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Tome 1, Chapitre 5 Tome 1, Chapitre 5

    Le mercredi suivant, le long de la rivière, il se mit à pleuvoir. Oana et Pierre se réfugièrent sous un saule. Ils avaient tout juste échappé à l’averse, les cheveux de la jeune fille arboraient de fines perles d’eau.
    — Oh non ! Ils vont boucler !
    — Encore plus ? Je pense que ça t’ira bien.
    — Je ne me fie pas à ton avis, tu es partial.
    — Parce que je t’aime bien ?
    Oana rougit. Elle ne s’attendait pas à voir la question abordée de front, elle qui louvoyait depuis des semaines. Il écarta du doigt une mèche qui s’apprêtait à dégoutter sur ses cils. Elle sursauta à ce contact esquissé.
    
    — Il y a quelqu’un d’autre à qui tu voudrais plaire ? demanda-t-il.
    Le cœur d’Oana manqua un battement. La réponse alors s’imposa à elle : non, absolument personne. Mais comment le formuler ? Elle cherchait ses mots tout en se noyant dans le regard anthracite. Elle s’y accrochait comme un unique point fixe dans l’univers qui tournoyait autour d’elle. Elle tremblait.
    
    — Je sais bien, continua-t-il, que tu es encore amoureuse de ton ex.
    Là elle s’étrangla.
    — Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’ai pas d’ex !
    — Te fiche pas de moi, il y a ce gars après qui tu cours sans arrêt, complètement éperdue alors qu’il ne t’accorde même plus un regard.
    — Oh, c’est l’impression que je donne ?
    Elle baissa les yeux.
    
    — Je… je suis en deuil de son amitié. Nous n’étions rien de plus.
    — Mais c’était tout pour toi…
    La lycéenne réfléchit un instant, puis réaccrocha les iris sombres en face d’elle.
    — Tu as raison. Je ne connaissais personne d’autre, tu comprends… Mais jamais je n’ai imaginé sortir avec lui.
    Elle pencha la tête sur le côté en gardant ses pupilles fixées sur lui. Il sourit légèrement.
    — Il va falloir que tu m’aides, conclut-il, parce que je n’arrive pas à te déchiffrer.
    
    Le sang d’Oana battait tellement fort qu’elle le sentait partout dans ses membres, jusqu’au bout des doigts. La pluie avait gorgé le feuillage du saule et commençait à percer leur abri. Une grosse goutte tomba sur sa clavicule. Pierre avança la main pour l’essuyer. Au point d’effleurement, elle sentit une myriade de petites étoiles naître puis se disperser dans son corps en une traînée argentée. Elle frissonna.
    — On n’est plus en sécurité ici, déclara-t-il. Viens, je te prête une place sous ma capuche ! Je te propose de se réfugier chez moi, c’est à deux rues d’ici.
    Il colla son oreille contre celle d’Oana pour que leurs deux têtes tiennent sous le tissu molletonné. Puis il glissa son bras autour de sa taille et impulsa le mouvement : tout droit jusqu’au bitume, puis à gauche dans la ruelle. Encore deux numéros sur la droite et les voilà sous le porche arrondi d’une maison à soubassement de granit.
    Ils dégoulinèrent sur le paillasson pendant que le jeune homme cherchait ses clés. Il se contorsionnait pour ne pas se mouiller ni cogner son amie dans la manœuvre. Il tremblait et n’arrivait à rien.
    Soudain Oana lui saisit le poignet. Il lâcha le sac à dos et se redressa vers elle. Elle le dévisagea sans un mot, comme terrorisée par son audace, mais ne le lâcha pas pour autant. Il desserra son étreinte pour glisser ses doigts dans les siens. De sa main libre il entoura sa taille à nouveau. Il la sentait fébrile entre ses bras. Il ne l’était pas moins. Il plongea en apnée vers ses lèvres.
    
    — Ça ne va pas, dit-elle après le baiser.
    — Non. Trop pressés, trop guindés. Dans les films tout est toujours parfait dès la première fois…
    — Oui mais au bout de combien de prises ?
    Pierre se fendit d’un sourire narquois. Oana l’embrassa de nouveau.
    — Hm, oui, jugea-t-il ensuite, c’était plus tendre là.
    — Tu aimes ça, la tendresse ?
    — Pour les baisers c’est mieux ! Sinon, autant embrasser une porte. Tiens, et si j’ouvrais celle-là, au fait ?
    Il trouva enfin son trousseau et introduisit sa petite amie dans sa demeure.
    
    Quand la pluie cessa, ils n’étaient pas rassasiés l’un de l’autre, mais l’heure était venue de retourner prendre le car.
    
    L’air était humide quand Oana descendit à son arrêt. Elle avait eu le temps du trajet pour surmonter la frustration de la séparation. Elle était tout bonnement sur un nuage. Elle entendait les vagues déferler sur la plage, tout au bout de la route qu’elle devait traverser. Ça lui donnait presque envie de faire un détour par là-bas, malgré le soir déjà tombé. Mais lorsqu’elle passa devant l’ancienne maison de Simon, la mélancolie l’empoigna. Elle se hâta de traverser le raccourci herbeux, jetant des regards par-dessus son épaule.
    
    — C’est idiot, songeait-elle. Qu’est-ce qui me prend ? Je passe ici tous les jours, je sais qu’il n’y a aucun danger.
    La frayeur la gagnait pourtant. C’est en courant qu’elle atteignit la porte de chez elle. Aussitôt entrée, elle verrouilla deux fois.
    Elle se prépara un lait au miel. Elle voulait apaiser son esprit à coup d’évocations rassurantes. Le babil de son père aurait dû la rasséréner aussi, mais rien n’y faisait. Une terreur impalpable l’engluait, elle ne savait pas comment l'enrayer.

Texte publié par Lilitor, 12 octobre 2020 à 19h18
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