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Tome 1, Chapitre 8 Tome 1, Chapitre 8
Je dédie ce chapitre à mes deux chasseuses de coquilles, Natsu et Ifreann ♥.
    
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    Elle ne put dissimiler un mouvement de recul. Les rougeurs des joues du lycéen ne laissèrent aucun doute quant à ses pensées. Elle était en train de sombrer dans un véritable cauchemar ! Elle tenta de ne rien laisser paraître, occultant son désir de le mettre immédiatement dehors.
    
    — Tu devrais sortir avec Saek-Yun, elle n’attend que toi, informa-t-elle en essayant de rester la plus conciliante possible.
    
    Cette fois elle en était certaine, elle ne se faisait pas de fausses idées. Son but n’était pas de le blesser. Elle était attachée à cet attendrissant client, mais la différence d’âge était un frein net à un début d’idée de relation. De plus, Myung-Dae n’était même pas majeur. Et il y avait Choshû.
    
    — C’est l’écart entre nous ? Hésita-t-il.
    
    — Pas que. Tu as dix-sept ans…
    
    — Dix-huit aujourd’hui, coupa-t-il.
    
    — Bon anniversaire alors, mais ça ne change rien, tu restes mineur. Et tu dois surtout te fourvoyer sur tes sentiments.
    
    — Je crois être bien placé pour savoir ce que je ressens, claqua-t-il, d’un coup presque en colère. Que vous les acceptiez ou non, ils sont sincères.
    
    — Je ne les accepte pas. Rentre chez toi, répondit-elle presque avec méchanceté.
    
    Myung-Dae déposa les torchons sur le comptoir et s’en alla une fois son manteau remis. À côté des tissus détrempés, le pain à la confiture se retrouva abandonné.
    
    « Hyungh, tu peux me faire confiance et me parler de tes soucis. »
    
    Elle avait lu ce nouveau message du samouraï d’un œil absent. Elle soupira lourdement avant de taper quelques mots, d’une main grippée de colère.
    
    « Je l’ai renvoyé sur les roses. »
    
    « Le lycéen ? »
    
    « Oui. »
    
    « Pourquoi ? »
    
    Elle se mordilla la lèvre inférieure, presque jusqu’au sang. Elle effaça ses nombreuses tentatives de réponse avant de se décider sur quelques mots, peut-être mal choisis, peut-être maladroits, peut-être faux… Elle ne savait même plus quelle heure il était, à ce stade de la soirée.
    
    « Il m’a dit qu’il... tu comprends l'idée ! »
    
    « Et je suppose que tu as mis des barrières. Ne te braque pas, je peux comprendre. J’espère juste que tu n’as pas de regrets. »
    
    « Si, d’avoir été si rude. Mais je suis l’adulte. Il s’imagine des choses, il est jeune, influençable et il ne contrôle pas ses hormones. Il sera mieux avec une demoiselle ou un jeune homme de son âge. Mais je m’en veux de l’avoir blessé. Il est vraiment mignon et tout gentil. »
    
    Elle déposa le téléphone le temps de s’occuper de deux clients. Ce furent les derniers. Elle passa le reste de la nuit à ranger l’Hybis et à faire le ménage. Puis, à sept heures du matin, elle accueillit son patron. Elle resta une heure supplémentaire pour l’aider à faire l’inventaire de la réserve. Le vieillard ne pouvait pas porter certains cartons seul et Chun-Hei n’avait pas peur du travail physique. De plus, cela lui permit de se vider l’esprit en s’épuisant volontairement.
    
    Lorsqu’elle s’allongea dans son lit, elle reprit son téléphone. Entre temps, Choshû lui avait répondu.
    
    « Tu as l’air très protectrice envers lui en tout cas. »
    
    Elle déposa le mobile près d'elle. Elle savait que son ami dormait depuis quelques heures déjà. Il se levait relativement tôt, elle ignorait dans quoi il travaillait mais elle savait ses journées bien remplies. Elle s’endormit en quelques minutes, épuisée tant physiquement que mentalement.
    
    Le lendemain, elle reçut un mail pendant son petit déjeuner de la part du studio Tenmaï. Son entretien débuta une heure plus tard, sur une plateforme vocale. Par le biais de sa webcam, son visage blafard qu’elle avait vainement maquillé apparut. Elle avait très mal dormi mais tenta de ne pas trop le montrer. Le recruteur, un homme d’une quarantaine d’années vêtu d’un costume gris souris, l’accueillit en souriant.
    
    — Bonjour, mademoiselle Pak, salua-t-il.
    
    — Bonjour, répondit-elle en souriant à son tour.
    
    — Merci d’avoir répondu aussi rapidement à notre demande. Je vous ai envoyé la fiche de poste que nous vous proposons, avec les missions, les conditions de travail et le salaire. Je vous laisse la consulter, si vous avez la moindre question, n’hésitez pas.
    
    Elle se doutait qu’il allait en profiter pour l’observer pendant sa lecture. Sa seule gêne était la fatigue, qui lui piquait les yeux. Afin de les reposer, elle portait des lunettes rondes à verres jaunes qui lui donnaient l’air d’une chouette. Mais au moins, elles dissimulaient habillement ses cernes. Elle prit le temps de tout lire avant de hocher la tête.
    
    — Je n’ai pas de questions pour le moment mais juste une remarque.
    
    — Je vous écoute.
    
    — Je travaille de nuit, cinq à six jours par semaine. C’est Samy qui anime beaucoup la guilde, je n’aurai pas beaucoup de temps pour cela.
    
    — Je comprends. Ce que nous vous proposons, c’est une participation occasionnelle avec une rémunération pour chaque évènement réalisé. Je vous envoie la liste, à vous de nous donner vos disponibilités.
    
    Elle la consulta rapidement et hocha de nouveau la tête. Une question lui titilla cependant l’esprit.
    
    — Pourquoi moi ?
    
    — D’après vous.
    
    — Parce que la Maison de l’Archer est active et que nous sommes de plus en plus connus sur le jeu, énonça-t-elle, comme une évidence.
    
    — En effet.
    
    De quoi gonfler son égo de fondatrice. Elle sourit légèrement en se détendant et le recruteur le remarqua.
    
    — C’était inutile de vous stresser pour cela. Continuons.
    
    L’entretien dura près d’une heure et demi. Puis suivit le débriefing avec Samy, qui sortait également du sien. Cependant, l’esprit de la demoiselle n’était pas tourné vers ce potentiel nouveau travail. Son ami s’en rendit compte rien qu’à son ton qu’elle n’allait pas aussi bien qu’elle aurait dû.
    
    — Choshû ou un autre mec ? Dans les deux cas, je te conseille un bon thé à la menthe et de me laisser m’en occuper, dit-il sans aucun tact mais avec un grand sourire dans la voix.
    
    — Merci mais…
    
    Elle soupira en levant les yeux au ciel. Elle ne pouvait rien lui cacher… Et c’était épuisant !
    
    — Bon d’accord : un ado, pire que tout, avoua-t-elle.
    
    — Celui duquel tu m’as parlé la dernière fois ? Tu fais dans le jeune finalement ?
    
    — C’est plutôt lui qui fait dans la trentenaire. Je me sens mal de l’avoir sèchement rembarré mais en même temps je n’allais pas le mettre dans mon lit !
    
    — Sun-Hi avait vingt ans quand je suis sorti avec elle, et moi vingt-sept.
    
    — L’écart n’était pas aussi grand et elle était majeure. Et puis c’est toi qui l’a draguée je te rappelle, malgré mes nombreux avertissements. D’ailleurs si je peux me permettre, ça s’est terminé comme je te l’avais dit, appuya-t-elle.
    
    — Ok ,mais là, le souci, c’est quoi au juste ? Hormis son âge.
    
    — TOUT ! Je suis la seule à trouver cette situation anormale ?!
    
    Elle tapa du plat de la main sur son bureau, à défaut de se frapper le front. Kimchi, surpris, bondit hors de son panier. Samy se racla la gorge afin d’essayer de la calmer.
    
    — Tu vas te détendre de suite par contre, grogna-t-il.
    
    — Désolée…
    
    — Arrête de t’exciter pour rien et réfléchis à ma question. Prends ton temps.
    
    Elle se mordit la lèvre inférieure et lui obéit sagement. Elle ne voulait pas se la poser, encore moins y répondre, mais elle fit un effort. Pendant que son ami jouait, elle songea à Myung-Dae, sa pseudo déclaration et le souci que cela lui posait. Son regard se posa sur le citron accroché à ses clefs. Elle ne put s’empêcher de sourire légèrement. Il était gentil, prévenant et sans doute beaucoup trop romantique pour son bien. Elle se racla la gorge.
    
    — Il a fait preuve de beaucoup de courage pour m’avouer ses sentiments, reconnut-elle. Il est attentionné et calme, de ce que je connais de lui.
    
    — Ça donnerait presque envie d’être gay, énonça le jeune homme avec évidence. Donc, quel est le vrai problème ?
    
    — Qu’à dix-huit ans, tu ne sais pas ce que tu veux. Tu te crois amoureux mais tu as tort. Il gâcherait sa vie avec moi ! Imagine nous, quand j’aurais quatre-vingt ans et lui même pas soixante-dix.
    
    — Qu’est-ce que tu en sais ? Il est peut-être certain de lui. Et puis tu sais, l’amour pour toujours, c’est dans le jeux vidéos et les contes de fée. L’amour évolue avec les années. Toi qui te targues de ne pas courber l’échine devant la pression sociale, tu te préoccupes beaucoup de ton avenir amoureux. Il ne me semble pas qu’il t’ait proposé le mariage et les enfants.
    
    — En effet, juste d’accepter ses sentiments.
    
    — Et tu pourrais ?
    
    — Je l’ignore.
    
    — C’est déjà une évolution par rapport à un refus total ! S’exclama le trentenaire en retrouvant sa bonne humeur.
    
    Elle le suivit timidement dans son hilarité.
    
    — Mais ça ne répond toujours pas, insista-t-il.
    
    — Le fait qu’il soit mineur.
    
    — Attends un an.
    
    Elle cligna des yeux devant la simplicité de cette réponse, avant de secouer la tête, dépitée.
    
    — La différence d’âge aussi, grogna-t-elle.
    
    — Parfait ! Tu as un an pour t’y faire !
    
    — Mais enfin, qui te dit qu’il m’intéresse ?! S’agaça-t-elle.
    
    — Toi. Et tu le caches très mal.
    
    Elle manqua de le rembarrer mais se dit surtout qu’elle devait songer à se faire pardonner. Elle n’avait qu’une chance pour cela : que Myung-Dae passât à la supérette. Faible espoir qui lui piqua désagréablement les entrailles. Elle tapota de l’index sur son bureau dans le but d’évacuer un minimum toute la pression que son ami lui mettait.
    
    — Pour le moment, j’aimerais juste m’excuser, avoua-t-elle.
    
    — C’est déjà une bonne chose.
    
    À l’entendre, Chun-Hei imagina un père ébouriffant les cheveux de sa fille pour la féliciter d’une bonne note. Elle grimaça mais ne se permit pas de commentaire. Il la soutenait sans se moquer, elle lui devait bien de ne pas lui faire de remarques.
    
    Pour lui changer les idées, il lui proposa de jouer. Une suite de quêtes de haut niveau les attendait. Ils partirent seulement tous les deux et la jeune femme resta silencieuse. Lorsque l’heure sonna, elle se rendit à la supérette le cœur lourd.

Texte publié par Loune, 12 novembre 2020 à 16h12
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