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Tome 1, Chapitre 23 Tome 1, Chapitre 23

Un hurlement de terreur et de douleur résonna dans l’hôpital psychiatrique. Le cri, effroyable, heurta les résidents et les équipes médicales qui se hâtèrent d’intervenir. Il sortait des entrailles. Il brisait les cordes vocales de l’adolescente. La souffrance se propageait en elle tel un poison et elle se ferait saigner pour faire cesser tout cela. Le lien rompu s’était vivement reformé et ce qu’elle ressentait était indescriptible. Au sol, elle se tordait tandis que les médecins tentaient de la calmer. L’unique solution était de lui administrer un puissant sédatif et, par la suite, comprendre les raisons de cette crise hors du commun pour eux. Seulement, alors qu’ils s’apprêtaient à agir pour le bien de leur patiente, Charline se débattit. Elle transpirait abondamment et elle tremblait, mais elle lutta contre ces individus. Au fond d’elle, elle savait qu’un terrible drame s’était déroulé : Tony était en danger et il était probablement blessé. C’était sa douleur qui la frappait.

Tony ! Peu importait ces derniers jours, son frère avait besoin d’elle et elle devait quitter cet endroit. Ce lien reformé semblait lui redonner de l’espoir. Il rallumait une petite étincelle dans son regard. Cette rupture l’avait affaibli. Elle l’avait plongé dans un état où elle s’était complu. Abandonnée ! Charline avait abandonné. Le choc de la décision de son frère de l’hospitaliser avait été tel qu’elle avait préféré s’isoler de tout et de tous. Consciemment ou inconsciemment, elle l’ignorait un peu. Néanmoins, la vie de Tony était en jeu à présent et le plus important pour elle était de le retrouver. C’était viscéral. Elle le devait absolument. Il ne devait pas mourir, car elle ne l’accepterait jamais.

— Lâchez-moi ! Tony a besoin de moi.

Mais ses supplices furent vains.

— Tenez-là !

Une force nouvelle se diffusa en Charline. Elle soulèverait des montagnes pour son frère. Elle traverserait le monde pour lui. Elle le protégerait tout comme il la protégeait. Terrorisée, elle ne l’aidait malheureusement pas alors qu’il avait besoin de son courage et de son apaisement. D’ordinaire, c’était l’inverse et, ce rôle, Charline ignorait comment le gérer. Tony mourrait. C’était une vérité qui lui déchirait le cœur. Elle devait le rejoindre, elle n’avait pas d’autre choix. Elle griffait. Elle frappait. Elle mordait. Charline usait de toutes ces maigres forces afin de se dégager de leurs emprises et de fuir. Malheureusement, un infirmier parvint à enfoncer la seringue dans le cou. Le sédatif agit avec rapidité et la jeune fille sombra.

Une averse de sang s’abattait sur une terre noyée. Ce rouge carmin s’étendait à perte de vue. Le vent était glacial et sentait la mort. Une odeur de pourriture envahissait les narines de Charline. La panique la saisit. Sa chevelure, poisseuse de cette pluie, collait à son visage. Elle leva ses mains qu’elle observa avec angoisse. Figée, elle resta là, au milieu de cette forêt morte. Son cœur s’emballa. Sa respiration s’accéléra et se saccada. Que faisait-elle ici ? La créature était-elle revenue ? Elle n’aurait pas le courage de l’affronter seule. Pourtant, ce n’était pas la peur qui pesait sur cet endroit ; c’était la mort. Cette mort était omniprésente. Elle était là, quelque part.

Charline prit sur elle et avança d’un pas. Quand rêverait-elle d’une belle montagne ? Ou d’une plage ? Pourquoi toujours cette dévastation ?

— Tony, souffla-t-elle.

Ce sang. Cette mort. Charline tomba à genoux et pleura. Elle hurla en comprenant ce que cela signifiait. Puis, son regard se braqua sur une silhouette non loin d’elle. Au sol, elle ressemblait à un être humain et l’adolescente s’y précipita.

— Tony ! Non, je t’en prie.

Là, couvert de son propre sang, Tony ne respirait plus. Sa sœur le prit dans ses bras, brisée même si tout espoir était désormais perdu. Il ne pouvait pas l’abandonner. Il n’avait pas le droit de l’abandonner. C’était sa faute. Tout était la faute de Charline. Sans ses problèmes, elle serait restée auprès de lui et il serait toujours en vie. Elle appela à l’aide. Elle chercha autour d’elle, quelqu’un ou quelque chose qui serait susceptible de l’aider. Mais l’aider à quoi ? Elle tenait le cadavre de son frère entre ses bras. Il était désormais trop tard. Comment parviendrait-elle à vivre sans lui ?

— Je suis désolée, Tony. Je suis tellement désolée.

Des voix au loin lui parvenaient jusqu’aux oreilles, mais elle les ignorait jusqu’au moment où une main se posa sur ses épaules. Charline se redressa en repoussant cette femme qui lui était inconnue. Elle semblait avoir une quarantaine d’années. Son regard marron observa l’adolescente avec compassion et douceur tandis que ses ailes noires prenaient toute l’attention de Charline.

— Que… qui êtes-vous ?

— Tu n’as pas à avoir peur de moi. J’ai entendu ton appel et je suis là pour vous aider. Cela fait des années que vous cherche.

Charline secoua la tête. Elle ne comprenait rien du tout. Toutefois, cette femme ne représentait aucune menace. Sans en connaître la raison, elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance, mais en quoi pouvait-elle l’aider ? Et ces ailes ? Elles étaient magnifiques. Elles lui rappelaient celles de ses rêves, mais d’une autre couleur.

— Nous n’avons que peu de temps, pressa la femme en lui tendant la main, je suis Elinia. Matriarche des Seirians. Vous êtes des Seirians, c’est pour cela que j’ai senti votre détresse. Accepte le lien ! Je vous apprendrai à contrôler votre magie.

— Non, c’est… Tony est mort. Et vous, comment vous croire ? Vous n’êtes peut-être que le fruit de mon imagination.

L’adolescente était perdue. Elle aimerait la croire, mais cela était impossible ; or, comment dire que c’était impossible étant donné cette magie qui la liait à Tony. Tony ! Son regard se posa sur son corps froid et pâle. Il était mort. À quoi bon accepter l’aide d’Elinia ?

— Il vit encore, déclara la Seirianne, ta peur, le choc et ton chagrin dissimulent la vérité. Tu ne perçois pas son combat pour rester en vie.

Charline secoua la tête et recula. Tony était mort. Son frère était mort. Elinia mentait.

— La magie partagée avec mon clan vous protégera. Vous n’êtes pas seuls. Vous ne l’avez jamais été.

Comment convaincre la jeune fille ? Elle était plongée dans sa douleur qu’elle ne regardait pas autour d’elle. Seules les ténèbres semblaient présentes.

— Concentre-toi sur lui. Oublie tes propres émotions. Tony est en vie.

Elinia s’approcha doucement. Elle n’abandonnerait pas ces deux Seirians qu’elle cherchait depuis des années. Il avait fallu ce drame pour sentir avec netteté leur présence et leur appel à l’aide. Le lien brisé lui avait déchiré les entrailles et cette souffrance l’avait frappé de plein fouet. Les matriarches protégeaient les Seirians de leur propre tribu, tout comme elles secouraient les individus isolés. Elles avaient cette faculté de les repérer — à condition que leur magie fût révélée — et d’agir pour leur survie. Elinia comprenait la défiance de Charline, alors elle décida de forcer la connexion. Elle attrapa la main de la jeune fille et créa ce lien si précieux.

Charline se réveilla brusquement dans son lit à l’institut psychiatrique. Attachée, elle ne pouvait plus bouger, mais, étrangement, elle ne paniqua pas. Perplexe, elle fronça les sourcils et essaya de savoir si ce qui venait de se produire était un rêve ou la réalité. Elle sentait un partage étonnant. Un lien entre elle et d’autres personnes qui semblaient lui transmettre force et paix. Elinia ! Cette femme existait-elle vraiment ? Puis, son frère envahit ses pensées. Il était mo… vivant ? Tony vivait. Elle sentait, désormais, avec clarté sa lutte pour survivre. Tony était vivant. Son frère était vivant. Charline pleurait face à ce soulagement alors qu’elle avait perdu espoir peu temps avant.

Elle songea alors à sa conversation avec cette Elinia. Elle avait parlé de Seirians, que Tony et elle faisaient partie de son peuple, et que leur magie pouvait être contrôlée, qu’elle pouvait leur apprendre à maîtriser ces pouvoirs encore troublants pour eux. Elinia ! Elle inspirait la confiance et la paix. Les Seirians ! À voir cette matriarche et en se rappelant ses rêves, et tout ce qui va avec, Charline finit par la croire. Comment en douter ? Charline devait la retrouver. Elle devait sortir d’ici. Cependant, l’adolescente était affaiblie par le traitement médical et son manque d’alimentation depuis presque trois jours maintenant. Seule, elle ne pourrait rien faire.

Des larmes coulèrent sur son visage. Elle songea à Tony et à Michaëla, à ses deux êtres les plus importants pour elle. Coincée ici, enfermée et attachée, elle se demandait sérieusement de quelle façon elle pourrait fuir. Était-ce seulement possible ? Sous la tutelle de Tony, elle ne quitterait pas cet établissement sans son accord. À moins que ? Tony était hors-jeu, qui était responsable d’elle ? Pepper ou Camille ? Laquelle des deux femmes était désignée pour prendre le relais ? Pepper sans aucun doute. Elle avait été la baby-sitter de Charline à la mort des parents Stark. Par la suite, elle est devenue l’assistante personnelle de Tony au sein de l’entreprise. Pepper avait été la mère absente avant d’être la sœur sur laquelle Charline se reposait. Au début, jamais Charline n’avait osé parler de ses menstruations à son frère.

Éprouvée, Charline sombra dans un sommeil agité par de nombreux cauchemars. Elle ne trouverait pas le repos tant qu’elle ne serait pas auprès de Tony ni auprès d’Elinia. Au fond d’elle, elle avait ce besoin d’être avec cette femme qui semblait la connaître et être comme elle : « Vous n’êtes plus seule. Vous ne l’avez jamais été. » Ces paroles étaient réconfortantes. Elles sonnaient comme un nouvel espoir, un nouvel avenir pour la fratrie déchirée depuis deux ans. Un autre chemin s’ouvrait face à elle et Charline saisirait cette opportunité. Elle avait la sensation de trouver ce qu’elle cherchait depuis longtemps : une acceptation et des individus comme elle qui confirmait qu’elle n’était pas anormale, bien au contraire. Certes, il y avait Tony, mais il était son frère. La situation était différente et leurs regards l’un envers l’autre étaient sans rejet.

Sans rejet ? Elle l’avait pourtant rejeté, lui comme Michaëla. Bordel ! Elle devait sortir de cet endroit. Pourquoi de simples mots avaient-ils eu autant d’importance ? Charline se moquait bien que Michaëla lui répondît ou non. Ce n’était que des mots, rien de plus. Cela n’enlevait rien à leur amour, car chacune d’elle avait sa propre façon de s’exprimer.

En pleine nuit, une présence troubla son sommeil déjà bien tourmenté. Les sédatifs faisaient encore effet et Charline avait beaucoup de difficulté à se réveiller. Elle entendait des voix sans parvenir à mettre des noms dessus, pourtant, elle en connaissait au moins deux d’entre elles. Elle sentit des mains. Celles-ci détachèrent les sangles qui la bloquaient au lit.

— Qu’est-ce qu’ils lui ont donné comme saloperie ? critiqua l’homme, elle est complètement droguée.

Charline tenta de revenir à la réalité. Elle luttait contre ces médicaments administrés de force quelques heures auparavant. Nauséeuse, le traitement pour contre les effets secondaires dont Charline était très réactive n’agissait plus. L’adolescente n’avait jamais supporté les médicaments, même à faible dose ; or, la situation actuelle exigeait — selon l’équipe médicale — un traitement-choc. Le résultat était une intolérance quasi insupportable pour son corps. Sa tête était lourde. La chambre tournait autour d’elle. Le son était loin et les silhouettes déformées ressemblaient à des extraterrestres.

— Ma belle, c’est moi, fit la voix féminine.

— Mike ?

Sa chevelure blonde était reconnaissable. Seule Michaëla la nommait ainsi. Elle était venue la chercher ? Elle l’aimait donc ou était-ce une hallucination ?

— Je suis venue te chercher avec Gabriel. Et je te promets de ne plus te lâcher, tu m’entends ?

Gabriel ? Que faisait son cousin ici ? Et comment ils étaient parvenus à entrer dans cet établissement hautement sécurité ? Charline ignorait l’existence du monde des Maîtres en Art Mystique et que la famille Johnson avait la magie dans le sang depuis bien des générations. Gabriel avait ouvert un portail dans la chambre et ils venaient d’Écosse. Elinia avait informé son ami de la situation. Quand il avait appris que les Stark étaient ces descendants perdus, il avait contacté Michaëla afin de l’aider dans cette mission de sauvetage. Par la même occasion, il lui avait révélé l’existence cachée des Seirians. Quelle surprise lorsque sa cousine lui avoua le secret de Charline ! Beaucoup de temps avaient été perdus avec les secrets des uns et des autres.

— Tony… il…

Mais elle ne parvenait pas à parler correctement.

— Ne t’inquiète pas pour lui. Il va s’en sortir et on va te sortir de ce maudit lieu. Je t’aime, Charly. Je regrette tellement de ne pas te l’avoir dit plus tôt.

— Eh, plus tard les roucoulements. On doit dégager de là, stoppa Gabriel.

L’homme prit Charline dans ses bras et ils traversèrent tous les trois le portail.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 27 octobre 2020 à 09h19
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