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Tome 1, Chapitre 16 Tome 1, Chapitre 16

Avertissement : Ce chapitre et les prochains peuvent heurter certaines personnes. Les thèmes de la dépression, l'automutilation et le suicide sont vigoureusement décrits.

Le silence régna dans les jours qui suivirent. Charline ne prononçait plus un mot malgré les efforts de son frère. Il avait brisé le lien. Il avait rompu cette corde si fragile. Désormais, il devait faire face à une détresse qu’il était incapable de gérer et Tony était terrorisé à l’idée de perdre définitivement sa sœur. Elle se braquait dès qu’il tentait d’ouvrir le dialogue, dès qu’il s’approchait d’un peu trop près. Elle semblait le craindre sans en comprendre la raison. Charline se méfiait de lui. Elle le repoussait et ne désirait plus aucun contact alors qu’elle avait souvent apprécié être dans ses bras. Tony ne saisissait pas la logique d’une telle extrémité. Son comportement avait-il été aussi terrifiant ? Il n’avait pourtant jamais levé la main sur elle. Jamais. Certes, il avait par moment crié, comme n’importe quel parent envers son enfant face à un danger ou une bêtise. Ce rejet était typique d’un individu agressé et qui se sentait constamment menacé. Quelqu’un lui aurait-il fait du mal sans que Tony ne le sût ? Néanmoins, ni Michaëla ni François ne confirmait cette version.

D’ailleurs, même ces deux amis ne parvenaient pas à l’approcher et à percer cette barrière que Charline avait dressée. Ils étaient venus le dimanche à la demande de Tony. Ce dernier avait espéré faire bouger la situation, en vain. Elle n’avait voulu voir personne et Michaëla avait pleuré face au mal-être de celle qu’elle aimait. Elle aurait voulu la consoler dignement, mais leur relation était un secret et rien dans ces mots ou ces gestes ne devait les trahir. Ce fut donc avec douleur qu’elle avait quitté la villa Stark avec François après un échec total de communication. Que pouvaient-ils faire de plus ? Seul le psychiatre pourrait donner des solutions et il avait donné rendez-vous dès le lundi. L’état de l’adolescente n’était pas à prendre à la légère. Étonné d’une telle dégradation, il avait questionné Tony et il avait rapidement compris le problème. Tony et Roland espéraient seulement que cette séance fût bénéfique.

Le lundi matin, Charline refusa de quitter le lit. L’intelligence artificielle l’avait rappelé trois fois avant d’avertir Tony. Il entra quelques minutes plus tard dans la chambre de sa sœur. Elle était enroulée dans la couverture et fixait un point invisible à travers la baie vitrée. Tony s’agenouilla au bord du lit tout en respectant la distance imposée par sa sœur.

— Tu dois aller en cours.

Pourquoi ? Elle était en échec scolaire. Elle ne s’en sortirait pas. À quoi bon suivre les cours si c’était pour se ramasser aux examens et aux entrées universitaires ? Depuis un moment, elle n’y allait que pour deux choses : Michaëla et le journal. Désormais, même cela n’avait plus aucun intérêt pour Charline.

« Monsieur, Mademoiselle Potts est dans le hall, » informa J.A.R.V.I.S..

Tony soupira et céda. Il accepta que sa sœur manquât les cours au moins pour aujourd’hui. Par la suite, il aviserait selon les conseils du docteur Brosman.

Une fois seule, Charline dégagea son bras de la couverture. Du sang la tachait, car les plaies de la veille s’étaient rouvertes dans la nuit. La douleur des coupures n’offrait qu’un court instant de douceur et d’apaisement. Voir le sang s’écouler, même faiblement, donnait la sensation que le mal s’échappait. Charline se sentait bien entre les bras de ce supplice. Personne ne pourrait comprendre le bien-être que cela lui procurait. Pourquoi arrêterait-elle de s’infliger autant de mal ? Les remords des premières entailles avaient disparu ; désormais, elle se moquait des conséquences comme le refus du contact physique qui troublait Tony. Elle craignait que quelqu’un découvrît la vérité. Elle se méfiait des gestes et du regard des autres. Elle se cachait dans ce sombre secret que personne ne comprendrait. Charline se terrait dans son sombre univers.

Elle sortit une lame de rasoir de sous son oreiller. Le ciseau n’était pas net et la jeune fille devait forcer pour déchirer sa peau. Charline favorisait ainsi l’efficacité dans le but de profiter avec sérénité de ces instants de plénitude. La lame glissa avec précision et un filet de sang la suivit. C’était désormais l’unique événement de sa misérable vie qu’elle parvenait à contrôler. Elle avait besoin de sentir ce contrôle entre ses doigts. De sentir ce contrôle qui lui offrait tant de paix, où plus rien n’existait autour d’elle. Charline laissa des larmes goutter avant de saisir un gilet qui traînait au pied de son lit. Elle l’enfila dans le but de cacher les nombreuses plaies sur son avant-bras gauche et se recoucha. Elle était vidée de son énergie, vidée de sa motivation. Cette sensation d’être incomplète grandissait de jour en jour. Ce gouffre dans lequel l’appelait cette créature s’élargissait et ses griffes tentaient de saisir l’adolescente pour l’entraîner avec elle. Son désespoir la renforçait et, elle le savait, ce n’était qu’une question de temps pour l’engloutir définitivement.

Tony avait rejoint le salon où Pepper, inquiète, patientait.

— Alors, comment va-t-elle ? J’ai repoussé tous vos rendez-vous et Obadiah est furieux. Ezekiel le retient de venir ici.

— Pour lui, l’entreprise a plus de valeur que la santé de Charline. Je ne peux plus travailler avec un homme comme lui, avoua Tony, j’aurais dû nommer Zéké’ depuis longtemps.

Il passa sa main dans ses cheveux. Il était exténué et Obadiah prenait trop de son énergie. Tony ne désirait plus s’occuper de lui. Il n’avait ni le temps ni la force de lui faire face. Pour le moment, veiller sur sa sœur était sa priorité et son associé commençait à mettre ses nerfs à rude épreuve. Comment Obadiah pouvait-il agir de la sorte ? Depuis quand favorisait-il l’entreprise à ce point au détriment de la jeune Charline ? Jusqu’à preuve du contraire, il avait toujours semblé prendre soin d’elle. En tout cas, jamais Tony n’avait eu des remarques négatives à ce sujet. Son vieil ami avait changé et Tony se demandait s’il ne souhaitait pas le mettre à la porte de sa propre entreprise. Celle-ci comptait beaucoup pour Tony, mais sa sœur était bien davantage à ses yeux que la Stark Industries.

— Je… je m’occuperai de lui plus tard. J’ai réussi à avoir un rendez-vous avec le psychiatre aujourd’hui et je dois être présent pour Charly demain.

Le lendemain serait le mardi 11 septembre, deux ans jour pour jour après le terrible attentat qui avait fait trembler le monde entier. Pepper comprenait l’importance de cette date et les difficultés qui troubleraient son patron. Elle était présente pour cette famille depuis bien des années désormais. Elle avait évolué avec elle et elle ne serait jamais assez reconnaissante à Tony de l’avoir embauché.

— Je me charge d’Obadiah et de l’entreprise.

Tandis que Pepper quittait la villa, Tony appela Happy qui le rejoignit à l’extérieur de la demeure quelques minutes plus tard.

— Restez avec Charly ! Je vais voir les chevaux et je ne veux pas qu’elle soit toute seule. Ne la quittez pas ! La porte de sa chambre doit rester ouverte, je ne veux pas qu’elle s’enferme. Compris ?

— J’y veillerai, confirma Happy.

Tony savait qu’il pouvait lui faire confiance, mais il s’éloignait du domicile le cœur lourd.

Dans sa chambre, Charly s’était finalement levé. Elle tournait en rond. Elle paniquait après avoir saisi que le lendemain serait le 11 septembre. Un coup d’œil sur son téléphone lui avait fait prendre conscience que la date était toute proche, trop proche. Ses yeux s’étaient fermé quelques secondes et cela avait suffi pour que des flashs l’envahissent. Comment parviendrait-elle à affronter cette journée ? Elle n’aurait pas ce courage. L’adolescente s’assit au sol contre son lit. Elle tenta de reprendre sa respiration. Malheureusement, son esprit était trop concentré sur ces souvenirs qu’il refusait de s’apaiser. C’était toujours la même chose. Des cris. La cendre. L’odeur du brûlé. L’effondrement de la tour. Pétrifiée, Charline n’avait pas bougé. Elle avait vu cette tour s’écrouler avant d’ensevelir la jeune fille.

Les pleurs de Charline firent entrer Happy dans la pièce. Il s’approcha d’elle avec douceur sans savoir comme la réconforter. Kassandra était blottie contre sa maîtresse qui vibrait de désespoir. La vie était trop dure pour être affrontée. Les souvenirs étaient trop douloureux pour rester dans sa mémoire. Charline aimerait tout oublier. Elle aimerait tout effacer et faire comme si rien ne s’était passé. Elle se ferait une nouvelle fois saigner si Happy n’avait pas décidé de pénétrer dans la chambre. L’adolescente n’arriverait pas à s’isoler suffisamment pour agir dans la discrétion. C’était plus fort qu’elle. Elle avait besoin de faire quelque chose : de hurler, de courir, de se défouler d’une manière ou d’une autre. C’était viscéral et la nausée la saisit face à son manque d’action et d’apaisement.

— Je vais prendre une douche, fit-elle soudainement.

Elle se leva et se dirigea dans la salle de bain. Elle poussa la porte sans la fermer, car elle ne voulait pas reproduire l’horrible scène du week-end. Et si cela pouvait rassurer Happy au point de la laisser tranquille, c’était mieux ainsi.

Une fois sous la douche, Charline fit couler de l’eau froide. Elle resta dessous sans réagir et frissonna. Elle observa son avant-bras tailladé à la verticale. Quelques plaies cicatrisaient, et les plus récentes et les plus profondeurs laissaient sa chair à vif. Le contact avec l’eau la fit grimacer, mais elle s’en moquait. Des larmes coulèrent face à cette ligne qu’elle avait franchie. Comment avait-elle pu ? La honte l’envahit ; or, comment renoncer à ce réconfort, aussi cruel et incompréhensible fût-il ?

Son regard se posa sur le ciseau situé au bord de l’étagère. Sans réfléchir, Charline le saisit. Sa peau perçait avec difficulté. L’adolescente se mordit les lèvres et força jusqu’à ce qu’un filet de sang teintât l’eau en rouge. Elle retint un gémissement de douleur afin de ne pas alerter Happy qui attendait dans la chambre. Elle pleura en silence et se recroquevilla contre le mur. Charline avait mal au cœur. Elle n’avait pourtant rien à recracher, car cela faisait plus de vingt-quatre heures qu’elle avait perdu l’appétit. Elle finit par vomir et le garde du corps frappa à la porte de la salle de bain sans pour autant entrer.

— Mademoiselle, est-ce que ça va ? Voulez-vous que j’appelle votre frère ? s’inquiéta-t-il.

— Non, répondit Charline au bout de plusieurs secondes, ça va aller. C’est passé.

C’était mieux à l’extérieur qu’à l’intérieur. La jeune fille se redressa en tremblant et rinça son bras pour éviter les traces de sang. Malheureusement, elle dut mettre un pansement de fortune par la suite. Après s’être rhabillée avec un simple jogging et un sweat, elle sortit de la pièce. Happy fronça les sourcils en remarquant sa pâleur et ses cernes. Elle luttait pour rester debout et il craignait un malaise. Il lui conseilla de se recoucher, ce qu’elle fit, et elle s’endormit, épuisée par la douleur.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 27 septembre 2020 à 12h10
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