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Madame, il est dit que les paroles s’envolent, les écrits demeurent.

Aussi me permettrai-je de vous adresser mes sincères remerciements. En effet, je souhaiterai vous faire part de toute la satisfaction que j’ai eue à travailler dans votre établissement. En l’espace de trois semaines à peine, j’ai oublié que j’avais auparavant travaillé dix années comme technicien de laboratoire. Si l’occasion m’en vient, ce dont je doute, je ne manquerai pas de faire part à l’un de ces nombreux cabinets de dressage, pardon de conseil, qui ont pignon sur rue.

Ensuite, j’apprécierai de partager avec vous un sentiment tout à fait particulier, malheureusement, je crains de ne pouvoir vous le faire ressentir de la manière la plus explicite possible. Je parle en ces termes d’une sensation pour le moins fascinante, celle de se sentir comme un étron ; chaque jour qui passe vous vous rendez compte que votre corps, votre enveloppe corporelle se métamorphose, alors même que rien n’a changé. Dans le miroir, vous vous voyez toujours, vous êtes toujours le même, le teint un peu pâle, des cernes un peu creuses sous les yeux, mais vous attribuez cela à la fatigue, rien de plus. Certains ou certaines s’arrondiront, d’autres maigriront, mais là encore vous vous trouvez une autre excuse, avec toujours en toile de fond l’étrange sensation de flotter, de flotter entre deux eaux, et bientôt vous réalisez que vous êtes devenu cette chose que chaque être vivant, qu’elle que fut sa forme, expulse quand il a fait un bon repas : vous êtes une merde, texture molle ou dure ; la chose qui navigue a fond d’une cuvette de toilettes en attendant qu’une main attendrie ne la chasse. Quand vous vous sentez ainsi, vous jouissez, vous jouissez, car vous n’avez plus à vous préoccuper de quoi que ce soit, puisque vous êtes si semblables aux autres, si pareils à ceux qui vous entourent. N’est-ce pas ainsi qu’ils vous voient, un étron que l’on doit faire disparaître, car il colle aux doigts.

C’est pour cela que je me dois de vous remercier, replonger avec délice dans les eaux noires et saumâtres du marigot suicidaire était une folle et admirable aventure. Se lever, regarder dehors et ressentir le vide intérieur, l’illumination, en un mot devenir Bouddha. Votre esprit s’est détaché et votre corps ne fait plus qu’un avec la machine, vous êtes devenu une extension de la machine, un humain fonctionnel que son esprit a déserté ; un rêve de manager. Imaginez-vous une armée de chair animée que la pensée aurait désertée ! Quel spectacle magnifique ! Chaque jour, ils arrivent, prêts à se brancher sur les machines mères, l’esprit anesthésié par les miracles du soma. Vous-même en participez, malgré la rébellion de votre esprit rétif. Enfin, n’a-t-il pas compris qu’il était là seulement pour assumer la seule maintenance des fonctions vitales et l’exécution des tâches prescrites. Cela est inconcevable ; nous ne sommes que les servants volontaires de nos mères, qu’elles fussent machines mécaniques ou humaines, elles sont là pour prendre soin de nous, penser à nos places, nous guider, nous tenir par la main quand nous nous égarons. Comment pouvons-nous être aussi ingénus ? Ne sommes-nous point là pour obéir, au lieu de penser ? Alors même que vous ne désirez que notre bien, notre bonheur, sous l’égide de votre bienveillance, portée comme une glorieuse antienne ; nous qui ne sommes que les infimes et humbles rouages, tous semblables et remplaçables, du navire-hôpital.


Texte publié par Diogene, 8 octobre 2020 à 19h30
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