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Tome 1, Chapitre 17 Tome 1, Chapitre 17

La jeune adolescente admirait les hauts immeubles du centre de New York, bien qu’elle n’appréciât guère les grosses villes et la sensation d’étouffement qu’elles engendraient, elle demeurait ébahie quand elle accompagnait son frère sur la côte est des États-Unis d’Amérique. Elle se plaisait dans la villa de Malibu : l’écart de la civilisation, au bord de la mer et entourée par un immense domaine de verdure et d’arbres. Charline favorisait les grands espaces, la nature et la liberté qu’elle offrait. Depuis toujours, les villes et la foule l’oppressaient. Elle était le parfait opposé de Tony qui aimait vivre en ville et être au centre de tout. Il possédait une petite propriété à l’extérieur de la Grosse Pomme, dans une commune plongée au cœur d’une forêt et près d’un lac. Le CEO de Stark Industries avait emmené sa sœur cette semaine-là, mais s’il avait su ce qui allait se produire, il l’aurait laissé en Californie.

Happy déposa son patron et l’adolescente devant le World Trade Center, tandis qu’il se chargerait de garer le véhicule au parking de la Tour Sud. Charline leva son regard au ciel. Les bâtiments étaient si hauts qu’ils semblaient se toucher au sommet. Les yeux écarquillés et la bouche ouverte, elle se demandait comment il avait été possible de construire de tels édifices. À dire vrai, c’était la première fois qu’elle mettait les pieds ici et les paroles de son frère ne rendaient pas justice aux lieux. Entre les deux tours se trouvaient des espaces verts, ainsi que d’autres bâtiments. C’était tellement immense que l’adolescente se serait perdue si Tony ne l’avait pas sorti de ses songes.

— Eh, choupette, appela-t-il.

Ses yeux se détournèrent du paysage et elle accourut à son frère. Il était huit heures trente en ce 11 septembre 2001. La petite famille avait prévu une sortie, seulement, un dossier de dernière minute avait contraint Tony à faire un détour ; il devait absolument transmettre des documents à un partenaire financier de son entreprise. Il invita Charline à entrer dans le hall d’entrée et, après avoir salué son investisseur, il proposa à sa sœur :

— Il y a une cafétéria et une médiathèque juste là. Tu m’y attends ? Je n’en ai pas pour longtemps.

— Aucun problème, frangin, sautilla-t-elle sur place.

— Et tu ne bouges pas, d’accord ? Je n’ai pas envie de courir à travers toute la tour pour te retrouver.

Un petit rire s’échappa des lèvres de l’adolescente. Charline était une pile électrique et elle peinait à tenir en place. Pleine de vie et de joie, elle faisait le bonheur de son frère et tuteur légal. Tony patienta qu’elle pénétrât bien dans la cafétéria avant de rejoindre son partenaire.

Charline s’installa à une table après avoir commandé un thé vert au citron. Elle avait réclamé un chocolat chaud végétalien. Seulement, elle avait été observée telle une extra-terrestre, alors elle avait décidé de prendre une autre boisson. Elle aurait pu rester sagement à attendre son frère, mais elle désirait visiter cet endroit dans lequel elle ne remettrait probablement jamais les pieds. Au bout du compte, elle prit sa tasse fumante, paya la serveuse et quitta la cafétéria. Elle vagabonda dans le hall où les larges baies vitrées laissaient entrer la luminosité. Le haut plafond donnait le vertige et rendait hommage à l’immensité de l’immeuble. De la verdure offrait de la gaieté face à la rigidité des bureaux et des individus trop bien habillés au goût de Charline. Des regards inquisiteurs se tournaient de temps en temps vers elle. Ils se questionnaient sur la présence d’une adolescente de treize ans dans les locaux, surtout à cette heure aussi matinale.

Puis, sa visite la mena vers une porte de service. Celle-ci semblait conduire dans le parking sous-terrain. À quoi ressemblait le parking d’un si luxueux bâtiment ? N’importe qui s’en moquerait, mais Charline était trop curieuse et s’autorisa une balade interdite. Elle ouvrit la porte et s’engagea dans l’escalier. Sans doute trouverait-elle Happy. Il s’était probablement garé ici. La jeune fille descendit les nombreuses marches et s’amusa à les compter avant d’arriver à destination. Insouciante, elle ne s’imaginait pas qu’une promenade innocente se transformerait en un chao qui la hanterait pour le restant de sa vie.

Elle erra entre les nombreux véhicules de fonction et de hautes gammes pour certaines. Les pneus grinçaient sur le sol et le son désagréable la fit grimacer. Soudain, alors qu’elle s’apprêtait à surveiller l’heure dans le but de rejoindre son frère, une alarme retentit. Les individus présents se dirigèrent vers les sorties de secours. Charline voulut également les emprunter, mais elle se retint au dernier moment : Tony irait sans aucun doute la chercher à la cafétéria. Il ne la trouverait pas et il s’inquiéterait sûrement. L’adolescente ne voulait pas qu’il paniquât et elle se dépêcha de traverser le parking afin de retrouver son frère. Elle avait été inconsciente de quitter les lieux de la sorte. Tony risquait d’être furieux alors qu’il lui avait expressément demandé de rester sur place.

Charline arriva à l’ascenseur qu’elle abandonna avant que les portes ne se refermassent. Elle s’était souvenue d’un point de sécurité essentiel que son frère ne cessait de lui répéter à chaque exercice d’alarme incendie : ne jamais prendre les ascenseurs et favoriser les escaliers. Elle s’y précipita donc, seule, et un sentiment étrange l’envahit. Une angoisse la saisit entre les murs de la cage d’escalier. Elle était isolée ici. N’aurait-elle pas mieux fait de suivre les autres ? Tony l’aurait forcément retrouvé dehors, non ? Elle déglutit avec difficulté et elle respira profondément avant de reprendre sa route. Charline ne devait pas traîner ici sous peine de manquer son frère.

— Charline, hurla-t-on plus haut.

— Tony ? Je suis là. J’arrive.

L’adolescente avait à peine remarqué la panique dans la voix de son frère ni fait attention sur l’utilisation complète de son prénom. Tony courut et sauta des marches afin d’arriver jusqu’à elle. Là, elle repéra son regard grave. Il tentait de dissimuler sa peur et c’était une chose assez rare chez Tony Stark. Il se pencha vers sa sœur.

— Quoi… qu’est-ce qui se passe ?

Sa voix commençait à trembler. Il se passait quelque chose de grave pour que son frère fût dans un tel état. Bien qu’il fût furieux de sa désobéissance, il abandonna le sermon face à l’urgence de la situation. Qu’elle bravât ses règles n’était que le cadet de ses soucis à l’heure actuelle.

— Quoi qu’il se passe, tu restes près de moi. Quoi qu’il arrive, ne lâche pas ma main. Tu me suis sans regarder autour, d’accord ?

Il n’attendit pas sa réponse pour l’embarquer. Charline ne comprit pas ce qui se passait, mais en arrivant dans le hall de l’immeuble, la panique s’était emparée de la population. Les agents de sécurité essayaient vainement de faire évacuer les lieux dans le calme. Les gens courraient, se bousculaient et certains tombaient au sol ou contre des meubles. Tony tenait avec fermeté la main de sa sœur. Il avançait en la maintenant au plus près de lui. Il était hors de question de la lâcher et de la perdre dans la panique générale. Charline resta collée à lui. Sa main libre avait agrippé le bras de son frère au cas où. Elle regardait droit devant elle et essayait de garder le rythme imposé par Tony. Il la guida à la première sortie qui menait dans une cour entre les deux tours ; c’était là qu’elle comprit la raison de cet affolement.

La tour Nord se remarquait par l’épaisse fumée qui se dégageait. Les personnes quittaient le bâtiment en courant et en hurlant, tandis que des policiers et les pompiers commençaient à arriver sur place. Au loin, elle entendit vaguement qu’un avion venait de percuter la tour. Comment était-ce possible ? Le couloir aérien ne passait pas par là. Un accident. C’était un accident. Charline ne pouvait pas imaginer, à cet instant, autre chose. La jeune fille tremblait et elle ne pouvait pas détacher son regard du haut de ce building en proie aux flammes et à la fumée. Des gens devaient être coincés aux étages supérieurs.

— Charline ! Charline !

La voix de son frère semblait si lointaine. Elle finit par sortir de sa paralysie lorsqu’il la saisit.

— Eh, regarde-moi ! Que moi…

Il fut interrompu par un bourdonnement étrange venant du ciel. Tous levèrent la tête. Cet avion volait trop bas, beaucoup trop bas. Tony, comme tant d’autres, comprit l’issue de ce voyage. Il n’y avait aucun abri autour d’eux, alors il attrapa Charline. Il la protégea de cette funeste vision. L’avion pénétra la tour Sud dans une explosion assourdissante qui accompagna une onde de choc. Les débris chutèrent et la panique s’empara de la population. Charline plaqua ses mains sur ses oreilles et ferma les yeux dans l’espoir d’échapper à ce chaos. Elle voulait disparaître pour ne pas assister à ces scènes d’horreur.

La voix de son frère n’était qu’un murmure. Pétrifiée, elle était incapable de bouger ou de prononcer un mot. Tony agit sans prendre de gant. Ils ne pouvaient pas rester là. Ils devaient s’éloigner et se mettre à l’abri. Il refoula sa peur pour soutenir sa petite sœur et la guider par la force s’il le fallait. Il avait conscience qu’il n’avait aucune autorisation à attendre de sa part. L’homme l’obligea à le suivre sans la lâcher. Charline agissait tel un automate. Le monde autour semblait flou. Les bruits s’évaporaient dans les airs. Les odeurs de terreur et de brûlé devinrent fades. Sa vision s’embruma tandis qu’elle avançait sans savoir où Tony la conduisait.

Brusquement, sa main lâcha la sienne malgré ses efforts. Elle entendit Tony l’appeler tout comme elle hurlait son prénom. Bousculés dans la foule paniquée, ils avaient lâché prise. Tony cria. Il tenta de vaincre à contre-courant la marée humaine qui fuyait avant de perdre de vue Charline. Non ! Pas sa petite sœur ! Il poussa sans ménagement ces individus qui avaient osé la séparer d’elle. Il devait la retrouver. Il refusait de la perdre, il ne l’accepterait jamais. Tony n’avait cure des gens affolés autour de lui, dont certains réclamaient à l’aide. Rien n’avait plus d’importance que Charline.

L’adolescente s’était retrouvée isolée, accroupie contre un mur d’un petit immeuble de l’autre côté de la rue, face à la tour Sud. Elle s’était réfugiée là après avoir perdu son frère. Elle se bouchait les oreilles tandis que des larmes d’angoisse coulaient sur son visage. Elle ignora combien de temps elle patienta ainsi avant qu’un étrange bruit la sortît de sa torpeur. Elle entendit des voix hurler de s’éloigner et de se mettre à couvert. L’une des tours était sur le point de s’effondrer sur elle-même. Charline voulut bouger, mais son corps ne répondait plus. Elle était incapable de se lever, de faire le moindre mouvement. La terre gronda et trembla. Charline voulait que tout s’arrêtât, que tout s’arrêtât enfin.

Des bras l’attrapèrent. Un homme la plaqua au sol tandis qu’il la protégea de son corps. La tour Sud s’écroulait et ils furent rapidement ensevelis sous les décombres et la poussière. La fratrie Stark due survivre durant des heures avant que les secours ne parvinssent jusqu’à elle. Blessé à la jambe, Tony avait perdu beaucoup de sang et le choc de la fracture exigeait des soins d’urgence. Près de lui, Charline était dans un état second. Elle ne voulait pas mourir ici. Elle ne voulait pas mourir ainsi. Elle toussait à cause de la poussière et elle finit par suffoquer…

Elle asphyxiait. Charline ne parvenait pas à reprendre sa respiration. Elle essayait, mais plus elle forçait, plus la douleur à la poitrine était atroce. Dans le hall de la villa, Kassandra aboyait sans relâche afin d’avertir quelqu’un qui pourrait secourir sa maîtresse ; or, la demeure était vide. Tony s’était absenté. Charline tenta d’attraper son téléphone portable posé sur la table de chevet, elle n’eut comme résultat que de chuter de son lit. Sa vision se troubla. Elle était terrifiée face à son impuissance. Elle n’y arrivait pas. Elle n’arrivait pas à se calmer. Pourquoi ? Son angoisse d’être seule et de ne pas trouver d’aide augmenta sa détresse.

Elle ne remarqua pas son beau faucon gerfaut se poser près d’elle. Il précéda l’arrivée en catastrophe de Tony. Il entra avec fracas dans la chambre de sa sœur et hurla à J.A.R.V.I.S. d’appeler les urgences. Il s’agenouilla et installa Charline contre lui, à demi assise afin de faciliter au mieux sa respiration. Tony appliqua les soins de premières urgences, en vain. Rien ne semblait apaiser Charline. Il prit sur lui pour ne pas paniquer bien que cela n’empêchât pas des larmes de couler sur son visage. Les secours arrivèrent quelques minutes plus tard. Ils prirent en charge l’adolescente avec rapidité et imposèrent un masque d’aide respiratoire artificielle. Une fois un minimum stabilisée, ils la préparèrent pour l’embarquer dans l’ambulance. Seulement, elle refusait de lâcher la main de son frère.

— Non, monsieur, vous ne pouvez pas monter avec nous.

Comment pouvait-il l’abandonner ? Charline l’agrippait fermement. Si elle perdait le lien, elle sombrait. La jeune fille n’était retenue que par son frère. Sous ses pieds, c’était le noir, c’était ce gouffre dans lequel cette créature désirait l’emmener. Elle était là. Ses griffes tenaient ses jambes et Charline tendait la main vers le bord du précipice. Elle hurlait le prénom de son frère. Elle sentait sa main dans la sienne et aucun des deux ne devait lâcher. Pourtant, elles glissaient. Les bras de la créature remontaient le long de son corps. Ses griffes acérées déchiraient ses vêtements et sa peau. Du sang coula. Un cri s’éleva dans les airs. Lequel des deux céda ? Personne ne le saurait. Charline perdit le contact. Elle chuta dans le vide avec le regard de la créature sur elle.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 6 octobre 2020 à 08h18
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