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Tome 1, Chapitre 8 Tome 1, Chapitre 8

L’adolescent stoppa son réveil avant même qu’il ne sonnât. Il avait senti le petit-déjeuner et il avait décidé de rejoindre sa mère pour manger avec elle. Allongé sur ses genoux, Skylar fixait son jeune maître avec ses yeux vairons. Le vieux chien était un petit bâtard husky et berger allemand, entre autres. Il avait été retrouvé abandonné avec ses frères et sœurs peu après la naissance. La famille de François avait adopté le chiot à la suite d’une visite dans un refuge. Il vivait auprès d’elle depuis maintenant neuf longues années. Malgré une baisse de sa vue, l’animal gardait une vive énergie et il continuait à faire le bonheur de ses propriétaires, surtout depuis le décès du père de famille.

Après une gratouille sur la tête de Skylar, François se leva de son lit. Il enfila un pantalon et un t-shirt avant de passer rapidement dans la salle de bain. Ensuite, il descendit jusque dans la cuisine. Là, sa mère se tourna vers lui souriante malgré une fatigue et une tristesse apparentes. Elle restait forte pour son fils, mais il n’était pas dupe sur ce qui la perturbait. Elle n’était plus la même depuis longtemps et François ignorait comment réagir. Sa mère refusait son aide, car elle considérait que c’était à elle de gérer les problèmes de leur famille et non à lui. Il n’était qu’un adolescent qui devait profiter de la vie et réussir sa scolarité. François était brillant et elle tenait à lui offrir les meilleures études du pays, quitte à se sacrifier.

Autrefois, Chloé avait été une femme joyeuse et pleine de vie. Chanteuse, elle s’était produite dans de nombreux bars et salles de spectacles en France. Sa carrière avait divisé la famille de son mari qui n’avait pas accepté que leur fils épouse une femme « d’un niveau social inférieur ». Cela ne les avait pas empêchés de s’aimer et de se marier. Peu importait l’opinion de ses parents, Matthew avait refusé de renoncer au bonheur. Il avait soutenu Chloé et ils avaient vécu de nombreuses années heureuses en France avant qu’un drame vînt bouleverser la famille.

La maladie avait frappé Matthew et elle l’avait emporté en seulement quelques mois. Il avait dépéri à la vue des siens et de leur impuissance. Personne n’avait désiré l’acharnement thérapeutique et il avait voulu décider de son avenir sans ces médecins autour de lui. Malheureusement, ils s’étaient rapidement retrouvés face à un problème financier et Chloé avait paniqué devant les dettes. Elle avait vu sa vie partir en fumée. Puis, elle avait été surprise face au testament de son mari. Ce dernier avait financé trois ans d’études à Silver School Malibu, ainsi qu’une maison. Ils avaient envisagé de vivre là-bas, excepté que le destin en avait décidé autrement. Matthew avait malgré tout fait le nécessaire pour que sa famille pût continuer à vivre correctement. Néanmoins, les économies restaient faibles et la vente de leur petite maison française ne suffisait pas à équilibrer le compte en banque.

François savait que sa mère se démenait et que si elle ne trouvait pas un travail avec un bon salaire, ils seraient incapables de subvenir aux charges de la demeure ni au haut niveau de vie qu’imposait la ville. L’unique réconfort de Chloé était les études de son fils. Trois ans étaient garantis dans cette prestigieuse école et il avait de grandes chances d’obtenir une bourse pour l’université de son choix. Elle refusait qu’il passât à côté de cette opportunité.

— Grand-père ne peut pas nous aider ? osa-t-il demander en sachant très bien ce qui troublait sa mère.

— Hors de question. Je ne réclamerai rien à tes grands-parents. Ils n’ont pas dénié répondre à notre invitation, alors je ne sonnerai pas à leur porte pour demander de l’aide financière. Il y aura une contrepartie avec eux et je ne veux pas leur devoir de dettes, expliqua-t-elle.

Il comprenait ce choix, mais il craignait que sa mère ne se tuât à la tâche. Après tout, pourquoi ne tenterait-il pas une approche auprès de ses grands-parents ? Pourraient-ils vraiment refuser face à leur unique petit-fils ? François était désormais le seul lien avec leur défunt enfant et il espérait qu’ils ne le rejetassent pas. Il soupira en silence et décida d’engager un sujet plus léger. Au pire, l’adolescent trouverait un travail entre ses cours afin d’épauler sa mère.

— Au fait, je partirai plus tôt ce matin. Je rejoins des amis et on va prendre le petit-déjeuner ensemble.

— Oh, murmura Chloé.

Déçue, elle avait pensé que son fils mangerait avec elle, surtout qu’il venait de s’installer à table.

— Je ne t’abandonne pas, maman, rassura-t-il. Je mange un peu ici, comme ça, je garde de la place.

— Tu vas piquer dans toutes assiettes. Tu es bien comme ton père. Il s’agit de Mike et Charly ? Je t’avoue que je me sens idiote maintenant que je sais qu’on a Tony Stark en face de chez nous. Ne pas le reconnaître, franchement. Je dois bien être la seule à qui ça arrive.

— Tu sais, ce n’est pas simple pour eux, alors rencontrer quelqu’un normalement est assez agréable pour lui comme pour elle. Je pense, au contraire, qu’il a dû apprécier, sourit François.

Pour le peu qu’il savait de Tony, il ne doutait pas qu’ils pussent tous entretenir une bonne relation de voisinage. Cela était important, car François imaginait que cela ferait sortir sa mère afin qu’elle rencontrât d’autres personnes, qu’elle s’intégrât dans cette ville. Elle avait besoin de se sentir accepter et de faire partie d’une communauté. Chloé avait besoin d’un cercle amical, sans conflit et en toute simplicité. La famille Stark favorisait la même chose, notamment Charline, même si Tony savait être extravagant en soirée mondaine. En privé, il était une tout autre personne qui appréciait la tranquillité et la présence des siens. Croiser Chloé sans avoir ce risque d’être harponné lui avait permis de montrer le meilleur de lui-même.

La plupart du temps, les femmes se ruaient vers lui en espérant une douce faveur. Ces comportements exaspéraient Tony et il ne cessait de les repousser avec une pointe d’agacement à chaque fois. Depuis sa séparation avec Camille, toutes les femmes le voyaient comme un homme libre. Il n’hésitait pas à répliquer avec fermeté. Ses réactions lançaient souvent la preuve qu’il était égocentrique et froid alors qu’il ne désirait que du calme dans sa vie sentimentale. Il ne répondait jamais aux attaques des journalistes, cela ne servait à rien hormis d’alimenter les ragots.

Camille ! La douce Camille ! Son départ avait creusé un vide dans la vie de la famille Stark et Tony regrettait cette absence. Ils s’étaient séparés d’un accord commun après plus de trois ans de vie ensemble. Chacun avait continué d’avancer de son côté en préservant une bonne entente. Il n’y avait aucune rancœur entre eux, mais Tony ne parlait plus d’elle. Charline avait tenté de percer cette carapace, de comprendre ce qui s’était passé : en vain. La jeune fille avait été tenue à l’écart, comme si elle n’avait pas le droit de savoir cette raison. Son frère assurait qu’ils avaient eu une vision différente de leur avenir et que leur chemin aurait fini par s’éloigner. Il avait été préférable d’y mettre un terme avant que tout ne s’écroulât brutalement.

Avec le recul, Tony savait qu’il aurait pu empêcher cela. Seulement, à l’époque, il n’avait pas vu la situation telle qu’il la voyait actuellement. L’homme avait son regard fixé sur une photo où il se tenait sur la plage avec Camille. Les remords de la ramèneraient pas. Il n’irait pas la chercher, car cela serait malhonnête de sa part, surtout qu’elle était aujourd’hui jeune maman. Peut-être qu’un jour, lui aussi finirait par trouver la perle rare avec qui il fonderait une famille. Peut-être. En attendant, il reposa la photo et quitta son atelier dans le but de rejoindre sa sœur. Réveillée depuis peu, elle était retournée dans sa chambre afin de prendre une douche avant que ses amis n’arrivassent. Elle avait songé qu’une douche bien chaude lui ferait du bien ; or, plus rien ne semblait l’apaiser dans ses sombres pensées.

Dans la salle de bain, la jeune fille s’observa dans le miroir. La honte l’habitait à la vue de son reflet pitoyable. Les cernes couvraient son visage et laissaient apparaître l’épuisement qui persistait depuis plusieurs jours. Le retour des cauchemars et des crises d’angoisse risquait de mettre à mal les efforts de ces derniers mois. Elle avait la sensation de régresser, de reculer alors qu’elle avait cru enfin avancer dans ce long tunnel. Malgré tout, elle ne devait pas se laisser abattre. Ce n’était qu’une rechute, une étape normale étant donné son traumatisme et le traitement. Le docteur Brosman l’avait dit et redit, et Tony s’y était préparé à l’inverse de sa sœur qui refusait d’accepter ce fait. En réalité, Tony craignait que ce rejet n’empirât la situation et que Charline ne s’enfermât à nouveau face à, ce qu’elle considérait être, un échec.

Des gouttes d’eau coulèrent de sa chevelure et humidifièrent son peignoir. Elle retint ses larmes tandis que son regard dévia du miroir ; elle ne pouvait plus se voir ainsi. Elle briserait cette maudite glace. Elle l’aurait fait si son frère n’avait pas frappé à la porte de sa chambre à cet instant. Il entra après son accord. Il remarqua son sourire forcé et cette envie de montrer que tout allait bien alors qu’au fond d’elle, le gouffre dans lequel elle avait autrefois sombré se rapprochait. Que dire ? Que faire ? Tony usait de patience et de douceur. En deux ans, il avait appris à repérer les signes et à agir par conséquent. Toutefois, lui-même arrivait au bout de ses propres limites.

Sans l’avouer à haute voix, il avait conscience que si sa sœur perdait pied malgré les traitements, il n’aurait pas d’autre choix que de l’hospitaliser : pour son bien à elle, mais également pour le sien. Tony serait incapable de la gérer si les médicaments et la chienne d’assistance psychologique n’avaient plus d’effet. C’était la pire angoisse du milliardaire. Interner Charline serait une épreuve éprouvante pour eux deux et qui laisserait des séquelles à l’adolescente. Tony chassa ses terribles pensées. Il n’était pas encore arrivé à ce stade et il priait pour que cela n’arrivât jamais.

— Mike et François sont dans la cuisine. Je crois qu’ils sont en train de dévaliser le frigo, rit-il afin d’alléger vainement l’atmosphère.

Il s’avança vers sa sœur et l’entoura de ses bras. Charline se laissa aller contre lui. Elle ferma les yeux un instant pour profiter de sa chaleur et de sa protection. Elle ne le remercierait jamais assez d’être présent pour elle alors qu’il avait tant de problèmes à régler. D’ailleurs, en y songeant, elle releva son regard vers son frère et se détacha doucement.

— Obadiah, il doit être furieux.

— Ne t’occupe pas de lui. C’est à moi de le gérer, lui et l’entreprise, d’accord ? rassura-t-il.

Oh que oui ! Obadiah était en colère contre son associé et l’absence d’appel supposait son haut degré de rancœur. Certes, avec le recul, Tony admettait qu’il avait été froid avec l’ami de la famille et qu’il aurait dû réagir autrement. Cependant, Obadiah avait compliqué la tâche en refusant de l’écouter et d’accepter son choix de rester veiller sur Charline. Ils s’étaient opposés et ils s’étaient quittés sans mettre un terme à la querelle. En tant qu’associés, ils devraient passer outre leurs différends pour le bien de Stark Industries. Tony se promit de le contacter après avoir appelé Andrew au sujet des examens de Chamallow. Cette journée risquait d’être longue et éprouvante pour Tony, car Pepper n’hésiterait pas à lui tomber dessus en apprenant que son patron avait abandonné cette importante réunion.

Tony embrassa la joue de sa sœur dans un sourire.

— Rejoins tes amis en bas ! Occupe-toi de montrer au journal de quoi tu es capable et fonces pour la présidence des étudiants. Tu feras un malheur, je le sais, encouragea-t-il.

Charline lui rendit son baiser et elle respira profondément. Elle rendrait son frère fier d’elle, même si elle n’avait pas encore évoqué le sujet du dossier universitaire. Elle profiterait sans aucun doute de la présence de Michaëla pour lancer la conversation. Cette dernière maintenait son séjour à la villa Stark jusqu’à vendredi matin. Tony avait insisté et Michaëla avait accepté sans le demander deux fois. Tony la considérait comme sa petite sœur et François avait été étonné de leur relation. À dire vrai, il avait encore du mal à voir Tony comme un frère et non comme un père. C’était assez troublant, mais il avait vite compris les liens solides qui les unissaient tous. Pour la première fois depuis le décès de son père, François se sentait bien quelque part. Il avait la sensation d’être chez lui ici.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 2 septembre 2020 à 18h29
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