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Tome 1, Chapitre 10 Tome 1, Chapitre 10

    — Oana ! cria Zoé.
    Pierre bondit dans la chambre et saisit ce qu'il put, à tâtons, c'est-à-dire les jambes de la jeune fille, dont le buste était déjà englouti.
    — Venez m'aider ! Je vais lâcher prise !
    Matthias accourut à son tour tandis que Zoé hésitait : à quoi pourrait-elle être utile avec une seule main pour se cramponner ?
    Elle les rejoignit tout de même et inspecta la pièce, en proie à l’interrogation. « Concentre-toi, petite, concentre-toi ! Il y a sûrement un moyen de rompre cette malédiction qui semble avoir fait son nid dans ce lieu ! »
    Pendant que les deux garçons tentaient de maintenir la prise, elle examina le contenu de son sac en le vidant par terre au fur et à mesure. Elle versa l'eau d'un petit flacon dans une coupelle métallique. Alluma une grosse bougie rouge qu'elle posa à côté, sur le plancher. Mais la poussière vint étouffer la flamme. Impossible de faire un rituel dans ces conditions ! D'ailleurs, les objets qu'elle avait sortis disparaissaient dans la brume ambiante, elle ne les retrouvait plus... Ça s'annonçait mal !
    
    Le vent continuait à entrer par la fenêtre mais il était ensuite absorbé par la glace, empêchant l'air de redevenir limpide. Le reflet, pourtant, se troublait de plus en plus, pâlissait exactement, et la partie captive d'Oana commençait à s'estomper. Il fallait agir vite pour ne pas la perdre !
    Zoé balaya le sol de ses deux mains, en tout cas d'une main et des doigts de l'autre.
    Elle récupéra ainsi une branche de gui séché, du romarin, un ruban rose délavé, sa coupe toujours pleine d'eau, le briquet et trois bougies de couleurs différentes. Elle n'avait pas le temps de tergiverser ou de fouiller sa mémoire, elle improvisa. Après tout, en magie, c'est l'intention qui compte, non ?
    Entièrement focalisée sur l'idée de délivrer son amie, elle égrena le gui au-dessus de la coupe et y plongea le romarin. Puis elle enflamma les trois bougies et en fit tomber la cire à la surface de son mélange. Elle déversa ensuite le tout sur la couverture du carnet de Simon, qui s'ouvrit brusquement, comme sous l'effet du vent, et dévia ainsi une partie du liquide. Mais des gouttes l'atteignirent tout de même et il se mit à fumer dans un sifflement sourd. Quelle force occulte pouvait bien être derrière ce tour ?
    
    La surface du miroir sembla se ramollir. Les garçons, qui tiraient de toutes leurs forces depuis un bon moment, furent emportés en arrière et Oana leur tomba dessus, entière.
    Ses cheveux et sa peau étaient devenus gris pâle, jusqu'à la taille tout au moins. Ils reculèrent tous, effrayés, puis Zoé se rapprocha et prit son poignet pour tâter son pouls : il battait faiblement. Oana avait des marques rouges autour du cou, qui ressortaient sur sa peau blafarde.
    C'était plutôt bon signe, la grisaille n'était que de surface. Ou bien c'était pire que tout. Zoé n'arrivait pas à trancher. Elle essaya de n'en laisser rien paraître et frotta les bras de son amie pour voir si le sang revenait. Mais la poussière semblait polarisée par Oana désormais, elle se couvrait petit à petit d'une épaisseur pelucheuse.
    
    — Les gars ! Aidez-moi ! s'étrangla Zoé. Il faut la débarrasser de ce truc ! Et lui donner de l'air !
    — Et si on la sortait de cette pièce ? proposa Pierre.
    Il la soutinrent chacun par une épaule et la guidèrent vers la porte. Mais alors que Zoé passait devant eux et que Matthias avait déjà posé son pied sur le palier, une résistance les empêcha de tirer Oana dehors. Un mur invisible barrait la porte, qui ne retenait qu'elle mais qu'elle ne pouvait pas franchir.
    Le temps de comprendre tout cela, elle n'était déjà plus qu'un amas poudreux de forme humaine. Zoé se précipita de nouveau dans la chambre et épousseta son amie.
    — Allez ! Tout le monde frotte ! On doit absolument continuer à la voir !
    — Pourquoi ? s'enquit Matthias.
    — Je ne sais pas, une intuition. Très forte. Allez, frotte !
    — Ça ne sert à rien ! s'énerva Pierre. Plus on en retire, plus il en revient !
    
    Zoé attrapa sa coupe métallique et la lança de toutes ses forces contre la glace. Elle explosa.
    — Pourquoi tu as fait ça ?
    — Tu as dit toi-même que ce que nous faisions ne servait à rien. Si on veut un résultat différent, il faut arrêter de faire toujours la même chose, tu ne connais pas l'adage ? Voilà, j'ai essayé autre chose.
    
    Elle ramassa sa coupe complètement cabossée puis un éclat de miroir, qu'elle vint placer devant la porte.
    — Tu n'as pas peur que ça aspire de nouveau Oana ? demanda Matthias.
    — C'est trop petit non ? Je veux surtout que ça attire le vent. Regarde : ça frémit.
    Elle ramassa un à un les morceaux les plus gros et vint les placer à côté du premier, alignés le long du mur. Un courant d'air se créait, qui emportait avec lui certaines particules de poussière.
    On commençait à y voir un peu mieux dans la pièce. Désormais, ce qui se détachait d'Oana tombait dans les miroirs. Ils purent cesser de se concentrer sur son nez, dégager son visage entier puis le reste de son corps.
    
    — Pas de nécrose ? s'enquit Zoé quand tout fut aspiré.
    — On ne dirait pas, répondirent les garçons.
    — Bon. Oana ? Tu m'entends ? Suis mon doigt avec tes yeux.
    Les pupilles répétèrent le mouvement.
    — Parfait. Je crois que tu es sous le choc, c'est bien normal. Tu vas reprendre tes esprits dans pas longtemps. Je vais t'allumer cette bougie, concentre-toi sur sa flamme.
    La petite sorcière détacha un de ses pendentifs et le noua autour du cou de son amie.
    — Et garde ce quartz rose à-même ta peau, d'accord ?
    Oana ferma doucement les paupières, comme pour acquiescer.
    — Bien.
    
    Zoé posa le cahier de Simon à cheval sur deux éclats de miroir. Le sifflement revint.
    — Je vais mettre de l'encens des korrigans, je me suis toujours bien entendue avec eux, ils nous seront bénéfiques.
    Elle enflamma un bâton épais, de section triangulaire, qui avait l'air fait maison, et une fumée acre envahit l'atmosphère. Pourtant chacun se sentit soulagé de la respirer. La jeune femme laissa tomber le bâton encore incandescent sur les pages ouvertes du carnet. Des étincelles jaillirent, puis une forme argentée s'éleva de la tache carbonisée sur le papier.

Texte publié par Lilitor, 16 novembre 2020 à 19h55
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