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Tome 2, Chapitre 1 Tome 2, Chapitre 1
La lumière du plafonnier suffit à peine depuis que la nuit est tombée. On suffoque dans cette chambre d’hôtel trop réduite pour notre nombre. Les odeurs corporelles, et la fumée des cigarettes agressent les narines. Il y a aussi ce silence si pesant, que personne n’ose briser.
    
    Et pour finir nous sommes là à lutter contre le relâchement. Même Lefty montre des signes de faiblesses. Alors il regarde de temps à autre sur la table où se trouve les billets tenant compagnie aux cartes. Ça lui remémore la raison de la présence d’hommes de main comme nous.
    
    Dès que du fric traine quelque part, il y aura toujours quelqu’un pour tenter de le faucher. Hope le sait bien. C’est pourquoi ses grandes soirées pokers il les organise toujours dans un endroit différent.
    
    Hope c’est l’espèce de Lamentin vautrée sur un fauteuil dans un coin, qui attend que le fric vienne à lui.
    
    Ce type a toujours fait dans le pari et le jeu autant que je m’en souvienne. Son truc en plus consiste à laisser une dernière chance à ses clients de se refaire. Et grâce à ce faux espoir il les plume un peu plus.
    
    C’est drôle que malgré son surnom annonciateur, cette astuce fonctionne toujours.
    
    Après le patron passons à la cheville ouvrière. Little Hope est à la fois un sobriquet peu recherché et adéquate. Ce petit pâlichon vivant dans l’ombre de son boss, se tient debout à proximité de la table. Il gère les emprunts, et veille au bon déroulement de la partie.
    
    Comme les plus gros joueurs de poker des environs sont réunis dans cette pièce, Hope en grand seigneur s’est fendu un troisième homme de main : Sven. Ça doit être suédois ou danois. En tous cas avec un prénom pareil pas besoin d’un surnom. Et puis ça change des Vito et des Salomon.
    
    Malgré sa vingtaine naissante, Sven n’est pas complètement un novice. Il s’est déjà fait la main en assurant la sécurité de livraisons d’alcool. Il aurait même descendu un type lors d’un hijacking (détournement). On peut donc compter sur lui en cas de grabuge. En plus il est grand. J’ai roulé ma bosse, et sais que même si elle aide pas mal, la masse ne suffit pas toujours dans un affrontement. En revanche un bon gabarit intimide souvent, et évite justement d’en venir au poing.
    
    C’est marrant de voir Lefty le vétéran et Sven le débutant côte à côte. Surtout parce qu’ils commettent la même erreur. Ils tuent le temps, tous les deux incapables d’apprécier le spectacle sous leurs yeux.
    
    Autour de cette table se déroule une sacrée baston plus violente parfois que celles sur les trottoirs ou dans les bars. Car même s’il y a des idiots qui ne savent pas s’arrêter, leurs corps s’en chargent.
    
    Alors que chez les joueurs le massacre peut s’éterniser très longtemps. J’en ai vu passer d’une maison avec jardin à la rue le temps d’une partie. Et ne venez pas me dire qu’au moins personne ne meurt. Croyez-moi Hope peut aller très loin face aux mauvais coucheurs.
    
    Heureusement il y en a aussi des bons. Il est le premier à se retirer de la partie. Je ne le sentais pas de toute façon. Ce n’est qu’un petit bourgeois en quête de sensation forte n’ayant rien à faire là. Les autres joueurs le toisent de leur mépris. Je ne partage pas ce point de vue. Face à plus fort que soi s’écraser est une preuve d’intelligence, pas de lâcheté.
    
    Je lui ouvre la porte. Visiblement il comprend le sens de mon geste, et me gratifie d’un pourboire rectangulaire et vert. Il s’en tire à bon compte. Au pire sa femme tirera un peu la gueule de ne pas avoir sa nouvelle cuisinière tout de suite.
    
    La partie se poursuit. Et quitte à me répéter elle me fait penser à un bon vieux pugilat.
    
    Il y a ce veinard, qui a commencé avec des bonnes cartes, et voit à présent son butin diminuer.
    
    C’est comme ce petit vicieux, qui ouvre les hostilités en fracassant une bouteille sur le crâne. Dans un premier temps son adversaire s’effondre le visage en sang. Puis il se révèle être un dur et par conséquent se remet debout. Et là le vicieux déguste à son tour.
    
    Un autre également dans une mauvaise passe, tente le tapis afin d’impressionner ses rivaux, et les pousser à se coucher. Un gars fait face à un type plus vif lui en mettant plein la gueule sans qu’il ne parvienne de son coté à l’effleurer. Alors il charge pour le plaquer au sol.
    
    Le bluff ne fonctionne pas sur certains joueurs, qui le dépouillent complètement.
    
    Le type plus vif se décale juste avant la charge. Le gars se fracasse dans le décor.
    
    Les heures s’enchainent. Une bonne main de temps à autre ne suffit plus si on veut conserver sa place et son argent. Il faut tenir le rythme.
    
    Dans une baston entre bandes, seulement cogner fort n’assure pas d’être parmi les derniers encore debout. On doit toujours rester en mouvement pour ne pas se faire encercler, bien se protéger la tête...
    
    Un des perdants de la table vient jusqu’à Hope. Je le surveille du regard prêt à intervenir. Il sent trop le désespoir à mon goût.
    
    Il demande à Hope une autre avance, et raconte qu’il va se refaire.
    
    Des types même plus capables de se relever, refusent parfois d’admettre leur défaite, et persistent à insulter leur adversaire quitte à se prendre quelques coups supplémentaires.
    
    D’une certaine manière ce perdant a de la chance. Hope laisse s’achever ce discourt qu’il a déjà dû entendre une bonne centaine de fois et attend simplement que le perdant accepte la situation.
    
    Lorsqu’il sort enfin de la pièce, le perdant titube. Tête baissée. Bras ballants. Regard morne. Tout à fait l’attitude d’un homme venant de se prendre une raclée.
    
    L’affrontement reprend jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que trois. Parmi ces durs de durs se trouve un dénommé Jason. C’est une connaissance. Sans vraiment se fréquenter nous avons toujours vécu dans la même partie de la ville : la mauvaise. D’une certaine façon sa réussite me flatte un peu.
    
    Il est un peu moins alter-ego en gambler. Alors que gamin avec ma bande, je dépouillais les passants dans les ruelles sombres, dans ces mêmes rues Jason pariait lors des parties de zanzi. Quand plus âgé je virais les clients un peu trop éméchés des tripots contre quelques billets, lui jouaient aux cartes dans les arrières-salles.
    
    Sans être les meilleurs lui et et moi nous connaissons bien notre affaire. Je me reporte sur les autres participants. Le deuxième un homme brun d’une quarantaine d’années m’est totalement inconnu. Sûrement un représentant de commerce. Ces gars là savent toujours repérer les bons plans. Je peux affirmer, qu’il ne sera pas le grand gagnant de cette soirée.
    
    Jusqu’ici il a joué la sécurité à passer la plupart du temps. Ce genre de tactique permet de tenir mais pas de vaincre. Il me fait penser à John. Le pauvre avait un regard errant, qui finissait toujours par fixer quelqu’un sans le vouloir. Forcément cette particularité lui causait des ennuis. Le plus étrange demeurait sa façon de se battre. Il restait là connement à encaisser les assauts le sourire aux lèvres.
    
    C’est vrai qu’il tenait bien le coup cet imbécile. Mais il finissait toujours par tomber au bout d’un moment.
    
    Le numéro trois lui je le connais comme tout le monde dans les bas fonds de la ville. A la fois détesté et admiré Harold est comptable et membre du conseil municipal. Habituellement avec ce genre de richard l’arrangement est le suivant : de notre coté on lui fournit l’exotisme des bas fonds, et du sien il nous file son pognon.
    
    Sauf que Harold n’a rien d’un flambeur. Lui il nettoie un club de jeu en une soirée. C’est quoi son truc ? Il est tout simplement parfait. Peu importe la situation, les cartes dans ses mains, les autres joueurs.... Harold s’en tire toujours.
    
    Personnellement j’ai une théorie à propos de son talent. Si moi je suis l’équivalent de Jason, dans son cas il faut se reporter à Lefty.
    
    Lefty n’est pas seulement bon comme moi. Il est la référence dans sa partie. Et pourquoi ? Pendant que j’agitais mes bras dans tous les sens dans les bagarres entre gosses, son entraineur à la salle de boxe lui apprenait à frapper avec l’ensemble de son corps. L’économie des mouvements, la précision, la rigueur.... servent également à Lefty lorsqu’il faut jouer du flingue.
    
    Quant à Harold un grand joueur ne se repose pas sur la chance. Il calcule. Il gère. Il évalue. C’est aussi ce que fait un comptable.
    
    Je suis tenté de dire que les paris sont ouverts. Sauf que l’issue me semble trop évidente.

Texte publié par Jules Famas, 14 novembre 2020 à 19h11
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