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Tome 1, Chapitre 15 Tome 1, Chapitre 15

Avertissement : Ce chapitre et les prochains peuvent heurter certaines personnes. Les thèmes de la dépression, l'automutilation et le suicide sont vigoureusement décrits.

Le lendemain, Tony bricolait sur l’une de ses voitures histoire de se vider la tête. Il avait très mal dormi. Il n’avait cessé de songer à sa sœur, à faire des allers-retours dans sa chambre pour s’assurer que tout allait bien. Une fois le calme revenu, il avait imposé qu’elle reprît un somnifère afin qu’elle pût continuer une nuit quasiment normale. Elle n’avait pas eu d’autre choix que de se soumettre à la décision de son frère. Oui, la nuit avait été bien longue pour Tony et les cernes sous ses yeux le prouvaient.

Au petit matin, il s’était réfugié dans son atelier. Il avait également redirigé tous les appels sur sa messagerie et J.A.R.V.I.S. filtrait avec efficacité. Tony ne souhaitait pas être dérangé. Il voulait être seul et être présent pour Charline, car ces prochains jours seraient extrêmement compliqués. Cependant, il n’avait pas prévu l’arrivée de Chloé. La femme venait lui apporter sa voiture sans savoir ce qui se passait dans la demeure. Quand l’assistant artificiel annonça qu’elle empruntait le sentier menant à la villa, Tony soupira. Néanmoins, il ne pouvait pas la blâmer. Personne, hormis Michaëla, n’était au courant de la situation. Pepper et Obadiah avaient tenté de téléphoner, mais Tony les avait gentiment rejetés. Son message était clair : il ne désirait personne chez lui durant tout le week-end.

Il essuya ses mains sales, changea rapidement de t-shirt et monta jusque dans le hall. À la porte d’entrée, Chloé patientait sans oser franchir le seuil du domicile Stark. Dès qu’elle vit Tony lui faire signe, elle poussa la porte et posa les pieds dans la luxueuse villa. Elle était éblouie par la beauté et la grandeur des lieux. La demeure était chic, montrant d’un simple coup d’œil la richesse du propriétaire. L’immensité du domaine l’avait déjà impressionné de l’extérieur, mais l’intérieur était réalisé avec goût et modernité : marbre, cheminée au centre du double salon, cuisine ouverte, bar, terrasse longeant la bâtisse et sans compter les étages et les autres pièces en sous-sol. Chloé se sentait petite face à la maison délabrée qu’elle possédait, à son véhicule qu’elle ne pouvait pas réparer ou encore à son vieux jean et chemisier qu’elle portait. Tony Stark avait l’élégance à toute épreuve.

— Bonjour. Je craignais d’arriver après votre départ pour le week-end, annonça-t-elle, j’espère ne pas vous déranger.

Tony s’avança et lui proposa une boisson qu’elle accepta avec plaisir.

— Non, aucun souci. C’est annulé de toute façon. Je pourrais probablement m’occuper de votre voiture plus tôt que prévu.

— Je suis désolée.

Elle remarqua bien la fatigue de son voisin, mais elle ne s’aventura pas dans des questions trop personnelles. Chacun avait le droit à sa vie privée. Et puis, elle savait par François que Charline avait des problèmes de santé. Aucun doute que cela avait un rapport selon elle. Cependant, elle essaya de montrer qu’elle serait présente comme voisine, et comme amie si la famille Stark l’acceptait.

— Si jamais vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas. Ma porte restera ouverte.

— Merci, répondit-il dans un sourire.

Chloé s’apprêtait à repartir après une information de J.A.R.V.I.S. : Charline s’était réveillée. Le milliardaire ne la poussa pas à la porte. Il désirait qu’elle prît le temps du café. Un peu de compagnies lui feraient du bien. Tony avouait apprécier la présence de la femme. Sa simplicité lui rappelait Camille et c’était ce qu’il aimait. L’hypocrisie et les faux semblants étaient quotidiens. Le côté clinquant et superficiel rythmait trop sa vie hors des murs de sa demeure. Il brillait face aux médias. Il offrait une image qui n’était pas la sienne et le public le lui rendait. Comment en était-il arrivé là ? Certes, il devait donner une bonne impression, mais cela avait été beaucoup trop loin et il ne parvenait plus à faire disparaître ce rôle. Il avait accepté ce jeu. Il le regrettait aujourd’hui. Cette situation l’incommodait alors qu’il souhaitait désormais une vie simple. Et pourtant, jamais à l’époque il n’aurait imaginé vouloir se ranger un jour.

Une fois dans la cuisine, Tony prépara du café, ainsi qu’un petit-déjeuner pour sa sœur qui ne mangerait probablement pas. Déjà la veille, Charline n’avait pas touché à son assiette malgré l’insistance de son frère.

— Des crêpes ? tenta Chloé en comprenant le dilemme de son voisin, cela passe bien en toutes circonstances. C’est comme ça que j’amadoue et console François.

Des rires résonnèrent dans la pièce, bien que celui de Tony fût plus terne, car son cœur était écrasé par le poids des difficultés de sa famille. D’ailleurs, il se demandait bien comment il allait pouvoir réussir la pâte à crêpe. D’ordinaire, c’était Charline qui s’en chargeait. Quelle honte ! Il était l’aîné et il ignorait la préparation d’un plat pour sa sœur. Il était l’aîné et il ignorait la façon dont il pouvait protéger et soutenir sa petite sœur. Il était l’aîné et il échouait dans le rôle le plus important de toute sa vie. Il ferma les yeux et tapa du poing la table. Comment pouvait-il être aussi lamentable ?

Une main se posa sur ses épaules et il leva son regard humidifié vers la femme brune à ses côtés. Chloé ne pouvait pas prétendre comprendre ce qu’il traversait. Néanmoins, elle savait à quel point il était compliqué de soutenir un adolescent dans le malaise et de surmonter une épreuve qui risquait de déchirer une famille. Elle ne connaissait pas toute l’histoire des Stark, mais quand un jeune participait à un programme de zoothérapie, cela n’était pas pour le loisir. Chloé regrettait que ce système ne fût pas aussi bien reconnu en France.

— Les adolescents n’ont pas besoin de faux semblants, annonça-t-elle, comportez-vous comme son frère et non comme le père que vous voulez être pour elle.

Tony fronça les sourcils. C’était si simple à dire. Il était son tuteur et il s’agissait de son devoir.

— J’ai quasiment élevé ma petite sœur, avoua Chloé, nos parents étaient sans cesse absents et je pensais devoir combler ce manque. Je me comportais comme notre mère alors qu’elle avait juste besoin de sa sœur et d’une amie.

Et le résultat avait été désastreux. Tellement d’erreurs. Tellement de remords. Chloé vivrait avec cela pour le restant de sa vie. Seulement, elle n’en révéla pas davantage et Tony n’insista pas. Il comprenait le sens de ses paroles et Chloé avait raison. Charline avait besoin de son frère et non d’un père qu’il n’était pas, car rien ne comblerait cette absence. Il lui exprima sa gratitude d’un sourire et ils décidèrent de cuisiner ensemble, préservant ainsi l’atmosphère détendue créée par Chloé.

Dans sa chambre, Charline peinait à se réveiller totalement. Elle était encore dans les vapes à cause des somnifères, mais impossible de se rendormir. Kassandra l’avait sorti de son cauchemar avant qu’il ne la piégeât et elle l’avait remercié avec une énorme étreinte. Elle s’était blottie contre la chienne dont la chaleur et la douceur avaient, durant quelques secondes, chassé les ténèbres. L’adolescente n’avait aucune envie de se lever. Elle n’avait aucune motivation pour affronter cette journée. Charline voulait rester au lit, à admirer vaguement l’océan et à rêver d’une autre vie. Une vie dans laquelle la souffrance n’existerait pas. Elle aurait pu être soulagée d’avoir, en partie, révélé le fond de ses pensées à Tony. Cela devrait être un poids en moins à porter. Pourquoi ne se sentait-elle pas plus légère ? L’avouer à haute voix confirmait des choix qui germaient lentement depuis quelque temps. Charline ne supportait plus de vivre ainsi ; or, se donner la mort restait un acte qu’elle redoutait. Alors, que faire pour apaiser un minimum cette douleur au fond d’elle ? Comment dévier cette souffrance ?

L’adolescente s’était dirigée dans la salle de bain par automatisme. Elle posa ses mains sur le rebot du lavabo tandis que son regard pitoyable se leva vers le miroir. Où était passée cette jeune fille si souriante autrefois ? Où était passée cette furie qui rendait chèvre son frère aîné ? Elle n’existait plus et elle ne reviendrait jamais. Des larmes coulèrent sur son visage. Avancer lui semblait impossible. Exténuée par ces deux années, elle n’avait plus aucune force pour continuer le combat. Charline devait pourtant rester debout. Elle avait tout, absolument tout, pour être heureuse. Pourquoi ne parvenait-elle pas à voir ce bonheur ? Le monde était si cruel qu’elle ne désirait plus y faire face. Son existence même était un fardeau pour ses proches et pour elle.

Ses doigts glissèrent le long de son avant-bras gauche. Ses yeux humides fixaient cette peau qu’elle avait voulu trancher six mois plus tôt. Charline haïssait son frère de l’avoir stoppé ce jour-là. Il ne possédait pas ce droit sur elle. En aucun cas, Tony n’avait l’autorité sur son choix de vivre ou de mourir. Elle était libre de cette décision et elle le resterait. Tel un robot, sans sentiment, elle guetta le ciseau sur l’étagère sous le miroir et le saisit.

Aucune peur, aucune hésitation. Charline se mordit les lèvres lorsque sa peau se déchira. Une goutte de sang. Deux. Trois. L’adolescente respira profondément et un étrange bien-être l’envahit. Sa souffrance psychologique s’évanouit un instant. La douleur, même faible et temporaire, de la plaie effaçait le reste de son esprit qui se concentra sur cette blessure. Jamais elle n’aurait imaginé le bien que cela ferait. Libérée d’un poids qu’elle portait depuis trop longtemps, Charline recommença. Une deuxième entaille. Puis une troisième, plus profonde d’où le sang coula avec facilité. La jeune fille les observa sans réagir, vidée de sa force et de sa motivation.

Au bout de plusieurs minutes, son corps trembla. Des nausées et des vertiges la saisirent face à son geste. Comment en était-elle arrivée là ? Elle éclata en sanglots. Angoissée, elle suffoqua et Kassandra aboya. Non, surtout pas. Tony risquait de s’inquiéter et de venir. Charline ne pourrait jamais affronter son regard s’il se rendait compte de la situation. L’adolescente, tétanisée, ne parvint pas à sortir un mot à la chienne afin qu’elle se tût. Elle se contenta de fermer à clé la porte de salle de bain avant que son frère ne pénétrât dans la chambre.

— Charline ? Est-ce que ça va ?

Sa voix trahissait sa peur et Charline ne pouvait pas placer un mot correctement. Tony posa la main sur la poignée de porte sans pouvoir l’ouvrir. L’homme n’appréciait guère que sa sœur s’enfermât de la sorte. Les règles dans cette demeure étaient pourtant simples : aucune porte ne devait être verrouillée, exceptée celle de son atelier et c’était Tony le maître de ce lieu.

— Ouvre cette porte, frappa-t-il.

Il finirait par entrer. Tony la forcerait. Il ne pouvait pas se permettre de fermer les yeux et de laisser Charline seule, surtout pas dans son état actuel.

— Charline, insista-t-il tandis que son silence le terrorisait.

L’adolescente sortit de ses pensées par un mordillement de Kassandra. Tony ne devait pas voir ses plaies et Charline chercha quelque chose afin de les cacher : son peignoir. Bonne idée ! Il était assez épais pour empêcher le peu de sang de traverser le tissu. Cependant, elle n’eut pas le temps de déverrouiller la porte qu’elle s’ouvrit avec fracas. Tony se précipita dans la salle de bain, tout aussi inquiet que colérique. Il observa la jeune fille ainsi que les lieux. Il cherchait quelque chose, n’importe quoi, qui pourrait lui expliquer la raison de cette fermeture. Tony était lucide concernant l’état d’esprit de sa sœur, alors il ne tolérerait pas une telle infraction aux règles de la maison.

— Qu’est-ce qui t’a pris ? Tu connais le règlement.

— Je sais… je… suis désolée…

— Qu’est-ce qui s’est passé ? coupa-t-il tandis que Charline ne contrôlait plus ses pleurs.

Charline sentait l’angoisse de son frère. Elle sentait sa colère. Elle était terrorisée et affreusement honteuse. Elle baissa la tête. Elle baissa son regard. Charline refusait d’affronter Tony. Elle ne lui ferait pas face et elle le fuirait. C’était tout ce qu’elle pouvait faire désormais : fuir.

— Réponds-moi, hurla-t-il.

— R… rien, mentit-elle après un sursaut.

Jamais Tony n’avait réagi de la sorte avec elle. Il lui faisait peur et elle se braqua. Comment lui parler ? Comment se confier ? Elle avait l’impression d’être jetée d’un avion sans parachute. Jamais elle n’avait autant paniqué face à son frère.

— Je… je ne voulais pas. C’était… je voulais juste prendre une douche.

Rien ne l’apaiserait. Elle le savait. Ses tremblements s’intensifièrent. Une sueur froide coulait dans son dos. Si elle faisait le moindre mouvement, elle s’écroulerait. Et dès que Tony voulut à nouveau prendre la parole, une voix féminine retentit dans la chambre. Chloé n’avait pas pu se résoudre à patienter dans la cuisine sans réagir. Tony ne risquait qu’une chose : la rupture de communication avec sa sœur. Charline commençait déjà le fuir et cela était mauvais signe. La femme comprenait sa terreur, mais il se devait de garder son sang-froid face à cette adolescente en détresse. Si elle perdait confiance, ce serait la catastrophe.

Tony ne répliqua pas et il était nécessaire qu’il retrouvât son calme. Sans un mot supplémentaire, il quitta les lieux dans le but de prendre l’air sur la terrasse de la chambre. Il s’appuya contre la rambarde. Il respira profondément et avec lenteur afin de s’apaiser. Puis, il tourna son regard vers la chambre. Chloé se tenait toujours là à veiller sur la jeune fille. Elle aurait mauvaise conscience d’abandonner la villa de la sorte alors que Charline semblait détruite par ce qui venait de se produire. Seul le mur l’avait soutenu tandis que ses jambes avaient cédé. L’adolescente avait replié ses genoux contre elle et elle pleurait au point de suffoquer.

Le retour de Tony ne la fit même pas réagir. Elle ne leva pas son regard vers lui et elle se recroquevilla davantage. Elle ne souhaitait pas sa présence ni son contact. Charline ne désirait pas son frère à ses côtés. Dès qu’il s’accroupit près d’elle, qu’il voulût poser sa main sur elle et la prendre dans ses bras, Charline le repoussa. Tony avait commis une terrible erreur. Il perdait sa sœur et c’était de son fait.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 27 septembre 2020 à 12h02
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