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Tome 1, Chapitre 9 Tome 1, Chapitre 9

Des voix s’élevaient dans l’atelier. Le président et chef exécutif de Stark Industries employait des termes peu courtois envers ses collègues de travail. Les hurlements et les insultes retentissaient jusque dans l’escalier qui menait dans le double salon. La porte, mal fermée, ne filtrait pas le son et les trois adolescents furent témoins d’une froide querelle. Michaëla et François ne savaient plus où se mettre tant la situation était gênante, tandis que Charline se reprochait d’être la cause de ce scandale. Sans elle, son frère aurait suivi son associé à New York dans le but de présenter ce projet Jericho tant attendu par le Conseil d’Administration. Au lieu de cela, le dossier était encore repoussé alors que l’entreprise avait besoin d’une innovation importante pour son avenir. L’armée s’impatientait. Elle réclamait de nouvelles armes et elle savait que Stark Industries était capable de lui fournir ce qu’il y avait de mieux.

Cependant, le projet Jericho était un énorme dossier. Tony envisageait de le financer, non pas uniquement avec les ressources de la compagnie, mais également grâce aux investisseurs privés. Il faudrait établir tout un processus pour les appâter et les convaincre d’y mettre leur argent. Par la suite, la chaîne de production serait longue sans compter des phases de test avant le produit final. Avec de la chance et une validation du projet avant la fin de l’année, le Jericho pourrait être officiellement commercialisé d’ici quatre à cinq ans environ.

Charline se sentait mal à l’aise devant le massacre qui se déroulait dans l’atelier. Pepper et Tony étaient en conférence téléphonique avec Obadiah, et rien ne semblait les calmer. Les deux associés s’opposaient complètement et la pauvre assistante tentait vainement d’apaiser la situation. Lorsque Tony tapa du poing sur une table, sa sœur décida d’intervenir. Son frère était d’ordinaire assez posé et un tel comportement prouvait qu’il arrivait à ses limites. Cela faisait plus de vingt-quatre heures qu’il n’avait pas fermé les yeux et la fatigue ne l’aidait pas à gérer la situation avec sérénité.

— Je vais m’en occuper, informa Charline à ses deux amis, laissez tout sur la table et on se rejoint dehors, d’accord ?

Que faire de plus de toute façon ? Ni Michaëla ni François ne pouvait agir. Charline doutait également parvenir à quelque chose, mais elle tenterait. Elle ne pouvait pas laisser son frère mettre en l’air le bien de l’entreprise familiale, même si la raison s’expliquait. François comprit que rien n’était rose dans cette famille. La fortune ne faisait pas le bonheur malgré les liens solides entre les membres. Cette entreprise semblait exténuer la fratrie et cette réalité était bien loin des articles médiatiques qui présentaient Tony Stark comme un fêtard et un profiteur de la vie. Très peu, à l’inverse, évoquait sa sœur. Michaëla l’avait vaguement informé que Tony avait, quelques années auparavant, menacé en justice des paparazzis pour harcèlement sur mineure.

Ceux-ci avaient invoqué la liberté d’expression ; or, l’adolescente étant extérieure à la société et mineure, le tribunal avait donné raison au tuteur légal. Depuis, Charline était relativement tranquille. Il fallait également avouer que Happy et Tony n’avaient pas hésité, plus d’une fois, à en venir aux mains si l’un de ces vautours s’approchait de trop près à la jeune fille. Malheureusement, tous savaient que sa protection ne durerait qu’un temps. Il arriverait un moment où Charline ferait à nouveau face aux journalistes.

— D’habitude, c’est plus calme, expliqua Michaëla tandis qu’elle se dirigeait vers la sortie de la villa en compagnie de François.

— C’est en entrant dans l’intimité des gens qu’on se rend compte que rien n’est simple dans la vie. Les médias vendent du mensonge et ils alimentent les fausses informations. Je ne voyais pas le grand Tony Stark ainsi, même si je ne doutais pas de sa gran… grande gueule apparemment, rit-il.

Oh que oui ! Tony avait une grande gueule. Cela n’était pas un mensonge des journalistes, loin de là. Cet homme qui hurlait dans la demeure n’était pas celui soucieux de l’image de son entreprise contée par les journaux. Au contraire, il apparaissait comme un homme qui ne désirait qu’une seule chose : prendre soin de sa famille et abandonner la responsabilité de Stark Industries.

— C’est tendu depuis quelque temps. Tony revoit ses priorités et l’entreprise passe après sa famille. Sauf que ce n’est pas vraiment bien vu par tout le monde. Ils ne sont plus que tous les deux, alors, il essaye de faire de son mieux.

François s’installa auprès de la jeune fille sur le muret à l’extérieur de la maison.

— Il a raison. Faut profiter des nôtres avant qu’il ne soit trop tard. Mon père est mort trop tôt. Je me rends compte que j’avais encore beaucoup à lui dire, à partager avec lui, raconta François.

— Je suis désolée. J’ai perdu mon oncle et ma tante il y a plus de dix ans maintenant. Ainsi qu’une petite sœur qui n’a malheureusement jamais pu naître. Tony et Charly étaient à New York lors des attentats du 11 septembre. Ils ont été séparés dans la panique. Tony a cru la perdre ce jour-là. Il abandonnerait tout pour elle et c’est réciproque. La cruauté de la vie n’épargne personne. Reste à savoir ce qu’on décide de faire de ce malheur : une force ou une faiblesse.

François écouta l’histoire de son amie et il comprit maintenant le malaise de Charline, ainsi que la présence de Kassandra. Ces attentats avaient marqué le monde entier, mais il n’osait pas imaginer la terreur qu’avaient pu vivre les témoins directs de cet événement. Un tel drame changeait les gens et leur façon de voir le monde. Michaëla avait raison, malgré les épreuves, chacun était libre de choisir comment se relever. Pour elle, c’était en pratiquant la magie qu’elle avançait, car il s’agissait de son univers et de son héritage. Charline cherchait encore son chemin, tout comme François, et, un jour, ils trouveraient.

Dans l’escalier qui menait à l’atelier, l’adolescente descendait lentement. En réalité, elle craignait de débarquer au beau milieu de cet esclandre. Techniquement, elle n’avait pas son mot à dire, excepté qu’il était rare d’entendre son frère crier de la sorte, surtout envers ses collègues de travail, amis et associés. Elle respira profondément et plongea sa main dans la fourrure de Kassandra afin de se donner du courage.

— Si l’entreprise ne produit plus, on perdra des parts de marché. Nos finances risquent de s’écrouler, car les actionnaires vont nous lâcher, expliqua Obadiah.

— La conception d’armes ne représente qu’une infime partie de Stark Industries, se défendit Tony, cela ne va pas nous ruiner si on prend un délai supplémentaire. On a d’autres projets sur le feu qui méritent notre attention.

Son assistante s’approcha de lui afin de le ramener à la raison. Il n’avait pas tort, mais son comportement était nuisible.

— Le problème est que vos agissements vous décrédibilisent. Vous convoquez le Conseil d’Administration pour leur vendre le Jericho et vous faites marche arrière après. Si vous n’êtes pas en mesure d’assurer, Tony, ne réclamez pas de réunion et laissez ce projet de côté.

— Vous supposez que je ne peux pas assurer ? Vous vous entendez parler ? Je peux tout vous fournir sur le Jericho. C’est grâce à moi que cette entreprise est leader sur le marché des armes. Sans moi, il n’y aurait rien, se vanta à nouveau Tony, tu peux repousser la réunion, Obadiah ?

— Non. Ils réclament ta tête désormais. Ils veulent des explications, des projets et des résultats sur le long terme. Si je n’ai rien à leur donner en arrivant, ils vont demander ta mise à pied. Je t’avais prévenu, enragea son associé.

Tony souffla. L’entreprise lui appartenait. Il était le CEO, toutefois, le Conseil d’Administration avait des droits et des devoirs envers la Stark Industries. Rien ne le protégerait d’être écarté s’il désertait. Les actionnaires imposaient quelqu’un avec les reins solides pour diriger cet empire. Charline saisit aisément la menace qui pesait sur son frère et elle refusait qu’il perdît les rênes. La jeune fille entra dans l’atelier où personne ne remarqua sa présence avant qu’elle ne prît la parole.

— Donne-leur ce qu’ils veulent, Tony.

Tous se tournèrent vers elle, étonnés par son opinion. Depuis toujours, Charline était contre les armes à feu, à la violence en général et elle s’opposait à la National Rifle Association — la NRA — qui promouvait les armes à feu aux États-Unis d’Amérique. Durant un temps, Tony en avait fait partie avant de se retirer par respect envers l’idéal de sa sœur, tout comme il avait coupé les dons privés. Au fur et à mesure, il militait pour un meilleur contrôle sans pour autant abolir le 2e Amendement. Il préservait ses propres idées sur le sujet qui se confrontaient à celles de Charline. D’ailleurs, cette dernière envisageait, à ses dix-huit ans, d’adhérer avec conviction à l’unique organisation assez puissante qui osait tenir tête à la NRA : Peace & Love Association, fondée en 1962 par le mouvement hippie. En opposition avec la guerre du Vietnam et en soutien aux victimes, personne n’aurait imaginé que l’association survivrait pour devenir quelque chose de plus grand.

Charline épaulait son frère dès qu’il en avait besoin. Elle l’encourageait dans les autres branches de l’entreprise sans s’engager dans la partie militaire. Alors qu’elle lâchât cette bombe surprenait toutes les personnes présentes dans la pièce. Sincère, elle fixa Tony.

— Stark Industries a été fondée par papa. Je ne suis pas d’accord avec tout, et on ne sera jamais d’accord avec tout, mais cette entreprise appartient à la famille, à notre famille. Tony, garde-la en main ! J’ignore ce qu’est ce projet… le Jericho, mais si cela peut permettre à ce qu’ils ferment leur gueule, donne-leur ce qu’ils veulent.

— Heureusement qu’on n’est pas en conférence avec eux, répliqua Obadiah.

— Cela te pose un problème ? tiqua l’adolescente, il est hors de question de perdre l’héritage de papa. C’est tout ce qui nous reste.

Le frère et la sœur s’observèrent un instant. Tony hocha la tête et accepta d’envoyer des informations à son associé dans le but de faire taire le Conseil d’Administration et de le rassurer. Charline jugea son travail terminé et décida de rejoindre ses amis, excepté que Tony la rattrapa dans l’escalier.

— Eh ! Attends !

Elle s’arrêta et se tourna vers lui.

— Je sais, je n’aurais pas dû m’en mêl…

— Tu as bien fait, petite sœur. Merci. Sincèrement.

— Dis, c’est quoi ce projet Jericho ? Tu ne m’en as jamais parlé.

Si elle savait ! Il était vrai que Tony ne cachait jamais les dossiers avec sa sœur. Elle restait libre d’y accéder si elle le souhaitait. Après tout, même si elle ne les tenait pas encore en main, elle possédait des parts dans l’entreprise. À sa majorité, elle serait actionnaire de Stark Industries. Enfin, c’était ce que Tony désirait et il tenterait jusqu’au bout de la garder à ses côtés dans cet empire. La société lui appartenait autant qu’à lui. Elle venait de si bien le dire : c’était l’héritage de leur père.

Alors qu’il s’apprêtait à répondre, Charline le coupa en secouant la tête :

— En fait, non ! Je ne veux pas savoir. Encore un engin de mort. Si tu as décidé de ne rien me dire, c’est sans doute pour une bonne raison et je préférais que cela reste ainsi, finit-elle par conclure.

Dans le fond, cela soulagea Tony. Il n’aurait fait qu’une demi-révélation. Il avait conscience qu’elle serait contre ce projet, qu’elle s’y opposerait avec fermeté le jour où elle comprendrait la machine de guerre qu’était le Jericho. Et ce jour-là, Tony devrait affronter la déception dans le regard de sa sœur. Aucun doute que Charline serait blessée et écœurée par ce que son frère avait osé offrir au monde.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 2 septembre 2020 à 18h31
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