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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
Chun-Hei resta bloquée sur l’écran principal de son ordinateur pendant quelques minutes. Elle avait lu et relu le mail reçu le matin-même, des dizaines de fois, sans trop y croire. Elle avait tout d’abord cru à une plaisanterie mais l’adresse de l’expéditeur semblait authentique. Elle s’affala dans son fauteuil en se frottant les yeux avant d’aller se préparer un thé. Puis, elle relut une nouvelle fois les quelques lignes.
    
    Elle ne parvenait pas à prendre cette demande au sérieux. Après une autre semaine de vacances, elle commençait sa journée de reprise avec ces quelques mots, qui la remplissait d’un espoir dérangeant. Alors qu’elle se grattait le menton sans savoir quoi répondre, un message privé de Samy arriva sur l’interface du jeu :
    
    « Vocal dès que tu peux ! »
    
    Elle se connecta à Fantasy Com en fronçant les sourcils, inquiète. Son ami n’était pas du genre à s’exciter inutilement. Déjà présent, il l’agressa d’un ton électrique :
    
    — Tu as lu tes mails ?
    
    Elle cligna des yeux en comprenant le réel sens de sa question.
    
    — C’est une blague tu penses ? Questionna-t-elle, méfiante.
    
    — L’adresse correspond à une de celles de Tenmaï, donc je ne pense pas, contra Samy, le front sans doute plissé d’une ride sceptique.
    
    — Ils te proposent quoi ?
    
    — D’entrer dans l’équipe d’animation et de modérer certains événements du jeu, et toi ?
    
    — Pareil…
    
    Le silence s’imposa entre les deux amis. Il perdura de longues minutes. Ils avaient du mal à réaliser que le studio de production leur proposait une place officielle dans leurs équipes, même pour un travail à temps partiel. Choshû les rejoignit et finit par poster un message alors que le silence n’était brisé par personne :
    
    « Vous êtes morts ? En dispute ? Vous m’ignorez ? Dans les trois cas, je reste ! »
    
    Samy éclata de rire et Chun-Hei se détendit d’un coup. Elle ne s’était pas rendue compte à quel point elle s’était raidie depuis l’ouverture du mail.
    
    — Tenmaï nous propose un boulot, dévoila le trentenaire. De la modération et de l’animation en jeu.
    
    « Wow, et vous allez accepter ? »
    
    — Aucune idée pour ma part, répondit la demoiselle en haussant les épaules. Vu que je bosse de nuit, je fais beaucoup d’heures, donc le temps que je pourrais leur donner sera minime.
    
    Elle ne pouvait pas lâcher un emploi alimentaire pour cette offre. Elle ne lui permettrait pas de payer ses factures.
    
    — Pareil, continua Samy. Avec les heures à l’université et la préparation des cours, ça risque d’être compliqué.
    
    Choshû garda le silence pendant quelques secondes, respectant ce petit temps de réflexion. Mais un message pointa tout de même le bout de son nez :
    
    « Déjà, essayez d’organiser un entretien avec le recruteur. Vous serez fixés sur leurs attentes. »
    
    — C’est sûr, reconnut la jeune femme. Je vais de suite répondre.
    
    Elle tapa un message et l’envoya, puis poussa un gros soupir. Elle avait l’impression d’avoir balancé une bouteille à la mer vers un boulot de rêve auquel elle n’aurait jamais accès.
    
    — Vous êtes tentés par une petite quête, histoire de se la couler douce ? Proposa-t-elle après une gorgée de thé.
    
    — Une ou deux, après mes étudiants m’attendront, accepta Samy.
    
    Ils se lancèrent dans une session de jeu à trois, puis à deux lorsque l’enseignant les quitta en début d’après-midi. Dans la soirée, Chun-Hei se rendit à la supérette. Ses cheveux étaient toujours violacés mais elle doutait que cela dérangeât son patron. Ce dernier avait toujours accepté ses divers looks tant qu’elle faisait bien son travail. Il l’accueillit avec un large sourire, heureux de la voir revenir de ses vacances avec une bonne mine. Il embauchait toujours un remplaçant, qui jamais ne lui convenait. Il lui laissa la boutique après quelques recommandations et la jeune femme s’assit derrière le comptoir, son téléphone à la main. En vocal, Samy et une dizaine de joueurs se déchaînaient sans doute sur quelques quêtes de haut niveau.
    
    Quant à sa boite mail, elle restait désespérément vide. Elle occulta la terrible frustration de son attente non assouvie alors que les clients s’enchaînaient. Le début de la soirée fut très animé, jusqu’à minuit et demi environ. Les rues commencèrent à se vider, les habitants à rentrer chez eux ou envahir les bars et les clubs. Elle ne s’en plaignit pas, jusqu’à entendre des éclats de voix, un peu trop forts à son goût. Avant qu’elle n’ait eu le temps de grogner, elle reconnut le groupe de Saek-Yun qui passait la porte coulissante de la supérette.
    
    — Il est tard, les jeunes, sourit Chun-Hei en se doutant qu’ils n’avaient pas cours le lendemain.
    
    Elle s’était aisément rendue compte qu’ils avaient bien bu.
    
    — Première soirée en bonne compagnie, alors sois gentille, rougit la lycéenne.
    
    La trentenaire remarqua la présence de Myung-Dae, à l’arrière du groupe. Il semblait être le seul à ne pas avoir trop d’alcool dans le sang. Elle leur tendit un paquet de chips à chacun, ainsi qu’une grande bouteille d’eau, le nez froncé.
    
    — Vous en avez besoin.
    
    Elle sentit des instincts presque maternels ressurgir devant les jeunes. Elle veilla sur eux durant l’heure qu’ils passèrent dans la supérette. Elle préférait les savoir ici qu’à traîner n’importe où. Lorsque Saek-Yun termina sa collation, elle sonna le moment du départ.
    
    — Contente que l’Hybis soit ouverte ! S’exclama-t-elle avec un grand sourire, en titubant légèrement.
    
    — Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas un taxi ? Questionna Chun-Hei.
    
    — Je les raccompagne, assura Myung-Dae d’un ton calme.
    
    — Tu es sûr ? Hésita l’employée.
    
    — Faites-moi confiance.
    
    Elle acquiesça et les laissa partir mais elle ne put s’empêcher de s’inquiéter pour eux. Elle se fustigea de ne pas avoir pris le numéro de Myung-Dae afin de prendre de leurs nouvelles. À défaut de cela, elle tapa un message pour Choshû. Samy était toujours en jeu, il ne lui répondrait pas.
    
    « T’es toujours debout ? »
    
    Elle ne lâcha pas son téléphone du regard jusqu’à ce que la réponse n’arrivât, au bout d’une demi-heure :
    
    « Debout non, réveillé oui ;) un souci ? »
    
    « Des lycéens viennent de passer au boulot, ils avaient bu. Ils sont partis mais je m’inquiète. »
    
    Le silence suivit de nouveau. Chun-Hei claqua de la langue, impatiente. Elle ne pouvait pas lui en vouloir d’avoir une vie, mais elle avait besoin de parler à quelqu’un. La pointe d’agacement qui perçait son esprit s’apaisa lorsque son téléphone vibra de nouveau.
    
    « Ils ont quel âge ? »
    
    « 17 / 18 ans. »
    
    Elle ne voyait pas le rapport. Elle leva les yeux au ciel. S’il la soutenait aussi mal, il pouvait tout aussi bien s’abstenir ! Emprisonnée dans son inquiétude, elle ne se rendait même pas compte de l’injustice dont elle faisait preuve. Choshû avait toujours été présent pour elle.
    
    « Ils sont grands ! Ils peuvent se débrouiller ! »
    
    La réponse ne lui plut pas mais avant qu’elle ne commençât à répondre, un autre message arriva :
    
    « Tu t’inquiètes trop, je suis sûr qu’ils vont bien. Donc du calme, sinon tu vas avoir un ulcère. »
    
    Elle éclata de rire devant ces mots qui lui firent un bien fou. Elle sentit son cœur palpiter dans sa poitrine. Ce n’était pas la première fois depuis qu’elle discutait régulièrement avec lui qu’il lui faisait un tel effet.
    
    Elle connaissait la facilité avec laquelle les gens s’attachaient les uns aux autres en ligne. Au sein de la guilde, de nombreux couples s’étaient formés, tant dans le jeu que dans la vie. Elle-même avait mis son personnage en couple une fois, mais elle avait toujours su faire la différence entre Hyungh et ses propres sentiments.
    
    Mais lorsqu’il s’agissait de Choshû, elle se retrouvait dans le flou le plus complet. Elle n’en avait pas encore parlé à Samy, de crainte qu’il ne prît le sujet à la légère. Et puis elle ne connaissait pas grand-chose de Choshû : ni son nom, ni son âge, ni sa nationalité, ni même le son de sa voix. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’il s’agissait d’un homme célibataire. Elle fut éjectée de ses pensées lorsque son téléphone vibra une nouvelle fois.
    
    « Je t’ai tuée ? »
    
    Elle soupira lourdement sans trop savoir quoi répondre. Elle se sentit d’un coup déphasée, de moins en moins en accord avec elle-même. Une sensation désagréable, qui lui colla à la peau. Le téléphone vibra, encore.
    
    « Hyungh, ça va ? »
    
    Elle le posa sous le comptoir alors que la porte de la supérette coulissait. Le visage souriant de Myung-Dae apparut et, trempé, il tenta de ne pas salir le petit magasin. Chun-Hei remarqua alors qu’une averse arrosait Séoul. Elle se leva et lui tendit des torchons, à défaut de serviettes cette fois-ci. Il se frictionna les cheveux après avoir retiré son manteau dégoûtant.
    
    — De nouveau, qu’est-ce que tu fiches ici ? Soupira-t-elle. Si tu veux papoter, je ne suis pas d’humeur, donc rentre chez toi.
    
    — Qu’est-ce qui se passe ? Demanda le lycéen, les yeux ronds.
    
    — Qu’est-ce que tu fiches ici ? Répéta la jeune femme d’un ton cassant.
    
    Il leva une main apaisante sans se départir de son sourire, ce qui agaça encore plus la demoiselle. Elle n’avait qu’une envie : rester seule. Il n’était vraiment pas le bienvenu pour le moment.
    
    — Je suis sur le chemin de mon chez-moi, je voulais juste vous dire qu’ils sont tous bien rentrés, informa-t-il le plus calmement du monde.
    
    Elle laissa transparaître son soulagement et esquissa l’ombre d’un sourire. Le jeune homme le lui rendit avec douceur.
    
    — Vous allez mieux ? Questionna-t-il.
    
    — Tu es trop curieux. Tu n’as pas besoin de sommeil, pour venir toujours à ces heures indues ? Soupira-t-elle en lui tendant un pain à la confiture de yuzu.
    
    — Disons que je n’ai pas forcément très envie d’être chez moi.
    
    Elle fronça les sourcils mais n’eut pas le temps de lui demander pourquoi qu’il reprenait la parole.
    
    — Ou peut-être que j’ai très envie d’être ici.

Texte publié par Loune, 6 novembre 2020 à 12h14
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