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Tome 1, Chapitre 9 « Un sentiment » Tome 1, Chapitre 9
— Et en même temps pourquoi ne pourrions-nous pas tous en profiter ? L’espèce humaine n’a-t-elle pas assez payé son droit de survie ? Faut-il encore des milliards de morts pour que nos péchés soient pardonnés ?
    
    Je reviens en arrière pour effacer ce passage.
    Il est certain qu’il ne reste pas autant de représentants de la race humaine.
    

    
    — Souhaitez-vous vous désaltérer ?
    
    Novo reprend la parole et s’avance vers la table.
    
    — Je vous remercie, mais je vais laisser mon tour cette fois-ci.
    
    — Venez vous asseoir avec nous, mettez-vous à votre aise pour nous expliquer l’origine de vos tourments.
    
    Ils prennent cela à la légère, cette attitude ne m’aide pas à me sentir à l’aise.
    Je m’avance malgré tout, sans dire un mot. Je prends place sur la chaise qui m’est réservée.
    
    — Bien, maintenant que nous sommes tous au même niveau d’attention, nous vous écoutons.
    
    La colère, celle que je n’avais pas ressentie depuis longtemps, fait une apparition soudaine.
    Je ne suis plus habitué, j’essaie de la contenir, évidemment sans réussite.
    
    — Comment vous permettez-vous !
    
    Je frappe la table de mes deux poings.
    La surprise est telle qu’un des protecteurs en renverse la boisson colorée sur son costume blanc.
    Je remarque d’ailleurs qu’ils sont tous entièrement vêtus de blanc.
    
    — Comment osez-vous faire comme si de rien n’était ? Que faites-vous de ces personnes qui meurent à nos portes ? Nous pourrions leur venir en aide !
    
    — Nous ne pouvons pas accueillir…
    
    — Plus d’individus ! Je sais ! Novo m’a déjà fait part de cette réponse.
    
    — Qu’est-ce qui vous dit que nous ne les avons pas secourues ?
    
    Une douce voix fait son apparition.
    Ma colère semble comme aspirée par cette intervention.
    Je lève le regard et aperçois une jeune femme.
    Ses cheveux courts sont tout aussi blancs que son kimono. Des yeux bleus et de fines lèvres envoûtantes à souhait.
    Difficile de le croire, mais je suis en train de perdre mes moyens, juste à l’entente de ce timbre de voix ensorcelant.
    
    — C’est bien ce qu’il me semblait. Vous ne savez rien de ce qui se passe à l’extérieur.
    
    — Je… Pardon… Je ne comprends pas.
    
    Elle me regarde de côté, un léger sourire aux lèvres. Elle a remarqué ma soudaine gêne.
    Un semblable reprend.
    
    — Nous ne pouvons pas accueillir de nouveaux représentants de l’espèce humaine. Mais cela ne veut pas dire que ces personnes qui souffrent, ne nous affecte pas. Nous avons tenté de communiquer avec différents états et groupes financiers, dans le but de leur fournir tous les détails pour construire d’autres sphères. Ils ont tous refusé.
    
    Cette dernière phrase me recentre sur le sujet.
    
    — Pourquoi ce rejet ?
    
    — Si l’on pose à plat les conséquences de Novalia, nous trouvons en premier lieu la disparition du capitalisme. Ils sont trop attachés à ce fonctionnement féodal, et ne demeurent pas prêts à y mettre un terme.
    
    — Vous voulez dire que des millions de personnes vont mourir pour une histoire d’argent et de pouvoir ?
    
    — Effectivement. Malgré tout, ils ont lancé des projets annexes pour la survie de la majorité.
    
    — Lesquels ?
    
    — Certains pays construisent des fortifications, ce qui, pour nous, semble bien inutile. La plupart pensent à l’enfouissement, dans des bases préparées à une longue hibernation, le temps que la planète se calme. Les derniers tentent la fuite, en façonnant des vaisseaux spatiaux. Ils souhaitent partir à la chasse d’une nouvelle terre.
    
    Je m’affale au fond de mon dossier. Ma tête reste lourde, et mon esprit diffus.
    
    — Nous vous comprenons. Nous n’acceptons pas ce qui est en train de se passer. Je vous assure. Mais nous ne pouvons pas faire plus que ce que nous avons déjà construit. Cela demande de nombreux sacrifices, mais n'oublions pas les bénéfices, et la balance penche du bon côté. Ce n’est pas la juste solution, mais c’est la meilleure que nous ayons pu mettre en place.
    
    De nouveau cette voix. Elle me soulève, me rend toutes mes capacités.
    Je ne suis pas naïf, je sais bien pourquoi je ressens tout ceci.
    Je ne suis plus apte à aucun débat.
    
    — Je vous remercie pour ce temps que vous m’avez offert. Je ne peux pas vous dire que je suis heureux de vos réponses, mais je suis tout de même rassuré. J’ai pu constater que vous aviez encore un cœur, et que la technologie n’avait pas pris encore toute la place. Je peux reprendre le cours de mes études en me concentrant sur…
    
    Mes mots et mon regard se posent sur son visage. Elle ne peut s’empêcher de sourire.
    
    — Je vous laisse.
    
    Les salutations sont nombreuses. Je me tourne vers l’ascenseur, sans attendre Novo. J’ai du mal à me trouver à ses côtés.
    J’aime l’humain et il ne présente rien d’humain dans ses composants électroniques.
    
    Les portes s’ouvrent, je m’avance sans me retourner.
    
    — Vous semblez être une personne très sensible.
    
    Cette voix, c’est elle.
    Je me tourne pour voir que nous sommes seuls dans la cabine en verre.
    
    — Excusez-moi, je pensais que Novo me raccompagnerait.
    
    — J’avais envie de discuter un peu avec vous. C'est rare de trouver autant de compassion sur terre, même dans notre monde. Je suis intriguée.
    
    Je tente de retenir mon rougissement.
    Je reste profondément solitaire, et encore plus timide. Cela me détruit intérieurement, je le sais, mais je ne trouve pas d’issue pour me sortir de cette souffrance.
    
    — Vous n’êtes pas très loquace finalement.
    
    — À vrai dire, je ne comprends pas ce que vous faites là. Je ne vous cache pas que cela me perturbe un peu.
    
    — Ah ! je vois.
    
    — Non ce n’est pas ce que vous pensez ! Je suis ravi de votre démarche… Je ne saisis pas… Enfin, pourquoi… Pourquoi vous et… moi ?
    
    Elle me regarde, les yeux étincelants. Elle est magnifique, je fonds totalement et en deviens ridicule.
    Elle s’avance d’un bond vers moi, et m’enlace pour m’embrasser avec fougue. Je reste surpris, intimidé, réceptif, acteur, heureux.

Texte publié par Calamus, 25 novembre 2020 à 07h55
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