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Tome 1, Chapitre 21 Tome 1, Chapitre 21

Montagnes du Montana, domaine de Gabriel.

La sorcière luttait avec acharnement. Après avoir créé une arme magique, elle avait lancé l’assaut contre son mentor. Elle avait besoin de se défouler, encore et encore. Le Maître en Art Mystique la laissa s’enfoncer dans ce comportement qui causerait son échec. Elle frappait sans relâche jusqu’à l’épuisement. Et ce fut à ce moment qu’il contra enfin ses attaques dans le but de les retourner contre elle. Surprise, Michaëla perdit sa concentration et fut rapidement dépassée par les événements. Elle comprit désormais les paroles de son cousin : « La magie réclame du calme et du sang-froid. Plus tes émotions sont puissantes et incontrôlables, plus tu seras vulnérable et tu échoueras. » C’était ce qui se produisit. Sa magie se brisa. La jeune fille chuta au sol avec l’arme de Gabriel sur la gorge.

Mécontent, il demeura ainsi de longues secondes. Il la fixait, colérique, de s’être laissée emportée alors qu’elle était une si brillante élève. Elle promettait d’être une excellente sorcière et elle osait le décevoir aujourd’hui. Il avouait avoir utilisé la situation afin de la tester, afin de s’assurer qu’elle était apte à gérer ses émotions lors d’un affrontement : elle avait lamentablement échoué. À son regard, Michaëla saisit sans difficulté la déception de son mentor et s’excuser ne servirait à rien. Il n’y avait rien à dire.

Gabriel cessa sa magie et laissa sa cousine se relever. Elle était poussiéreuse et transpirante. Plusieurs mèches de sa chevelure blonde se détachaient de sa queue-de-cheval. Elle ne prononça pas un mot, bien qu’elle aimerait tant se confier à Gabriel sur sa relation avec Charline. Elle avait la sensation d’avoir mal réagi au téléphone la veille. Elles avaient longuement discuté, mais Michaëla n’avait pas répondu à son « je t’aime ». Était-ce une erreur ? Qu’allait-il se passer désormais ? Avait-elle blessé Charline alors qu’elle ne le désirait pas ? Charline n’avait rien dit à son silence. Elle n’avait pas réagi.

— Eh, Mike, appela Gabriel, redescend sur terre !

L’adolescente baissa la tête. Elle n’avait pas à répliquer face à lui.

— C’est Charly qui te met dans cet état ? Je pensais qu’elle sortait aujourd’hui et qu’elle allait mieux ?

— Aller mieux est un bien grand mot après ce qui s’est passé, souffla-t-elle.

— Mike…

— Elle aurait pu y rester, riposta la sorcière.

Ses yeux se gonflèrent de larmes qui finirent par couler. Personne n’avait rien fait, Michaëla encore moins. Elle s’était retrouvée seule face à ses démons. Malgré les paroles de Tony qui se voulaient rassurantes, tout le monde songeait au pire qui aurait pu se produire cette nuit-là.

— Et toi, tu as insisté pour cet entraînement. Je ne voulais pas, moi. Je n’ai pas la tête à ça.

— C’est toi qui es venu vers moi, tu t’en souviens ? Tu as voulu que je t’entraîne dans le but de revenir dans notre communauté, de prouver à tes parents que c’est ton héritage et que tu ne voulais pas l’abandonner. Crois-tu sincèrement que tes ennemis prennent en compte tes problèmes ? Non. Ils frappent et, justement, ils profitent de tes faiblesses. Là, tu serais morte mille fois en combat réel.

Malgré le courroux de Gabriel, son calme était impressionnant. Son ton, sec, restait posé et contrôlé. Seul son regard témoignait de son réel ressenti sur la situation.

— Tu veux abandonner ?

— Non.

— Tu veux prouver que tu mérites ta place parmi nous ?

— Oui.

— Alors cesse tes gamineries. Prends le dessus et contrôle-toi, imposa Gabriel.

Le jeune homme était dur avec elle pour son bien. Elle devait comprendre que leur monde n’était pas celui des bisounours et que la moindre erreur pouvait être dramatique. Michaëla devait se préparer à cet univers qu’elle avait quitté très jeune et dans lequel elle tentait de revenir. Elle n’avait pas le processus normal de formation et l’adolescente devrait être à la hauteur des autres sorciers de son âge dès qu’elle remettrait officiellement les pieds dans ce monde. Elle n’en tenait pas rigueur à Gabriel pour sa dureté. Michaëla avait conscience que c’était nécessaire à son apprentissage et il essayait de la protéger.

Un silence suivit cet échange. Michaëla n’avait rien à ajouter pour sa défense et Gabriel ne s’attarderait pas sur le sujet. Il s’était exprimé, à sa cousine désormais de faire le nécessaire. Ils rangèrent ensemble le matériel avant de rejoindre une petite propriété. Elle avait appartenu aux parents du sorcier et il en avait hérité à sa majorité. Il la préservait comme maison secondaire lorsqu’il ne séjournait pas parmi les Maîtres en Arts Mystiques, et qu’il entraînait Michaëla notamment. Personne ne venait les déranger ici. Ils étaient donc tranquilles la plupart du temps.

— Tu veux te poser un peu avant de rentrer ? demanda-t-il alors que l’adolescente vidait une bouteille d’eau entière.

— Ouais, pourquoi pas ? De toute façon, je n’ai pas spécialement envie de rentrer. Je ne sers à rien là-bas.

Gabriel fronça les sourcils.

— Qu’est-ce qui se passe ? Je pensais que Charly sortait de l’hôpital ce matin. Tu n’avais pas prévu une petite fête avec François ?

Le mutisme de sa cousine était étonnant et inquiétant. Elle renifla et ne retint pas ses larmes. Gabriel l’invita à s’asseoir quelques minutes et l’encouragea à parler.

— Elle… Tony a décidé de l’hospitaliser. Elle est transférée dans un établissement psychiatrique aujourd’hui. Elle va péter les plombs enfermée entre quatre murs. C’est… délirant de sa part.

— Il essaye de la protéger. Comme tu l’as dit, elle aurait pu y laisser la vie. Tony fait le bon choix de remettre sa sœur entre les mains de professionnels.

— Attends ! Tu approuves ?

Gabriel fronça les sourcils. Ce n’était pas à Michaëla, une adolescente de seize ans, de décider de ce qui était bon pour Charline ou non. Tony avait tout assumé jusqu’à présent et, aujourd’hui, il arrivait au bout de ses capacités. Il savait parfaitement qu’il ne pourrait pas assurer la sécurité de sa sœur une fois de retour à la maison. Charline avait besoin d’un encadrement médical qui saurait gérer la situation. La séparation et l’hospitalisation seraient compliquées au début, mais c’était la meilleure solution pour la fratrie Stark. Seulement, comment l’expliquer aux deux adolescentes ?

Charline n’avait pas prononcé un mot depuis la séance avec le docteur Brosman la veille. La jeune fille aurait pu accepter sans broncher le rendez-vous. Elle avait même demandé la présence de son frère. Pourtant, quelque chose s’était produit et tout avait basculé sans que les deux hommes en connussent la raison. Charline s’était brusquement renfermée. Les seules paroles qui étaient sorties de sa bouche avaient été : « À quoi cela sert de vivre si rien n’en vaut la peine ? ». Le désespoir et la résignation avaient brisé le cœur de Tony. Il n’avait pas compris, et il ne comprenait toujours pas, ce changement radical de comportement. Il sentait cette blessure sans savoir d’où elle venait. Était-ce cet appel téléphonique ? Étrangement, ce revirement s’était produit par la suite ; or, malgré ses questions et son insistance, Charline s’était barricadée.

La honte de son geste s’était dissipée. En réalité, cette envie irrésistible de continuer lui déchirait les entrailles. Son âme et son cœur étaient meurtris, et seule la douleur physique pouvait l’atténuer et faire oublier cette souffrance. Charline avait pensé que cet amour était réciproque, en vain. Michaëla désirait s’éloigner d’elle et elle ne pouvait pas la blâmer pour cela. Qui voudrait d’une petite amie déséquilibrée psychologiquement ? Personne. Charline en avait conscience. Le silence face à ce « je t’aime » était plus éloquent que les mots.

Il n’y avait pas un bruit. Le voyage jusqu’à l’institut psychiatrique avait été pesant. Tony avait insisté pour y conduire lui-même sa sœur. Il avait espéré quelques aveux sur le trajet. Sur place, le docteur Brosman les accueillit. L’établissement se situait à l’écart de la ville, dans une immense propriété boisée. Des salles de jeux, de détente, un réfectoire et également une pièce de cinéma étaient au rez-de-chaussée, ainsi qu’une bibliothèque. Au 1er et 2e étage se trouvaient les chambres, tandis que le 3e était réservé au personnel.

La visite et les explications passèrent par-dessus la tête de Charline. Un étrange sentiment naissait dans sa poitrine : la colère, la haine peut-être. C’était étonnant de sa part, mais elle s’y enfonçait. Tony la saisissait. Il en était la cible, c’était certain. Elle le détestait en cet instant et il en souffrait.

— Aucune visite durant une semaine. Pas d’Internet. Aucun contact avec l’extérieur.

À quoi bon autant de précautions ? Personne ne viendrait lui rendre visite. Charline était seule, absolument toute seule. Même son frère l’abandonnait désormais. Cette crainte avait toujours été présente et elle était, aujourd’hui, une réalité. Avait-elle peur ? Non. Des sentiments plus négatifs l’envahissaient, bien qu’ils semblassent s’atténuer. Ou alors, était-ce une volonté de sa part que Tony ne pût plus les ressentir ? Il fronça les sourcils avant de tourner son regard vers sa sœur. Était-elle en train de bloquer leur lien ? Charline agissait sans le savoir. La rupture se réalisait inconsciemment, car elle perdait confiance en son frère. L’adolescente ne remarqua pas immédiatement l’angoisse de Tony ni le vide qui s’installa par la suite. Pour tout avouer, ce silence et cette solitude lui faisaient du bien ; elle s’y plaisait. À quoi bon aimer et donner sa confiance pour ensuite tout perdre ? Pourquoi l’avait-il sauvé de ce monstre pour ensuite la jeter dans cet établissement ? Il lui avait tendu la main pour mieux la repousser.

Tony ignorait comment réagir face à ce comportement, face à ce rejet soudain. Avait-il fait quelque chose de mal ? Avait-il dit quelque chose de mal ? Il cherchait dans sa mémoire à quel moment il aurait pu déclencher une telle réaction de la part de sa sœur. Qu’avait-il manqué ? Il profita d’être arrivés dans la chambre qu’occuperait Charline pour réclamer à être seule avec elle. Il ferait une dernière tentative de communication. Il l’invita à s’asseoir sur le lit avant d’engager la conversation.

— Que se passe-t-il, Charline ? Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? Parle-moi, je t’en prie !

« Tu aurais dû me laisser crever. Pourquoi m’avoir libéré pour ensuite me traîner ici ? Pourquoi ? »

Charline voulait hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

« Je te déteste, Tony. Si seulement tu savais à quel point. »

Toujours rien. Sa rage restait en elle. Elle grossissait comme une tumeur et elle pourrirait en elle.

« Tu n’as jamais voulu de moi. J’aurais dû mourir à la naissance. Jamais je n’aurais dû naître. Mon existence n’est qu’une blague. Personne ne veut de moi. Même Mike s’en va. »

Le silence. Encore le silence. Tony remarquait son hésitation. Il remarquait qu’elle voulait parler, mais que les mots restaient bloqués dans sa gorge.

— Que s’est-il passé avec Mike ? osa-t-il demander.

Non, tout sauf cela. Il n’avait aucun droit de lui poser cette question.

« J’avais pensé avoir tout vécu en termes de douleur, mais tout ce que j’ai vécu n’est rien comparé à un amour brisé. L’amour fait mal, Tony. Je n’aurais imaginé à quel point. Pourquoi aimer ? Pourquoi ? Si c’est pour un tel résultat ? »

Tony ne cacha plus ses larmes. Le lien était brisé. Comment le reformer ? Était-ce encore possible ? Charline le repoussa vivement lorsqu’il tenta de prendre sa main dans la sienne. À contrecœur, Tony préféra abandonner. Était-ce de la lâcheté ? Devait-il insister malgré tout ? Il se leva du lit et se dirigea vers la porte tandis que Charline tourna son regard vers lui. Au fond d’elle, elle espérait sans doute qu’il se retournât, tel un signe qu’il reviendrait. Rien. Tony quitta la chambre sans un dernier regard pour sa sœur, abattu par la situation.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 20 octobre 2020 à 15h35
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