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tome 1, Chapitre 18 « Un feu dans la nuit » tome 1, Chapitre 18

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Le noir… Je n’aime pas ça. Ça n’annonce rien de bon… Plus encore parce que nous sommes dans un endroit inconnu. Je fais courir le faisceau du portable sur ce qui nous entoure. Le distributeur est collé à un mur, mais je distingue des chemins qui s’engouffrent entre les bâtiments. Ici, nous sommes vulnérables.

Miri reste calme, cependant sa main est posée sur son arme. Le gamin, lui, ne dit rien, mais lorsque j’entrevois son visage, je sais qu’il est terrorisé. Au moins, il ne hurle pas.

– On décolle !

J’abandonne mon enquête pour le moment. Le plus important, c’est de se préserver. De toute façon, il n’y a pas assez de sang pour dire que quelqu’un est mort là.

– Où va-t-on ?

La voix de l’adolescent est si basse que je dois tendre l’oreille. Plusieurs choix s’offrent à nous. Ma première idée serait de retourner à la voiture, mais s’il s’agit qu’un piège, je doute que nous y ayons accès. De plus, j’aimerais récupérer nos affaires. Donc on progresse avec discrétion et on tente de gagner un coin sûr. Ensuite, on voit quelle est la menace. L’image du vieux type crado de l’accueil me revient en mémoire. Quel est son but ? Est-ce qu’il piège les visiteurs ? Pour le compte de qui ?

Je calme mon imagination, c’est toujours pire que ce que nous pouvons rencontrer. Le mieux à faire, c’est de se préparer puis de voir les choses venir. Je ne sais pas ce qui se joue dans ce motel, mais nous ferons face.

Je repense au gérant. Lui-même ne me paraît pas menaçant. Un sale pervers à qui j’aurais dû éclater la tronche… Après, il peut l’être un peu plus s’il possède des armes. Toute cette histoire est louche. Plus encore avec la découverte du sang… À moins que cela soit une succession de coïncidence… Sauf que dans ce cas-là, la lumière ne tarderait pas à revenir.

– Silence, murmure Miri.

En un sens, elle est pire que moi. Je la sens sur ses gardes, prête à se battre jusqu’au bout. Autant en mode « détente », elle va rire de tout et de rien, me titiller ou me chauffer, inventer des histoires idiotes… Autant en mode « professionnel », elle est d’un sérieux à toute épreuve.

Sans un mot, ma main se pose sur son bras. Il ne faut pas qu’elle dégaine tout de suite. D’une caresse, elle me rassure. Nous n’avons pas besoin de parler. Nous poursuivons notre avancée en silence.

Avec la lumière du portable pour seul guide, nous longeons les chambres. La nôtre se trouve à proximité, mais j’hésite toujours à y entrer. On ne sait jamais ce que le propriétaire aurait pu bricoler dedans. Si c’est pour se finir coincé, il vaut mieux éviter.

– Je ne reconnais pas l’endroit…, pleurniche le gamin. Il faut que je retrouve Liam avant qu’il ne fasse une bêtise…

Sa voix meurt alors que Miri vient de poser sa main sur sa bouche. Pour le moment, elle est gentille, mais je crains que cela ne soit pas toujours le cas. Du coup, je prends le relai.

– Elle est où votre chambre ?

– Euh…

– Alors on continue. Pour l’expédition de sauvetage, on verra après.

Au coin de la dernière chambre, une surprise nous attend. Un peu plus loin, une ampoule éclaire une vaste portion d’espace vide. Je me fige. Piège peu habile ? En tout cas, cela nous apprend que ce n’est pas une panne de courant.

– C’est quoi là-bas ?

Je hausse les épaules. Aucun de nous ne connaît le terrain.

– Le motel encore…

Une réponse vague pour le faire taire.

– Je vais aller voir. Miri reste à couvert.

– Prends garde à toi. Ça me fait penser à un piège.

– Moi aussi.

Parfaitement professionnel. Si on était sur le temps de détente, elle bouderait pour m’accompagner. Ici, elle écoute. Sa main se pose sur son arme. J’espère qu’elle n’aura pas besoin de s’en servir. Il faut encore qu’elle s’améliore au tir.

Sans un mot, je rends son portable au gamin. Inutile d’arriver avec une lumière pour me faire plus facilement remarquer.

– Derrière moi, ordonne Myrtha à l’adolescent.

Je ne peux m’empêcher de sourire au ton de sa voix. Il doit être plus âgé qu’elle, mais je doute qu’il soit de taille face à cette furie.

– Pourquoi ?

– Ta protection.

Je ne tourne pas la tête pour vérifier s’il obéit. Mes yeux restent concentrés sur ce qu’ils voient. Rien ne bouge. Aucun bruit. Pas le moindre reflet sous l’éclat de la lune. On pourrait jurer qu’on est seul dans le coin. Plus j’approche, plus je distingue une vieille clôture rouillée. De quand peut-elle dater ? De la ruée vers l’or ? La défoncer serait facile. On pourrait quitter le motel par là. En longeant les bâtiments, on reviendrait au parking.

Ça me fait chier d’abandonner mes affaires, mais… Brusquement, je plonge la main dans la poche de mon pantalon pour chercher les clés de la voiture sans les trouver. Putain ! Qu’est-ce que j’ai pu en faire ?

Le souvenir des vêtements éparpillés dans la pièce me revient en mémoire. La prudence ! Putain, la prudence ! Miri ! Merde !

Bon, c’est bien beau d’accuser Miri, si j’étais moins con, j’aurais fait attention. C’est moi le pro dans l’histoire. Là, je suis complètement à la ramasse. Pour ma défense, je ne pensais pas rencontrer de problèmes en plein milieu du désert. L’endroit est pourri, mais je ne m’attendais pas à quelque chose de dangereux.

En approchant de la lumière, je me sens l’âme d’un papillon. Toujours aucun bruit. Je lève le nez vers l’ampoule. Aucun indice de ce qu’on pourrait faire ou non ici. Près de la clôture, je repère une palette en bois, une pelle et un seau métallique que quelqu’un a abandonné là. Au moins, j’ai une idée de quoi en faire. Sans m’arrêter, je m’avance vers les objets.

Toujours rien. Pour peu, je dirais qu’il n’y a personne à part nous sur les lieux. Je me penche sur ma trouvaille. Au fond, quels brins de végétaux séchés. C’est ma chance. Avec mon chargement, je me dirige vers la lumière. Si celle-ci vient à s’éteindre, on aura au moins un plan b.

De ma poche, je tire une boite d’allumettes sur laquelle on peut voir le logo d’un bar. Je ne sais plus où j’ai récupéré ça. Le plus important, c’est l’usage que je vais en faire.

Une étincelle jaillit lorsque je gratte le revêtement inflammable. J’espère que ça ne va pas stresser Miri. Le feu se propage dans les brindilles. J’y glisse un morceau de palette. Il n’y a plus qu’à souhaiter que cela sera suffisant pour alimenter le foyer.

Puisque rien ne paraît menaçant dans le coin, je fais signe à Miri de me rejoindre. Elle arrive sans se presser, le garçon sur ses talons.

– Tu as entendu quelque chose ?

Elle secoue la tête. Je m’en serais douté.

– Tu gardes en mémoire notre parcours ?

– Comme à chaque fois.

Rapide et simple.

L’adolescent lui ne dit rien, mais fixe le feu.

– Au cas où on s’amuserait à couper subitement cette ampoule…

Il ne me répond pas. Cela me permet d’entendre le son d’une voix. Je me tourne dans sa direction en même temps que Miri. Des silhouettes se précisent sous la lumière de la lune. Nous reculons d’instinct vers l’ombre des murs.


Texte publié par Nascana, 30 décembre 2021 à 03h41
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