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Tome 1, Chapitre 8 Tome 1, Chapitre 8

    Le mercredi, donc, les trois amis passèrent beaucoup de temps ensemble à discuter des opérations. Oana n’était pas fâchée d’éviter un peu son amoureux, elle n’avait pas envie de reparler des questions de la veille.
    Cependant, lorsqu’ils se dirigèrent vers les cars en récapitulant les opérations prévues jusqu’à leur arrivée dans la maison, Pierre les suivit. Il les vit répartir les objets d’un sac à l’autre pour équilibrer les poids, et il essaya de surprendre leur conversation. En désespoir de cause, il se planta devant l’arrêt de la ligne qu’ils devaiant prendre, pour les forcer à le considérer.
    
    — Vous faites quoi cet après-midi ?
    — Euh... On a un devoir maison à faire, on va chez Oana parce qu'elle a de la place pour travailler, répondit Zoé.
    — C'est dans quelle matière ?
    — Je t'en pose des questions, moi ?
    — Vous n'allez pas du tout travailler, hein ? Allez, dites-moi ce que vous allez faire !
    — Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que tu viennes, glissa Oana.
    — Ah bon ? s'offusqua-t-il. Et pourquoi pas ?
    
    Le car qui devait les emporter arriva. Celui de Pierre était d'ailleurs sur le point de partir mais il ne courut pas après. Au contraire, il se plaça devant la porte de celui d'Oana et en bloqua l'accès au groupe d'amis.
    — Pierre, s'il te plaît, laisse-nous passer.
    — Non.
    — C'est important, intervient Matthias.
    — M'en fiche. Si c'était vraiment important, vous m'en auriez parlé.
    Les deux garçons se défièrent du regard.
    
    — Bon, vous libérez le passage ? s'énerva le chauffeur.
    Pendant que Pierre se retournait, surpris, Oana, Zoé et Matthias s'engouffrèrent à l'intérieur. Pierre regarda son propre car franchir le portail et sauta à son tour dans celui de ses amis. Il les rejoignit bientôt sur leurs sièges.
    — C'est malin ! s'exclama Oana.
    Mais au fond d'elle, une petite fille jubilait que le preux chevalier ait franchi le précipice pour venir la chercher.
    
    — Bon, vous m'expliquez maintenant ?
    — Écoute, Pierre, commença Zoé, je sais que tu n'apportes pas beaucoup de crédit au paganisme...
    — Vous allez faire une cérémonie secrète ? Ah, zut, je n'aurais effectivement pas dû vous suivre !
    — Je ne sais pas très bien ce que nous allons faire, mais en tout cas personne ne t'a obligé à être là, alors oui, si ça te gonfle, tu peux t'en aller.
    — Mais vous avez l'air bizarre, c'est dangereux ?
    — On sait pas trop... t'en dis quoi, Oana ?
    — Tout ce que je sais c'est que mes cauchemars me laissent dans l'angoisse. Est-ce que dans la vie réelle il y a un danger, ça, je n'en mettrais pas ma main au feu. Même si la dernière fois que j'ai jeté un œil, de jour, ça m'a aussi donné des sueurs froides.
    — Arrêtez de parler par énigmes ! s'énerva Pierre. Vous le crachez, votre morceau ?
    — Calme-toi, on arrive de toute façon, tu vas bien voir par toi-même.
    
    Les quatre adolescents descendirent du véhicule et s'arrêtèrent un instant sous l'abribus, le temps que la rue redevienne déserte. Oana observait par intermittence la petite fenêtre ronde du dernier étage. Zoé alternait entre le visage d'Oana et l’œil de bœuf. Pierre, lui, ne regardait qu'Oana, l'air inquiet. Quant à Matthias, il avait sorti son enregistreur.
    
    La façade était couverte d'un crépis blanc qui s'effritait, des coulures vertes faisaient comme des traînées de larmes de chaque côté des fenêtres et la porte d'entrée semblait avoir pris l'humidité. Il fallu cependant toute la dextérité du journaliste en herbe pour crocheter la serrure.
    Les trois autres étaient restés sous l'arrêt du car, histoire de ne pas trop attirer l'attention. Même si c'était inéluctable, dans cette ville mourante, peuplée en majorité de petits vieux qui n'avaient rien d'autre à faire de leur journées que guetter la rue vide dans l'espoir qu'il y passe une voiture ou un chat.
    
    Le penne se rétracta dans un « cloc » étouffé, Matthias fit un geste de victoire, poussa le battant et s'effaça dans l'obscurité de la demeure. Ses amis le rejoignirent un par un. Oana avait le souffle court, elle se concentrait pour rester calme. Pierre s'était rapproché d'elle, prêt à faire l'homme serein et réconfortant si l'imagination de sa belle lui jouait des tours. Zoé était aux aguets, elle respirait très lentement au contraire, et pestait contre quiconque osait faire craquer une marche de l'escalier intérieur ou frotter deux pans de vêtements ensemble. Matthias aussi avait l'oreille tendue. Ils montaient à la file indienne jusqu'à l'espace habitable.
    
    Un coup de vent fit claquer la porte en contrebas. Tous sursautèrent. Oui, même Pierre, mais comme il était resté en arrière, il s'assura que personne ne l'avait remarqué. Chacun était bien trop affairé par sa propre émotion.
    La lumière atténuée qui descendait par le second escalier, plus à droite que le précédent, ne permettait pas de discerner les recoins. Oana tendit la main vers la poignée de la cuisine, à gauche, et ouvrit. Ce n'était guère mieux, les volets étaient clos. Un peu de jour gris filtrait à travers les interstices et révélait une pièce entièrement vide. Les placards, béants, ne recelaient pas le moindre objet oublié.
    
    Un grincement parvint au groupe depuis l'autre côté du palier. Ils se retournèrent tous les trois d'un seul mouvement, pivotant sur leurs semelles. La porte en face d'eux était fermée. Fallait-il aller voir derrière le battant, dans l'autre pièce ? D'après ce qu'Oana avait dit, c'était en haut que ça se passait, même s'il ne savaient pas précisément de quoi il s'agissait. Ils la consultèrent du regard, elle écarta les bras en signe d'ignorance. Zoé choisit l'option cuisine.
    
    Matthias ne résista pas à la curiosité. Il posa un pied devant l'autre, sans faire de trace car aucune poussière ne recouvrait le parquet à ce niveau. Il trouva le volume vide d'un ancien salon, lui aussi vaguement éclairé par les rais qui traversaient les volets. On devinait sur les murs les taches plus claires des endroits où des tableaux avaient été exposés. C'était une pièce complètement carrée, sans intérêt. Il ressortit, convaincu que le grincement ne venait pas de là. Les deux portes désormais ouvertes délivraient un peu de leur maigre lumière.
    
    Maintenant qu'on y voyait mieux sur le palier, il avisa la porte des toilettes, sous l'escalier menant à l'étage supérieur. En deux pas chassés, il pouvait y être et ouvrir le battant d'un coup sec, ensuite ils seraient vraiment sûrs d'être en sécurité.
    C'est alors que le choc se produisit.
    Il percuta de plein fouet une grande silhouette sombre. Il ne parvint pas à se retenir de crier. En face, la silhouette s'agitait en se tenant le nez et jurait à voix basse.
    C'était Pierre qui, n'en pouvant plus d'attendre et ayant conclu en son for intérieur qu'il n'y avait rien à craindre, avait décidé de monter pour s'aviser de ce qu'il en était là-haut.
    — Putain mais t'es con ? chuchota Pierre. Pourquoi tu fonces comme ça vers rien ?
    — C'est toi qu'es un crétin ! C'est pas rien, regarde !
    Il ouvrit enfin le réduit et découvrit une cuvette en émail nu, pleine d'eau croupie. Dans la pénombre, le papier peint semblait arborer de petites fleurs marron du plus bel effet « années cinquante ». L'une d'elles bougea. Matthias eu un mouvement de recul et Pierre écrasa du pied l'araignée.
    
    Pendant ce temps, les filles étaient sorties de la cuisine et gravissaient les marches, Oana en tête. En haut, un velux velu de lichen éclairait le palier.
    — Tu veux faire quoi ? souffla Zoé.
    — Je crois qu'il faut que j'entre seule. Couvrez mes arrières, comme on dit !

Texte publié par Lilitor, 2 novembre 2020 à 17h37
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