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Tome 1, Chapitre 6 Tome 1, Chapitre 6

Aucun choc ne survint. Tout semblait calme autour de la jeune fille. Celle-ci, accroupie, s’accrochait à la Golden Retriever à un tel point qu’elle arrachait ses poils par touffes. La pauvre bête subissait sans répliquer malgré sa terreur face au véhicule qui s’était approché avant de déraper. Kassandra n’avait pas bougé. Elle restait auprès de sa jeune maîtresse qui la protégeait de son corps. Charline était pétrifiée. Elle n’entendait plus rien. Elle ne voyait plus rien. Elle attendait tout simplement ce moment au cours duquel la voiture les percuterait de plein fouet. Un klaxon, c’était tout ce dont elle se souvenait.

Puis, quelqu’un s’approcha en hurlant, paniqué à l’idée d’avoir pu faucher l’adolescente et son compagnon à quatre pattes. Seulement, Charline ne réagit pas. Elle avait déconnecté de la réalité. Elle ne sentit pas des bras la saisir afin de l’arracher à sa chienne. Elle ne voulait pas la lâcher. Elle ne voulait pas la perdre. Elle la tenait avec fermeté. L’individu s’était calmé face à la paralysie de la jeune fille et ni sa voix ni ses mots ne l’atteignirent. Si elle devait mourir, elle sauverait la vie de Kassandra.

L’homme tenta vainement de l’apaiser. Il lui parla et empoigna ses mains pour qu’elle libérât la chienne.

— Lâche-la ! Charline, lâche-la ! Je suis là. Il n’y a aucun mal, aucun danger. Kassandra va bien, rassura une voix qui lui semblait familière.

Son cœur s’emballait et sa respiration était saccadée. Elle sentait une crise d’angoisse pointer le bout de son nez et si elle s’éloignait de Kassandra, rien ne pourrait la retenir. Kassandra était son pilier, sa bouée de sauvetage, son phare dans la nuit. Cette ombre, elle était là, glaçante. Ses griffes se rapprochaient lentement afin de prendre la jeune fille, de déchirer sa peau dans le but d’atteindre son âme et de la détruire. Tant que Kassandra serait là, cette créature des ténèbres se tiendrait à l’écart. Charline ne voulait pas la laisser faire. Elle ne voulait plus être entre ses mains.

Kassandra bougea entre ses bras. Elle gémit sous l’emprise de sa maîtresse qui la harponnait. Non, elle ne sombrerait pas. Elle refusait de sombrer à nouveau. L’homme à ses côtés comprit la difficulté et le combat que menait l’adolescente. Il le savait mieux que personne, car cela durait depuis deux longues années désormais, même si ces six derniers mois s’étaient déroulés avec plus de tranquillité. Ces crises d’angoisse s’étaient apaisées alors céder aujourd’hui reviendrait, pour elle, à échouer et à avoir réalisé tout ce travail pour rien. Tony se devait de la faire revenir à la réalité et de la rassurer.

— Charline, je suis là. Ma choupette. Ma petite choupette.

Cette voix… Tony ? Charline ouvrit les yeux. La voiture. Kassandra. Le véhicule avait pilé. Le conducteur, Tony, avait réagi à temps afin d’éviter la collision et il avait braqué le volant.

— Charline, je suis là, répéta-t-il.

Ils étaient seuls au milieu de la petite route. Le souffle court et encore sous le choc, Charline ne tenta pas de se relever. Elle se contenta, au début, de lâcher la pauvre chienne à qui elle venait d’arracher des poils. Tremblante, elle finit par se laisser faire. Elle abandonna la protection de Kassandra pour se réfugier dans les bras de son frère. Il était le chevalier qui faisait rempart contre le Mal. Cette créature n’oserait rien. Elle grondait, mécontente de rater une fois de plus sa cible. Charline s’accrocha à Tony qui la serra contre lui. Ses bras formaient un bouclier. Sa voix et ses paroles étaient une incantation dans le but s’éloigner les ténèbres.

Charline s’apaisa au bout de longues minutes. Ses yeux et ses joues étaient rougis par les larmes. Son nez était irrité à force de renifler. Son frère, après s’être assuré que le plus dur était passé, desserra son étreinte afin de prendre un mouchoir dans sa poche. Tony ramènerait sa sœur à la maison. Que s’était-il passé pour qu’elle fût dans un tel état ? Inquiet, il se promit de l’interroger sans pour autant la brusquer. Il ne prendrait pas le risque de la braquer, cela serait dangereux pour elle. Après l’avoir embrassé sur le front, il posa sa main sur son visage et l’observa tendrement.

— On rentre à la maison.

Il l’aida à se relever et l’installa sur le siège arrière en compagnie de Kassandra. Il préféra qu’elles fussent ensemble durant le trajet : juste au cas où.

Le chemin fut affreusement silencieux malgré le peu de minutes qui les séparaient de leur domicile. Tony alluma l’autoradio qui se connecta à la clé USB. Le doux son de Within Temptation s’éleva dans l’habitacle avec leur album « Mother Earth ». Lorsque Charline fredonna, son frère soupira de soulagement : c’était bon signe. Il roula avec prudence et surveillait sa sœur à travers le rétroviseur intérieur. Il se tenait prêt à agir à la moindre difficulté, au moindre signe douteux qui prouverait que Charline eût besoin d’aide. Une fois dans le garage, il se permit de souffler un instant. Tout le monde était de retour et sans aucun mal. Il avoua avoir roulé avec la boule au ventre de voir un autre gamin au milieu de la route. Une fois, mais pas deux. Éviter sa propre sœur lui suffisait amplement comme stress de la journée.

L’homme se tourna vers Charline qui n’avait pas bougé depuis l’arrêt de la voiture. Il lui laisserait le temps. Néanmoins, dès qu’il sortit du 4x4, elle le suivit. Elle refusait de rester toute seule. Craignait-elle que cette créature revînt ? Oui, absolument. Elle continuait de sentir sa présence glaciale. Tony et Charline rejoignirent l’étage et ils se dirigèrent vers la cuisine. L’adolescente n’avait pas spécialement faim bien qu’elle acceptât le chocolat chaud proposé par son frère. Charline s’installa donc sur le canapé du salon et posa son regard sur l’océan. Malgré la température stable dans la villa, elle frissonnait de froid. Le contrecoup ? Kassandra monta et se colla contre sa maîtresse afin de la réchauffer et de la rassurer : la créature ne s’approcherait pas.

Pendant ce temps, Tony s’occupa du chocolat chaud après avoir demandé une confirmation à J.A.R.V.I.S.. Il sortit donc le lait de noisette, le cacao pur en poudre, de la fécule de maïs, quelques carrés de chocolat noir — Charline en rajoutait souvent dans sa boisson — et le sirop d’agave pour remplacer le sucre. Puis, quelques minutes plus tard, il retrouva sa sœur dans le salon.

— Merci, fit-elle en prenant sa tasse bien chaude.

Son frère, face à elle, posa ses lèvres sur son mug et fut fier de sa réussite. En vérité, réaliser un chocolat chaud végétalien était quasiment l’unique recette qu’il réussissait correctement. Il laissa sa sœur dans son coin, car il considérait que le premier pas devait venir d’elle. À ce stade, Charline devait choisir si elle désirait lui parler ou non. Elle le voulait, mais elle n’oserait jamais tout lui avouer.

— Je suis désolée, débuta Charline, j’ai… je pensais à autre chose et je n’ai pas vu la voiture arriver.

— Il y a eu plus de peur que de mal…

Il se tut alors qu’elle se remit à pleurer. Elle était à fleur de peau, comme l’avait informé Pepper le matin même. Peut-être que les études engendraient un certain stress, seulement, cela n’était pas la cause directe de son état. Charline manquait de sommeil. Tony posa sa tasse. Il se positionna face à elle avec le regard bienveillant pour l’encourager à lui parler.

— Ils sont revenus. Ces cauchemars. Je… je pensais en avoir terminé avec ça, mais… j’ai eu tort, confia-t-elle en éclatant en sanglots.

Depuis plusieurs jours, elle ne parvenait plus à dormir correctement. Elle essayait de ne rien montrer, d’être normale, mais la fatigue la rendait irritable par moment et elle peinait à se concentrer. Outre cela, elle baissait sa garde et cet accident évité de justesse en était la preuve. Des crises d’angoisse germaient au fond d’elle. Elles étaient là, prêtes à frapper. Charline paniquait de s’endormir. Elle paniquait à l’idée de… paniquer et de perdre le contrôle.

— Cette ombre, glaciale et terrifiante, elle est toujours là. Elle n’est jamais partie. Elle attend et je suis incapable de la combattre. Je serai incapable de la repousser, Tony. La prochaine fois, elle m’aura…

Les mots s’étouffèrent dans sa gorge. Tony la prit dans ses bras. Il aimerait tant qu’elle se sentît en sécurité. Il savait de qui elle parlait en évoquant cette « ombre ». Son malaise, son traumatisme, Charline lui avait donné une forme, un visage, comme si le personnifier l’aidait à combattre. Voir son ennemi l’aidait tout comme la pétrifiait. La dernière fois qu’elle avait cédé et chuté, Tony l’avait retrouvé avec une lame entre ses doigts. Charline se serait fait saigner dans le but d’apaiser sa douleur psychologique. Tony l’avait stoppé dans son geste, avant qu’elle ne mît à exécution ses sombres pensées.

À partir de là, il avait tout tenté pour trouver une autre solution, pour trouver un autre traitement. Par chance, l’Association des Étoiles Filantes avait croisé le chemin de la fratrie Stark et Kassandra était entrée dans la vie de Charline. Le psychiatre, malgré le bien-fondé de la chienne d’assistance, avait informé que le traitement serait encore long et que des rechutes étaient envisageables, notamment lors des dates anniversaires. Tony s’y était préparé contrairement à sa sœur. L’avantage pour eux était le lien qui les unissait. Charline se confiait à lui sans qu’il la forçât. Il lui ouvrait les bras et elle s’y réfugiait. Certes, elle gardait son jardin secret et des doutes qu’elle n’osait pas lui avouer, mais elle se tournait toujours vers son lui au bout du compte.

Tony aurait dû s’en douter à l’approche des deux ans. Sa sœur était fragile à ce moment et il n’accepterait pas de la laisser toute seule ces deux prochains jours. Et s’il lui arrivait quelque chose ? Il ne se le pardonnerait jamais. Il n’irait pas à New York, peu importait le mécontentement d’Obadiah ou du Conseil d’Administration. Il n’abandonnerait pas à sœur à une période aussi bouleversante pour elle. La présentation du projet Jericho patienterait.

Cette nuit-là fut remplie de monstres avec une fuite impossible. Éprouvée par la longue journée, Charline s’était couchée de bonne heure après l’insistance de son frère. Malheureusement, son repos était bien loin d’être réparateur. L’adolescente transpirait. Elle tournait, encore et encore dans son lit. Elle gémissait sans pour parler ou hurler alors qu’elle aurait voulu appeler son frère à l’aide. Prisonnière de son cauchemar, même la douce présence de Kassandra de l’en tira pas.

La terre tremblait sous le choc. La tour Sud était en proie aux flammes et aux cris d’effroi. La panique envahissait les lieux. La foule courait en tous sens, sans se soucier des autres. Chacun se bousculait pour chercher une échappatoire, un endroit où se réfugier devant ce chaos. Puis, le sol gronda une nouvelle fois. L’adolescente, pétrifiée sur place, leva les yeux au ciel. Là, un avion s’était encastré dans la seconde tour. Les débris chutèrent. Charline ne hurla pas. La terreur la paralysait. Cette vision d’horreur se grava en elle afin de ne jamais s’effacer. La cendre et la poussière plombèrent l’air, et cachèrent le champ de vision de la jeune fille. Où était Tony ? Aucun mot ne sortit de sa bouche. Elle était seule, perdue sous cette pluie qui sentait la mort. Et c’était en regardant ses mains qu’elle remarqua le sang, le sang des innocents, de la violence, de la haine. Cette couche de particules qui virevoltait se transforma en gouttes de sang qui recouvrit les rues. Cette fois-ci, Charline hurla…

L’adolescente se réveilla brusquement. Le souffle saccadé et la respiration rapide, elle étouffait face à la terreur de son rêve et aux souvenirs qui la hantaient. Une main se posa sur elle et une tendre voix vint à elle. Son frère était là, près d’elle, à essayer de la réconforter. Kassandra n’était pas parvenue à l’apaiser et ses aboiements avaient tiré Tony de son sommeil. Dès lors, il s’était précipité dans la chambre de sa sœur. La chienne aboyait qu’en cas d’extrême nécessité et la panique avait saisi Tony. Il l’obligea à rester allongée dans le but qu’elle retrouvât son calme plus facilement, tandis que des larmes coulèrent sur son visage. Serait-elle un jour libéré de tout cela ?

Tony lui apporta un verre d’eau qu’elle refusa. Tout ce qu’elle souhaitait était qu’il restât à ses côtés. Elle ne voulait pas passer le reste de la nuit toute seule. Aucune demande n’avait eu besoin d’être formulée. Tony n’avait pas l’intention de la laisser après son cauchemar. Au bout de longues minutes, Charline s’apaisa sans un mot. Aucune parole n’avait été échangée, car cela était bien inutile. Tony se coucha près d’elle. Il la veillerait toute la nuit. Il s’assurerait qu’elle pût se reposer, quitte à sacrifier son propre sommeil. Kassandra sauta sur le lit et s’installa à leurs côtés en petite boule.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 24 août 2020 à 21h14
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