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Tome 1, Chapitre 22 Tome 1, Chapitre 22

Tony avait l’esprit ailleurs. Bien que présent physiquement, ses pensées étaient tournées vers sa petite sœur. Deux jours auparavant, il l’avait conduit à l’institut psychiatrique et sa situation s’aggravait. L’équipe médicale restait optimiste, trop au goût de Tony qui connaissait assez Charline pour savoir qu’elle ne remonterait pas la pente aussi facilement. Le ferait-elle un jour ? Ou se laisserait-elle succomber avec l’usure ? Alors qu’il avait pensé que tout s’arrangeait, un ultime obstacle s’était dressé sur leur route. Bordel ! Il avait suffi de ce caillou dans la chaussure pour que tout s’effondrât. Tony perdait Charline. Il la perdait et il avouait, nauséeux, qu’il ne pouvait rien faire. L’adolescente ne s’alimentait plus depuis son hospitalisation. Elle se contentait de demeurer prostrée près de la fenêtre de sa chambre, sans bouger et sans un mot.

Son poing s’abattit avec violence sur son bureau. Le meuble trembla et des bricoles chutèrent. Son regard rougi par les larmes se tourna vers le téléphone. Celui-ci clignotait afin de signaler plusieurs appels en absence, ainsi que des messages. Tony avait tout fait basculer sur son répondeur. J.A.R.V.I.S. ne laissait passer que les appels venant de l’hôpital ou du docteur Brosman. Cependant, il n’aurait pas d’autres choix que d’assister à cette foutue réunion. Réunion qu’il avait déclenchée et qui déterminerait l’avenir de son entreprise.

Il inspira profondément et se décida enfin à se lever de son fauteuil. Tony se dirigea vers l’une des salles de réunion de la Stark Industries où seul Obadiah patientait. Très bien !

— Tu foutais quoi ? Cela fait un quart d’heure que je t’attends, râla l’associé.

Le regard marron d’Obadiah se posa sur le CEO vêtu trop sobrement étant donné son statut au sein de Stark Industries. En effet, Tony portait un jean délavé, des baskets et un t-shirt Black Sabbath. Ses cheveux étaient quelque peu ébouriffés et Obadiah s’interrogeait sur sa sobriété. Oh que non ! Tony ne se serait pas permis de boire une seule goutte d’alcool. Il se devait d’avoir les idées claires pour sa sœur et pour l’entreprise. De plus, ce genre de situation lui serait défavorable et son associé pourrait la retourner contre lui.

— Aux dernières nouvelles, Obi », c’est moi le patron. Il serait bien dommage que je ne puisse pas arriver en retard à mes propres rendez-vous.

Son ton sec et froid prouvait sur son animosité. Troublé, Obadiah ignorait comment réagir face à sa réplique. Il mettait ce comportement sur le compte de Charline.

— Écoute, je comprends que la situation actuelle n’est pas propice pour développer de nouveaux projets. Laisse-moi gérer l’entreprise pendant que tu t’occupes de Charly, proposa-t-il.

Pensait-il sincèrement que Tony lui faisait confiance à cet instant ? Obadiah tentait le tout pour le tout. Il devait récupérer l’intégralité des droits sur Stark Industries. Il voulait cette entreprise et il l’aurait. Il tenait là une occasion en or.

— J…

— Tu croyais vraiment que je ne m’en rendrais pas compte ? lâcha Tony telle une bombe.

Il posa un dossier sur la table et mit Obadiah devant le fait accompli sans le ménager.

— J’ai de quoi t’inculper pour fraude fiscale, détournement de fonds financier et je suis convaincu que je trouverai autre chose en creusant davantage. Je refuse de mettre en péril mon entreprise, Obadiah.

— …

— Tu n’as que deux solutions : soit tu te rends sans négociation maintenant ; soit je dévoile ce dossier devant le Conseil d’Administration dans dix minutes.

L’homme essayait d’ordonner ses idées. Il ne s’était pas attendu à cette révélation. Tony le virait de l’entreprise sans aucune marge de manœuvre. Obadiah pouvait-il imposer des exigences ? Il le redoutait. Tony était-il vraiment capable de le vendre à la police ? Il le craignait. Il sous-estimait cet homme et il rejeta les documents tel un vulgaire chiffon. Que croyait-il ? Qu’il rendrait ses parts ? Qu’il renoncerait à ses bénéfices ? Qu’il quitterait Stark Industries sans se battre ? Obadiah aurait cette compagnie. Il n’avait pas le droit d’échouer, dans le cas contraire, sa tête serait mise à prix par son organisation et Ezekiel prendrait le relais. Il ne se permettrait pas de voir son fils réussir là où il avait subi l’échec.

Remarquant son manque de réaction, Tony prit les devants. Il appela Pepper qui fit entrer des agents fédéraux. Ceux-ci entourèrent Obadiah, lui énumérant ses droits pendant qu’ils le menottaient. L’associé ne répliqua pas. Il ne se défendit pas. Il se contenta de lancer un regard haineux vers Tony.

— Je ne vais pas en rester là. Tu as intérêt à surveiller tes arrières, Tony.

— Si tu oses t’en prendre à ma sœur ou à mes amis, crois-moi, je te ferai la peau, menaça-t-il.

Les anciens amis s’affrontèrent en silence avant qu’Obadiah fût embarqué.

Seul dans les minutes qui suivirent, Tony s’avachit sur une chaise. Plongé dans ses pensées, il n’entendit pas Pepper entrer dans la salle de réunion. Il aimerait échapper à cette journée pour rendre visite à Charline malgré son mutisme et son rejet. Il se sentait vide depuis qu’elle avait coupé leur lien. Affreusement isolé, il avait la sensation d’être abandonné dans son coin et d’avoir perdu une partie de lui. Même si leur magie se réveillait lentement, elle avait toujours été présente. Ils avaient vécu durant seize ans avec ce partage. Le briser avec une telle brutalité était douloureux. Charline ressentait-elle la même chose ? Probablement et Tony songeait à forcer le contact.

Durant ces derniers jours, il avait demandé à J.A.R.V.I.S. d’enquêter sur leur magie. Internet regorgeait d’informations, toutes aussi absurdes les unes que les autres. Aucun site, aucun forum n’offrait satisfaction ni réponse aussi minime fût-elle. Après réflexion, il avait imposé à son assistant artificiel de s’enfoncer dans les profondeurs du Dark Web. Avec un peu de chance, il trouverait ce qu’il cherchait. Tony lui avait donné carte blanche à ce niveau et J.A.R.V.I.S. s’employait donc à naviguer en ce lieu interdit et très fermé de la toile.

— J’ai appelé l’institut, fini par annoncer Pepper, je me suis dit que vous aimerez avoir des nouvelles de Charly avant la réunion.

Le regard dans le vague, son patron acquiesça d’un simple signe de tête. Il n’espérait plus grand-chose sur l’état de santé de sa sœur. Au fond de son cœur, il avait l’impression que la situation empirerait tant que le lien demeurait brisé ; or, il ignorait totalement comment le rétablir. Cette magie révélée était nouvelle pour eux, aucun des deux n’en connaissait son fonctionnement réel et Tony ne pouvait se confier à personne.

— Elle a fait un tour dans le parc ce matin. Cela n’a pas duré longtemps, mais prendre l’air lui a redonné des couleurs, rassura-t-elle.

— Elle s’alimente ?

La mine sombre et triste de Pepper présageait une négation de sa part, et les mots furent inutiles. Charline se laissait mourir. Tony n’avait aucun soupçon à ce sujet. Peut-être avait-il eu tort de l’envoyer dans cet établissement, mais quoi faire d’autre ? Il s’était retrouvé démuni face à la situation.

— Tony, elle est bien encadrée là-bas.

— Que peuvent faire les meilleurs médecins du monde si la personne n’a plus aucun espoir ? Pepper, si vous l’aviez entendu. Pour elle, plus rien ne la retient dans ce monde. Comment lui faire comprendre le contraire ? Comment lui prouver qu’elle a tort ? Et c’est pire depuis…

Le lien brisé.

— Je… je ne sais pas. Je ne prétends pas comprendre ce que vous endurez tous les deux, mais vous avez fait le meilleur choix possible pour elle, et pour vous.

Le milliardaire lui sourit, la remerciant de son soutien.

— Bon, faisons-les entrer et démarrons cette réunion. Plus vite on commencera, plu…

« Monsieur, coupa J.A.R.V.I.S., des coups de feu ont été entendus dans le parking souterrain. »

— Obabiah, conclut Tony.

La coïncidence était troublante. Sans attendre, il sortit de la pièce. À l’extérieur, les membres du Conseil d’Administration l’observèrent, perplexes de son départ précipité. Tony ne leur lança pas un regard tout en les consignant dans la salle en compagnie de Pepper et de gardes du corps. Il ignorait les intentions de son ancien associé. Il craignait qu’il ne commît l’impensable et l’irréparable. Était-il un réel danger pour l’entreprise ? Oui. Était-il un réel danger pour sa famille et ses proches ? Oui. Tony angoissait pour sa sœur si jamais Obadiah s’échappait. Il était terrorisé à l’idée qu’il pût s’en prendre à sa douce Camille. Il ne tolérerait pas qu’il leur arrivât le moindre mal par sa faute, car il avait réveillé la bête en le dénonçant et en le remettant aux autorités fédérales.

Tony se rua dans les escaliers avec Happy et plusieurs hommes de la sécurité. En quelques minutes, ils pénétrèrent dans le couloir menant à l’étage du parking assailli. Les deux véhicules fédéraux étaient encerclés par des camionnettes blanches et des individus armés. Un simple regard confirma à Tony que ses propres armes étaient entre leurs mains. Comment était-ce possible ? Obadiah aurait-il profité de sa naïveté dans le but de vendre de tels objets de guerre illégalement ? En aucun cas, le CEO n’accepterait que ses créations servissent les intérêts d’un traître et se retournassent contre son pays, contre ses compatriotes qu’il avait juré de protéger. Cette situation attestait son choix de fermer la manufacture d’armes et d’offrir un nouvel avenir à son entreprise.

La colère l’envahit. Il ne laisserait pas les siens se battre sans réagir. Obadiah était une menace pour le monde et le stopperait. Il ordonna à J.A.R.V.I.S. de condamner l’intégralité des issues : que personne ne sortît ni de rentrât. Malgré l’appréhension d’Happy, il se saisit d’un revolver et se lança dans l’affrontement. Il ne souhaitait qu’une seule chose : approcher Obadiah. S’il devait être abattu, il le ferait lui-même. Les tirs résonnaient dans le sous-sol. Les balles ricochaient sur les murs et sur les véhicules. Des pertes étaient à déplorer des deux côtés, car les alliés d’Obadiah ne désiraient aucun témoin. Pour eux, il était important de faire le ménage.

— Obadiah ! hurla Tony, c’est entre toi et moi.

S’il pouvait empêcher davantage de morts, il le ferait, mais il doutait y parvenir. Caché derrière une voiture, il attendait le meilleur moment afin de contourner les sbires d’Obadiah et de s’approcher de lui.

— Un seul d’entre nous doit mourir, Tony. Et ce ne sera pas moi.

Tony avait de nombreuses raisons de vivre, de se battre pour lui et pour les siens. Il donnerait sa vie pour protéger ses proches, quitte à y laisser la vie ; en revanche, s’il devait mourir, il ferait en sorte d’emporter Obadiah avec lui. Il progressait avec prudence tandis que son ancien ami guettait et le cherchait. Ce dernier abandonna la zone de combat dans l’objectif de pister et d’éliminer Tony. Certes, après ce qui venait de se produire, il n’obtiendrait plus la confiance de son organisation. Il continuerait donc seul sa quête de refonder le monde par les armes, ainsi que de dénicher les Seirians afin de les étudier à sa façon. Ses supérieurs avaient des doutes sur l’attaque survenue en Écosse. La mission, entre les mains d’Obadiah, se soldait par un pur échec et par un enchaînement de violence pourtant prohibée par le conseil. Aujourd’hui, il désertait Hydra et il prendrait les rênes des individus prêts à le suivre.

Extrémiste sur de nombreux sujets, beaucoup de ses collègues se méfiaient de lui et s’inquiétait des retombées négatives que ses actions pouvaient engendrer. Plusieurs enquêtes le pointaient du doigt ; or, sans preuve concrète, il était compliqué de l’incriminer. Là, en cet instant, il n’avait plus de protection et il ne se cacherait plus. Fou et dangereux, il s’imaginait invulnérable et il irait jusqu’au bout de ses convictions. Qui l’arrêterait ? Tony en était capable. Il représentait l’unique ennemi fatal pour lui, un ennemi à éliminer. Les deux hommes se connaissaient que trop bien pour ne pas réagir l’un face à l’autre.

— Montre-toi ! Lâche ! enragea Obadiah.

— J.A.R.V.I.S., le testament est à jour au cas où ? murmura Tony.

Après confirmation, Tony se redressa et affronta Obadiah. Des tirs s’échangèrent durant de courtes secondes avant d’en venir aux mains. Ils frappèrent avec brutalité. Aucun n’hésita sur les coups. La douleur et le sang étaient leurs uniques alliés. Il n’y aurait qu’un survivant et ils le savaient très bien. Obadiah combattait avec rage et hors de toute logique ; tandis que Tony luttait pour ses proches. Seulement, Obadiah avait la technique et l’expérience grâce à sa formation au sein d’Hydra. Il plaqua son rival, ensanglanté, contre le mur avec une arme à la main. Il y était presque. Il pouvait l’abattre ici et maintenant. Tony résistait. Il résistait pour sa sœur, pour l’espoir de la revoir. Il ne devait pas abandonner. Dans le cas contraire, rien n’empêcherait ce psychopathe de s’attaquer à elle. Il ne pouvait pas se le permettre.

Soudain, un tir retentit. Tony se figea, choqué par la douleur qui se propagea à travers son corps. Il sentait son sang se répandre sur son t-shirt. Il le sentait s’écouler. Tandis qu’une de ses mains agrippait Obadiah, l’autre se posa sur son ventre, mais rien ne se stoppait l’hémorragie et la balle n’était pas ressortie. Non ! Il refusait de mourir ainsi. Il refusait de mourir en laissant Charline à son sort. Qui la protégerait ? Qui en serait capable hormis lui ? Charline ! Il ne songeait qu’à elle en cet instant. C’était son visage qu’il voyait. C’était son sourire et l’éclat de son regard qui le maintenait à flot alors que les ténèbres l’engloutissaient lentement. Charline ! Il n’avait pas le droit de l’abandonner. Le froid l’envahit. Il appelait sa sœur. Il hurlait son prénom au fond de lui. Il tendait la main afin de se raccrocher à quelque chose : or, rien du tout. Le noir et le blizzard.

— Ton père n’aurait jamais dû te remettre les clés de l’entreprise. Stark Industries aurait dû me revenir.

— Je…

Mais il se tut. Tony ne parvenait plus à parler. Du sang s’écoula de sa bouche et il s’écroula lorsqu’Obadiah se dégagea.

— Ne touche… pas à Charly… ne… lui fait pas de mal, tenta-t-il dans un ultime espoir.

Le sourire carnassier d’Obadiah ne laissait aucun doute sur ses intentions. Tony rampa et une traînée de sang le suivit.

— Je n’aurais pas besoin de m’en charger. Ta mort l’achèvera pour moi.

Obadiah leva à nouveau son arme. Il était temps d’en finir et deux tirs résonnèrent.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 24 octobre 2020 à 18h24
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