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tome 1, Chapitre 12 « Réserver une chambre » tome 1, Chapitre 12

Danovan

Je jette un rapide coup d’œil sur le gamin à mon côté. Je ne sais pas pourquoi j’ai proposé de l’embaucher. Peut-être parce que j’ai bon cœur et que je ne souhaite pas qu’il retourne traîner dans le désert sans eau ni nourriture en pleine nuit.

Après, c’est vrai que j’ai besoin d’aide. Dylan n’est pas ce qu’on pourrait appeler un vendeur modèle. Pourtant ce n’est généralement pas des mamies-biscuits qui visitent l’armurerie, mais il trouve quand même le moyen de bousculer les gens. La dernière fois, j’ai dû intervenir pour qu’il n’en vienne pas aux poings avec un client.

Putain, je n’aurais jamais dû lui laisser les clés. J’ai peur de ce que je vais retrouver en revenant. Raison de plus pour trouver quelqu’un de compétent. Rien ne prouve que le gamin le sera, sauf que j’ai déjà fait le tour de ceux qui vivent dans notre trou paumé. Les filles ne veulent pas venir parce que j’ai certains lourds qui passent souvent à la boutique pour des munitions et les mecs se croient au far west, dès qu’ils voient une arme. Ils n’ont pas compris que je ne les embauche pas pour faire les cons.

– Tu as déjà tenu une arme ?

L’adolescent fronce les sourcils.

– Un couteau, ça compte.

Il n’est pas stupide, je dois lui reconnaître ça.

– C’est un bon début. Si tu n’as jamais tiré, je t’apprendrai.

J’aime voir le rapport qu’ont mes employés avec les armes à feu. Ça me permet de me faire une idée sur le comportement dans la boutique. Les trop expansifs, je sais déjà que ça va virer à la connerie, les effrayés, eux, n’oseront pas vendre les produits donc ils ne me sont d’aucune utilité.

– Ce sera mon entretien d’embauche ?

Le gamin à de l’humour, j’aime ça. On va bien s’entendre lui et moi, enfin j’espère.

– On peut dire ça.

De la main, je pousse la porte qui mène à l’intérieur du motel. Le vieux derrière le comptoir a disparu, une pancarte annonce qu’il sera bientôt de retour. J’avise une sonnette et j’appuie dessus dans l’espoir que cela le fasse apparaître. Vu son âge estimé, je lui laisse un peu de temps pour se déplacer. Après tout, je veux payer pour un service, ça serait bête de louper ça.

Du coup, j’attends. Un coup d’œil sur ma montre m’apprend que je patiente depuis presque un quart d’heure. Heureusement que je sais me montrer têtu. À mon côté, le gamin s’agite. Est-ce l’odeur de renfermé qui règne dans le coin qui le gêne ? J’avoue que moi aussi ça me titille les narines. Poussière et humidité, le genre de mélange qui vous laisse un mauvais goût en bouche. D’ailleurs, vu la chaleur extérieure, je me demande s’il n’y a pas une fuite d’eau quelque part, pour expliquer les moisissures. Je ne les aperçois pas, mais je les devine. Ça promet pour le reste.

– Sinon ce n’est pas grave… déclare Oscar. Je vais me débrouiller…

Je soupire.

– Viens donc dans ma chambre. On retentera notre chance dans une demi-heure. Le gars sera sûrement revenu.

Il me fixe, surpris. Après une hésitation, il me donne son accord.

Je récupère mes affaires puis nous nous dirigeons vers la chambre six. Le chiffre est inscrit en gros sur le porte-clé, histoire qu’on ne se trompe pas. Une fois devant la porte, je me dis que c’est le moment de vérité. Le cliquetis de la serrure m’annonce que le battant n’est plus verrouillé.

Je le pousse un grand coup avant d’entrer. Je suis surpris. Au lieu de retrouver l’odeur d’humidité, je découvre celle du produit nettoyant. Mon regard se pose sur le lit double au centre de la pièce. Certes l’ameublement et la tapisserie ne sont pas modernes, mais il n’y a pas de poussière ainsi bien dans le coin cuisine que sur la télé. Je jurerais que le ménage vient d’être fait.

Toute l’attention d’Oscar paraît être prise par le papier peint qui fait office de tête de lit. J’avoue que les carreaux jaune, orange et rouge me promettent un joli retour dans le temps, à des époques où je n’étais même pas né.

Sans un mot, je dépose mes affaires dans un coin. Il est temps d’inspecter la salle de bain. J’y découvre une douche blanche entourée de mur saumon. Je ne plaisante pas. On se croirait à l’intérieur du poisson. Qui a fait la déco dans ce motel ?

Cela dit, là non plus, il n’y a pas de trace de poussière. Un parfum frais de menthe flotte dans les airs. Je le respire avec le sourire. C’est moche, mais propre. Ma main tourne le robinet et de l’eau claire en coule. C’est mieux que ce que j’aurais pu imaginer en voyant le vieux derrière le comptoir. Mais si je doute que ce soit lui qui est tout nettoyé avec autant d’attention.

– C’est bon, c’est propre.

Oscar a pris place sur un tabouret métallique blanc qui traînait sous une table du même style. Son sac est posé le long du mur. Le regard vide, il fixe l’une des prises comme s’il attendait mon accord avant d’agir.

– Tu peux charger ton portable si tu veux.

Aussitôt, il se précipite pour sortir le câble afin de brancher le téléphone.

– Si je n’arrive pas à retrouver l’autre gugus, on pourra partager la chambre.

L’idée ne m’enchante guère. Il n’y a qu’un lit pour deux, mais je me vois mal faire dormir le gamin dehors.

– Je n’ai pas d’argent, répète Oscar.

Ça commence à devenir redondant. Pour détendre l’atmosphère, je tente une blague.

– Tu n’auras qu’à me payer en nature !

Ses yeux se plongent dans les miens. L’espace de quelques instants, il paraît stupéfait. Son visage se rembrunit. J’avoue que ce n’était pas très drôle.

Oscar se redresse pour venir se planter devant moi. Avant que je ne puisse parler, il a collé sa bouche à la mienne. Perdu, je panique. Est-ce qu’il sait pour moi ? Ou alors est-ce à cause de mon sens de l’humour merdique ?

Même si j’aimerais savourer le moment, je préfère être responsable et le repousser. Si je l’emploie, je ne peux pas avoir une relation avec lui, sinon ça va être le gros bordel. En plus, je ne suis pas sûr qu’il n’agisse pas par dépit.

– Qu’est-ce que tu fais ?

Ma voix n’est qu’un souffle.

– Je paye ma chambre.

Son accent se fait moqueur. A-t-il l’habitude de faire ce genre de choses ? Cette idée m’attriste.

– Pas besoin de faire ça. J’ai dit que je le prendrais sur ton salaire. Ce n’était rien d’autre qu’une blague de mauvais goût. Je suis désolé.

Comme je me sens trop proche de lui, je recule. Hors de question qu’il soit oppressé.

– Je ne te demanderais jamais une chose pareille.

– Parce que tu n’es pas gay ?

Putain, cette question ! Je voudrais qu’elle n’ait jamais été posée. Que dire ? Que faire ? Dans le milieu que je fréquente, il ne fait pas bon de révéler ce genre de chose. Alors je mens. Mais lui, est-ce que je peux lui faire assez confiance ? Il est sûrement dans mon cas…

J’ai envie de fuir. En vérité, je crois que c’est ce que je fais depuis toujours.

– Dommage… T’es plutôt beau gosse.

J’ai l’impression qu’il se moque de moi. Son visage reprend son air sérieux. Le petit sourire en coin disparaît, mais je suis sûr qu’il n’est pas dupe. Mes réactions lors de ce baiser ont parlé pour moi.

– Je ne voulais pas te mettre mal à l’aise. C’était un compliment.

Après une pause, il poursuit.

– Merci pour la chambre.


Texte publié par Nascana, 18 avril 2021 à 18h27
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