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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3

    La cloche sonna, les cours s’enchaînèrent, la journée se termina sans événement majeur. Oana était assez satisfaite finalement, elle n'avait pas imaginé rencontrer des gens aussi vite. Ils avaient l’air carrément sympas, à moins que ce ne soit de l’hypocrisie. Mais quel intérêt ça aurait de faire semblant de l’apprécier alors qu’ils ne la connaissaient pas ?
    — Je dois arrêter d’être parano, et accepter ce qu’on me donne. C’est déjà assez rare comme ça !
    
    En descendant du car cependant, elle vit à nouveau la vieille maison, en face, et son cœur se figea un instant. Un instant seulement, après quoi elle reprit le chemin de chez elle et de l'apéritif que ses parents avaient servi pour fêter sa rentrée. Elle n’osa pas encore leur parler de ses nouveaux camarades, et elle évita à tout prix le sujet de Simon. De toute manière les adultes étaient trop excités par l’événement pour se préoccuper réellement d’elle, ils se remémoraient plutôt leurs propres années lycée. La soirée se déroula, centrée sur les récits d’anecdotes de cette époque.
    
    Le lendemain matin Oana se réveilla en sursaut, avec la sensation d'émerger d'une brume néfaste. Mais elle ne put se souvenir de son rêve. L'odeur du petit déjeuner lui changea les idées, elle n'y pensa plus.
    
    En arrivant au lycée elle croisa Simon et sa bande de baraqués. Elle l'ignora ostensiblement, dans l'espoir qu'il soit piqué, mais il sembla ne pas la remarquer du tout.
    Matthias la sortit de ses pensées :
    — Oana, tout va bien ? Tu as l’air triste…
    — Oh, t’inquiète, je suis juste mal réveillée. Le matin n’est pas mon moment optimal, tu t’en rendras vite compte.
    Il haussa les épaules et l’entraîna vers la cour. Elle tourna une dernière fois la tête, presque malgré elle, à la recherche de son ancien ami. Puis Zoé lui sauta dans les bras.
    — Tu viens à côté de moi en anglais, hein ?
    Oana sourit enfin.
    
    Ce jour-là les cours finissaient à trois heures de l'après-midi. Au lieu de rentrer chacun chez soi, les trois nouveaux amis se rendirent dans un bistrot du centre-ville. Oana trouvait ça transgressif. Pour sûr, on n’était plus au collège ! Une légère euphorie s’empara d’elle.
    
    Sur le chemin, Zoé lui demanda si elle connaissait la magie rouge.
    — Jamais entendu parler. Je connais la blanche et la noire, comme dans les films, c'est tout.
    — D'accord. On n'a pas le temps maintenant, je t'expliquerai un jour mais en attendant, prends ce petit talisman que je t'ai fabriqué hier soir. Tu as de la chance, c'était la pleine lune, ça devrait marcher à fond !
    
    Oana, abasourdie, regarda ce que son amie venait de lui glisser dans la main : il y avait une pierre rose et transparente comme du quartz, entourée de six petits boutons de roses orangées. Elle fourra l'assemblage dans sa poche et ne cessa d'y passer le bout des doigts tout le reste du trajet. Elle se demandait si ça pourrait l’aider à retrouver Simon. C’était sûrement en lien avec leur discussion de la veille. Mais alors, Zoé s’imaginait qu’elle était amoureuse de lui ? Il allait falloir éclaircir l’usage de cet objet avant de s’en servir, au risque de se retrouver dans une situation embarrassante...
    
    Ils arrivèrent enfin devant le café. À la table du fond était déjà assis Pierre. Oana sursauta.
    
    — Alors, Mademoiselle, il paraît que tu intègre pour de vrai notre petite bande ? Matthias et Zoé voulaient absolument qu’on fasse mieux connaissance, tous les deux. Mais tu sais, moi j'ennuie tout le monde. Je m'intéresse à des vieux trucs. Les Marx Brothers, des choses de ces années-là... Tu ne pourras jamais me faire voir un film en couleur !
    — Pas même Star Wars ?
    — Oh ! Toutes ces conneries avec la Force ! « La religion est l'opium du peuple », disait Marx — Karl, pas Groucho — mais la foi est en crise de nos jours alors on invente des croyances à nos héros, avec des dieux réellement efficaces pour eux, et ça nous console. Enfin moi ça me fait pitié.
    — Ah oui, t'es un peu grave quand-même...
    — Je te l'avais dit ! Bel emballage mais bonbon au poivre à l'intérieur.
    
    Oana pouffa. Il n’était vraiment pas modeste ! Matthias leva les yeux au ciel et Zoé lui donna un coup de coude.
    
    — C'est pas le moment, chuchota-t-elle. On a peut-être enfin trouvé quelqu'un pour Pierre et c'est justement pour ça qu'on est là ! Tu ne vas pas tout gâcher ?
    — Qu'est-ce que c'est que vos messes basses ? demanda le concerné.
    — T'occupe pas d'eux, dit Oana, qui faisait semblant de ne rien entendre. Apparemment elle s’était fourvoyée sur l’usage prévu pour le petit talisman en boutons de roses.
    
    — Raconte-moi pourquoi tu préfères les films en noir et blanc.
    — Eh bien mais parce que c'est l'enfance de l'art ! Au sens propre ! Tout ce qu'on voit aujourd'hui n'est que la réutilisation de choses qui ont été découvertes par le noir et blanc. Par exemple, Helzapopping, tu connais ? Tu devrais. Tout y est ! Le gars qui se fait tirer dessus et qui laisse passer l'eau quand il boit, c'est de là que ça vient !
    — Mais c'est dans les dessins-animés qu'on voit ça...
    — Oui, bon, les adultes ont perdu la faculté de s'émerveiller d'un rien, qu'est-ce que j'y peux ?
    
    La serveuse vint leur demander ce qu'ils voulaient boire. Ils continuèrent à discuter un certain temps tous les quatre autour de leurs DBK puis l'heure du dernier car se rapprocha dangereusement.
    — Déjà ! dit Oana. Je n'ai pas vu le temps passer.
    — C'est bien la première fois qu'on me dit ça, répondit Pierre, aux anges.
    
    En sortant du bistro, l'air de rien, il laissa traîner son bras pour la saisir par l'épaule. Elle se dégagea. Pour qui ils la prenaient, tous les trois ? Ainsi il y avait bien un loup dans l’amitié trop soudaine de Zoé. Oana resta furieuse pendant tout le trajet du car, visage fermé et poings serrés.
    Pourtant, cette fois, en descendant à son arrêt elle ne lança pas même un regard sur la maison où elle avait passé ses années collège. L’air du soir lui rendit le sourire.

Texte publié par Lilitor, 28 septembre 2020 à 20h45
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