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Tome 1, Chapitre 6 Tome 1, Chapitre 6
Son camarade leva une main en signe d’apaisement mais ne lâcha pas le morceau. Chun-Hei était sa plus proche amie, il se devait d’être présent pour elle, même si des fois cela consistait à lui rentrer dans le lard contre son avis.
    
    — C’est quoi le souci ? Questionna-t-il, plus sérieusement.
    
    — Un lycéen de dernière année, un client régulier de la supérette. Il m’a offert un cadeau pour Noël. Et ne viens pas me servir le refrain de Choshû sur l’amour qui n’a pas d’âge, grogna-t-elle en prenant les devants sur ce que Samy pensait peut-être de la situation.
    
    — Je ne vais pas te le servir, il n’est même pas majeur, même si je suis mal placé pour porter ce genre de jugement, la rassura-t-il. Et puis tu fais ce que tu veux au final. Mais tu te préoccupes beaucoup de tout ça. C’est qu’un cadeau, non ? Je ne comprends pas en quoi ça te turlupine à ce point, si lui-même n’a pas d’importance à tes yeux.
    
    — J’ai peur qu’il ne se fasse des idées. Il est jeune, il a un bon feeling avec une trentenaire et les hormones en ébullition. C’est surtout ça qui m’inquiète. Pour moi tout est clair, conclut-elle en ayant la sensation de mentir haut et fort.
    
    — Demande-lui des comptes, énonça calmement Samy.
    
    — Tu crois réellement qu’il va me répondre ? Qu’il saura même quoi répondre ?
    
    Tous les deux se fixèrent quelques secondes avant de hausser les épaules de concert. Elle savait qu’elle devait mettre les choses au clair avec lui mais elle ne voulait pas le blesser. Et si elle-même se faisait des idées ? Et s’il avait juste eu envie de la remercier pour ce qu’elle était, une charmante caissière qui lui offrait des fois un pain à la confiture de yuzu ?
    
    Samy posa sa main sur la sienne en faisant abstraction de la soudaine tension de son corps. Il ne s’habituerait jamais à la pudeur des asiatiques. Lui était tactile de nature, cette convention sociale avait le don de l’agacer.
    
    — Chun-Hei, tu ne peux pas préserver tout le monde, murmura-t-il. Si tu as raison et que tu n’éclaircis pas vite tout ce merdier, il va se faire de faux espoirs. Et à ce moment-là, rien ne pourra être dit sans douleur. Mais fais aussi attention à toi, à ne pas trop interpréter ses actes envers toi.
    
    Elle hocha la tête en serrant le poing sous ses doigts. Il avait raison. Et Hee-Young aussi : elle devait vraiment se trouver quelqu’un. Elle retira sa main et reprit ses baguettes pour terminer son assiette.
    
    — Si tu veux l’arc-en-ciel, tu dois accepter la pluie, acheva-t-il avec un petit sourire.
    
    — Depuis quand est-ce que tu cites Dolly Parton ? S’étonna la demoiselle, amusée.
    
    — Depuis que je pense que tu as besoin d’entendre ce genre de phrases, que personnellement je trouve convenues, mais qui ne sont pas sans aucun sens.
    
    Elle sourit légèrement en baissant les yeux, mal à l’aise pendant quelques secondes. Samy avait l’art et la manière de la cerner beaucoup trop aisément à son goût…
    
    — N’en parlons plus, termina-t-elle en secouant la main.
    
    Il hocha la tête en retrouvant sa bonne humeur et son appétit d’ogre. La soirée s’enchaîna sur deux jours durant lesquels ils affrontèrent le froid pour visiter Busan. Chun-Hei connaissait peu la ville. Son unique voyage remontait à des vacances familiales, l’année de ses dix ans. La redécouvrir aux côtés de Samy faisait remonter des souvenirs flous au goût de menthe poivrée.
    
    Puis la soirée du live arriva. Chun-Hei avait teint ses cheveux en violet pour l’occasion et Samy mis de faux cils d’une longueur indécente et une perruque rose. Ils lancèrent la retransmission en constatant que beaucoup de spectateurs patientaient déjà. Leurs visage apparurent, capturés par la caméra HD du trentenaire.
    
    — Salut à tous ! S’exclama ce dernier. Ici papa Samy, fondateur de la Maison de l’Archer qui vous parle ! Pour les habitués, ce soir pas de jeu mais un IRL avec maman Hyungh !
    
    — Coucou mes enfants, salua la demoiselle. Et ceux qui ne le sont pas encore. Nous avons décidé de faire ce live afin de répondre à vos questions nous concernant, concernant la guilde, notamment pour ceux qui souhaitent y entrer. Nous nous expliquerons sur nos décisions, nos refus si certains veulent en connaître les raisons, mais le but n’est pas de partir en guerre. Donc les modérateurs vous surveillent et ont tous les droits d’exclusion du tchat en cas de débordement.
    
    Chun-Hei n’était pas habituée aux directs et surtout pas avec autant de monde. Elle remarqua que le nombre de spectateurs ne cessait d’augmenter, beaucoup plus que ce qu’elle avait prévu. Samy avait une bonne communauté et le côté inédit de ce live attirait encore plus de curieux. Elle savait que son ami retransmettait les donjons et événements principaux du jeu mais elle n’était jamais le centre de l’attention, contrairement à ce soir. Heureusement, l’assurance de Samy fut contagieuse face au chat déchaîné.
    
    — Alors, première question qui revient : comment nous nous sommes rencontrés, lut la jeune femme. Si je ne fais pas d’erreur, ça fait huit ans.
    
    — C’est ça, peu ou proue, acquiesça son ami. Hyungh commençait et moi je venais d’entrer chez les Red Hawks.
    
    Les Red Hawks était la plus grande guilde de Fantasy World Line. Elle existait depuis dix ans et regroupait presque dix mille membres du serveur sud-coréen. C’était une institution qui avait vu se succéder sept chefs, tous plus talentueux et investis les uns que les autres. La moitié d’entre eux travaillaient désormais pour Tenmaï.
    
    À cette annonce, beaucoup de messages de félicitation fusèrent. Ces souvenirs remuèrent Chun-Hei plus qu’elle ne l’avait imaginé. Elle se mordit l’intérieur de la joue pour se reprendre.
    
    — J’étais un petit nouveau et on s’est croisé dans le Donjon Sous-Marin au début du jeu, reprit Samy.
    
    — Mon groupe m’avait lâchée, du coup j’ai rejoint le sien. Et ce fut la fin de ta courte et brillante carrière chez les Red Hawks, rit la demoiselle, moqueuse.
    
    — Exact. À l’époque, il était interdit d’inviter des joueurs extérieurs à la guilde pendant un donjon effectué sous leur bannière. Je me suis fait éjecter le jour même, après seulement une semaine.
    
    — Le pire, c’est que le chef a changé un mois plus tard et le nouveau a supprimé cette règle ! Sourit Chun-Hei. Le karma n’a pas été avec toi.
    
    — Mais pas de regrets. On a passé beaucoup de temps seulement à deux, avant de fonder la Maison de l’Archer.
    
    Une belle aventure qui rendait curieux les spectateurs. Pendant que Samy racontait quelques anecdotes sur les Red Hawks, Chun-Hei lisait les question et en faisait une synthèse.
    
    — Vous êtes beaucoup à nous demander de vous parler de la guilde dans son ensemble, résuma-t-elle. Elle est née il y a bientôt trois ans et a pris de l’importance cette dernière année. Pendant pas mal de temps, il n’y avait pas beaucoup de membres dans nos rangs. Et du coup avec le monde sont venues des règles plus strictes, évidemment.
    
    Elle vit apparaître sous ses yeux quelques acclamations de colère à la suite de ses mots. Elle se doutait bien que ceux qui n’avaient pas pu gagner leur place parmi eux allaient se manifester à un moment. Les modérateurs expulsèrent trois personnes insultantes alors qu’elle levait une main apaisante.
    
    — Pour ceux qui veulent des explications, je vais les donner, claqua Samy d’un ton ferme. Nous nous targuons d’être une grande guilde dans laquelle il est tout de même facile d’entrer. Nous demandons deux choses : être actif trois fois par semaine et avoir une bonne motivation. Donc ça signifie des temps de connexion assez longs, certes, mais c’est acceptable. L’erreur est humaine, nous nous sommes déjà trompés et si la décision vous déplaît, vous pouvez nous contacter pour en discuter. Mais la moindre insulte vous vaudra un blocage et un avertissement auprès de Tenmaï.
    
    Ses explications ne pouvaient pas être plus claires.
    
    — Je précise que nous ne demandons pas de niveau minimum, donc tous sont acceptés tant que vous avez des soirées de libres et l’envie d’avancer avec nous, rajouta la demoiselle.
    
    — Regardez Choshû ! Il était bas niveau quand il nous a rejoint et il fait pourtant partie des membres les plus actifs.
    
    La demoiselle rit en voyant un message du concerné apparaître :
    
    « Mon plan pour prendre votre place avance comme prévu. D’ici dix ans, ça devrait le faire ! »
    
    — Pour avoir notre place, il nous faudra une photo de toi avec les cheveux violets et les même faux cils que papa, répondit Hyungh avec un petit clin d'œil.
    
    « Challenge accepted ! »
    
    Les deux amis éclatèrent de rire et le reste de la soirée se déroula dans la bonne humeur. Vers une heure du matin, le live fut coupé. Le lendemain, la guilde allait sans doute connaître un nouvel essor.
    
    Kimchi dans ses bras, le professeur d’anglais s’assura de la bonne mise en ligne de la vidéo. Chun-Hei prépara du thé puis s’assit dans le canapé, déplié en lit pour l’accueillir.
    
    — Je crois avoir reconnu un pseudo dans les connectés, informa Samy après une gorgée de sa boisson chaude.
    
    — Lequel ?
    
    — Je me demande si c’était pas un Red Hawk… Attends je vais vérifier.
    
    La jeune femme haussa les épaules et le laissa faire ses recherches, emmitouflée dans un plaid confortable. Le petit appartement ne disposait pas d’un chauffage très efficace, donc elle passait son temps couverte de plaids et autres pulls. Elle s’allongea dans les couvertures une fois son thé terminé et leva un sourcil en entendant son ami ricaner.
    
    — C’est un des leaders actuels, il est venu tester la concurrence, s’amusa-t-il.
    
    — Tant mieux qu’ils s’intéressent à nous.
    
    — Je me sentirais presque flatté.
    
    Cette nuit s’acheva sur une analyse approfondie de la prochaine mise à jour. Bien connaître les nouveautés leur permettait de s’organiser et de recruter les joueurs motivés pour les événements. Ils débutèrent donc un planning que Samy posta sur le serveur de Fantasy Com de la guilde, ainsi qu’un formulaire d’inscription pour chaque nouveauté.
    
    La fin de son séjour se passa si bien et rapidement que Chun-Hei fut plus attristée que prévu le jour de son départ. Elle monta dans le train, le cœur lourd malgré son sourire. Kimchi ne cessa de râler jusqu’à sa libération, une fois de retour dans le studio de Séoul. Dès qu’elle eut retirée ses chaussures, la jeune femme se connecta au jeu pour retrouver sa communauté. Une longue journée l’attendait. Les souvenirs encore vifs de ce voyage à Busan l’élevaient sur un petit nuage dont elle aurait du mal à redescendre.

Texte publié par Loune, 3 novembre 2020 à 11h34
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