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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
— Découvrez qui vous êtes et faites-le exprès.
    
    — Wow, Gandhi ?
    
    — Dolly Parton.
    
    — Dolly Parton ? Depuis quand Hyungh aime la country ?
    
    — J’aime les gens qui prônent la joie et la tolérance.
    
    — Il est quatre heures du matin, je préfère jouer à des jeux pornos plutôt que discuter joie et tolérance.
    
    — Si Samy pouvait éviter de se branler quand je suis en vocal avec lui, ça arrangerait mes oreilles délicates.
    
    — Coincée.
    
    — Abruti.
    
    — Fucking abruti s’il te plaît.
    
    — Heureusement que nous sommes seuls.
    
    — Presque, Palma et Joris sont en vocal aussi. Il la PL sans doute encore. Quand est-ce qu’il va lui dire qu’il est dingue d’elle d’ailleurs ?
    
    — Quand elle reviendra dans le bon pays. Japon-Corée, ça fait loin !
    
    — La cam, ça change tout !
    
    — Abruti et romantique donc.
    
    — Tu me connais. Ça fait… huit ans qu’on joue ensemble ? Si on s’est pas encore pécho c’est parce qu’on s’aime trop !
    
    — Papa Samy et maman Hyungh restent sages et veillent sur leurs petits.
    
    — Une guilde de presque mille membres, ça fait beaucoup de petits.
    
    — Tu m’étonnes. Après ça ferait beaucoup sur un serveur européen peut-être, mais en Corée du Sud ce n'est pas si énorme... Tu es en vacances actuellement ?
    
    — Non pourquoi ?
    
    — Parce que demain matin, tu vas être décalqué, professeur. C’est pas sérieux tout ça !
    
    — Et toi ?
    
    — Je ne travaille qu’à dix-sept heures.
    
    — Chanceuse.
    
    — Chanceuse d’être caissière, le rêve en effet, je n’en reviens pas de la vie parfaite que je mène !
    
    — En attendant, tu es célèbre en ligne, donc ne te plains pas.
    
    — Je ne vis pas en ligne. Je file, je vais dormir. Bonne nuit papa !
    
    — Bonne nuit maman !
    
    La jeune femme posa son micro-casque décoré d’oreilles de chat bleu turquoise sur son clavier éclairé. Puis elle s’étira en poussant un grognement de satisfaction alors que sa colonne vertébrale reprenait une place convenable dans son dos. Le seul bruit qui résonnait dans son petit studio était le ronronnement de l’énorme ordinateur à double écran. Posé au milieu du bureau, il croulait sous des cahiers, des peluches et des tasses vides. La demoiselle passait la moitié de sa vie sur un jeu en ligne, Fantasy World Line, sur lequel son personnage comme sa guilde – La Maison de l’Archer – étaient de plus en plus connus.
    
    Fantasy World Line avait été développé, dix ans plus tôt, par le studio sud-coréen Tenmaï. Depuis, de nombreux anciens joueurs avaient rejoint l’entreprise, qui gagnait d’année en année toujours plus de joueurs et de bénéfices.
    
    Elle se leva de son fauteuil atrocement cher et confortable, caressa la tête du chaton roulé en boule près de la souris puis se rendit dans la minuscule salle de bain. Elle mit de longues secondes avant d’affronter son reflet dans le miroir. Ses cheveux sombres restaient aussi ternes que son visage, malgré quelques menus soins. Elle ressemblait à toutes les autres coréennes, à quelques kilos près. Ses habits amples servaient de cache-misère à sa maigreur maladive.
    
    Sans se regarder plus longtemps, elle tressa sa tignasse et se brossa les dents. Puis elle déplia son canapé, y installa des couvertures et se coucha. Le félin noir la rejoignit une fois la lumière éteinte. Il s’étendit contre sa jeune maîtresse, dont les yeux se vrillèrent sur son téléphone.
    
    — Bon anniversaire hein…
    
    Ses vingt-huit ans, elle les avait passé en ligne, avec ses amis des quatre coins de la Corée du Sud. Elle n’avait plus de famille depuis longtemps, en-dehors de sa sœur cadette, sans doute trop occupée pour la contacter. Elle programma son réveil pour midi puis s’endormit.
    
    Lorsque la sonnerie la tira de ses rêves, elle bougonna, épuisée. Elle la fit taire et se força à se détacher des draps à la chaleur agréable. La petite boule de poils se cacha sous la couette. Traînant des pieds, elle remplit la gamelle de croquettes puis se prépara un café. Enfin, elle ralluma son ordinateur et se posa devant pour avaler son petit déjeuner.
    
    Le serveur de Fantasy Com, le logiciel utilisé par leur guilde pour les conversations tant écrites que vocales, était quasi désert. Un lundi, les plus âgés travaillaient et les plus jeunes étudiaient. Alors qu’elle terminait sa tasse, le chaton sortit de sa litière et sauta sur le bureau afin de s’y coucher. Elle se connecta à Fantasy World Line. Si elle n’avait pas été salariée, ses sorties se seraient limitées aux courses. Elle aurait pu se les faire livrer mais son chat, infecté par le virus de l'immunodéficience féline , prenait un médicament achetable uniquement chez son vétérinaire. À cause de son état de santé, il n'avait pas autant d'énergie que les félins de son âge. Il se manifesta son ronronnant, sortant Chun-Hei de ses pensées.
    
    — Quoi, petit Kimchi ? Sourit-elle en le regardant. Tu es malheureux ?
    
    Il se roula sur le dos et réclama quelques caresses, qu’elle lui offrit bien volontiers. Elle esquiva un coup de griffes joueur.
    
    — Dis donc toi, gronda-t-elle gentiment.
    
    Une petite sonnerie retentit, lui indiquant l’arrivée d’un message privé sur le jeu. Une demande d’intégration de la guilde. Elle tapa rapidement la réponse d’attente classique avant de relayer le message et un résumé du profil du personnage sur le canal écrit des administrateurs. Ils étaient une dizaine à devoir prendre ce genre de décision. Même si, en général, l’entrée dans la guilde n’était pas très sélective afin d’aider les nouveaux joueurs.
    
    Elle finit par se doucher et enfiler un jean et un large débardeur qu’elle rentra dedans. Il apportait un peu de volume à sa silhouette filiforme. Une fois son vieux Teddy Smith sur les épaules, elle sortit de chez elle. La fin de l’après-midi offrait un temps frais et un vent vivifiant. Le bus la mena devant le lycée public de Séoul. À quelques rues, elle rejoignit la supérette Hybis, déjà bondée.
    La jeune femme déposa ses affaires dans le petit bureau attenant à la réserve puis remplaça son patron derrière le comptoir. Le sexagénaire au dos courbé lui tendit les clefs du petit magasin.
    
    — Le livreur ne passera pas ce soir, informa-t-il.
    
    — Donc pas de caramels, dit-elle en connaissant l’état des stocks.
    
    — Et le micro-onde est réparé. Tu fermes à deux heures cette nuit si tu n’as personne et essaie de préparer un peu l’inventaire. À demain.
    
    — Bonne nuit chef, salua la caissière.
    
    Elle encaissa ensuite la vingtaine de clients qui patientaient. Elle savait que la soirée s’enflammerait à la sortie du lycée avant de se calmer drastiquement. Elle occulta quelques remarques sur son travail et le mépris de quelques grands-mères qui se considéraient trop importantes pour la voir comme un être humain. Elle était habituée à leurs attitudes désobligeantes alors qu’elles ne savaient même pas passer leur carte à l’endroit pour payer.
    
    Lorsque les lycéens débarquèrent, elle les salua poliment. En règle générale, les jeunes étaient plus respectueux envers elle. Elle s’était même liée d’amitié avec certains. Elle leur servit boissons et en-cas en souriant. Elle connaissait la pression sociale mise sur les épaules des lycéens, donc si elle louait leur apporter un peu de calme à l'Hybis, elle le faisait volontiers.
    
    — Merci Chun-Hei, heureusement que tu es là pour nous, sourit une des adolescentes, du nom de Saek-Yun.
    
    — Une vraie maman, renchérit un de ses amis.
    
    — Je n’ai pas encore l’âge, rit l’employée. Les cours se passent bien ?
    
    — Épuisants ! Se plaignit la première qui avait pris la parole.
    
    — Pensez qu’à l’université, tout ira mieux. Jeune homme ?
    
    Elle regarda un lycéen de dernière année qui attendait derrière le petit groupe déjà servi. C’était un client régulier qu’elle appréciait pour sa gentillesse et sa voix douce. Plutôt grand et fin, elle haussa un sourcil surpris en constatant la décoloration de ses cheveux noirs en un blond polaire qui faisait ressortir la belle couleur noisette de son regard. Elle appréciait ce genre de look atypique.
    
    L’étudiant se racla la gorge d’un air gêné en lui tendant sa limonade habituelle avec l’appoint. Puis il la salua timidement, caché derrière ses grosses lunettes rondes à larges bords.
    
    — Bonne soirée, lui dit-elle alors qu’il s’éloignait.
    
    Elle aimait ses visites, agréables et reposantes. Elle capta les regards des lycéens et ne put retenir un sourire amusé.
    
    — Saek-Yun, tu as les yeux de l’amour, rit-elle.
    
    La lycéenne rougit jusqu’aux oreilles. Ses amis éclatèrent de rire et la vendeuse lui offrit une friandise à la fraise pour se faire pardonner de sa gentille moquerie.
    
    — Il est dans notre classe, raconta une seconde demoiselle. Il fait partie du club de musique.
    
    — Je comprends mieux, soupira Chun-Hei. Le beau guitariste que toutes les filles adulent ?
    
    — Le beau pianiste que tout le monde pense gay surtout.
    
    La presque trentenaire cligna des yeux, étonnée. Les jeunes avaient de drôles d’idées… Elle connaissait le goût des adolescentes pour les Boys Love et le lycéen avait le physique et l’attitude d’un héros de ce genre d’histoire. Chun-Hei elle-même l’imaginait plus avec un homme qu’une femme. Elle tut cependant cette pensée et retourna son attention vers ses compagnons de début de soirée.
    
    — Vous restez pour réviser ici ? Questionna-t-elle en montrant la table libre dans le coin du petit magasin.
    
    — Pourquoi pas, accepta Saek-Yun. Tu fermes à quelle heure ?
    
    — Beaucoup trop tard pour votre âge. Dans une heure maximum, je vous fous dehors. Aller, au boulot !
    
    Ils obéirent. Chun-Hei s’occupa des quelques clients présents, puis elle s’assit derrière le comptoir et lança Fantasy Com sur son téléphone. Elle remarqua que de nombreux joueurs étaient connectés en vocal avant de se rappeler que Samy avait prévu l’exploration d’un donjon toute la nuit. Comme tous les vendredis.
    
    Après un message privé d’encouragement à son ami, la caissière commença le rangement de la réserve. Puis les heures les plus calmes de son service débutèrent une fois les lycéens partis. Les fêtards du soir animaient les rues mais une petite supérette n’attirait plus grand monde. La jeune femme ferma à l’heure demandée et se coucha dès qu’elle fut rentrée. Le lendemain serait une longue journée.

Texte publié par Loune, 18 octobre 2020 à 00h15
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