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Tome 1, Chapitre 19 Tome 1, Chapitre 19

Président des États-Unis d’Amérique George W. Bush — le 11 septembre 2001

« Ces actes meurtriers à grande échelle étaient destinés à effrayer notre nation en la plongeant dans le chaos et le repli… mais ils ont échoué. Notre pays est fort. Un grand peuple se lève pour défendre une grande nation. Les attentats terroristes peuvent secouer les fondations de nos immeubles les plus hauts, mais ils ne peuvent pas ébranler les fondations de l’Amérique. Ces attaques brisent l’acier, mais ne peuvent entamer l’acier de la détermination […] L’Amérique, ses amis et alliés se joignent à tous ceux qui veulent la paix et la sécurité dans le monde et nous sommes unis pour gagner la guerre contre le terrorisme. »

Peu importait la chaîne télévisée, toutes parlaient que d’une seule chose : les attentats du 11 septembre 2001 survenus deux ans plus tôt. Aujourd’hui étaient les commémorations et le pays entier avait presque cessé de vivre pour les suivre. Des témoignages passaient en boucle. La déclaration du Président des États-Unis d’Amérique, une réponse aux actes terroristes, était rediffusée comme pour justifier à nouveau l’entrée en guerre du pays. À 20 h 30 ce jour-là, tous avaient eu les yeux rivés sur les écrans. Tous avaient accepté et compris les enjeux, les risques et que rien ne devait demeurer impunis. Il fallait répondre au mal par le mal. L’armée fut déployée, renforcée et jamais le pays n’avait jamais autant investi dans les armes militaires. Exigeante, impitoyable, elle avait réclamé encore et encore, toujours plus haut, toujours plus loin. Meurtrière, rien depuis ces deux dernières années ne la stoppait dans son avancée. Le gouvernement jouait sur la peur des gens, ainsi que sur la psychose de la population pour persister et enrayer la menace terroriste de la surface du monde.

Elle profitait du savoir et de l’innovation de la Stark Industries, et Tony Stark avait signé de nombreux contrats juteux. Jamais l’entreprise ne s’était aussi bien portée. Profiteur de guerre. Marchand de morts. Le milliardaire portait de nombreux noms. Il approuvait les décisions du gouvernement. Il encourageait cette guerre pour laquelle il travaillait et contribuait. Il ne voyait que le résultat désiré : la fin du terrorisme. Tony Stark était en guerre contre ces individus provoquant la mort et la destruction, sans prendre conscience des dégâts que lui-même causait.

Tony coupa la télévision alors que les journalistes, justement, parlaient de lui et des conséquences. Il songeait à la sécurité dans le monde, mais il ne pensait pas au mal qu’il engendrait pour les populations locales, victimes collatérales. Qui s’occupait d’elles tandis qu’elles fuyaient ? Des familles entières étaient décimées. Des familles entières tentaient désespérément de trouver refuge quelque part. Pire encore, certaines de ses armes se retrouvaient entre les mains des meurtriers qu’il combattait. Comment ? Des vols, des échanges frauduleux ou bien des ventes illégales. Tony enquêterait afin de s’assurer que ses armes étaient uniquement vendues à l’armée américaine, mais rien ne garantissait de passage de mains en mains une fois en territoire ennemi. Un camp prit d’assaut, par exemple, et l’ennemi pouvait se servir lors des échanges de tirs ou bien en cas de replis de l’armée.

Son regard se posa sur sa sœur toujours endormie. Les médecins l’avaient débranché et changé de chambre près d’une heure plus tôt. C’était pour elle qu’il avait fait tout cela. Pour elle. Pour le pays. Pour le monde. Cependant, les résultats n’étaient pas ceux qu’il avait envisagés. En réalité, jamais il n’avait réfléchi aux conséquences. Tout ce qu’il avait voulu était de réagir, de frapper avant que les terroristes chargeassent à nouveau. Était-ce ce chao qu’il léguait au monde ? Était cela son unique héritage ? Longtemps il avait pensé que Charline rêvait d’un avenir utopique et irréalisable, qu’il était impossible d’imaginer l’entreprise fermer sa manufacture d’armes et de se reconvertir. Pourtant, la Stark Industries était beaucoup de choses et, aujourd’hui, tout ce que le monde retenait d’elle était la mort. Tony pouvait-il encore faire marche arrière ? Pouvait-il vraiment renoncer à toute cette folie qui engendrait autant de souffrance ? Charline avait probablement raison, il existait d’autres moyens pour protéger le monde et la population.

Tony prit la main de Charline dans la sienne. Pourquoi ne se réveillait-elle pas ? Le manque de signe inquiétait les médecins. C’était comme si Charline ne désirait pas se réveiller, comme si quelque chose la retenait et qu’elle se laissait mourir. L’équipe médicale ne comprenait pas, mais Tony avait un mauvais pressentiment. Sans en saisir la raison, il sentait le froid en lui. Il sentait la peur et la détresse de sa sœur. Il entendait des hurlements et des appels à l’aide. Tony avait l’impression de devenir fou. Comment l’aider ? Il savait qu’elle avait besoin d’aide. Il le sentait dans ses tripes et le faucon l’avait suivi jusqu’à la nouvelle chambre. Le rapace ne quittait pas la fratrie et heureusement que personne n’avait été présent lorsque Tony s’était adressé à l’animal quelques minutes plus tôt : « Que dois-je faire ? Aide-moi ! Dis-le-moi ! ».

Il serra de plus belle la main de sa sœur. Il la serra de peur de la lâcher et de la perdre. Il aimerait tant qu’elle ouvrît les yeux. Il aimerait tant retrouver son beau regard et son joli sourire. Il aimerait refaire le passé. À son réveil, il se promit de changer de vie pour tout les deux. Ils avaient besoin d’un renouveau pour se reconstruire et peu importait les obstacles.

— Charly, reviens vers moi. Je ne sais pas si tu m’entends, mais reviens à la maison. On partira dans les montagnes. On fera le tour du pays et du monde.

Une décharge électrique traversa son corps. Étonné, il se tut. Que venait-il de se passer ? Avait-il halluciné ? Le faucon battit ses ailes et poussa un cri. Tony continua de parler à sa sœur jusqu’à se faire happer par une force invisible.

L’adolescente avait fui la lugubre caverne de la créature. Elle ignorait depuis combien de temps elle y était restée, mais rien n’avait pu la faire réagir. Recroquevillée dans un coin sombre, elle s’était laissé dépérir. Sa raison de vivre l’avait quitté. Grelottante de froid et de terreur, elle était restée entre les griffes du monstre qui la hantait depuis deux ans. Des griffures faisaient saigner des bras, ses jambes et son dos, brisant ses dernières forces et ses dernières volontés. Mourir était devenu une évidence. Charline avait voulu mourir dans cette grotte, abandonnant l’idée de revenir parmi les siens. Vidée, elle avait fermé les yeux pour un dernier voyage avant de sentir une force venant d’ailleurs. Une douce chaleur l’avait envahi et avait chassé les ténèbres durant de faibles secondes. Un tendre contact l’avait effleuré et une voix était parvenue jusqu’à ses oreilles : Tony. Une énergie combative s’était diffusée dans ses veines et Charline avait fui.

Elle courait sur une couche de cendre qui ne cessait de tomber du ciel. Elle n’avait cure de ses douloureuses plaies et du sang qui coulait. Elle fuyait ce terrible lieu. Elle fuyait ce monstre qui la poursuivait, courroucé de l’évasion de sa prisonnière. Charline ne ralentissait pas et fonçait droit devant. Elle ignorait où elle se dirigeait et peu importait. Elle hurla le nom de son frère. Elle l’appelait à l’aide. Elle courait sans un regard en arrière. Elle courait pour survivre, pour vivre. Elle voulait vivre. Elle refusait d’abandonner. D’où venaient cette force et ce désir ? Elle l’ignorait, mais elle lutterait. Elle se sentait pousser des ailes et un cri de rapace lui fit lever les yeux au ciel. Son magnifique faucon était là.

Charline continua. Elle sentait la délivrance si proche. Malheureusement, un fossé se forma sous ses pieds et elle chuta dans un hurlement. Ses mains s’agrippèrent aux parois, à la roche, aux lianes, aux branches, à tout ce qu’elles trouvaient pour ne pas sombrer. Des griffes acérées attrapèrent ses jambes. La créature se situait en bas et l’obligeait à lâcher prise. Charline s’accrocha tant bien que mal et s’écorcha douloureusement les mains. Des larmes coulèrent sur son visage. Elle ne voulait pas y retourner. Elle n’y retournerait pas. Elle se donnerait la mort pour échapper à ce triste sort.

Alors que la liane qu’elle maintenait avec fermeté céda, une main la rattrapa.

— Regarde-moi, Charly ! Regarde-moi ! Je ne te lâcherai pas. Pas cette fois-ci.

Tony avait compris cette nuit-là la raison pour laquelle il avait tenu à rester à ses côtés. Pourquoi cela avait été si viscéral de maintenir le contact avec sa sœur. Elle avait eu besoin d’aide. Elle avait eu besoin de lui plus que jamais et il l’avait lâché. Tony ne commettrait pas deux fois la même erreur. Il vit l’effroi dans son regard. Elle était terrifiée de se retrouver seule à nouveau, de chuter et d’être en prise avec cette bête en bas du fossé. Colérique, Tony observa la créature qui refusait de lâcher sa sœur. Jamais il n’avait ressenti une telle rage en lui. Il tuerait pour Charline.

— Tony, je vais lâcher. Ne m’abandonne pas, supplia-t-elle.

— Laisse-toi tomber…

— Quoi ? Non. Non.

— Eh, Charly ! Tu as confiance en moi ?

Confiance en lui ? Oui. Elle lui confierait sa vie les yeux fermés. Elle hocha la tête et Tony l’encouragea à lâcher prise. Terrorisée, elle mit quelques secondes avant de s’exécuter. Une fois à terre, le monstre n’attendit pas afin de la saisir avec violence ; en revanche, ce qu’il n’avait pas anticipé était l’intervention de Tony. Il avait sauté dans le fossé et se dressait désormais face à cet être maléfique.

— Tu t’es attaqué à la mauvaise famille, ragea-t-il.

Charline se protégea lorsqu’il chargea. Elle rampa dans un coin. Elle s’éloigna tandis que son frère affrontait la bête. Jamais elle n’avait vu Tony avec une telle férocité, avec une telle animosité dans ses yeux. Était-il vraiment son frère à cet instant ? Au bout de plusieurs minutes d’une lutte acharnée, la créature s’écroula dans une mare de sang noir. Tony apaisa sa fureur avant de se tourner vers sa sœur qui la fixait. Il était ensanglanté du sang du monstre, mais cela n’empêcha pas Charline de se jeter dans ses bras dès qu’il s’agenouilla face à elle. Il était venu la chercher. Il ne l’avait pas abandonné. C’était une promesse qu’il avait faite et qu’il ne briserait jamais. Il la tiendrait toujours, quelles que fussent les circonstances.

Tony revint à la réalité avec douceur à l’inverse de Charline. Elle manqua d’air durant quelques secondes, comme si elle avait été en apnée et qu’elle revenait enfin à l’air libre. Elle toussa et s’agita, encore effrayée par ce qui venait de se produire. Son regard tourna autour d’elle. Elle cherchait un réconfort, une bouée, quelque chose ou quelqu’un pour la maintenir à flot et la faire totalement revenir.

— Ma choupette, je suis là.

Elle sentait sa main dans la sienne. Elle sentait sa présence si apaisante. Cette voix et ce regard si réconfortant. Charline tourna la tête vers lui. Elle vit ses yeux gonflés par des larmes de soulagement. Elle vit ce sourire de la voir revenir dans ce monde. Avait-elle vraiment vécu tout ce qui venait de se passer ? Un rêve ou la réalité ? Charline était perdue. Étrangement, elle ne sentait plus ce souffle glacial et cette ombre semblait avoir disparu. Cela avait été si réel. Comment était-ce possible ?

— Je… je… qu’est-ce que…

— Calme-toi ! Tout va bien se passer désormais. Elle ne reviendra pas et je ne te lâcherai plus.

Charline fronça les sourcils et regarda son frère. Elle n’avait donc pas rêvé. Il avait été là, avec elle, et il l’avait libéré. Leur esprit s’était connecté. La magie. Oui, c’était de la magie. Charline voudrait y croire. Elle voudrait croire à une force surnaturelle qui avait permis à son frère de la sauver. Seulement, cela était… impossible. Aussi impossible que ce faucon. L’adolescente savait que ce rapace était réel pour elle, alors pourquoi ne pas croire à l’impossible ? Elle était bien placée pour faire cette expérience hors du commun. Tony parlait-il de la créature ? L’avait-il vraiment affronté ? Désorientée, Charline ne savait pas quoi penser. Elle cherchait une raison et une explication à tout cela. Avait-elle une trop grande imagination ? Devenait-elle folle ?

Cependant, alors qu’elle s’apprêtait à répondre, elle s’étonna de voir Tony fixé sur le faucon toujours à leurs côtés. Il semblait le voir et il lui sourit avec un signe de tête, comme s’il le remerciait.

— Attends ! Tu le vois ?

Tony fut perplexe d’une telle question.

— Depuis ta naissance. Toi aussi ? Je pensais être le seul.

Surpris, ils tournèrent leur regard vers le rapace qui agita ses ailes dans un petit cri presque ironique : « C’est pas trop tôt. »


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 13 octobre 2020 à 21h01
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