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Tome 1, Chapitre 24 Tome 1, Chapitre 24

La tension était palpable dans la pièce. Elinia, Théa et Keelhna fixaient avec désapprobation la présence d’Ezekiel dans leur refuge. Ce dernier avait refusé d’abandonner son ami d’enfance, surtout après avoir découvert ses véritables origines. Il avait tenu là l’occasion de rencontrer les Seirians afin de s’expliquer avec eux. Il avait fermement tenu à les dédommager pour le mal que son père leur avait fait endurer la semaine précédente. En revanche, comment argumenter en sa faveur et celle de son organisation ? Hydra n’avait jamais souhaité le moindre mal à ce peuple. Il n’avait désiré qu’entrer en contact avec eux, rien de plus. Malheureusement, les agissements d’Obadiah prouvaient une infiltration au cœur du système par une branche extrémiste d’Hydra — branche qu’il avait songé exterminée après la Seconde Guerre Mondiale. De ce fait, même les sorciers se méfiaient, car rien ne garantissait que la localisation de ce village ne fût pas entre les mains des sbires d’Obadiah désormais. Qui était concerné ? En qui faire, ou non, confiance ? Ezekiel se devait de retourner au quartier général afin d’avertir et de trouver les espions, en espérant qu’Hydra pût être sauvé.

Il aurait dû révéler certaines informations à Tony, sans aucun doute que ce drame aurait pu être évité. Depuis le début, Ezekiel bataillait pour que son conseil acceptât de travailler en collaboration avec Tony, et non l’évincer comme l’avait si ardemment désiré son père. Obadiah aurait-il plus d’influence que cela ? Et si une partie du conseil d’Hydra était déjà corrompu ? Il devait en avoir le cœur net. Il devait vérifier tout cela et agir par conséquent par la suite.

— Aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai confiance en Ezekiel, annonça Elinia à la surprise de tous, le mal ne l’habite pas, mais l’organisation semble ébranlée par les ténèbres.

— Je suis sincèrement navré de cette attaque et des conséquences. Si j’avais su que mon père…

— Tu le savais. Au fond de toi, tu savais que ton père n’était pas net, répliqua Michaëla.

Gabriel l’exigea à se taire, déjà qu’elle n’était pas censée être en ces lieux. Néanmoins, Ezekiel l’invita à continuer. Il avouait que l’adolescente n’avait pas totalement tort. Depuis un moment, il collaborait avec Tony dans le but de virer Obadiah, tout comme il essayait de l’écarter d’Hydra ; or, personne n’aurait pu imaginer de telles horreurs de sa part : attaquer les Seirians et tenter un assassinat contre Tony.

— Charly a toujours eu un bon instinct, et elle ne l’a jamais porté dans son cœur. Elle s’est toujours méfiée de lui, continua Michaëla, mais personne ne l’a écouté.

— Ce n’est guère facile de voir la vérité, aussi sombre soit-elle, chez nos proches. Il y a certaines choses que nous préférons laisser enfouies en pensant se tromper, expliqua Elinia à l’encontre d’Ezekiel.

L’homme ne se défendit pas. Il se contenta d’encaisser les reproches et de trouver une solution. Pour l’instant, une seule lui venait à l’esprit.

— Je vais retourner là-bas et enquêter au sein d’Hydra. Je dois mesurer les dégâts, savoir en qui faire confiance ou non. Je ferai en sorte de protéger votre localisation, mais si les extrémistes sont au plus haut niveau, je ne pourrai probablement rien faire pour vous protéger.

Tout le monde acquiesça et Gabriel se proposa de le raccompagner là où il le souhaitait grâce au portail magique. Toutefois, avant de quitter les lieux, Elinia annonça :

— Je pense accepter la proposition de l’Ancien.

Seul le sorcier comprit ces mots. Il hocha la tête. Selon lui, c’était la meilleure solution pour l’avenir des Seirians. L’Ancien avait souvent regretté le manque de décision de la part de la matriarche. Vouloir la survie de son espèce signifiait perdre tout ce qu’ils connaissaient jusqu’à présent pour un nouveau monde. Était-ce réellement un mal que de tout recommencer ? Non. La Sorcière Suprême était consciente de leurs besoins et avait pris en compte leur mode de vie. Aujourd’hui, il était temps d’écrire une nouvelle histoire.

Théa et Keelhna tournèrent leur regard vers leur mère une fois seuls à ses côtés. Ils patientaient. Ils attendaient une réponse tandis qu’Elinia demeura muette durant de longues minutes et ce fut la fougue de Théa qui rompit ce silence.

— Quelle proposition ? Nous sommes en droit de savoir.

— Les Maîtres en Art Mystique ont de nombreux contacts dans différents mondes. Par « mondes », je parle de planètes. Ils sont dispersés à travers l’univers afin de former des alliances entre les peuples.

Le frère et la sœur s’observèrent un instant, perplexe.

— La Sorcière Suprême nous a trouvé une planète d’accueil, là où notre peuple pourra vivre au grand jour en compagnie d’autres espèces. Nous ne serions plus obligés de nous cacher.

— J’approuve, s’écrièrent les deux enfants.

— N’en parlez à personne. Tant que ce n’est pas organisé, je ne veux pas que cela s’ébruite, imposa la matriarche.

Ses héritiers adhérèrent à cette demande raisonnée.

À l’extérieur, Michaëla se dirigea vers un groupe d’enfants. Ceux-ci jouaient avec la chienne Kassandra que la sorcière avait tenu à ramener ici afin d’épauler Charline à son réveil. La présence de l’animal était primordiale pour le bien-être de son amie. Malgré les derniers événements catastrophiques, Kassandra lui était un soutien nécessaire surtout aujourd’hui où elle découvrirait qu’elle n’était pas si terrestre que cela. Aucun doute que les révélations sur ses origines risqueraient de la troubler, sans compter l’état de son frère. Certes, Tony était stable désormais. Depuis trois jours, les guérisseurs Seirians s’activaient autour de lui et, la veille, le milliardaire s’était quelque peu réveillé. Encore souffrance de sa blessure, les Ailés avaient décidé de le laisser sous sédatif.

Trois jours. Charline était arrivée sur les terres des siens trois jours auparavant et elle était toujours dans les vapes à cause du traitement. Intolérante, son organisme luttait contre les effets négatifs. À plusieurs reprises, elle avait repris conscience avant d’être saisie de vertige et de nausées, et de sombrer à nouveau dans le sommeil. Par chance, ce matin-là, Nola avait confirmé qu’elle semblait enfin sortir de cet enfer.

— Mike, appela-t-on.

L’adolescente se retourna et fit face au Seirian qui sortait de la maison de guérison.

— Elle se réveille. Je pense qu’il serait bien pour elle d’avoir une tête familière. Ezekiel et Gabriel sont déjà partis ?

— Oui. Des affaires urgentes à régler. Je récupère Kassandra et j’arrive.

La jeune fille siffla et appela Kassandra qui accourut jusqu’à elle. Et, ensemble, elles suivirent Nola jusqu’à la chambre de Charline.

Cette dernière était silencieuse, assise sur son lit. Elle cachait ses bras sous un large et long sweat, et elle ne laissait personne la toucher. Charline ne supportait plus le contact. Les cicatrices n’étaient pas les uniques responsables, car elle sentait encore sur elle les mains des infirmiers lorsqu’ils avaient tenté de la maîtriser. Vulnérable, elle s’était sentie telle une poupée de chiffon entre leurs mains. Plus elle s’éloignait des autres, mieux elle se portait. Repousserait-elle Tony et Michaëla ? Elle le craignait, mais c’était plus fort qu’elle. D’ailleurs, elle n’osa pas lever son regard vers Michaëla lorsqu’elle pénétra dans la chambre en compagnie de Nola.

La chienne sauta sur le lit, ravie de retrouver sa maîtresse. L’adolescente la serra dans ses bras. Elle savoura ce réconfort qui lui avait tant manqué à l’hôpital psychiatrique. Dieu qu’elle détestait Tony de l’y avoir enfermé ! Elle le haïssait pour cela, seulement, comment le blâmer ? De plus, comment avoir de tels sentiments à son égard alors qu’il était blessé ? Elle le savait en convalescence ici. La jeune guérisseuse lui avait rapidement fait le point sur la situation.

— Tu veux prendre l’air ou visiter les lieux ? tenta maladroitement Michaëla.

Elle ignorait quoi faire. Elle aimerait la prendre dans ses bras et l’embrasser ; or, Charline semblait plus désirer l’éloignement que le rapprochement. Elle était encore meurtrie et elle aurait besoin de temps afin de reprendre sa vie en main.

— Non, je veux juste voir Tony, annonça-t-elle.

— Il est sous calmant et doit dormir…

— Je veux voir mon frère, imposa-t-elle.

Le Seirian accepta sa requête sans insister. Il comprenait son besoin et l’empêcher de voir Tony serait la pire erreur. Il retint Michaëla qui voulut prendre la parole. Selon elle, Charline devait rester ici pour se reposer et attendre le réveil total de son frère. De plus, elle souhaitait discuter en privé avec Charline. Elle avait besoin de lui parler et c’était sans doute réciproque. Ou alors Charline avait-elle abandonné l’idée de leur couple ? Non. L’adolescente chassa ses pensées de sa tête. Des difficultés plus importantes envahissaient la fratrie Stark et les Seirians ; ses problèmes de cœur n’étaient que secondaires face à la situation présente. Charline devait déjà se rétablir. Par la suite uniquement, elles dialogueraient. Michaëla se devait d’être patiente.

Dans le couloir qui menait à la chambre du milliardaire, Charline garda la tête baissée et les bras autour de son corps comme pour se protéger. Elle ne se sentait pas spécialement menacée ; en revanche, elle avait la sensation de sentir ces regards de jugement sur elle. À l’institut psychiatrique, l’équipe médicale ne cessait de guetter les patients. Sans compter que certains des internés observaient les autres. Charline n’avait pas supporté cette ambiance oppressante où tout le monde se fixait. Par moment, elle avait eu l’impression d’être dans un mauvais film d’horreur. Des barreaux aux fenêtres. Ces individus en blouse blanche. Les caméras et les alarmes à chaque couloir et à chaque porte.

Son souffle se coupa en songeant à son court séjour là-bas. Kassandra, sentant l’angoisse pointer le bout de son nez, posa son museau contre la cuisse de la jeune fille qui baissa son regard sur la chienne. Avec un sourire, elle enfouit une main dans sa fourrure. Puis, sans le comprendre, mais sans être surpris, une onde chaude et bienfaitrice se diffusa en elle. Discrètement, elle tourna ses yeux vers Nola qui répondit à sa question muette.

— La magie des liens au sein d’un même clan.

Charline hocha la tête en guise de remerciement et se concentra sur son frère. Tony était paisible. Il partageait cette quiétude avec sa sœur, car il avait capté sa détresse passagère. Était-il réveillé pour réagir de la sorte ? L’adolescente se hâta de rejoindre la chambre de Tony dans laquelle elle pénétra seule. Nola avait décrété qu’il était préférable de les laisser tranquilles et il avait, comme d’habitude, retenu Michaëla qui aurait voulu s’incruster. Il était très difficile pour elle d’abandonner son amie après tout ce qu’elles avaient vécu. Elles avaient absolument toujours tout fait ensemble et se séparer maintenant lui brisait le cœur, même si le Seirian avait raison.

Tony dormait. Son souffle régulier faisait soulever sa poitrine recouverte d’un bandage blanc. Il paraissait si fragile. Sa peau était pâle et il avait perdu du poids ces derniers jours. Des hématomes et des cicatrices se présentaient sur son visage, ainsi que sur le reste de son corps. L’affrontement avec Obadiah avait dû être d’une violence extrême. Charline s’assit sur le rebord du lit, prit la main de son frère et ferma les yeux afin d’éviter des larmes de couler : en vain.

— Ne pleure pas, choupette.

Choupette ? Une seule personne la surnommait de la sorte. Charline ouvrit les yeux et contempla son frère qui s’était réveillé. Il serrait avec fermeté sa main dans la sienne comme s’il avait peur de la perdre. Il regrettait tellement de choses, mais qu’aurait-il pu faire d’autre ? Il avait été dépassé par la situation. Il avait agi en pensant au bien-être de sa sœur même s’il avait causé son malheur. Charline sentit cette culpabilité. Elle avait été en colère et abattu, mais elle ne blâmait pas son frère pour ces choix. Aucun mot fut utile. Leurs sentiments échangés parlaient pour eux. Un sourire de Tony fit naître celui de Charline. Sa sérénité apaisa sa sœur encore troublée par ces derniers événements. Elle avait beaucoup à se faire pardonner : son rejet, ses pensées, son…

Charline refusait de le nommer. Ce mot était une lame dans sa gorge. Tout s’était précipité à partir de là, à partir d’un geste anodin et tranquillisant pour elle. Comment avait-elle pu sombrer à ce point ? Elle avait abandonné tout espoir. Elle avait abandonné son frère, celle qu’elle aimait et ses amis alors qu’ils s’étaient tous battus pour elle. Du jour au lendemain, tout avait cessé d’exister pour Charline et si elle avait été plus forte, elle aurait été présente pour Tony au lieu de le laisser affronter le Conseil d’Administration et Obadiah seul.

— Rien n’est ta faute, Charly. J’ai également une part de responsabilité dans ce qui s’est passé. Je n’ai pas su te protéger et te comprendre.

Tony refusait qu’elle se sentît coupable. Il était l’aîné. Il était responsable d’elle. Il était son tuteur et il avait échoué à bien des égards. Toutefois, ils étaient en vie. Ils étaient là, perdus au milieu de l’Écosse avec des origines surprenantes. Ils étaient là, ensemble, à découvrir ce que leurs ancêtres étaient réellement. Ils étaient là, à rencontrer un peuple étonnant dont ils faisaient partie. Rien ne modifierait le passé. Ils vivraient avec à jamais, toutefois, l’avenir était encore à écrire. Tony avait espoir pour la première fois depuis deux longues années. Il avait espoir en l’avenir même si des obstacles continuaient à se dresser sur leur route. Stark Industries ou la santé psychologique de Charline étaient encore des sujets d’actualité ; en revanche, il affronterait tout cela sans peur. Ils n’étaient plus seuls.

— Comment tu fais pour être autant optimiste ?

— On est en vie et ensemble. Je crois que c’est une raison suffisante.

Pas faux !

— Eh, Charly, ne gâche rien avec Mike. Ne la repousse pas, d’accord ?

L’adolescente fronça les sourcils, surprise par les paroles de son frère. Elle tenta de se défiler et de démentir, mais leur magie ne rendait pas Tony dupe.

— Tu es libre d’aimer qui tu veux. Je n’ai rien à t’imposer à ce sujet. Et ton bonheur fait le mien.

Son orientation sexuelle lui importait peu. Tout ce qui comptait pour Tony était le bonheur de sa sœur. Femme ou homme, il tuerait celle ou celui qui oserait faire le moindre mal à son petit cœur. Si Charline était heureuse aux côtés de Michaëla, son frère l’était également. Il l’invita à s’installer près de lui et ils s’endormirent côte à côte.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 27 octobre 2020 à 09h37
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