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Tome 1, Chapitre 13 Tome 1, Chapitre 13

La jeune femme courait sans s’arrêter. Elle fonçait droit devant en direction du rempart magique qui la séparait de son village. Ses pieds nus s’écorchaient au contact des rochers et des branchages. Sa chevelure brune trempée à la suite d’une baignade humidifiait sa robe aux tons marron. Elle s’était rhabillée avec hâte en abandonnant tout le reste derrière elle. Depuis de longues minutes, elle fuyait. Elle fuyait ces individus que ni elle ni Nola n’avait repérés avant qu’ils ne leur tombassent dessus. Armés jusqu’aux dents, ils avaient tout d’abord exigé que les Seirians les suivissent sans résistance et, donc, sans aucune violence. Méfiant et refusant de leur obéir, Nola avait imposé la fuite à son amante. C’était à cause de lui s’ils se retrouvaient dans une telle situation. Jamais ils n’auraient dû quitter l’enceinte du bouclier. À leur décharge, rien n’aurait pu prédire que ces hommes seraient là à les cueillir.

Théa avait donc pris ses jambes à son cou non sans devoir se défendre. Elle avait vivement répliqué, car il était hors de question de se laisser embarquer par ces individus, de les laisser prendre sa liberté et sa vie sans réagir. Alors qu’elle avait pensé déployer ses ailes pour s’envoler, un harpon avait traversé son aile gauche, l’empêchant ainsi de s’enfuir par les airs. Nola était parvenu à la libérer, mais elle était désormais contrainte de courir. Elle n’avait cure de sa douleur et du sang qui souillait ses plumes brunes. Théa ne s’arrêterait pas. Elle continuerait jusqu’à l’épuisement, quitte à y laisser la vie, mais elle ne finirait pas entre les mains de ses ennemis.

Fatiguée et paniquée, elle trébucha et roula sur les quelques mètres de pente de la colline. Elle sentait l’énergie de son frère. Elle puisait en lui afin de se relever, d’avoir cette force et le courage de ne pas abandonner. Son calme et sa maîtrise l’apaisèrent un temps avant d’entendre ses adversaires justes derrière elle. Toujours au sol, elle se retourna. Elle s’attendait à périr à cet instant. Elle songea alors à sa mère et à son peuple. Héritière de la matriarche, son devoir était de protéger les siens. Au lieu de cela, elle filtrait avec son amant à l’extérieur du cercle de protection. Elle trahissait sa mère et son enseignement.

Arme tranquillisante en main, l’homme s’apprêtait à tirer lorsqu’il fut propulsé au loin. Et Théa se débattit à l’instant où un individu l’attrapa afin de la relever.

— Eh, doucement ! C’est moi !

La jeune femme se calma rapidement en comprenant qu’il s’agissait de son frère et elle se jeta dans ses bras, rassurée de sa présence. Pendant ce temps, Gabriel se positionna entre eux et l’homme armé. Le sorcier forma un bouclier magique qui bloqua les balles. Aurora créa une protection à son tour, mais elle se sentait bien inutile. Elle n’avait eu que des entraînements. Jamais elle n’avait été sur le terrain. La jeune sorcière se figea tandis que Gabriel passa à l’attaque. Son ennemi fut rapidement désarmé et à terre.

— Qui vous a envoyé ? exigea Gabriel.

Il désirait des réponses qui ne viendraient pas, car son adversaire avalât du poison. Trop lent, Gabriel ne put le sauver. L’homme convulsa. Ses yeux tournèrent et une bave s’écoula de sa bouche avant qu’il ne succombât.

— Merde ! Mais qu’est-ce qui t’est passé par la tête, Théa ? hurla Keelhna.

Il était dans tous ces états en remarquant les plaies de sa sœur et le danger dans lequel elle s’était fourrée. Il comprenait ce besoin de liberté et d’aller au-delà du mur, mais cela était risqué ces derniers temps. En effet, certaines sentinelles confirmaient que des véhicules et des individus étranges rôdaient autour de leur territoire, comme s’ils cherchaient quelque chose d’introuvable jusqu’à présent. La matriarche avait annoncé qu’elle ne désirait personne hors du bouclier sans autorisation. Cependant, cette attaque d’aujourd’hui était bien la première. Cela prouvait qu’une grande menace pesait sur les Seirians. Était-ce un hasard tandis que les descendants d’une lignée perdue retrouvaient la magie ?

— Arrête de crier ! Nola est encore là-bas.

— Aurora, ramène-les ! Je m’en occupe, décida Gabriel.

Il prit la situation en main afin de protéger les Seirians, ainsi que son élève qui n’était pas encore apte sur le terrain. Sans attendre, il se dirigea vers le lac et ce fut une fois en haut de la colline qu’il aperçut deux camionnettes et une dizaine d’hommes armés. Le pauvre Nola était inconscient et sans aucun doute blessé. Gabriel réfléchit rapidement. Certes, il souhaitait des réponses, mais la survie de ce peuple était sa priorité. Il était hors de question de laisser ces individus repartir, même si cela n’empêchera pas d’autres de venir.

Sans délicatesse, sans discrétion, Gabriel frappa le premier. Il engagea le combat dans le but de détruire les véhicules, de les empêcher de prévenir leurs compagnons. Le sorcier n’eut aucune pitié pour ceux qui osaient s’en prendre de la sorte aux Seirians. Comment pouvait-on être aussi lâche au point d’attaquer un peuple qui ne désirait que vivre en paix ? Un peuple qui n’usait jamais de violence de surcroît ? La rage de Gabriel se ressentait dans ses assauts. Toutefois, il gardait une grande maîtrise. Ses gestes étaient calculés et il guettait son environnement. Il ne laissait pas ses émotions dicter son comportement.

Puis, alors il avait dégagé le terrain autour de Nola, il ouvrit la dimension Miroir afin d’y envoyer ses ennemis et de les condamner. Gabriel préserva son bouclier, fit un rapide tour des environs par un simple regard et baissa la tension face à l’absence de danger. Tout était redevenu calme. Seul un râle brisa le silence des lieux.

— Nola ? Eh, est-ce que ça va ? s’inquiéta le sorcier en s’agenouillant près de lui.

Le Seirian avait une blessure à la tête, mais rien de plus grave. Théa avait été plus durement touchée.

— Théa…

— Elle va bien. Elle est avec Keelhna. Vous allez vous faire passer un savon, je le crains.

Et la vérité en était bien loin. Keelhna n’avait cessé de marmonner dans sa barbe pendant qu’il soutenait sa sœur. La relation entre Nola et Théa n’était pas prohibée, alors pourquoi prendre autant de risque pour s’isoler ? Le goût du… risque justement ? La Seirianne souffrait d’une blessure ouverte à son aile gauche et c’était celle-ci qui inquiétait Keelhna ; les diverses autres plaies guériraient aisément avec de bons soins. La situation aurait pu être bien plus grave. Les deux Seirians auraient pu être capturés ou abattus, tout comme leur village aurait pu être trouvé. Le regard de Nola dévoilait sa culpabilité et son regret de les avoir ainsi mis en danger. Théa resta silencieuse face à la colère de son frère, son jumeau. Rien de ce qu’elle pourrait dire ne l’apaiserait. Elle sentait son angoisse encore présente.

Les trois Seirians avançaient devant pendant que les sorciers guettaient à l’arrière. Aurora n’aurait pas imaginé rencontrer ce peuple dans une telle situation. Elle aurait aimé que cela se déroulât différemment. Ses yeux se posèrent sur le tatouage à son poignet, mais le faucon semblait avoir quitté les lieux. Le danger était passé. La fratrie était réunie, alors l’animal s’était volatilisé.

— Euh, comment on l’enlève ?

Aurora pensait que seul Keelhna pouvait annuler ce sort ; or, ce n’était pas le cas. Son mentor souffla sur son propre tatouage et il disparut.

— Et moi qui pensais que ce serait plus compliqué, sourit-elle.

— La magie n’a pas besoin d’être complexe. Elle a besoin d’être efficace.

Juste remarque ! La sorcière approuva et imita Gabriel. Puis, une fois devant la frontière, les Seirians passèrent sans difficulté comme s’il n’y avait rien et disparurent. Pour Gabriel et Aurora, un sortilège était nécessaire. Le mentor réalisa des figures multiples. Il se concentra sur son enchantement, car la moindre erreur signait leur arrêt de mort au franchissement du bouclier. Aurora observa sans rien dire, mais en comprenant qu’elle serait incapable d’un tel exploit.

— Après toi, déclara Gabriel.

— Les femmes d’abord, c’est ça ? Si ça ne marche pas, c’est moi qui claque ?

— Je suis un gentleman.

— Ouais, quand cela vous arrange, rit la jeune sorcière.

Elle avait pleinement confiance en son mentor. Aucun doute qu’ils pouvaient traverser sans difficulté et c’était ce qui se produisit.

De l’autre côté, un nouveau monde se dévoila aux yeux d’Aurora. Un village se dressait près du lac où un petit port de pêche était construit. Les maisons étaient en bois et en pierres, sobres, mais fabriquées avec goûts. Des sculptures et des gravures décoraient l’ensemble des habitations : des oiseaux divers et variés, des ailes, des plumes, des Seirians et tout un univers qui représentait leur peuple. Au centre s’élevait une fontaine avec une Seirianne au milieu. Les rues pavées et l’ambiance globale des lieux donnaient l’impression de revenir au moyen-âge. Les Seirians, quant à eux, respiraient la nature. Des tissus en coton ou en lin de diverses couleurs. Les sentinelles et les chasseurs portaient des carquois et une arme blanche. Ce peuple prônait la non-violence, cela ne signifiait pas qu’ils ne savaient pas chasser ni se défendre en cas de nécessité. Des fleurs et des lianes ornaient la chevelure des femmes, ainsi que de certains hommes qui préservaient de longs cheveux.

— Leur planète avait un climat très doux. Ils aimaient porter des habits légers et colorés, expliqua Gabriel, ils ont gardé une partie de cet héritage, mais ils ont dû s’adapter au temps humide et froid d’Écosse.

— Et à qui la faute ? taquina une Ailée dans leur dos.

Les sorciers se tournèrent et Gabriel sourit face à la Seirianne brune et aux ailes noires. Elle ajusta son écharpe en laine et s’approcha afin de les saluer. Aurora resta un peu à l’écart. Elle observait en attendant de savoir si elle était utile à quelque chose et guettait l’arrivée de la matriarche. Toutefois, si Théa était sa fille, sans aucun doute qu’elle devait se trouver à son chevet.

— Qui est cette charmante sorcière ? Elle a le regard d’Amarok. Cela ne m’étonnerait pas qu’elle soit de la famille Marquez.

— Elinia, je te présente Aurora Marquez. La fille d’Amarok.

Là, Aurora écarquilla les yeux, surprise. Que devait-elle faire devant la matriarche ? S’incliner ? Lui serrer la main ? Elle rougit de honte face à sa confusion et ce fut Elinia qui la détendit.

— Je suis ravie de te rencontrer et bienvenue.

— Euh… je… merci. C’est un honneur Dame Elinia.

— Juste Elinia et n’hésite pas à me tutoyer.

Sur ce dernier détail, Aurora avait été averti par son mentor. Les Seirians ne connaissaient pas le vouvoiement dans leur langue. Leur mode de vie simple permettait un certain rapprochement entre les individus et Aurora sentait qu’elle apprécierait cela.

— Merci d’être venu en aide à Théa et Nola. Les guérisseurs sont à leur chevet et ils s’en sortiront avec seulement quelques cicatrices.

— Aucun souci. Que se passe-t-il ? C’est la première fois que cela arrive. Vous avez des ennemis dans le coin ? Personne n’est au courant de votre existence et encore moins de votre refuge.

— Gabriel, si vous êtes au courant, d’autres doivent l’être aussi. Je ne m’attends pas à ce que notre existence demeure secrète encore pendant des années. Le monde change. Il évolue. Beaucoup de nos jeunes veulent voir du pays et s’intégrer dans les sociétés humaines. Je ne peux pas leur en vouloir. Je ne peux pas les en empêcher. Ma seule crainte est de faillir à leur protection. Certains ont déjà quitté le village pour vivre dans ceux aux alentours. Ils reviennent régulièrement. Nous restons en contact, mais mon peuple commence à souffrir cette situation de vivre couper du reste du monde.

Le jeune homme soupira tandis que la sorcière était peinée pour les Seirians. Ils vivaient une époque difficile entre cette envie de reprendre leur vie en main et ce besoin de protection au sein des leurs.

— Il n’est pas possible de former des communautés dans certaines villes ? Ainsi, les Seirians qui le souhaitent pourraient s’intégrer parmi les Hommes tout en ayant un lieu bien à eux, proposa Aurora.

— L’idée serait bonne. On fournit déjà de nouvelles identités pour ceux qui le veulent, on aura aucun mal à trouver un endroit où ils pourraient se regrouper, continua Gabriel.

Même Elinia semblait approuver. Dans tous les cas, il faudrait trouver une solution, mais en attendant, elle préserverait le couvre-feu et la recherche de la lignée perdue. La matriarche invita ses amis à la suivre dans une maison en rondins de bois où se diffusait une douce chaleur de cheminée.

— D’autres liens ont été créés ? demanda Gabriel.

— Non. Toutes les autres naissances sont au sein même du village, même les familles qui vivent à l’extérieur préfèrent que les naissances se réalisent ici. Par précaution et pour maintenir le lien entre nous tous, expliqua Elinia.

La Seirianne fouilla dans un tiroir et sortit une pochette remplie de documents qu’elle remit à Gabriel.

— C’est la liste des Seirians qui ont quitté notre communauté à notre arrivée, ainsi que les nouvelles identités. C’est là les Seirians dont on a perdu la trace.

Les sorciers jetèrent un rapide coup d’œil et le travail risquerait d’être bien long. Une centaine de noms figurait sur les papiers et ils espéraient que les archives administratives de la société humaine fussent relativement exploitables. L’unique façon d’effectuer les recherches était d’obtenir l’arbre généalogique de tous ces individus. Gabriel promit à Elinia de faire le nécessaire. Il ferait le tour du monde dans l’espoir de retrouver cette fratrie. Aurora acquiesça. Si cette nouvelle se répandait parmi leurs ennemis, ils risqueraient de ne pas être les seuls dans cette quête et il était préférable pour les sorciers de les trouver en premier.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 22 septembre 2020 à 14h36
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