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Tome 1, Chapitre 7 « Une échappatoire bienvenue » Tome 1, Chapitre 7
Le huis clos se poursuit sur des considérations plus pratiques :
    
    — Ici, il n’y a pas de pompes funèbres, explique maître Renoir. Le cantonnier du village sert de fossoyeur. Si vous le souhaitez, je vous aiderai à acquérir une dalle pour la tombe et une croix décente. C’est également possible de le faire depuis Paris, si vous ne pouvez pas revenir.
    
    Ce « pouvez » sonne comme un « voulez ». Dans tous les cas, cette proposition me convient. Une question me brûle les lèvres, toutefois :
    
    « Est-ce que ma cousine a laissé des volontés particulières ? Un testament, peut-être ?
    
    — Non, malheureusement. C’était une jeune femme. Elle ne pouvait se douter de ce qui allait lui arriver.
    
    — Bien sûr…
    
    — Mais je pense que vous pouvez garder ce qui vous intéresse dans ses affaires. Ce n’est pas comme si elle possédait beaucoup de biens meubles… »
    
    Je frissonne à l’idée de me servir dans ses effets.
    
    — Je garderai sans doute quelques livres… Je pense donner l’essentiel à une œuvre de charité…
    
    — Voilà une excellente initiative, déclare le prêtre. Si vous avez besoin de conseils en la matière, n’hésitez pas à revenir vers moi. »
    
    Enfin, après les politesses d’usage, le triumvirat me libère. Le père Étienne regagne son église, tandis que le notaire se dirige vers son véhicule pour rentrer à son étude. Je m’attends à ce que le docteur Laurent en fasse de même. Pourtant, une fois dehors, il se tourne vers moi :
    
    — Que comptez-vous faire maintenant, mademoiselle Chaveau ?
    
    — Je pensais effectuer quelques emplettes dans la ville la plus proche. Pouvez-vous m’indiquer la route ?
    
    — Vous avez une voiture ?
    
    — Oui, elle est là-bas…
    
    Je désigne la Juvaquatre bleue, garée devant la maisonnette d’Armance.
    
    — Par où êtes-vous venue ?
    
    Il écoute patiemment mes explications, avant de répondre :
    
    — Je vois. Vous n’avez pas emprunté le chemin le plus court. Mon cabinet, comme l’étude de maître Renoir, se situe à Sainte-Madeleine, à dix kilomètres environ. Nous avons quelques commerces ; vous devriez trouver tout ce dont vous avez besoin. Malgré tout, il est facile de se perdre quand on ne connaît pas la route. Il vaudrait mieux que vous me suiviez.
    
    J’apprécie sa sollicitude. Parmi les trois hommes, c’est celui qui m’a laissé la meilleure impression. Sans doute parce qu’il est resté silencieux, la plupart du temps, en écho à ma propre réserve.
    
    — Ma voiture est juste là…
    
    Il me désigne une Peugeot 203 dont la peinture sombre parvient à briller sous cette lumière patraque, et à côté de laquelle ma Juvaquatre fait pâle figure. Il faut dire que les revenus d’un médecin, même de campagne excèdent de très loin ce que je peux grappiller en m’occupant de la paperasse d’une agence immobilière.
    
    — Je démarrerai dès que vous serez prête.
    
    Avec un rapide remerciement, je me hâte vers mon véhicule. Une fois installée derrière le volant, je mets le contact, débraye… Le moteur commence à ronronner, pour s’éteindre aussitôt. Les deux tentatives suivantes se révèlent aussi infructueuses.
    
    Sans doute, dans la même situation, un homme irait directement regarder sous le capot, mais la mécanique s’apparente pour moi à un puzzle chinois. Par acquit de conscience, je vérifie la jauge d’essence, pour constater aussitôt qu’elle est tombée au plus bas. Pourtant, quand je suis arrivée, le réservoir était encore à moitié plein ! Quinze litres de carburant ne s’évaporent pas en une nuit !
    
    Depuis sa propre voiture, le docteur a remarqué que je peinais à démarrer. Il descend aussitôt de la Peugeot et vient toquer à ma fenêtre. En quelques mots, je lui explique mon problème.
    
    — Ne vous inquiétez pas… J’ai quelques consultations à faire cet après-midi dans les environs. Je peux vous conduire à Sainte-Madeleine et je vous ramènerai avant la fin de la journée. J’ai un jerrican dans le coffre, vous pourrez le remplir à la station-service. Est-ce que cela vous convient ?
    
    — Oui, merci…
    
    Ce n’est pas comme si j’avais le choix, si je veux pouvoir manger dans les jours qui viennent et surtout repartir de ce trou perdu ! Un peu mortifiée, je le suis jusqu’à son véhicule et m’installe à côté de lui.
    
    — Je suis navré pour vous. Je connais les gens des environs, ils sont honnêtes pour la plupart… Je ne vois pas qui a pu siphonner l’essence. Quelqu’un a peut-être décidé de piller votre réservoir parce que vous êtes de passage…
    
    Le docteur a probablement raison. Cette mésaventure jette une aura encore plus sombre sur une situation déjà trop obscure à mon gré. Il commence à bruiner, tandis que la Peugeot cahote sur une route dont j’ignorais l’existence et qui permet de gagner la civilisation traverser le marais.
    
    Au bout d’un quart d’heure, les premières maisons d’un gros bourg apparaissent. Je remarque plus de briques que de torchis et des fleurs qui achèvent de faner dans des jardinières. L’endroit comporte une station-service et une halle où un marché doit se tenir certains jours de la semaine. Autour de la place, j’aperçois quelques devantures de magasin : une boulangerie, une épicerie, un bar aussi… Une vie commerçant dérisoire par rapport à celle dont j’ai l’habitude, mais dans ce coin de France, elle semble presque exubérante.
    
    Le docteur s’engage dans une rue secondaire et s’arrête devant l’une des rares demeure de pierre, une belle bâtisse à étage et grenier mansardé, avec un bout de jardin où s’épanouissent deux grands arbres. Il descend et fait le tour de la voiture pour m’ouvrir la porte.
    
    — Je vous aurais bien invitée, mais je dois déjeuner avec un confrère ce midi. Est-ce que cela vous conviendrait de me retrouver à mon cabinet vers deux heures ?
    
    J’ignore si ce repas d’affaires est un prétexte ou authentique, mais cela m’importe peu.
    
    — Oui, bien sûr…
    
    — Profitez-en pour visiter Sainte-Madeleine. Ce n’est pas très touristique, mais je vous conseille l’église et les maisons anciennes du village… Il y a un petit restaurant plus haut sur la rue principale. Au moins, vous pourrez manger chaud.
    
    Nous nous séparons et je me trouve de nouveau isolée, mais dans un lieu qui me frappe par sa normalité. La température me paraît presque agréable ; si je commence à grelotter, je pourrai toujours aller prendre un café. Et puis l’endroit est si peu étendu que je ne cours aucun risque de me perdre…

Texte publié par Beatrix, 18 février 2021 à 22h42
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