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Tome 1, Chapitre 10 « Un accident » Tome 1, Chapitre 10
— Pourquoi l’Ancien Monde reste ce qu’il est ? Pourquoi n’obéit-il pas aux lois de la nature ? Pourquoi se mener vers sa propre destruction ? Ces questions subsisteront sans réponses, car d’autres ont trouvé la voie en changeant de monde, une nouvelle ère commence vraiment.
    
    Un autre sifflement me fait souffrir. Je me plis en deux pour me recroqueviller, comme si je pouvais me faire assez petit pour disparaître.
    Cela va me tuer, je dois me souvenir, il le faut.
    

    
    À partir de ce jour, je fus libéré. Venustas Pulchritudo se montrait sous le charme de ma maladresse, de mon caractère.
    Je demeurais simplement amoureux de tout en elle. Je trouvais en elle mon monde, tout ce que je recherchais depuis tout ce temps.
    Enfin, l'instant du bonheur devenait possible.
    
    Nous avons emménagé dans un nouvel appartement. Plus adapté à notre inédite union, et à nos projets.
    J’ai toujours souhaité être père, avoir une petite fille pour lui offrir ce que je n’ai jamais eu, pour lui faire découvrir un monde parfait.
    
    Venustas se décida dans ses activités, elle se donna dans les arts. Elle cherchait toutes les possibilités pour que chacun les identifie, les utilise, s’y évade.
    C'était rare de ne pas croiser une de ses expositions en parcourant les différents territoires.
    
    Moi, je continuais mon travail, arpentant les différentes zones.
    C'est passionnant de découvrir la vie de chaque être dans ce monde. Le plaisir de pouvoir les approcher sans qu’ils ne ressentent la peur.
    Je suis un mélange entre Indiana Jones et Ace Ventura. Je me plais dans tout ce que j’accomplis, et les gens commencent à s’intéresser à mes écrits.
    
    Un journal papier, la joie de retrouver les bonheurs simples de tenir un document entre ses doigts, m’a proposé de rédiger un article hebdomadaire.
    Venustas me poussa à sortir de ma solitude, en me projetant vers les autres au travers de cet exercice.
    
    J’avoue que j’ai éprouvé pas mal de difficultés à l’accepter, mais cela me fait du bien. Je me sens enfin comme une personne à part entière, je me sens utile. Et mon travail reste efficace, mes lecteurs mettent en pratique mes recommandations et je peux voir que l’espèce animale évolue à notre contact.
    
    Je veille à cela de près, nous ne devons pas polluer d’une autre manière les lois de la nature. Ils doivent garder leurs caractéristiques, et pas nous ressembler.
    
    Le vendredi demeure ma journée au journal, un bureau est à ma disposition, avec tout le temps disponible pour écrire quelques lignes.
    Je prends le loisir de parcourir les différents services, de découvrir le travail des divers spécialistes, apprendre de leurs activités.
    L’ambiance est incroyable dans ce patio géant, ouvert sur un bassin de carpe koï. Tout le monde y vient avec joie, et personne ne ressent de pression due à la tâche.
    
    Le stress a été éradiqué, ce qui a également permis de décroître, voire faire disparaître de nombreuses autres maladies destructrices.
    L’hygiène de vie aide à cela, nous effectuons tous une activité sportive le matin, avant de déguster un repas alcalin qui octroie d’équilibrer notre pH, réduisant la fatigue, les angoisses et la dépression.
    Le taux de mortalité diminuant fortement, un quota régule les naissances. Nous sommes inscrits sur la liste d’attente, notre tour viendra prochainement, c’est la loi légitime de notre bonheur.
    Chacun en a le droit, mais il faut savoir se montrer patient.
    
    — Tu as vu ? Un homme n’a pas survécu à une chute de quatre étages.
    
    — Ah bon ? Mais que s’est-il passé ?
    
    — Une dispute avec sa femme, je ne connais pas la source du conflit. Cela a abouti à un geste inapproprié de la part de son épouse, et il a perdu l’équilibre, basculant par-dessus la barrière du balcon.
    
    La discrétion reste un élément important de notre confort. L’information ne doit pas entacher la raison et l’activité privée.
    Cet évènement plus que rare va avoir le droit à son article, mais jamais les noms ne seront cités, et encore moins de détails sur l’existence de chacun des protagonistes.
    
    — C’est affreux. Sa mort est pénible, mais elle va permettre la vie pour d’heureux parents.
    
    — Tu as raison, c’est un moyen de positiver. Un peu froid, mais compréhensible.
    
    — Novo a préalablement rendu son jugement ?
    
    — Oui, je ne suis pas sûr que c’était utile. Elle doit déjà énormément souffrir de son geste. Novo lui a soustrait la vue pendant un mois.
    
    — Un mois ! Je ne sais pas quoi penser. Ce n’était qu’un accident après tout.
    
    — Oui, mais elle a tué son mari. Novo ne plaisante pas avec cela.
    
    Les deux journalistes se montrent dans l’empathie. Je les comprends.
    Mais je comprends également que la colère doit être punie. Ce péché peut amener à des conséquences terribles, comme aujourd’hui.
    
    Je trouve enfin l’inspiration qui va me permettre d’entreprendre mon écrit.
    Je retourne dans ma solitude. Le bureau est totalement clos sur les autres. Une immense baie vitrée m’ouvre la vue sur la mer.
    Je m’assieds sur mon fauteuil ocre, je déclenche la musique rythmée pour me lancer dans une frénésie de rédaction.
    Je prends le carnet et compose comme un crayon sur un papier. Tout est immédiatement numérisé, ce qui me fait gagner du temps et m’offre une grande efficacité.
    
    Je m’arrête de temps en temps pour observer les quelques tableaux abstraits que ma future femme m’a offert.
    Je suis si serein, cela fait tellement de bien de vivre comme cela, sans culpabilité, nous avons enfin trouvé notre place.
    
    — Tu es là chéri ?
    
    — Oui, entre, je t’en prie.
    
    Venustas pénètre avec un panier en osier. Elle vient le poser sur mon bureau et s’asseoir sur mes cuisses pour m’enlacer tendrement. Je suis fou d’elle.
    
    — J’ai amené le déjeuner.
    
    — J’aime quand tu me fais ce genre de surprise. Comment se passe ta journée ?
    
    Elle me tire du fauteuil pour m’attirer vers elle. Elle m’embrasse, elle prend bien plus souvent l’initiative que moi.
    Je ne veux pas la brusquer, je connais la chance que j’ai.
    
    — On va sur le balcon ?
    
    — Oui bien sûr.
    
    — J’ai réussi à monter mon projet le plus ambitieux.
    
    — C’est vrai ?
    
    — Oui, je vais avoir besoin de toi pour convaincre Novo et les autres maintenant.
    
    — Tu sais que tu peux compter sur moi. Alors, dis-moi en plus.
    
    — Je vais encadrer, grâce à tes travaux, la première œuvre d’art d’origine animale. Je suis tellement contente !
    
    — Tu le peux, tu le mérites.
    
    — Et toi ? Ton article portera sur quel sujet ?
    
    — J’ai entendu une discussion entre deux chercheurs sur la condition et le raisonnement humain. Ils parlaient du premier meurtre de notre monde. Cela m’a inspiré un texte différent de ma ligne d’écriture.
    
    — Ouh tu m’intéresses. Tu sors de ta zone de confort.
    
    — Oui effectivement. Cela ne te fait pas réfléchir de savoir qu’un assassinat a été commis ?
    
    — À vrai dire si, mais je préfère me concentrer sur ce que tu accomplis. J’en tire le positif dont j’ai besoin. Je ne veux plus voir le négatif que certains peuvent apporter.
    
    — Je comprends. Mais c'est quand même important de le prendre en compte.
    
    — Novo reste là pour cela.
    
    — Il l’a condamné à un mois de cécité.
    
    — C’est la moindre des choses. Parle-moi plutôt de ton sujet.
    
    — Je me suis demandé ce qui distinguait les humains des autres espèces. Pourquoi le négatif et l’injustice ne sont ressenti que par l’action de l’homme. Dans la vie animale, chez les insectes, tout semble naturel, même les pires actes ont un sens vis-à-vis de l’environnement. Mais pas nous, pas cette mort par exemple.
    
    — C’est intéressant.
    
    — C’est tout ?
    
    — J’adore que tu te plonges sur ces interrogations philosophiques, j’aime te voir réfléchir sur les pourquoi du monde.
    
    — Mais ?
    
    — Mais je n’apprécie pas les conséquences.
    
    — C’est-à-dire ?
    
    — Tu vas te précipiter dans ces questions, jusqu’à pouvoir y répondre. Tu vas sombrer dans ta solitude, et effacer tout le travail que l’on a entrepris ensemble pour t’en sortir. Je n’aime pas te voir te recroqueviller.
    
    Elle possède ce pouvoir sur moi, celui de me remettre sur la bonne voie, de me détacher de mes travers.
    
    — Tu as raison, mais cela fait partie de moi. Je ne peux pas me renier complètement.
    
    — Non bien sûr, je t’aime dans ton intégralité. Je t’avoue que je ne peux pas m’attrister sur ce fait divers. Mes pensées demeurent ailleurs.
    
    — Je crois que j’ai compris.
    
    — Et cela te dégoûte.
    
    Rien ne peut m’écœurer venant d’elle. Je le devrais peut-être pourtant, mais finalement elle a raison.
    Cela permet d’avancer d’un cran sur la liste des naissances autorisées.
    
    Je la prends dans mes bras, et la sers très fort pour qu’elle sente mon cœur battre.

Texte publié par Calamus, 25 novembre 2020 à 10h42
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