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Tome 1, Chapitre 12 Tome 1, Chapitre 12

Kamar-Taj, Népal

« 1746 — Les Seirians cohabitent désormais sur Terre sous la protection des Maîtres en Art Mystique. Ce peuple pacifique exilé de leur planète mérite de se reconstruire sur un territoire paisible. Notre devoir est de veiller à la survie de cette espèce menacée d’extinction. La tragique catastrophe survenue sur Seiry les a décimés et seule notre intervention a pu les sauver de l’anéantissement. Cette communauté doit vivre dans le secret et préservée des Hommes. »

Les sorciers avaient pour rôle principal de préserver l’harmonie, de protéger la Terre des menaces mystiques sur son sol tout comme des dangers venant d’autres mondes ou d’univers. Pour cela, un bouclier magique entourait la planète. Il était créé grâce aux trois Sanctuaires : New York, Londres et Hong Kong. Chacun d’eux était dirigé par un protecteur. La Sorcière Suprême — ou l’Ancien —, quant à elle, menait cette communauté. Puissante et sans âge, elle était crainte et respectée. C’était elle qui avait décidé d’aider les Seirians. Un portail avait été ouvert à cette époque entre la planète Seiry et la planète Terre. Un émissaire voyageait dans l’univers afin de trouver un refuge pour les siens, car leur monde était sur le point de disparaître. Malheureusement, il avait été trop tard et qu’une poignée de Seirians avaient pu être secourus ce jour-là.

Depuis, ce peuple vivait dans un coin reculé du nord de l’Écosse. Un rempart magique les dissimulait aux yeux des simples mortels. Pour eux, seules des ruines se dressaient sur ce territoire ; en revanche, pour les Seirians et ceux autorisés, un village resplendissant se dévoilait. Aujourd’hui, bien qu’ils luttassent contre leur disparition, les Seirians dépérissaient et leur enchantement se dégradait. À l’origine, ils avaient la capacité de se métamorphoser en rapace, dont la couleur du plumage variait selon la puissance de l’individu. Maintenant, les générations actuelles n’avaient plus cette transformation totale et elles se contentaient d’une unique paire d’ailes.

Puis, alors que tout espoir d’une nouvelle lignée était réduit à néant, la matriarche, Elinia, avait senti un faible lien naître des années auparavant. Il s’était intensifié au fur et à mesure sans parvenir à un état stable et optimal. La magie ne se réveillait pas, preuve que les Seirians concernés ignoraient leurs origines et qu’ils avaient besoin d’aide. Ce fut ainsi qu’elle demanda le soutien de l’Ancien qui accepta sans hésitation.

Dans sa demeure à Karma-Taj, elle convoqua plusieurs des siens dans son bureau : Gabriel Johnson, Daniel Drumm — le protecteur du sanctuaire de New York —, Amarok Marquez et sa fille Aurora. Le regard de la femme chauve à la tunique jaune fixa chacun des sorciers qui pénétrèrent dans la pièce. Elle les sonda et aucun ne broncha. Le brouhaha de la ville traversait les fins murs de la demeure. Située en son centre, elle n’était pas épargnée par les nuisances diverses et variées, et encore moins par la pollution ambiance de Katmandou. D’ailleurs, pour une première visite à Karma-Taj, Aurora se promit ne plus jamais y remettre les pieds. L’air en ces lieux était étouffant.

Ils se saluèrent d’un signe de tête avant que l’Ancien ne prît la parole.

— Elinia réclame notre aide. Selon ses dires, des descendants ont survécu parmi les humains et un nouveau lien s’est formé. Cela signifie qu’une Seirianne se trouve quelque part dans la nature sans aucune connaissance de sa magie. Il nous faut la retrouver et la mettre en sécurité auprès des siens.

— Comment est-ce possible ? Je pensais que les lignées qui avaient décidé de vivre parmi les humains s’étaient éteintes, car leur sang n’était plus assez puissant pour contenir cette magie, avança Amarok.

L’homme d’une quarantaine d’années avait le visage grave. Ses yeux aussi sombres que sa chevelure fixaient sa supérieure qui adhérait à ses propos. Elle était étonnée, ainsi que les autres sorciers présents. Néanmoins, Elinia n’était pas si surprise que cela. En réalité, elle avait tant attendu ce jour où une nouvelle famille rejoindrait ses rangs et où elle retrouverait des descendants perdus lors de leur exil.

— Leur sang-mêlé a pu affaiblir leur magie, mais pas la faire disparaître. L’héritage a très bien pu sauter quelques générations qui auraient dû la voir naître. L’important maintenant est de retrouver cette fratrie.

Ce peuple méritait leur protection et aucun des sorciers ne s’opposa à la requête de la matriarche des Seirians. Le problème résidait désormais : comment les retrouver ? Sans information détaillée, la tâche s’avérait bien compliquée. Pour cela, la Sorcière Suprême organisa une mission de recherche à grande échelle qui troubla Aurora. Pour quelle raison était-elle ici, elle ? Néanmoins, si cela était pour en apprendre davantage sur ce peuple, elle n’allait pas rechigner à subir l’atmosphère de Katmandou et à patienter. Il y avait une logique à tout au bout du compte.

L’adolescente avait entendu parler des Seirians communément appelés Les Ailés. Elle avait lu leur triste histoire sans avoir eu l’occasion d’en rencontrer. Ils vivaient cachés, ne sortaient jamais de leur territoire et seuls des privilégiés avaient l’honneur de pénétrer sur leurs terres. Ses yeux vairons se tournèrent vers son père qui l’ignora froidement. Il avait toujours été distant envers sa fille et il l’avait éduqué avec rigidité. Il l’aimait malgré les apparences, mais la vie était dure et le monde des sorciers avait connu des jours bien sombres. Amarok armait son enfant pour les combats à venir, pour les affrontements qu’elle pourrait mener. Aurora comprenait cela même si elle désirait avoir un père plutôt qu’un mentor par moment. Outre ce fait, il était encore en colère contre sa fille à la suite d’une virée un peu trop mouvementée la veille.

— Gabriel, Maître Drumm m’a informé que votre enseignement prenait fin. J’ai donc l’honneur d’annoncer que vous êtes désormais un Maître en Art Mystique attitré. Il désire cependant vous garder à New York. Il a besoin d’un coup de main pour la gérance.

Façon de dire qu’il préparait Gabriel à reprendre les rênes le moment venu. Honoré, le sorcier ne refusa pas. Puis, l’Ancien présenta Aurora comme sa première élève. Elle avait besoin de discipline et un jeune professeur saurait lui faire entendre raison. Au fond d’elle, elle savait que ces deux-là pouvaient former un formidable duo. Aurora avait du potentiel et Gabriel ferait ressortir le meilleur. L’adolescente soupira intérieurement. Ainsi, elle changeait de mentor. Était-ce à la volonté de son père ? Voulait-il à ce point l’éloigner de leur domicile ? Elle était pourtant une élève studieuse et elle regrettait qu’il ne l’eût pas consulté avant de prendre une telle décision, malgré la fierté d’apprendre auprès de Gabriel Johnson qu’elle connaissait de réputation. Gabriel remarqua le bouleversement de la jeune fille. Sans aucun doute qu’elle n’avait pas été avertie de la situation, lui non plus d’ailleurs. Il se promit de discuter calmement avec elle plus tard.

Tandis qu’ils s’apprêtaient tous à repartir, l’Ancien stoppa Gabriel dans son élan, ainsi qu’Aurora qui devait désormais suivre son nouveau mentor.

— Je vous envoie en Écosse afin de rencontrer Elinia. Elle vous donnera les informations nécessaires.

— Attendez ! Vous nous confiez cette mission ? D’autres seraient plus aptes pour une telle rencontre diplomatique.

— Peut-être, mais en tant que futur protecteur, c’est là une mission à la hauteur de votre grade.

— Pour faire mes preuves surtout, souffla Gabriel qui comprit l’enjeu.

Le sourire de la Sorcière Suprême montrait sa confiance en lui. Dans le cas contraire, elle n’aurait pas soutenu le choix de Daniel.

— Informez-moi dès que vous avez une piste. Restez prudent ! Londres est déjà au courant et je vais de ce pas à Hong Kong. Je veux tout le monde en alerte.

Puis, ils se saluèrent avant que Gabriel et Aurora quittassent les lieux.

Dans le couloir, Aurora tentait de contenir sa joie après la déception du rejet de son père. Elle allait rencontrer les Seirians. Cela était un rêve de petite fille, un rêve que tous les sorciers voulaient réaliser un jour. Jamais elle n’aurait imaginé être une telle privilégiée. Son père avait eu cette chance et elle ne cessait de lui demander de raconter inlassablement cet instant si unique. Alors qu’elle avait pensé être écartée pour sa faute, surtout après une belle réprimande de la part d’Amarok, elle se tenait aux côtés de Gabriel Johnson qui allait la mener jusqu’aux Seirians. Elle n’osait y croire, pourtant, c’était bien réel. Aurora voulait bondir d’impatience, mais elle se devait de faire bonne impression. Elle avait eu assez de remontrances ces dernières vingt-quatre heures.

— La première fois est exceptionnelle, démarra Gabriel dans un sourire, on a dû mal à imaginer que de telles créatures habitent sur notre terre. J’étais comme toi lorsque je les ai rencontrés la première fois et on ne l’oublie jamais.

Les yeux marron et verts de l’adolescente se levèrent vers lui. Il devait avoir à peine dix ans de plus et il était déjà un maître confirmé. Malgré les épreuves, il s’était endurci tout en restant humble. Apprendre auprès de lui était une chance inespérée. Aurora repoussa ses mèches acajou et n’osa pas répondre. C’était un comble pour elle qui avait la parole un peu trop facile d’après son père.

— Amarok m’a informé que tu as un talent pour le combat, mais trop émotive et impulsive.

Aurora fronça les sourcils. Son père lui avait parlé d’elle ? Elle ignorait même qu’ils se connaissaient, en tout cas, pas assez pour discuter de la sorte.

— Ton père m’a formé pendant un temps. Au décès de mes parents, c’est Daniel qui m’a pris sous son aile. J’étais comme toi. Je laissais trop mes sentiments prendre le dessus et c’est dangereux, surtout lors d’un combat.

— Je ne savais pas que vous aviez été son élève, avoua-t-elle.

— Tu peux me tutoyer, et appelle-moi simplement Gabriel. Je n’étais pas sûr de la raison de ta venue, mais j’aurais dû m’en douter. Ton père ne t’a pas abandonné à moi pour se débarrasser de toi. Il considère que ses anciens élèves sont les mieux placés pour former sa fille. Et puis, il est assez difficile de former un membre de sa propre famille.

Gabriel en connaissait quelque chose avec Michaëla. L’avantage était leur lien très proche qui les aidait à surmonter les tensions. Les conflits existaient, mais ils passaient outre pour avancer. Sa cousine promettait d’être une sorcière exceptionnelle, si seulement son père acceptait enfin de la laisser suivre une formation digne de ce nom. Il secoua la tête pour sortir de ses pensées. Il venait de rassurer son élève sur certains points et cela avait détendu l’atmosphère.

Aurora sourit et écouta attentivement son mentor parler des Seirians, sur leur mode de vie et la soumission à quelques règles. Ils vivaient simplement sans se soucier des grades. Seule la matriarche possédait un rang qui imposait un certain respect de son peuple sans jamais en abuser pour autant. Pacifistes, ils prônaient la non-violence et n’usaient que de leur magie en cas d’extrême nécessité, ou d’armes blanches fabriquées par leur propre soin ; hors de question de les approcher avec des armes à feu ou de manière agressive. Gabriel lui expliqua également la façon dont ils allaient pénétrer sur leur territoire, grâce à un sort qui formerait une porte à travers le bouclier magique. Le sortilège était complexe et même Gabriel avait du mal à bien le réaliser. Plusieurs années d’entraînement avaient été nécessaires.

— Prête ?

— Quoi ? Maintenant ? s’étonna-t-elle.

Aurora verrait les Seirians là. Tout de suite. Maintenant. Elle n’en revenait toujours pas. Son sourire illuminait son visage et elle était tel un enfant dans l’attente d’ouvrir un cadeau. L’adolescente tentait de rester calme et posée. Elle devait se contrôler. Elle appliquerait les conseils dès ce jour même si cela était bien compliqué. La sorcière suivit son mentor à l’extérieur du bâtiment afin de rejoindre la cour.

Gabriel ajusta son double anneau et observa la jeune fille à ses côtés. Sa fougue lui rappelait lui à son âge, ainsi que Michaëla. Curieuse, déterminée, un peu trop impulsive, Aurora pourrait être une brillante sorcière une fois sa formation achevée. Sa chevelure acajou descendait en ondulant jusqu’aux creux de ses reins. Elle était habillée d’un simple jean avec basket, ainsi que d’un débardeur blanc accompagné d’un gilet marron. Aucun doute pour Gabriel qu’elle faisait partie de ceux qui abandonnaient les vêtements traditionnels des sorciers. Les nouvelles générations préféraient se fondre dans la masse et gardaient des allures plus décontractées, tout comme Gabriel. Ce dernier finit par ouvrir le portail et ils l’empruntèrent ensemble.

De l’autre côté, de vastes collines verdoyantes s’étendaient à perte de vue. Sur la droite se dressait une forêt près d’un lac aux rives rocheuses. Le temps brumeux annonçait de la pluie et le vent n’était guère agréable. Aurora frissonna tandis qu’elle essayait vainement de maîtriser ses cheveux. À défaut d’un résultat concluant, elle opta pour les attacher rapidement en queue-de-cheval.

— C’est si sauvage ici, remarqua-t-elle, on se croirait dans un autre monde.

— Cet endroit est totalement isolé des mortels et c’est ce qu’il fallait pour les Seirians. Ils vivent de la nature. Ils n’ont pas besoin d’interagir avec les autres. Ceux qui l’ont souhaité et qui le souhaitent peuvent rejoindre la société humaine. On leur fournit une nouvelle identité pour mieux s’intégrer. Viens ! C’est par là !

Gabriel la guida près du lac. Quelques ruines s’élevaient par-ci par-là sur une large zone. Ce territoire avait appartenu à un riche clan écossais autrefois avant d’être abandonné. Dans le but de préserver ces terres, le protecteur du sanctuaire de Londres les avait achetées, bien que cela n’empêchât pas d’imposer un bouclier magique afin de dissimuler les Seirians. Il avait conscience que les Hommes étaient curieux et ils n’hésitaient pas à s’infiltrer dans des lieux pourtant interdits. Gabriel laissa Aurora admirer le paysage si particulier. Originaire d’Espagne, elle avait l’habitude du climat chaud et ensoleillé d’Andalousie : sa terre natale.

Alors que son mentor s’apprêtait à lancer un sortilège, une brèche se forma dans le mur magique. Un jeune homme apparu, paniqué, avant de se tourner vers Gabriel. Ils se reconnurent aussitôt.

— Qu’est-ce que ça passe ? s’inquiéta Gabriel.

Le Seirian ajusta son carquois et son poignard. Gabriel comprit qu’il se déroulait quelque chose de grave à l’instant où le dénommé Keelhna leva les yeux au ciel. Il guettait et semblait suivre un point invisible pour les sorciers : son rapace, le lien avec sa sœur Théa. La magie des Seirians fonctionnait en binôme au sein d’une même fratrie. Un lien se formait entre un frère et une sœur ; en revanche, seule cette dernière possédait le pouvoir de métamorphose. Le frère était un bouclier et un protecteur. De plus, ils partageaient le pouvoir d’empathique et Keelhna avait absorbé la terrible angoisse de Théa. En échange, il lui transmettait son calme et sa force d’esprit dans le but qu’elle pût fuir et se défendre. Keelhna n’avait pas hésité à bondir à la frontière où il avait suivi leur rapace au plumage noir et marron.

— Laisse-nous t’aider, proposa Gabriel.

Keelhna posa sa main avec précipitation sur le poignet des sorciers. Dès lors, un tatouage en forme d’oiseau apparut.

— Il vous permettra de le voir, explication rapidement à Aurora.

L’adolescente acquiesça face à cette découverte, mais elle ne s’y attarda pas. L’urgence de la situation prenait le dessus sur sa curiosité et ses questionnements. Elle suivit le Seirian et Gabriel. Le rythme était rapide. Ils ne lâcheraient pas le rapace qui filait à grande vitesse. Keelhna était inquiet pour sa sœur. Il sentait sa terreur au cœur de sa poitrine. Il l’entendait hurler alors qu’elle s’épuisait dans une course effrénée afin d’échapper à ses agresseurs. Le Seirian se maîtrisait au mieux dans le but de lui transmettre son calme ; Théa devait garder la tête froide et savoir son frère en chemin l’aidait à surmonter sa peur.

Puis, le temps se figea lorsqu’un coup de feu retentit.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 15 septembre 2020 à 18h41
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