Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 2, Chapitre 2 Tome 2, Chapitre 2
Effectivement l’affrontement final est sans surprise. Le représentant est acculé. Jason lui rend encore les coups. Ce qui n’empêche aucunement Harold de prendre progressivement l’avantage.
    
    Un déclic se fait alors en moi. Jason avait réussi un joli coup il y a deux ou trois heures. Il était parvenu à dissimuler une bonne main et rafler la mise. Seul Harold ne s’était pas laissé prendre au piège. Il en avait été ainsi tout le reste de la nuit. Jamais Jason n’était parvenu à prendre le dessus sur Harold.
    
    Alors pourquoi Jason n’avait-il pas déjà quitté la table ? Et pourquoi je me prend la tête avec cette histoire ?
    
    Dans le deuxième cas, c’est tout simplement l’ennui. Revenons au premier. Qu’est-ce qui pousse Jason à se battre encore alors qu’il a eu la possibilité de se retirer les poches pleines ?
    
    Moi entre affronter Lefty et fuir, le choix serait vite vu ?
    
    Tiens justement il donnerait quoi ce combat ? Déjà je devrais attaquer le premier. J’ai déjà vu en action Lefty. Dans un bon jour je pourrai au maximum encaisser ou esquiver deux frappes voir trois si on m’aide à tenir debout après.
    
    Donc je passerais sur sa droite à cause de son surnom, qui n’est pas usurpé. Ensuite Lefty éviterait mes coups comme une putain d’anguille. Quoique un petit coup de coude ou de genou bien vicieux...
    
    Qu’est-ce que je raconte ! Pour placer ce genre d’attaque il faudrait que je m’approche vraiment de près. Lefty me démolirait bien avant que j’y parvienne.
    
    Ma seule chance face à lui serait d’user d’une bricole. Une bricole c’est ce couteau, ce serre-poing, cette matraque... qu’on garde dans sa poche au cas où.
    
    Ça y est ! Mon histoire de bricole provoque un autre déclic. Jason va retourner la situation en trichant. J’ai déjà usé de ce genre de ficelle contre un buveur de guiness. Ce maudit rouquin était taillé façon coffre-fort. Dans un premier temps il m’a défoncé. Puis alors que la mise à mort se profilait, j’ai sortis mon surin et l’ai planté dans le bide.
    
    Le stade de la distraction est dépassée. Je m’approche de Hope lentement afin de ne pas attiser la méfiance. Il vient de finir sa sieste, et s’apprête à relayer une nouvelle fois son second.
    
    Bien qu’encore vaseux il saura être réceptif. Il a l’habitude.
    
    Je réalise à quel point il pue, un peu comme tous et tout ici. Hope s’étire un peu. Je ne lui dis rien. Il se redresse, et passe en position assise. Je ne dis toujours rien. Enfin il commence à délicatement se lever. Je persiste dans le mutisme.
    
    Pourquoi ! Je réalise que je dispose juste d’une intuition bien insuffisante. Hope est un gars prudent. Il en tiendra compte sans faire n’importe quoi.
    
    Peut-être que je n’ai pas envie de passer pour un con, surtout à ses yeux ?
    
    Je me mets à observer Jason comme si je suis capable de déceler quoi que se soit. Ce n’est en rien mon domaine.
    
    Progressivement j’en reviens au mien. Est-ce qu’une bricole me suffirait contre Lefty ? Tout se joue sur l’effet de surprise avec ce genre de tactique. Lefty a quitté le ring au profit de la rue depuis pas mal de temps. Il le verrait sûrement venir.
    
    Harold ne se contente pas des salons mondains, et a donc l’habitude des tricheurs. Lui aussi le verra venir. Si je le sais, c’est également le cas de Jason. Qu’est-ce qu’il nous prépare ce salaud ?
    
    Si je voulais être certain de me faire Lefty comment je procéderai ? C’est évident ! Je n’en ai presque honte de ne pas y avoir pensé avant.
    
    Little Hope s’allonge à son tour. Le spectacle m’absorbe un instant. Il dort les yeux ouverts. Je me demande si ce n’est pas un bluffeur à sa manière. Tout le monde croit qu’il surveille la partie alors qu’en fait il se tape une petite sieste.
    
    Moi je décide de ne pas tirer au flanc. Mon regard se braque sur Sven, qui s’en aperçoit assez vite. Il est réactif ce petit jeune. Ça me plait. Je lui fais signe d’un mouvement du menton de me suivre. J’effleure la manche de Lefty afin de l’informer de notre départ. Nous sommes tous des fantômes silencieux en l’honneur du jeu notre Dieu à tous.
    
    Sven et moi marchons vite. Il ne faut pas laisser Lefty seul trop longtemps, ne serait-ce que pour justifier notre prime.
    
    J’effectue une dernière vérification avant de quitter la pièce. Nous nous traversons le couloir de l’hôtel jusqu’à une autre chambre. C’est un lieu de repli en cas d’une descente des flics ou autre. Hope n’est pas un joueur. Il ne laisse jamais rien au hasard. Je fais passer Sven en premier. Il ne pose aucune question. Il me plait de plus en plus. Ça ne m’empêche pas pour autant de lui coller un coup de chaussette remplie sable dans l’arrière du crâne.
    
    Cette bonne vieille chaussette constitue ma bricole préférée. Certains préfèrent des outils plus flamboyants comme une batte. Ils oublient qu’on n’est pas des soldats. Et que par conséquent d’autres éléments entrent en compte. Déjà dans aucun état une chaussette peut être considéré légalement comme une arme. Ensuite cette arme est silencieuse.
    
    Pour preuve le seul bruit provient du corps entrain de chuter. Pris d’un accès de générosité je relève Sven et l’étale sur la chaise. En fait ce n’est pas vraiment de la générosité. Ca me dispense de trop me pencher en ligotant et le bâillonnant.
    
    D’où je sors la corde et le reste ? Cette chambre n’est pas seulement destinée au repli, mais aussi à ceux cherchant les ennuis.
    
    Le cas de Sven étant réglé, il est temps de passer au suivant. Je retourne dans l’autre pièce et constate que Jason me lance le même regard inquiet qu’à mon départ.
    
    Il n’y a plus aucun doute à avoir à présent. Pour venir à bout de Lefty il me faudrait tout simplement du renfort. Jason a donc un complice sur place ou plutôt avait. Le meilleur candidat est forcément le petit nouveau. Il est plus malléable, et moins fidèle à l’organisation.
    
    Je glisse un petit mot à Lefty à propos de Sven comme quoi il est fatigué et je l’ai donc envoyé dormir un peu. Même s’il ne partage pas cette impression mon collègue se fit à mon expérience. Après tout je n’ai aucune raison de mentir.
    
    Bien que les signes soient légers, ils ne m’échappent pas. Sueur et tremblement font leur apparition chez Jason.
    
    Il faut reconnaitre que c’est amusant d’observer les autres se battre, encaisser... pour changer.
    
    Jason me surprend dans le bon sens. Je pensais qu‘il tenterait le tout pour le tout ou imiterait le représentant. En fait son style de jeu ne change pas. Il rend les coups tout en conservant sa garde.
    
    Je m’ennuie malgré tout. J’espérais un meilleur spectacle. Soudain Lefty me murmure à l’oreille.
    
    « Ramènes Sven. »
    
    Sacré Lefty. La discipline avant tout. Certains trouvent cela ennuyeux voir excessif. Pour avoir plusieurs fois bosser à ses cotés, je sais que ça fonctionne.
    
    Décidément l’ennui est impitoyable. Voilà que suite à cet ordre me vient une idée. Une idée risquée et amusante à la fois. Impossible d’y résister.
    
    Je retourne dans l’autre chambre. Sven m’y attend sagement. Du moins à première vue. En y regardant de plus près la chaise est décalée par rapport à son emplacement initial. Une fois réveillé il a tenté de se libérer en vain. Ça me réjouit au lieu de m’inquiéter. Je ne songe même pas à renoncer. Sven lui conserve un comportement plus normal.
    
    Dès qu’il perçoit ma présence, il se met à me fixer tout en tremblant un peu. Sa peur ne l‘a pas totalement engloutit. Il demeure encore utilisable. Sven se fait plus remuant lorsque je me place derrière lui. Je ne prend pas mon temps. Il ne s’agit pas d’un jeu. Ce dernier viendra après.
    
    Je ramasse le couteau laissé sur place (ai-je vraiment besoin d’expliquer la raison de sa présence ?), et tranche ses liens au niveau des poignets. Lorsque je me place de nouveau en face de Sven, et libère ses jambes, il est transformé. Fini les gesticulations frénétiques il m’observe silencieusement en quête d’une réponse.
    
    C’est vrai que la situation est quelque peu déroutante. Généralement les choses sont plus simples chez nous. On nous désigne comme des hommes de l’ombre alors qu’en fait tout est parfaitement clair : l’un écrase l’autre.
    
    Je présente son pistolet à Sven. Sa peur ne revient pas. Il est plutôt intrigué. Car je tiens l’arme par le canon afin qu’il s’en saisisse plus facilement.
    
    Il hésite un instant, puis finit par reprendre son outil de travail : un mauser C-96, le premier né d’une noble lignée. C’est bien là son seul mérite. Ce pistolet a beau être mythique, il m’a suffit de m’exercer une seule fois avec pour ne plus y toucher. A mon avis ce pillard abattu par Sven, ce n’est qu’un bobard. Sinon lui aussi il utiliserait un autre engin.
    
    Une fois équipé il ne fait rien. En fait complètement paumé il préfère sans doute jouer la sécurité.
    
    Je récite alors mon petit monologue compatissant.
    
    « Tu t’es laissé embobiner. Ça m’est arrivé aussi à mes débuts. Je ne vais pas te faire d’histoire. On va juste laisser ce connard se planter tout seul. Ça te va ? Je peux te faire confiance ? »
    
    Malgré mes éclaircissements Sven conserve son air ahuri. Toutefois il accepte d’un mouvement de tête. Je remarque une hésitation, tandis qu’il range son arme. Ça tient parfois à peu de chose.
    
    Sur le chemin du retour j’ouvre la marche. Tourner le dos à quelqu’un d’armé et qu’on a cogné, est une sacrée preuve de confiance et aussi un peu de stupidité je l’admet.
    
    Il est temps d’apporter la touche finale. En rentrant je présente mon plus beau sourire à Jason, qui m’observe discrètement. Le pauvre sa chance était entrain de revenir, si j’en juge par l’augmentation de son tas de billets.
    
    A présent il se remet à suer. Il comprend que j’ai retourné son complice, et est à présent complètement seul face au terrible Harold et accessoirement au représentant.
    
    Je me demande bien ce que tout cela va donner ?
    
    Mon idée aussi tordue soit-elle me procure un sacré spectacle.

Texte publié par Jules Famas, 27 novembre 2020 à 09h37
© tous droits réservés.
«
»
Tome 2, Chapitre 2 Tome 2, Chapitre 2
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1615 histoires publiées
739 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Lewis Pleasance
LeConteur.fr 2013-2021 © Tous droits réservés