer sur son programme. D’ici lundi, il souhaitait lui ajouter quelques fonctionnalités pour le rendre plus performant. S'il existait la moindre chance que leur mission réussisse – et il y croyait plus que jamais depuis l’épisode Catalina – il voulait tout donner pour contribuer à leur succès et raccourcir les délais au maximum. Plus tôt il y parvenait, plus vite il pourrait rentrer pour tenter de raffistoler sa vie privée.
    
    Midi approchant, son estomac le rappela à l’ordre. Absorbé par son travail, il n’avait pas vu le temps passer. Il lança les tests automatiques sur son ordinateur et profita de cet intervalle pour se servir à déjeuner. Hop ! Un sandwich ferait l’affaire. Du thon en boite, une tomate tranchée, un peu de mayo et le tour était joué. Il se servit un verre d’eau et se rassit à son bureau. Pour meubler son repas, il sortit quelques feuilles imprimées d’un tiroir et les étala devant lui. Il s’agissait des tout derniers profils au code dupliqué.
    
    Comme beaucoup de japonais, Keitaro aimait le format papier – il lui permettait de se reposer les yeux et de compenser le manque d'un second écran. L’ingénieur mordit dans son sandwich en promenant son regard sur chaque profil. Il lui tardait de retrouver la trace de leurs jumeaux, qu’il puisse procéder à de vraies comparaisons. En attendant, il devrait se contenter de ces sept dossiers, d'où il devait prélever les détails intéressants afin de les rentrer dans son programme. Il avait déjà commencé, mais il lui restait encore beaucoup à faire. De sa main libre, il saisit un stylo et un surligneur et poursuivit sa tâche. Un cercle par ici, un peu de couleur par là… Il griffonna aussi quelques notes, fruits de ses réflexions, qu’il se força à rédiger en anglais pour pratiquer. Son téléphone, posé sur la table, vibra à nouveau.
    
    « Encore… Laissez-moi tranquille ! »
    
    Il tenta d’ignorer son appareil, mais celui-ci insistait. Cette fois, ce n’était pas qu'un simple message… Pris d’une soudaine appréhension, il jeta un œil à son petit écran. Un morceau de pain de mie resta coincé dans sa gorge lorsqu’il réalisa qu’on cherchait vraiment à le joindre. Et pas n’importe qui : le nom d’Erika Sullivan s’affichait en grosses lettres rouges au-dessus du symbole invitant à décrocher. Panique… Terreur… Retour instantané de ses crampes abdominales. Que faire ? Répondre, en anglais ? Laisser courir ? Non, ce serait impoli. Que lui voulait-elle un premier janvier ? Et pourquoi appeler, plutôt que de laisser un message comme d’habitude ?
    
    Sa main s’étira lentement vers le téléphone, resta suspendue en l’air un instant, toucha l’appareil puis recula aussitôt comme si elle venait d’effleurer une surface brûlante. Les vibrations cessèrent. « Un appel en absence ». Keitaro soupira de soulagement. Il déglutit, replaça ses lunettes et revint à son sandwich et ses documents.
    Un instant plus tard, son mobile vibrait à nouveau. Le japonais sursauta et braqua ses yeux écarquillés sur le nom d’Erika. Avait-elle un problème ? D’un geste impulsif, comme pour s’interdire de changer d’avis, il saisit son téléphone et décrocha.
    
    « Moshi moshi[3], hello ?
    — Hello, Keitaro ? Bonne annééée !
    — Oui… Bonne année !
    — Dites, qu’est-ce que vous faites en ce moment ?
    — Je euh… je déjeune. Pourquoi ?
    — Et après ça ? Si vous êtes libre, ça vous plairait d’étudier au café ? Ah mais… Peut-être que ça ne se fait pas, dans votre culture, d’étudier un premier janvier… »
    
     L’invitation de la jeune femme le surprit. Il réalisa qu’il n’avait aucune idée de la façon dont les américains fêtaient le jour de l’an. Peut-être qu’ils ne le fêtaient pas, justement ? Ou alors, Erika était juste étrange – pour commencer, elle abordait des hommes au café… Et pour le reste, il en savait assez peu sur son compte. Ils ne s’étaient revus que deux ou trois fois depuis leur première rencontre.
    
    « C’est d’accord, lui dit-il après quelques secondes d’hésitation. À quelle heure ?
    — 15h, ça va ?
    — Très bien, à plus tard. »
    
     Il raccrocha, soulagé – le téléphone arrivait en seconde position dans la liste de ses phobies. Il se félicita : pour un appel en anglais, et sans traducteur, il s’en était plutôt bien tiré. Quant à cette petite sortie, elle lui changerait les idées ; entre les reproches de ses parents et ceux de son beau-père, il en avait bien besoin.
    
    
✲°˖✧*✧˖°✲

    
    Keitaro parvint le premier aux portes du Coco Loco, à 14h50. Il n’y avait bien que les Japonais pour considérer qu’arriver à l’heure équivalait à du retard. Il le savait désormais et ne s’en offusquait plus. Ce qui l’ennuya d’avantage fut de trouver l’échoppe fermée. Evidemment… Un premier janvier. Au Japon, il s’en serait douté. Ici, rien n’était moins sûr. Il patienta jusqu’à l’arrivée de sa partenaire d’études qui, lorsqu’elle le rejoignit, se trouva tout aussi décontenancée :
    
    « Je suis vraiment désolée... Je n’ai pas vérifié si le café était ouvert ou non. Quelle idiote !
    — Je n’y ai pas pensé non plus…
    — À vrai dire, on trouvera peu d'endroits ouverts aujourd'hui. Ah, je m'en veux ! Je vous aurais bien proposé de venir chez moi, mais je n’habite pas seule… »
    
     Elle se tourna vers lui, l’air interrogateur. Devait-il lui renvoyer l’invitation ? C’est ce qu’elle semblait attendre. L’idée de l’accueillir chez lui le rendait extrêmement mal à l’aise, et pour cause, il ressentit une brusque bouffée de chaleur et quelques gouttes de sueur perler à son front. Sans trop réfléchir, il redressa ses lunettes et bredouilla :
    
    « On peut… aller chez moi si… si vous voulez. Mais ce n’est pas très bien rangé. »
    
     Et voilà, ce n’était pas si compliqué. Une soudaine inquiétude s’immisça dans son esprit confus : pourvu qu’elle ne s’attende pas à autre chose qu’étudier... Pourvu qu’il n’y ait aucun malentendu ! Il connaissait mal les codes sociaux ailleurs qu’au Japon. Aurait-il dû refuser ? Trouver un prétexte ? Trop tard, de toute façon. Il aurait du y penser avant. Dans quoi s’était-il encore fourré ?
    
    « Avec plaisir ! Je vous suis. »
    
     Lorsqu’ils arrivèrent devant sa porte, il lui demanda de patienter un instant :
    
    « J’aimerais ranger un peu, avant. Excusez-moi… »
    
     Il grimaça un sourire avant de l’abandonner dans le couloir. Il referma derrière lui, ôta ses chaussures à la hâte et se précipita dans le salon pour un rapide nettoyage. Il remplit l’évier de la vaisselle qui traînait ça et là, débarrassa la table à manger, ramassa un papier traînant au sol. Et lorsqu’il se sentit à peu près serein, il rouvrit la porte à Erika.
    
    « Voilà, c’est bon. Vous pouvez entrer. Ce n’est pas parfait, donc ne regardez pas trop, s’il vous plait.
    — Ne vous inquiétez pas autant. J’ai l’habitude du bazar ! »
    
     Nerveux, il l’observa pénétrer dans son appartement et constata avec horreur qu’elle ne comptait pas se déchausser. Il s'éclipsa en cuisine pour camoufler son trouble. Keitaro, ne dis rien… Ne la mets pas mal à l’aise. Tu nettoieras après !
     Il inspira longuement, s'empara des deux dernières tasses propres de son placard avant de revenir vers elle :
    
    « Installez-vous ici, je vais préparer du café. Sauf si vous voulez du thé ?
    — Du café, c’est parfait. »
    
     Il déposa les récipients sur la table et repartit. Il s’afféra un instant autour de la cafetière en s’efforçant de calmer sa respiration. Jamais encore il n’avait invité de quasi-inconnu chez lui et encore moins de femme seule. Au Japon, ça ne se faisait pas, tout simplement. À moins d’avoir une idée derrière la tête, ce qui n’était absolument pas son cas. Il versa le café dans un thermos qu’il apporta au salon.
    
    « Je vous sers ?
    — S’il vous plait. Oh Keitaro, auriez-vous du sucre ? Et du lait ?
     — Bien sûr, attendez. »
    
     Il acheva de remplir sa tasse et la sienne et disparut à nouveau. Comme il n’invitait jamais personne, il dut s’ingénier pour trouver un contenant approprié pour servir ces deux ingrédients. Après plusieurs minutes de recherche, il opta pour un bol avec cuillère pour le sucre en poudre et abandonna la partie pour le carton de lait, qu’il décida de ramener tel quel. Assez perdu de temps… Elle devait s’impatienter, à force.
    
    « Excusez-moi pour l’attente. Voilà ! On peut commencer. »
    
     Keitaro fut bientôt rassuré de constater que son invitée n'avait rien d’autre en tête que leur habituel échange linguistique. Il finit par se détendre et retrouver un peu de naturel. Tous deux se laissèrent absorber par l’étude, sirotant un peu de café de temps à autre, jusqu’à… ce que ses intestins se rappellent à son bon souvenir. La douleur était différente cette fois. Beaucoup plus aigüe. Le rouge aux joues, il s’excusa platement et prit la direction des toilettes, aussi dignement que possible. Dès qu’il fut hors de vue, il se plia en deux, la main sur le ventre, et accéléra le pas.
    
     Quelle honte, mais quelle honte ! Se répétait-il en boucle, assis sur la cuvette. Il la faisait attendre encore… Et ses entrailles ne semblaient pas vouloir se calmer. Parmi toutes ces mésaventures de la journée, celle-ci était sans doute la pire. Il n’aurait jamais dû accueillir la jeune femme chez lui. Lui ouvrir la porte avait déjà été un supplice, car cela le mettait en position de vulnérabilité. Mais là, entre l’odeur et le bruit qu’elle percevait peut-être depuis le salon, il devait avoir perdu tout son respect. Lui-même aurait bien du mal à la regarder en face après ça. Terminé, leurs petits échanges. Il commença à prier pour qu’elle quitte les lieux et prolongea même son séjour au petit coin au-delà du nécessaire pour lui en laisser le temps. Pourvu qu’elle ne vienne pas s’enquérir de son état… Ce serait pire que tout.
    
    Il se sentait mieux, mais n’osait toujours pas revenir. Il colla son oreille à la porte… et fut surpris d'entendre celle de l'entrée s’ouvrir, puis se refermer aussitôt. Ses prières avaient été entendues ? Perplexe, il sortit enfin, passa rapidement dans la salle de bain, puis revint au salon à petits pas en se massant le ventre. Il se pencha pour jeter un œil dans la pièce… Personne.
    
    « Erika-san ? »
    
    Pas de réponse. Elle était bel et bien partie, avec toutes ses affaires. Ah non, elle avait oublié son stylo. Il s’approcha de la table pour le récupérer et trouva un post-it juste à côté – un des siens, marqué du logo de sa résidence. Il y était inscrit : « I’m really sorry », je suis désolée… L’écriture était hâtive, penchée vers l’avant. Ainsi, elle avait pris la poudre d'escampette, comme il l'avait craint et souhaité à la fois.
    
    « Je suis désolée », ces trois mots revenaient souvent dans sa vie en ce moment. À croire qu'il ne pouvait inspirer que déception aux femmes de son entourage...
    
    Quelle affreuse journée. Keitaro se laissa choir sur son canapé, la tête entre les mains. Il sentit le coin de ses yeux le chatouiller, puis s’humidifier. Ça alors, depuis quand n’avait-il pas pleuré ? Il y avait si longtemps… Il n'avait pas versé une larme à la réception des papiers de divorce. Ni même à son départ précipité du Japon. Il s’était senti abattu, déprimé, vide, enragé, désespéré… mais n'avait pas versé une larme. Ce soir, il avait dû atteindre un seuil que ses nerfs ne pouvaient plus supporter.
    
     « J’ai envie de mourir » lâcha-t-il d’une voix brisée. Il ne retenait plus ses sanglots. Sa poitrine se soulevait et redescendait de façon chaotique. Le visage de Saori s’invita à son esprit. La Saori souriante et pétillante des premiers jours. Celle qui couvait des yeux les pâtisseries de la vitrine en bas de chez eux. Celle qui exprimait sa joie au piano. Elle lui manquait. Terriblement. Et leur fils aussi.
    
    Plutôt que la réincarnation, il aurait préféré travailler sur les voyages dans le temps ; cela lui aurait au moins permis de réparer ses erreurs. Et surtout, de comprendre pourquoi les choses avaient si mal tourné…
    
     Lorsqu'il fut calmé, il retourna dans la salle de bain se laver le visage. « J’ai l’air ridicule », se dit-il en avisant ses yeux rouges et son teint blafard. Puis il partit se coucher. Il était 18 heures.
    
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    Notes de bas de page :
    
    1. "Bon sang".
    
    2. Capitale de la préfecture d'Hokkaido, située sur l'île la plus au nord du Japon.
    
    3. "Allo".

Texte publié par Natsu, 12 avril 2021 à 08h54
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