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Tome 1, Chapitre 18 Tome 1, Chapitre 18

Avertissement : Ce chapitre et les prochains peuvent heurter certaines personnes. Les thèmes de la dépression, l'automutilation et le suicide sont vigoureusement décrits.

La douleur lui avait fait reprendre connaissance. Il ignorait combien de temps il avait été ainsi. Son regard se tourna vers sa jambe prise au piège sous les décombres. Collée à lui, Charline semblait dans un état semi-conscient. Cela faisait probablement plusieurs heures qu’ils étaient coincés ici et l’adolescente luttait contre la suffocation. L’air irrespirable et l’oppression de la situation l’angoissaient. Elle peinait à respirer correctement, à préserver ce contrôle pourtant nécessaire en cet instant. Ni Tony ni Charline n’avait été conscient à la délivrance. Les secours avaient suivi les indications de Happy qui avait vu la scène de loin. Il avait pu les guider et limiter la zone de recherche.

Tony se réveilla dans une chambre d’hôpital. Seul. L’absence de sa sœur le terrifia. Sans se soucier de sa jambe blessée, il se leva dans le but de retrouver Charline. Seulement, une fois dans le couloir, les infirmiers le prièrent de rester tranquille.

— Où est ma sœur ? Où est-elle ? hurla-t-il.

Il tenta de se dégager de leur emprise avant qu’un sédatif ne lui fût injecté.

L’homme avait la tête entre ses mains. Assis dans le couloir, il patientait le retour du médecin qui avait pris en charge Charline. Comment en étaient-ils arrivés là ? Il avait pourtant tout essayé pour la protéger, pour que sa santé s’améliorât et qu’elle pût continuer sa vie. Tony avait-il raté quelque chose ? Qu’avait-il échoué pour se retrouver ici cette nuit-là ? Ces derniers mois avaient brillé de réussites et, jamais, il n’aurait songé que la rechute pût être aussi brutale. Exténué par la situation, Tony se demandait comment il allait parvenir à gérer la suite des événements. Il pleura. Il pleura face à la détresse de sa petite sœur. Il pleura face à son impuissance et son échec.

Une douce main se posa sur ses épaules. Il pensa tout d’abord à Pepper, bien qu’il se serait posé la question de sa présence. Le milliardaire avait coupé son téléphone portable, car il ne désirait pas être dérangé. Lorsqu’il leva ses yeux sur la jeune femme, il croisa le tendre regard marron de Camille. Sans un mot, il accepta ses bras pour y pleurer pendant de longues minutes.

— Comm… pourquoi tu es ici ?

— Mon mari est chef de service dans cet hôpital. Il m’a appelé quand il a vu le nom de Charline admis en réanimation, expliqua-t-elle en s’installant à ses côtés.

Malgré leur séparation, ils préservaient une bonne entente et chacun pouvait compter sur l’autre en cas de nécessité. Ils ne se fréquentaient plus beaucoup, mais cela ne les empêchait pas d’être présents. Camille s’était habillée à la va-vite en enfilant un simple jogging et un sweat, tandis que ses cheveux blonds étaient en pagaille.

— Mais ta fille ? s’inquiéta soudainement Tony.

— Chez ma mère. Je l’ai déposé en chemin. Que s’est-il passé ?

Se remémorer la scène le faisait souffrir. Encore sous le choc, quelques larmes s’échappèrent à nouveau.

— Une crise d’angoisse. Effet boule de neige et… je ne sais pas. Ils l’ont embarqué et je n’ai revu personne depuis.

— Viens prendre l’air. Cela te fera du bien, conseilla-t-elle.

— Non. Je veux être là quand le médecin reviendra.

Et il ne bougerait pas. Camille le connaissait assez et elle comprenait son choix. Cependant, elle prit la décision d’aller chercher du café à la cafétéria du hall. À son retour, son ami lui raconta ces derniers jours. Il avait besoin de parler à quelqu’un du drame qui se déroulait dans sa famille. Il avait ce besoin viscéral de parler, de confier les terribles mots de Charline : « Tu aurais dû me laisser mourir. Je te déteste pour ça. » Ces paroles lacéraient son cœur tandis que Charline prenait de la distance. Depuis samedi, elle restait dans le silence. Elle refusait le contact et la communication. Elle s’était enfermée dans un monde dont elle seule possédait la clé d’entrée. Tony avouait son échec de la protéger et de la sauver. Il avouait être dépassé par la situation et qu’une unique solution s’imposait : l’hospitalisation de Charline. Le psychiatre approuvait ce choix face au mutisme et au rejet de l’adolescente. D’ailleurs, durant la séance en fin d’après-midi ce lundi, il avait noté ce comportement défensif, ce repli, ce besoin de se cacher et d’éviter les autres. N’ayant rien pu obtenir de la jeune fille, il ne pouvait rien prouver même si des doutes l’avaient envahi sur son automutilation.

Tony continua et laissa son café refroidir entre ses mains. Son ancienne petite-amie ne l’interrompit pas. Elle souffrait avec lui. Ses larmes accompagnèrent celles de l’homme à ses côtés. Comment ne pas partager cette détresse ? Ce désespoir était déchirant. Camille aurait aimé être présent pour eux. Elle avait été la seule personne acceptée à l’hôpital après les attentats du 11 septembre 2001, lorsque Tony et Charline y avaient été emmenés une fois secourus. Happy l’avait laissé passer sans résistance. Elle les avait soutenus dans les jours qui avaient suivi le drame.

— Tony, je…

L’arrivée du médecin la stoppa. Elle se leva avec Tony qui s’impatientait d’avoir enfin des nouvelles. Pourquoi cela avait-il aussi long ? Que s’était-il passé ? Il voulait voir sa sœur et la ramener à la maison ; or, le médecin l’informa que cela n’était pas possible. Charline ne quitterait pas l’hôpital.

— Elle a fait une détresse respiratoire. Elle est sous assistance et sous sédatif.

Comment une crise d’angoisse pouvait-elle avoir de si terribles conséquences ? Tony n’était pas intervenu à temps. S’il était arrivé plus tôt, probablement qu’il aurait pu empêcher cela. S’il n’était pas parti, rien de tout ceci ne serait arrivé. Merde ! Tout cela était la faute d’Obadiah. Sans lui, Tony n’aurait pas été contraint de quitter la demeure. Le faucon était apparu sur le trajet et le temps de faire demi-tour, Charline avait déjà lâché prise. Tony n’écoutait qu’à moitié le médecin. Il s’était assis en laissant le soin à Camille de récupérer les informations ; en revanche, un détail le sortit de ses pensées. Il fronça les sourcils et se releva vivement, stoppant le médecin dans ses explications.

— Attendez ! Comment ça « ses plaies » ? De quoi parlez-vous ?

Son cœur s’emballa. Il était terrifié en imaginant toutes sortes de réponses. Une sombre hypothèse lui vint en tête, mais il la refusait. Il refusait de l’admettre.

— Monsieur Stark, votre sœur doit voir un spé…

— J’exige une réponse, imposa Tony.

Même si le médecin avait l’habitude de ce genre de situations, il ne les appréciait guère. Rien n’était simple quand il s’agissait d’annoncer une rude vérité à la famille, quand il devait révéler des événements qui chambouleraient la vie des personnes impliquées. Comme si l’existence n’était pas assez cruelle, elle rajoutait une couche de noirceur et de peine.

— Votre sœur s’automutile.

Le monde se brisa autour de lui. Plus rien n’avait de sens. Il n’entendit ni le médecin ni Camille qu’il repoussa lorsqu’elle posa sa main sur lui. Tony ne trouvait pas les mots face à cette douleur. Aucune parole ne franchit ses lèvres malgré son envie de hurler : pourquoi ? Des larmes coulèrent sur son visage. Rien ne pouvait les retenir. Comment cela serait-il possible ? Sa respiration se coupa un instant et il suffoqua. Il n’avait rien vu venir. Comment avait-il pu être aveugle à ce point ? Elle s’était renfermée. Elle l’avait rejeté. Pourquoi n’avait-il pas agi plus tôt ? Pourquoi n’avait-il pas forcé le dialogue au lieu de la laisser ? Nauséeux, Tony avait besoin d’air. Il ne pouvait pas rester ici. Il devait sortir de ce lieu. Il quitta cet horrible couloir aux murs d’un gris sale. Il aurait couru afin d’abandonner ce désespoir derrière lui. Il fuyait en priant se réveiller. Tony avait mal, terriblement mal. Son cœur se serra et il tomba à genoux sur la pelouse du parc arrière de l’hôpital.

Il pleura sans se soucier du regard de pitié des passants au loin. Personne n’imaginait que Tony Stark se tenait là, en sanglot, pleurant sur la souffrance de sa jeune sœur. Seule Camille s’approcha. Elle s’agenouilla à ses côtés et le prit dans ses bras. Maigre réconfort, elle en était consciente, mais son ami avait besoin d’épaules pour ses larmes.

— Ma petite sœur ! Oh mon dieu ! Ma Charly !

Camille le serra contre elle. Elle n’osait imaginer sa douleur. Elle ignorait comment elle réagirait s’il s’agissait de son enfant. Que dire ? Les mots étaient bien vains en ces circonstances. Seule sa présence était nécessaire. Une présence amicale et qui ne jugerait pas. Elle resta là, à soutenir son ancien amant au beau milieu de la nuit dans le parc du centre hospitalier de Malibu. Le silence n’était brisé que par les pleurs de Tony, le hululement des oiseaux nocturnes et le chant des vagues.

Aucune surprise ne l’envahit lorsqu’il se concentra sur la nature autour de lui. Il se coupa de la réalité dans le but de s’échapper, de trouver un réconfort qu’il ne trouverait nulle part ailleurs. Il aimerait remonter le temps. Il aimerait ne jamais avoir fait de détour par le World Trade Center ce jour-là. Il aimerait refaire le passé pour réaliser cette journée dans les montagnes. Il aimerait rendre cette innocence à Charline et cette joie de vivre. Charline tentait de fuir. Elle tentait de survivre dans un monde qu’elle ne comprenait plus, dans un monde dans lequel elle ne voulait plus vivre. L’interner était, jusqu’à présent, l’unique solution. Et si c’était un changement de vie total qu’il leur fallait, à tous les deux ?

Tony s’apaisa dans les bras de son amie. Au bout de longues minutes, il se détacha d’elle sans savoir comment la remercier pour son soutien. Un court silence suivit avant que Camille l’invitât à s’asseoir sur l’un des bancs du parc. Aucun des deux ne parla. Chacun était plongé dans ses propres pensées.

— Est-ce que je peux te demander un petit service ? démarra Tony.

— Tout ce que tu veux.

— Les animaux ne sont pas acceptés dans ce service. Je ne peux donc pas faire venir Kassandra, mais elle va avoir besoin de sortir. Et je crois que ses gamelles étaient presque vides hier soir. Est-ce que tu peux passer la voir dans la matinée ? J.A.R.V.I.S. te laissera entrer.

Le sourire de Camille le rassura sur sa réponse. Elle acceptait sans difficulté.

— Qu’est-ce que tu vas faire en attendant ? Ce n’est pas bon pour toi de rester ici durant des heures. Ils ne vont pas la réveiller maintenant.

— Je ne peux pas la laisser toute seule. Je veux être là quand elle se réveillera. Je ne peux pas partir, Camille.

Il avait déjà la sensation d’avoir abandonné sa sœur, alors il ne quitterait pas les lieux avant son réveil. Camille n’insista pas et elle ne pouvait que comprendre sa décision. Elle lui certifia qu’elle restait disponible en cas de besoin et Tony lui serait éternellement reconnaissant. Ils se sourirent un bref instant, un petit instant qui allégea le cœur de Tony avant de revenir à la réalité. Il souffla et décida de retrouver le médecin, d’en savoir plus sur la situation. Par la suite, il irait voir Charline et patienterait. Camille et Tony se séparèrent alors après une longue étreinte amicale.

Seulement, le médecin était en urgence. Une infirmière proposa à Tony de rencontrer un spécialiste et il comprit rapidement où elle voulait en venir. Non, Tony n’avait pas de voir un psychologue. Il confirma être en contact avec un psychiatre et qu’il le joindrait à une heure respectable, et non au milieu de la nuit. Il la remercia malgré tout et se dirigea vers la chambre de Charline. Il avala difficilement sa salive. Il craignait d’entrer dans cette pièce et de voir sa sœur branchée à une machine d’aide respiratoire. Sa main s’arrêta à quelques centimètres de la poignée. Il n’osait pas franchir cette porte. Pourtant, il le devait. Pour elle. Pour lui. Pour eux deux.

Tremblant, il ouvrit enfin la porte et pénétra dans la chambre. Elle était sombre. Seule une lampe sur la table de chevet l’éclairait. Un bip régulier retentissait et l’écran était incompréhensible pour lui. Et, qui avait osé fermer les volets ? C’était un crime. Tony s’approcha des vitres et tira les rideaux. Charline aimait admirer les étoiles le soir, ainsi que l’océan. Il voulait que le Pacifique fût la première chose qu’elle vît à son réveil. Le ciel était clair cette nuit-là. Les étoiles et la lune illuminaient le paysage et la chambre. Tony se tourna vers sa sœur et il remarqua les plaies sur son avant-bras. Un bandage recouvrait une partie en raison d’infection et de coupures trop profondes.

Il voulut fuir ce triste spectacle, mais s’il le faisait, ce serait tourner le dos aux problèmes de Charline. Ce serait lui montrer qu’elle avait raison de se cacher et d’avoir honte de son geste. Tony l’aiderait à surmonter cette épreuve. Il l’aiderait à affronter cette situation, à ne pas avoir peur et à accepter. Il avança la chaise près du lit et s’assit. Avec délicatesse, il prit sa main dans la sienne et ses yeux rougis par les larmes se posèrent sur Charline.

— Reviens-moi, petite sœur ! Reviens-moi !


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 6 octobre 2020 à 08h20
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