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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1

Novembre 1988 — New York

Comment avaient-ils pu penser qu’il était prêt à être grand frère ? Comment ses parents avaient-ils pu imaginer qu’il était judicieux d’avoir un second enfant à leur âge, et après les durs échecs passés ? Il avait acquiescé, il avait accepté la situation en ignorant l’impact que cela aurait sur la famille Stark. Outre la différence d’âge qui séparerait Anthony de sa petite sœur à venir, il craignait pour la santé de sa mère. Plusieurs années auparavant, Maria et Howard avaient espéré agrandir leur famille, mais le malheur s’était abattu sur eux. À la suite de deux fausses couches, ils avaient perdu tout espoir. Aujourd’hui, cette grossesse était un miracle, un miracle risqué, même si les médecins étaient optimistes ; la mère et l’enfant étaient en bonne santé.

Anthony avait accueilli la nouvelle avec surprise et avec une pointe de joie avant la déception. Pendant dix-huit ans, il avait vécu comme fils unique, comme l’héritier Stark, et il était pleinement conscient qu’il ne serait pas un modèle. Il se dressait souvent contre son père et favorisait les fêtes et les femmes. Les études ? Diplômé du M.I.T. à l’âge de dix-sept ans, il n’avait plus aucun effort à fournir. Il était irresponsable, inconscient et il espérait quitter le domicile familial avant l’arrivée du bébé. Bien qu’il fût heureux pour ses parents, il pensait qu’il était trop tard pour endosser le rôle de grand frère. Quel lien concret pouvait-il espérer avec cet enfant ? Cependant, il avait pitié pour la petite fille à naître. Si le père Stark se montrait aussi exigeant avec sa fille qu’il l’était avec son fils, nul doute que cela promettait des moments bien houleux.

Ce soir-là, Anthony s’apprêtait à rejoindre une fête à New York, une fête organisée par l’un de ses anciens camarades du M.I.T.. Il s’était préparé alors qu’il avait promis à son père de rester à la maison afin de veiller sur sa mère. Cette dernière était nerveuse au fur et à mesure que la grossesse arrivait à son terme, et son époux n’était jamais serein de la laisser toute seule. Pourtant, il restait plus d’un mois encore et il jugeait qu’elle s’inquiétait pour rien. Si seulement il avait su que la petite était pressée d’arriver dans son nouveau monde, jamais il ne serait parti à sa réunion.

Anthony rejoignait le hall d’entrée quand sa mère gémit de douleur. Il se précipita vers le salon et la panique le saisit ; le bébé arrivait.

— C’est trop tôt, s’alarma sa mère.

— Maman, je t’emmène à l’hôpital. Maintenant.

L’adolescent prit sur lui afin de la rassurer et il la conduisit directement à l’hôpital. L’ambulance mettrait trop de temps à venir et sa mère n’avait pas ce temps. Anthony ferait en sorte à ce qui ne lui arrivât rien, il veillerait sur elle jusqu’à l’accouchement, surtout si son père était absent. Jamais Anthony n’avait été aussi terrifié de toute sa vie. Il refusait de perdre sa mère et, quitte à choisir, il préférait perdre le bébé. Cruel ? Non, il ne s’estimait pas ainsi. Au contraire, il voulait préserver ce qu’il avait plutôt que de se battre pour quelque chose qui n’était pas encore là et qui pouvait faire basculer toute son existence.

Maria Stark fut prise en charge rapidement. Au début, son fils fut laissé à l’écart. Puis, avec insistance, il finit par pouvoir rester à ses côtés dans la salle de travail. La scène était dure pour lui ; voir sa mère souffrir ainsi était une douloureuse épreuve. Seulement, elle avait besoin d’un soutien que son époux ne pouvait donner en cet instant et Anthony remplissait ce rôle par amour pour sa mère.

À la délivrance et aucun pleur ne retentit.

— Ma petite fille… qu’est-ce qui se passe ? s’angoissa Maria.

Le nouveau-né ne pleurait pas ; il ne respirait pas et l’équipe médicale faisait tout pour qu’il vît. Maria serra la main de son fils qui l’accompagnait dans ses larmes. Malgré ses sentiments à l’égard de sa petite sœur et de tout ce qu’il avait pu dire ou penser, voir ce petit être si fragile lui faisait comprendre qu’il la voulait dans sa vie. Malheureusement, le destin était cruel au point de retirer, pour la troisième fois, la vie à cette famille.

Soudain, un cri résonna ; puis, un pleur. Elle vivait. Le cœur d’Anthony s’allégea. Il était grand frère et sa mère, son héroïne, allait bien.

Plusieurs heures plus tard, Maria Stark dormait paisiblement dans sa chambre d’hôpital tandis que son fils veillait sur le nourrisson. Il ne quittait plus la petite des yeux depuis qu’elle était enfin arrivée dans ce monde. Quand il avait croisé son regard, quand il avait pris ses petits doigts dans ses mains, il avait su qu’il la protégerait. Elle était sa petite sœur et il serait toujours là pour elle.

— Alors, il paraît que tu n’as pas encore de prénom, fit-il en la prenant dans ses bras.

Il s’installa sur l’un des fauteuils de la chambre et il s’occupa d’elle pour permettre à leur mère de se reposer. Anthony avait un livre de prénoms posé sur l’accoudoir et fouillait dans le but de trouver un joli prénom pour cette petite princesse.

— Non. Non… hideux. Non. Oula, les parents qui le choisissent doivent être poursuivis pour maltraitance. Non. Non.

Et il continua ainsi. Il commenta sans cesse et désespéra trouver un prénom à la hauteur de l’héritière Stark. Il ne pouvait même pas se baser sur une liste de ses parents, car ceux-ci n’en avaient fait aucune. Par crainte que le passé ne se répétât, ils avaient renoncé à choisir un prénom à l’avance et ils avaient préféré attendre la naissance pour se décider. Le problème était que Maria se reposait et qu’Howard n’était toujours pas là. Anthony soupira et replongea son nez dans le livre avant de tomber sur un prénom.

— Oh, ça, c’est digne de toi.

Il regarda sa petite sœur en train de bâiller et déclara le sourire aux lèvres :

— Charline. Charline Stark. Je veillerai toujours sur toi, petite sœur. Je te protégerai quoiqu’il arrive.

Anthony l’embrassa avec tendresse le front, tandis qu’un faucon gerfaut se posa furtivement sur le rebord de la fenêtre.


Texte publié par Charlotte-Marguerite, 11 août 2020 à 18h13
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