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Tome 1, Chapitre 16 Tome 1, Chapitre 16

    Le jeudi suivant Matthias arriva, remonté comme une montre :
    — Je crois que je tiens quelque chose ! Vous connaissez la légende des Étocs ?
    — Les étaux ? demanda Kévin en mimant des pinces.
    — Non, les Étocs, la bande de rochers, au large !... C'est juste une légende, bien sûr. Leur forme a fait penser aux gens de la région qu'il s'agissait des ruines d'un château fort. Ce château aurait été dévasté par la mer après qu'un chevalier parti en croisade avait été trahi par son meilleur ami : malgré son serment de protéger sa femme, évidemment très belle, le félon avait plutôt essayé de la violer, et elle s'était jetée par une fenêtre dans les flots bouillonnants !
    — Pourquoi il n'était pas parti, lui ? demanda Pierre.
    — Je sais pas, les croisades c'était pas une conscription. Seuls ceux qui voulaient partaient, sans doute.
    — Dans ce cas le type qui a abandonné sa dulcinée pour une ville sainte chimérique a bien mérité de perdre tout ce qu'il avait ! Moi, on ne m'y reprendra plus à laisser de côté la personne de mon cœur, en tout cas.
    Il coula un regard à Oana.
    
    — C'est pas de ça qu'on parle ! s'énerva Simon. On doit trouver des éléments pour sauver celle à qui je dois la vie !
    Oana fit la moue. Il s'en aperçut.
    — Ben quoi ? Il se serait rien passé si tu n'avais pas entraîné toute ta bande chez moi, mais c'est elle qui savait quoi faire pour m'exorciser ! On peut revenir au vif du sujet, maintenant ?
    — À vrai dire, on est coincé au bahut jusqu'à la fin de la journée, alors on peut dévier un peu au contraire... Je voudrais comprendre ton changement de comportement. Tu as fait un trait sur moi alors tu te rabats sur elle ?
    Matthias se raidit en entendant cela.
    
    — Mais non ! continua Simon. C'est ce qu'on a écouté l'autre soir : je me suis rendu compte de ce qu'elle avait fait pour moi. Alors qu'on ne s'était jamais parlé, et que moi je passais mon temps à t'envoyer balader. Il fallait qu'elle soit sacrément attachée à toi pour faire tout ça... et je lui dois une fière chandelle, comme on dit ! Je n'aime pas être endetté. Plus vite tu l'auras délivrée, plus vite je pourrai recommencer à dormir tranquille.
    — « Je » l’aurai délivrée ? T’as une drôle de conception des dettes à régler toi !
    — Ben, j’ai quand-même pas très envie de me refrotter à ce fantôme, il a comme qui dirait ses quartiers d’été dans mon corps, je ne voudrais pas qu’il se laisse tenter à nouveau... Il faudra que ce soit toi qui l’attires, si on vise l’efficacité !
    — Mouais. Et donc, Matthias, tu disais ?
    — Que la légende n'a rien de fondé, ces rochers ne sont qu'un tas de cailloux, aucune intervention humaine dans leur agencement. Par contre j'ai vérifié les lignes de montée et descente des eaux au fil des siècles. Il y a trois mille ans, le niveau de la mer avait déjà beaucoup remonté par rapport au néolithique, mais il était encore à peu près trois mètres plus bas qu'aujourd'hui. Les Étocs étaient déjà au large, mais le petit îlot entre la côte et eux, Locarec, lui, était encore au sec. Je pense qu'il y a quelque chose à explorer par-là.
    — Quelque chose mais quoi ? Il faudrait au moins qu'on connaisse les signes de royauté à l'époque de notre bonhomme ! Et comment le convaincre de laisser Zoé en paix et de me suivre à la place ?
    — T'as qu'à venir avec moi ce midi, on lui rend une petite visite à l'hôpital au lieu d'aller au self. Peut-être que tu pourras parler avec lui ?
    Oana serra son rouleau de faux parchemin au fond de sa poche.
    — C'est d'accord.
    — Je te garderai une pomme ! lui lança Simon avec un clin d’œil.
    Elle haussa les épaules.
    
    Lorsqu'ils pénétrèrent dans la chambre, ils virent la mère de Zoé assise sur une chaise devant le lit.
    — Bonjour Madame Pouliquen ! Nous vous relayons, vous pouvez aller déjeuner.
    Elle s'éclipsa en remerciant.
    Ils s'approchèrent doucement de la malade. Son visage avait une légère cicatrice au menton, qui disparaîtrait avec le temps. Il restait quelques pansements sur ses bras, et probablement sur son corps qui n'était pas visible. Elle avait une perfusion sur une main, au milieu de quelques hématomes causés par d'autres piqûres. Matthias lui déposa un baiser sur le front, elle ouvrit les yeux.
    — Comment vas-tu aujourd'hui ? chuchota-t-il.
    Elle ne répondit pas. Son regard était nébuleux.
    — Je suis avec Oana, elle aimerait bien te parler, je crois.
    
    La jeune fille s'approcha de Zoé et lui glissa dans la main son parchemin roulé. Puis elle serra son poing sur le sien.
    — Je crois que tu héberges le jeune Celte, au moins en partie, est-ce vrai ?
    Zoé ferma les yeux une demi-seconde en signe d'acquiescement. Oana écarta les boucles rousses pour se frayer un chemin jusqu'à l'oreille.
    — Jeune homme, si ce qu'a fait mon amie n'a pas suffit à vous délivrer, je veux, moi, vous apporter la paix. Laissez-la tranquille. Laissez-la guérir. Vous lui avez fait assez de mal, alors qu'elle n'a agi que dans votre intérêt. Venez avec moi, maintenant !
    
    Zoé se mit à tousser. Matthias l'aida à se redresser mais la quinte ne passait pas. Oana lui passa la main dans le dos — elle savait qu'il ne faut pas donner de claques à une personne qui respire — puis elle essaya de lui masser un peu les épaules pour la détendre mais les saccades rendaient ses gestes maladroits et inutiles. Enfin, Zoé cracha sur la couverture un petit morceau de miroir. La glace de l'armoire.
    Ses yeux était désormais limpides mais le verre lui avait écorché la bouche. Ses amis ne la firent pas parler et appelèrent une infirmière.
    Puis la mère revint, l'estomac plein. Elle se mit d'abord en colère devant le sang qui sortait des lèvres de sa fille et chassa les deux adolescents. Plus tard elle s'aperçut que Zoé avait enfin recouvré ses esprits mais il était trop tard pour les questionner ou les remercier.

Texte publié par Lilitor, 22 février 2021 à 19h25
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