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Tome 1, Chapitre 20 Tome 1, Chapitre 20

Tony ferma la porte avec délicatesse. Sa sœur s’était rapidement rendormie après son réveil. Perdue et troublée, elle s’était questionnée sur ce qui s’était produit et sur cette révélation au sujet du faucon qu’ils voyaient tous les deux. Au bout du compte, les réponses viendraient plus tard. Pour le moment, elle avait besoin de repos et de calme. Exténuée, elle avait sombré dans un sommeil paisible et Tony espérait que cela perdurerait. Lui aussi cherchait à comprendre ces derniers événements. Il ne possédait aucune explication et il s’en inquiétait que peu pour l’instant. Le plus important était le rétablissement de sa sœur et de prévenir certaines personnes.

Il appela en priorité Arthur Johnson, le père de Michaëla. Celle-ci avait paniqué face au silence de sa petite-amie et de son absence au lycée. Tony informa qu’il était préférable d’attendre le lendemain avant qu’elle vînt lui rendre visite. Il doutait faire entendre raison à l’adolescente, car ses hurlements résonnaient au téléphone. Tony avait confiance en Arthur afin de dialoguer avec sa fille : Charline n’avait pas besoin de visite aujourd’hui, décision approuvée par les médecins. Puis, il contacta Chloé pour avertir François qui, idem, s’était alarmé. La femme avait alors proposé son aide ; aide refusé par Tony. Toutefois, ils avaient quelque peu discuté et la peine de Tony s’était allégée un instant.

Ensuite, ce fut au tour de Pepper qui débarqua dans l’heure à l’hôpital. Son arrivée fut rythmée par le bruit sec de ses talons, tandis que son regard gris était partagé entre la colère et l’inquiétude. L’assistante jura auprès de son patron, car elle aurait souhaité avoir des nouvelles plus tôt au lieu de s’angoisser de la sorte. Elle avait essayé de le joindre toute la matinée, en vain. Quand Pepper avait vu la maison vide avec Kassandra abandonnée au milieu du salon, elle n’avait cessé d’appeler Tony et elle avait averti l’ami de la famille ; elle avait pensé qu’Ezekiel détenait une information. Or, il n’avait pas dissimulé son angoisse, preuve de son ignorance totale. Dès lors, ils avaient ces dernières heures à imaginer le pire. Seul Obadiah était resté distant face à la situation.

Tony s’excusa piètrement, navré d’avoir causé autant de souci envers Pepper et Ezekiel. Malgré la crainte qui les avait habités, aucun des deux ne lui en tenait vraiment rigueur.

— Pepper, je suis désolé. Mais j’ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi, annonça Tony avec sérieux une fois la tension baissée.

— Je n’aime pas quand vous faites cette tête. Je vous l’ai déjà dit ?

Oh que oui et bien trop souvent.

— Quoi ? Attendez, vous êtes fou, déclara-t-elle après la demande de Tony, c’est…

— C’est possible ? S’il vous plaît. Faites-le !

Pepper soupira en n’osant imaginer les répercussions d’une telle requête. Tony se rendait-il bien compte des conséquences que ce choix engendrerait ? Oui et il les assumerait dans leur intégralité. Dans le fond, elle ne devait pas être si surprise que cela. Un peu plus de vingt-quatre heures plus tôt, Tony lui avait avoué ne plus pouvoir travailler avec Obadiah. Seulement, une autre décision bien plus catastrophique avait germé dans son esprit. Et c’était celle-ci qui préoccupait le plus Pepper.

— J’espère que vous savez ce que vous faites, souffla-t-elle avant d’aller se mettre au boulot.

S’il le savait ? Oui. Tony en avait pleinement conscience et il ne changerait pas d’avis. Il irait jusqu’au bout.

Dans la chambre, Charline sortait peu à peu de son sommeil. Son mal de tête lui donnait l’impression d’être passée sous un troupeau d’éléphants. Ses paupières étaient lourdes et elle se serait bien rendormie encore quelques minutes. Ses yeux se fermèrent à nouveau. Elle écouta avec quiétude le chant de l’océan alors qu’une fine brise frôla son visage. La fenêtre était ouverte et elle en remerciait Tony. Des questions surgirent une nouvelle fois, mais elle les accueillit avec plus de tranquillité. Que s’était-il vraiment passé ? Son frère n’en savait pas plus qu’elle et elle se promit de faire des recherches sur Internet. De plus, elle mettrait sans aucun doute Michaëla à contribution.

Oh, mon Dieu ! Michaëla ! Elle l’avait repoussé. Elle l’avait rejeté alors qu’elle n’avait désiré qu’apporter son aide. Charline avait été odieuse avec elle ainsi qu’avec François. Comment avait-elle pu être aussi méchante envers ses amis ? Quelques larmes gouttèrent sur ses joues. Elle les essuya du revers de sa main gauche avant de stopper brusquement son geste. L’adolescente se redressa et fixa avec dégoût son avant-bras. Un pansement protégeait les plaies les plus profondes, celles qu’elle avait réalisées le jour même. Les autres coupures étaient à l’air libre. Charline était terrifiée face cette vision. Terrifiée par ce qu’elle était capable de faire et terrifiée à l’idée de savoir Tony désormais au courant.

Elle arracha le bandage sans ménagement, causant ainsi un léger saignement. Des larmes coulèrent alors qu’elle avait voulu se retenir. Comment expliquer cela à Tony ? Comment avait-elle pu aller aussi loin ? Son comportement la poursuivrait pour le reste de sa vie. Elle éclata en sanglots sans entendre la porte s’ouvrir et l’individu entrer dans la pièce. Charline pleura, encore et encore, tandis que l’homme s’installa sur le lit à ses côtés. Il posa délicatement sa main sur ses blessures avant de l’inviter à se blottir contre lui. La jeune fille posa sa tête sur le torse de son frère qui l’embrassa avec tendresse. Il remarqua qu’elle souhaitât dégager son bras pour le cacher, mais Tony l’en empêcha.

— N’aie pas honte, Charly !

Ne pas avoir honte. Comment était-ce possible ? De longues minutes s’écoulèrent dans le silence. Aucun mot n’était nécessaire. Tony apportait du réconfort et du soutien à sa petite sœur d’une façon dont il n’aurait jamais pensé. Maintenant, il savait que ces sensations étranges qu’il avait ressenties n’étaient pas si bizarres et hallucinatoires que cela. Cette peur, cette détresse et cette douleur étaient bien celles de Charline. Elles vibraient en Tony comme s’il s’agissait des siennes. À l’inverse, l’adolescente sentait la force, la détermination et le sang-froid de son frère. Certes, une terrible angoisse se dissimulait derrière ce bouclier, mais elle n’atteignait pas la jeune fille. Ils partageaient leurs forces et leurs faiblesses. Ils les partageaient sans en connaître le fonctionnement et de manière inconsciente. Étonnamment, ils n’en avaient pas peur.

Charline finit par s’apaiser ; en revanche, cela ne l’empêcha pas de cacher son bras sous la couverture. Son frère n’insista pas. Il lui laisserait le temps pour qu’elle acceptât de vivre avec ces cicatrices. Tony s’éloigna doucement et la relâcha.

— Je vais chercher une infirmière. Il faut remettre un bandage.

Elle acquiesça sans rechigner, car il avait raison. Il l’embrassa sur le front et se leva.

— Attends ! Je peux emprunter ton téléphone pour appeler Mike ?

— Bien sûr, fit Tony en lui remettant son portable, je passerai à la maison te récupérer des vêtements et ton téléphone.

— Je ne rentre pas aujourd’hui ? tenta-t-elle même si elle connaissait déjà la réponse.

Son frère soupira et secoua la tête. Après la gravité de sa crise, le médecin voulait la garder en observation jusqu’au lendemain. De plus, cela lui permettrait de voir le docteur Brosman qui avait assuré sa venue dans l’après-midi. Charline s’y résigna. Elle n’avait pas le choix que d’obéir aux décisions de Tony. Leur magie nouvellement révélée ne résoudrait pas l’intégralité de ses problèmes et de son mal-être. Elle serait d’une aide bien précieuse, même s’ils ignoraient encore son fonctionnement ; en revanche, rien ne dispensait Charline d’une thérapie médicale.

Une fois Tony hors de la chambre, l’adolescente appuya sur le contact « Mike Johnson » enregistré sur le téléphone. Son amie ne mit pas longtemps à décrocher et elle pleura en entendant la voix de Charline. Elle avait été tellement inquiète que la savoir réveillée la soulageait d’un énorme poids dans la poitrine. Elles restèrent un moment dans le silence que seuls les pleurs brisaient. Charline aurait voulu s’excuser pour son comportement. Selon elle, il était impardonnable malgré l’opinion de sa petite-amie qui ne lui en tenait pas rigueur. Charline était mal dans sa peau et dans sa tête. Comment préserver de la rancœur ? Cette réaction serait d’un égoïsme pur et simple. Aucune des deux jeunes filles ne parvînt à placer un mot correctement tant l’émotion était puissante. Elles s’aimaient et elles avaient peur, chacune à leur façon face à la situation actuelle.

L’amour et le regret envahissaient de manière incontrôlable Charline. Ce fut ainsi que Tony sentit à quel point leur magie était puissante : puissante, mais drôlement intrusive. Ce n’était pas de l’amitié qu’il captait. Non. C’était de l’amour. Sa sœur serait-elle amoureuse ? De qui ? Était-ce vraiment Michaëla qu’elle appelait ou lui cachait-elle une relation ? Peu importait. Tony aurait bien l’occasion d’en savoir plus. En attendant, il informa une infirmière que sa sœur avait besoin d’un nouveau bandage et quitta l’hôpital dans le but d’aller chercher des affaires pour Charline.

Cette dernière finit par calmer ses larmes, tout comme Michaëla, et elle fut la première à prendre la parole. La première à prononcer ces mots qui changeraient leur vie.

— Je t’aime.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 17 octobre 2020 à 21h14
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