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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1

    Oana fuyait à travers un couloir bien trop long au regard de sa terreur. Au bout, la vieille porte de bois s'ouvrit, avec les grincements de rigueur, sur une pièce sombre et poussiéreuse. Elle entra. Elle savait que la sortie était de l’autre côté, mais plus elle avançait, plus la couche de poussière devenait épaisse. Ça la freinait horriblement. Bientôt elle en eut jusqu'à la taille. L'air devenait un brouillard irrespirable. Elle suffoqua. Dans un mouvement désespéré pour se raccrocher à quelque chose, ses doigts se refermèrent sur une poignée d'armoire. La porte céda et lui tomba dessus en un grand fracas.
    
    « Driiiiing ! »
    
    — Debout ma puce, c'est l'heure !
    
    Oana posa la main sur son réveil mécanique pour en arrêter la sonnerie. C'était sa fierté, ce réveil. Elle l'avait récupéré chez sa grand-mère qui était depuis longtemps passée au radio-réveil à cristaux liquides. Elle se plaisait à remonter le mécanisme tous les soirs en pensant aux centrales électriques qui ne tournaient pas pour elle. Pour l’heure, elle s’évertuait surtout à chasser les bribes de frayeurs qui l’entouraient encore. Elle secoua la tête et bâilla trois fois.
    
    — Je t'ai préparé ton petit déjeuner.
    
    C'était son père qui parlait à travers la porte. Il n’attendit pas qu’elle réponde, le bruit de ses pas s’éloigna dans les escaliers.
    Elle hésita devant sa penderie, le malaise la reprenait quand elle pensait à la journée à venir. Fallait-il essayer de se fondre dans la masse ou se démarquer ? Servait-il à quelque chose de miser sur son apparence, ou tout était-il perdu d’avance ? Elle opta pour une jupe longue et une tunique, le temps s’annonçait chaud et mieux vallait être à l’aise, tout bien considéré.
    Elle s’aspergea longuement le visage et souligna ses cils d’un trait de crayon brun qui faisait ressortir ses prunelles noisette. Une touche d’essence de patchouli au creux des poignets, la fragrance la rassurerait au fil des heures.
    Puis elle descendit. Sur la table de la cuisine l’attendait un bol de chocolat chaud. Son père lui sourit.
    
    — Alors, comment tu te sens pour ton premier jour ? Excitée ? Anxieuse ?
     — Je me demande si Simon sera là... Il n'a répondu à aucun de mes coups de fils, ni même aucun texto depuis que je suis rentrée... Ce n'est pas normal, j'espère qu'il ne lui est rien arrivé de grave pendant son déménagement ! Il ne m'a pas écrit de l'été !
     — Peut-être qu'il n'a plus envie de te parler. Les gens changent en entrant au lycée !
     — Papa ! T'as jamais eu de meilleur ami ou quoi ?
     — Excuse-moi, je rigolais...
     — Ben t'es pas drôle ! Allez, je vais être en retard.
    
    Oana posa sur son épaule la bandoulière d'un sac à motifs indiens et glissa un œil au grand miroir de l'entrée. Ah, sûr, elle avait plus d’allure qu'avec son cartable de collégienne !
    
    Dehors, il faisait doux, bien que le soleil soit encore bas dans le ciel. À l'arrêt de bus, Oana ne connaissait personne. Elle leva les yeux vers la maison qui se tenait de l'autre côté de la rue. Comme elle aurait voulu que Simon y habite encore, et qu'il soit là, près d'elle, à cet arrêt ! Elle ne cessait pas de penser à lui depuis qu'elle était revenue de vacances.
    
    Aussi, quand elle le repéra dans la cour du lycée, son cœur s'ensoleilla. Elle se précipita vers lui les bras ouverts et la parole joyeuse. Mais il se détourna comme si il ne l'avait pas vue.
     — Simon ? Qu'est-ce qui se passe, tu me fais la tête ? C'est pour ça que tu ne répondais pas ? Tu m'en veux d'être partie faire du théâtre au lieu de t'aider à déménager ? Si tu crois que je me suis amusée, tu te trompes. Tu sais bien que ce sont mes parents qui m’imposent ces stages.
    
    Plus elle le contournait pour lui parler en face, plus il pivotait pour lui tourner le dos, de sorte qu'ils eurent bientôt fait un tour complet devant le regard amusé des autres lycéens. Oana ne trouvait pas ça drôle pourtant, et son ton s'était fait suppliant.
     — Simon, je t'en prie, dis-moi au moins un mot ! Simon !
     — Laisse-le tranquille, intervint un grand gars musclé. Il n'a rien à faire avec des idiotes dans ton genre. Allez, viens, Simon, je vais t'apprendre la vraie vie !
    Et lui passant un bras autour du cou, il l'entraîna vers une bande d'autres garçons baraqués, vêtus de joggings et les cheveux hérissés de gel ou même rasés Simon jurait parmi eux, avec sa coupe mi-longue, que le malabar ébouriffa de son poing. Tous les autres rigolèrent et Simon arbora un sourire de connivence.
    
    Oana se dit que son père avait raison. Elle resta immobile un instant, suffoquée par un sentiment de perte. Elle serra les mains sur sa bandoulière, c’était tellement injuste ! Comment affronter ces années terribles d’avant le bac, sans un complice pour la soutenir ? Comment rencontrer de nouveaux élèves sans tremplin ? Elle s’imaginait assise seule au fond de la classe tout le reste de sa scolarité. Il faudrait qu’elle déniche le CDI pour s’y réfugier pendant les récrés. Ne pas attirer l’attention pour ne plus subir de harcèlement comme en sixième...

Texte publié par Lilitor, 13 septembre 2020 à 18h11
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