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Tome 1, Chapitre 11 Tome 1, Chapitre 11
Elle préférait passer une soirée sur les jeux en ligne plutôt que dans un bar ou un club. Mais en ce jour, elle changea ses habitudes. La musique faisait vibrer les murs depuis le trottoir, elle ne parvint pas à retenir une grimace. Elle grelotta une vingtaine de minutes avant de déposer ses affaires au vestiaire. Elle ne garda sur elle que son téléphone et ses papiers.
    
    Elle se figea une seconde. La musique n’était pas si forte mais le monde manqua de la faire fuir. Elle eut du mal à repérer Saek-Yun et son groupe. Elle se dirigea vers le bar et ce fut l’étudiante qui la trouva alors qu’elle récupérait une chope de bière.
    
    — Finalement, tu es à l’aise, sourit-elle.
    
    Une fois les boissons en mains, Saek-Yun la mena vers une table autour de laquelle Chun-Hei reconnut tous les autres lycéens. À commencer par la chevelure polaire et turquoise de Myung-Dae. Tous la saluèrent chaleureusement et lui demandèrent quelques nouvelles de sa vie à Busan. Le vieux patron était décidément trop bavard…
    
    La soirée s’éternisa, à la grande surprise de Chun-Hei. Elle passa une partie de la nuit à danser et s’amuser avec les étudiants et cela lui fit un bien fou. Elle fut cependant plus sage que beaucoup d’entre eux concernant l’alcool. Le seul qui but moins qu’elle fut Myung-Dae.
    
    Lorsque le club ferma, la trentenaire appela des taxis pour les plus entamés. Elle finit par se retrouver avec Myung-Dae et Saek-Yun, qu’ils raccompagnèrent jusqu’à sa résidence.
    
    — Je vais l’aider à se coucher correctement, sourit le jeune homme alors que Saek-Yun comatait déjà sur le canapé.
    
    — D’accord. Fais attention en rentrant.
    
    Un silence gêné s’étira entre eux. Chun-Hei sentait que l’occasion était parfaite. Elle se racla la gorge et vérifia que l’étudiante était trop ivre pour les écouter.
    
    — Je voulais te demander de m’excuser pour ma rudesse, dit-elle avec calme malgré le stress qui montait progressivement en elle.
    
    — Je comprends, j’ai été un peu violent dans ma déclaration et tu avais raison de me freiner. J’ai été stupide.
    
    — Bien… D’accord… Bonne nuit du coup.
    
    Elle fut presque déçue face à cette réaction. Elle lui sourit puis fit demi-tour, à la fois soulagée et frustrée.
    
    — Tu n’as pas répondu à ma demande, la stoppa le jeune homme.
    
    Elle se figea, les poings serrés dans ses poches. Elle se sentit d’un coup terriblement idiote. C’était pourtant une évidence. Mais, le nez dedans, elle ne s’était rendue compte de rien. Elle secoua la tête avant de le regarder, les yeux assombris de colère et un sourire acide collé au visage.
    
    — Tu t’es bien amusé ? Questionna-t-elle. Tu le savais depuis le début ou ça t’a bien fait marré quand tu nous as vu en ligne, avec Samy ?
    
    — Je l’ai su le jour où tu as mis le sweat de la guilde, à la supérette. Mais du coup, tu n’as pas répondu.
    
    — Mais va te faire foutre accessoirement avec ta demande ! S’exclama-t-elle. Tu t’es joué de moi et tout ce que tu attends, c’est une putain de réponse ? Tu te prends pour qui ? Je suis vraiment trop… trop conne tiens !
    
    — Je ne vois pas en quoi tu le serais. Même si j’admets que j’aurais dû tout te dire. Mais sache que je ne me suis jamais moqué de toi. Au contraire, savoir que tu appréciais le vrai moi me faisait plaisir. Mais je te demande pardon, je n’ai pas été honnête et…
    
    La jeune femme le coupa dans sa phrase en lui décochant une violente gifle.
    
    — Voilà. Tu voulais être traité en adulte, c’est chose faite.
    
    Puis elle partit à grands pas. Elle n’arrivait pas à croire que Myung-Dae ait pu lui mentir de la sorte mais elle avait également du mal à croire qu’elle n’avait rien vu venir. Exitt la fatigue, elle décida de marcher un peu afin de se calmer les nerfs. Elle n’aurait de toute manière pas trouvé le sommeil, même avec un somnifère.
    
    Au bout de longues minutes, elle se rendit compte qu’elle était retournée dans son quartier. Elle ignora les vibrations de son téléphone et s’assit sur le banc d’un parc qu’elle connaissait bien. Elle posa ses coudes sur ses cuisses puis enfouit son visage dans ses mains. Elle ne décolérait pas. Choshû, Myung-Dae, elle ne savait même plus comme l’appeler. Ce mensonge lui avait permis d’en apprendre plus sur elle et sur ce qu’elle pensait réellement de lui.
    
    Avait-elle été aussi malhonnête que lui dans le fond ? Elle se mordilla la lèvre inférieure alors qu’une douleur lui perçait le ventre. Elle n’avait pas osé lui demander pardon, elle avait longtemps hésité. Peut-être aurait-elle dû se remuer bien plus tôt. Elle serra ses doigts dans ses cheveux, le cœur au bord des lèvres. Elle se savait pas dire ce qui la blessait le plus : qu’il se soit joué de ses sentiments, sans mauvaises intentions, ou qu’elle ressentît lesdits sentiments malgré tout.
    
    Sous la rage que lui procurèrent de nouvelles vibrations de son téléphone, elle manqua de l’exploser sur les graviers. Elle l’éteignit et le fourra au fond de sa poche, recouvert d’un paquet de mouchoirs, avant de lever le nez vers le ciel. Les nuages et la pollution lumineuse le rendait aussi noir que de l’encre. Elle n’y trouva ni apaisement, ni beauté. Dans une marche lente, elle retourna à l’hôtel et s’enfonça dans le sommeil comme une pierre au fond d’un lac sombre.
    
    Elle eut un mal fou à émerger au bout de quelques heures. Elle se rendit compte une fois debout qu’elle portait ses habits de la veille. Une douche chaude et un café ne suffirent pas à calmer son esprit tourmenté. Dès qu’elle se sentit cependant un minimum prête à affronter le monde, elle rejoignit Shin, qui n’osa pas la questionner quant à sa mine morose. Elle ne lui aurait pas répondu. Une fois à l’université, il l’accompagna dans l’amphithéâtre des étudiants en beaux-arts.
    
    Sur place, Chun-Hei fit son travail. Le stress noyé sous la colère, elle ne buta sur aucun mot, ne chercha aucune tournure de phrase complexe. Elle se contenta de jouer le rôle de l’employée motivée, un sourire factice collé au visage. Elle ne lança pas un regard au jeune homme blond polaire qui la fixait, assis au premier rang. Lorsqu’elle acheva sa présentation, elle fut assaillie de questions durant une demi-heure. Elle parvint à s’éclipser juste après pour retrouver son collègue à la cafétéria.
    
    Elle s’écroula sur la chaise face à lui, un gobelet de mauvais café à la main. Le quadragénaire sourit, amusé.
    
    — J’ai hâte de retourner à Busan, avoua-t-elle. C’est plus épuisant que prévu.
    
    — Demain matin, tu pourras rentrer chez toi. Prends-toi un jour pour te poser. C’est toujours ce que je fais après un déplacement.
    
    Elle hocha la tête, trop fatiguée pour trouver quelque chose à redire. Pourtant, retourner au travail lui aurait changé les idées et permis de se concentrer sur des taches utiles. Alors qu’elle s’apprêtait à se lever pour aller chercher son repas, elle heurta une personne qui venait de se planter près d’elle. Elle fronça les sourcils. Depuis quand Myung-Dae faisait-il une tête de plus qu’elle ? Pourquoi ne l’avait-elle pas remarqué au Cocoon ?
    
    — Chun-Hei, écoute, je…
    
    — C’est Mademoiselle, et c’est « vous », claqua-t-elle en le foudroyant du regard. Je te prie de me laisser tranquille.
    
    — Non attends… attendez, mademoiselle ! S’exclama-t-il en voulant la suivre alors qu’elle le dépassait d’un pas rapide.
    
    Shin s’interposa gentiment et leva une main apaisante. Chun-Hei regarda le jeune homme, dont le visage s’était instantanément durci.
    
    — Ne nous fâchons pas. Elle t’a demandé de la laisser tranquille, n’insiste pas.
    
    — Mademoiselle, s’il vous plaît…, tenta une nouvelle fois Myung-Dae.
    
    Elle hésita quelques secondes mais la colère était trop tenace. Elle bouillait dans ses veines. Ses traits devinrent aussi figés qu’une statue de glace et ses poings se serrèrent si fort qu’elle en fit blanchir ses articulations.
    
    — Laisse-moi tranquille, je ne veux pas de tes explications. Tu sors de ma vie et tu n’as pas ton mort à dire.
    
    — Je ne l’ai jamais eu, se défendit l’étudiant.
    
    — Et tu te demandes encore pourquoi ?
    
    Puis elle lui tourna le dos pour se diriger vers le comptoir et commander son déjeuner. Elle ne prit qu’un pain fourré. Ne restait plus qu’un citron. Jamais le fruit ne lui avait paru aussi acide. Une fois le repas achevé, les deux collègues restèrent ensemble pour la dernière présentation, qu’ils se partagèrent.
    
    Lorsque, de retour à l’hôtel, Chun-Hei ralluma son téléphone oublié au fond de la poche de son jean, elle fut assaillie de messages. Une bonne moitié venait de Myung-Dae, via Fantasy Com. Les autres de Saek-Yun et Shin. Elle ne les lut pas, abandonna le cellulaire sur son lit et s’allongea sous les couvertures. Elle s’endormit profondément pendant près de trois heures. Elle fut réveillée par la faim qui tenaillait son estomac. Elle se redressa dans la pénombre de la chambre mais au lieu de manger, elle appela la seule personne à qui elle avait besoin de parler.
    
    — Tu donnes enfin des nouvelles ! Alors ce séjour à Séoul ? Tu m’as déjà remplacé ?
    
    Elle serra les dents, incapable de parler. Le silence s’étira, tant et si bien que son interlocuteur s’en inquiéta.
    
    — Chun-Hei, dis-moi ce qui ne va pas.
    
    — Sam…
    
    Elle tenta de se calmer mais finit par éclater en larmes. Elle serra son téléphone contre sa joue sans se préoccuper de l’écran détrempé par ses sanglots. Elle plaqua sa main sur sa bouche pour étouffer ses hoquets incontrôlés. À l’autre bout du fil, le fauteuil de Samy grinça, signe qu’il s’y adossait en abandonnant sans doute ses quêtes sur Fantasy World Line. Il patienta le temps qu’elle se calmât, pendant de longues minutes.
    
    La jeune femme renifla pitoyablement, roulée en boule contre la tête du lit. Elle se mordilla machinalement la lèvre inférieure et finit par prendre la parole.
    
    — C’est la même personne, révéla-t-elle d’une voix cassée.
    
    — De qui tu parles ? Demanda-t-il.
    
    — Le lycéen et Choshû.
    
    Le silence s’étira entre eux. Elle ne voulait pas en parler à Samy dans le but qu’il virât Choshû de la guilde ou toute autre vengeance aussi gratuite que pénible. Elle voulait juste son soutien et son écoute, ce qu’il était prêt à lui offrir. Elle soupira, le souffle irrégulier à cause de la colère qui venait lui serrer la gorge. Elle s’allongea sous les couvertures, de plus en plus détendue par la respiration calme de l’européen. Elle ferma les yeux et se laissa bercer quelques minutes.
    
    — Je réagis comme une adolescente, finit-elle par bougonner, une main posée sur son front, l’autre tenant le téléphone.
    
    — Je dirais surtout comme une femme un peu naïve et très déçue par un homme qu’elle apprécie, constata Samy avant de tirer sur sa vapoteuse. La maturité d’une personne ne se mesure pas à son âge et Choshû en est la preuve sur bien des points. Je pense que tu t’enfermes toute seule dans un dilemme moral qui n’existe que dans ta tête.
    
    — Il est mineur, dit-elle platement, comme un leitmotiv auquel elle-même semblait croire de moins en moins.
    
    — Tu te rends compte que cet argument ne tiendra plus dans quelques mois ? Quand il ne le sera plus, tu feras quoi ? Parce que malgré ta colère, j’ai l’impression que ça ne te dérange pas plus que ça dans le fond.
    
    — Je l’ai envoyé chier à l’université, se défendit-elle en roulant des yeux. Et je l’ai giflé.
    
    — Sous le coup de la colère, mais là tu sembles plutôt calme.
    
    Elle se redressa d’un coup en fronçant les sourcils, piquée par les réflexions de son ami. Elle ne sut quoi dire pour lui répondre sans être désobligeante, aussi préféra-t-elle se taire. Elle se frotta le visage, fatiguée de cette situation et de ces incessants questionnements.
    
    — Je crois que je vais déménager en Patagonie, au moins tout le monde me foutra la paix là-bas, grogna-t-elle.
    
    Elle entendit le rire de Samy et fut contaminée. Elle se leva et commença à faire les cent pas. Elle se frotta le front un peu rudement, y laissa quelques marques roses qui mirent quelques secondes à disparaître. Puis elle retomba en arrière sur le lit, épuisée.
    
    — Je vais laisser la guilde et le jeu de côté pour un temps, déclara-t-elle. Si, pour respecter notre règlement, tu veux que j’en sorte, il n’y a pas de souci. Je vais me recentrer sur le boulot et sur moi-même. J’ai besoin de laisser derrière moi ce qui peut me contrarier en ce moment.
    
    — Tu seras mise en inactive, tu es la fondatrice, hors de question que je te jette dehors, répondit Samy sans insister sur son choix, qu’il comprenait et acceptait.
    
    — Tu devrais prendre un nouvel administrateur pour me remplacer, tu vas en avoir besoin avec les nouveautés de Noël et du Nouvel An.
    
    — Ne t’en fais pas, je me débrouille. Tu prends des vacances d’ailleurs ?
    
    — Deux semaines, comme toujours.
    
    Elle venait même d’avoir une idée de sa destination : Londres, pour aller voir sa cadette. Cette dernière y vivait depuis quelques mois et ce voyage ne pourrait que lui faire du bien. De plus, elle savait Kimchi en sécurité avec Samy, qui se déplaçait très peu pendant ses propres congés. Elle pouvait partir sereine.

Texte publié par Loune, 25 novembre 2020 à 16h39
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