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Tome , Chapitre 16 « Vånda - Supplice » Tome , Chapitre 16

Marika s’était dressée de toute sa modeste hauteur, faisant peu cas de la plaie ouverte qui lui creusait le front.

Son sang n’avait fait qu’un tour lorsqu’Erling s’était attaqué à Simon. Elle s’était arrachée à sa torpeur, arrachée à sa peur, arrachée à son horreur, arrachée au regard soudain qu’avait posé Magnus sur elle –un regard qui l’avait glacée- pour se ruer sur son supérieur, planter ses ongles dans sa chasuble de pourpre et d’or.

La première fois, les broderies fines s’étaient abîmées sous ses ongles, lui tirant un grognement. La seconde, alors qu’un nouveau soufflet faisait chanceler Simon, elle était parvenue à ses fins.

Sa voix avait éclaté dans le trouble ambiant, interrogeait furieusement le pontife.

Ils auraient dû réussir !

Elle avait enfoncé ses doigts dans le lin de son aube comme pour l’arracher. S’y accrochait furieusement comme elle s’accrochait à son Église, celle qu’Erling salissait de son orgueil et sans laquelle elle était perdue.

Ils auraient dû réussir !

Elle n’avait point cillé lorsqu’Erling avait brandi une seconde fois sa crosse pontificale, par trop enragée pour porter attention à la morsure de la peur.

Elle en avait assez.

— Vous êtes un tyran ! avait-elle hurlé sans faire montre d’aucune pudeur. Un monstre ! Un scélérat ! Vous avez détruit notre Maison ! Vous avez ruiné les efforts de tout un clergé par votre bêtise !

Elle avait senti le pommeau de la crosse s’imprimer au creux de son bas-ventre, presser ses entrailles violemment. Puis un revers avait heurté sa mâchoire. Une douleur aigüe l’avait crispée tandis qu’elle sentait sa bouche se remplir de salive et de sang.

— Pourquoi l’avez-vous tué ?! Pourquoi avez-vous tué cet homme ?! Parce que ses idées vous menaçaient ?! Parce que vous êtes trop borné pour admettre que votre façon de faire est arriérée et dangereuse ?!

Elle avait insisté sur ce dernier mot, inhalant difficilement, appuyée contre le balcon pontifical.

— Vous êtes une ordure ! Vous avez gâché les chances de survie de notre Église ! Vous ! Vous !

— Ferme-la, bâtarde, avait seulement tonné Erling en lui assénant un nouveau coup dans les côtes.

Sa voix était teintée d’ennui, comme indifférente aux accusations. Comme effectuant un simple devoir quotidien, le pontife frappait. Récitait d’une voix monocorde les mêmes mots qui glaçaient Marika :

« C’est mon Église. Qu’elle tombe avec moi. »

— Vous êtes fou…, avait murmuré Marika en encaissant un nouveau choc dans le sein.

Une dernière attaque l’avait mise à terre. Une botte s’était abattue sur sa main, une autre sur son épaule. Elle avait perdu le souffle, supportait difficilement le poids du pontife, sentait sa paume se froisser sous le talon ennemi.

— J’aurai dû te tuer lorsque le Très-Haut m’en avait donné l’occasion.

— Sale enfant de…

Le pommeau de bronze s’était abattu violemment dans le creux de son coude. Elle avait poussé un hurlement tandis que la crosse s’acharnait sur son bras droit.

— J’aurai dû te sacrifier pour que le Ciel ne se détourne pas de notre Église. Te rendre à l’enfer duquel tu étais sortie ! T’arracher cette aube dans laquelle tu te pavanes, créature impure !

Et levant les yeux vers le ciel, il avait appelé à plein poumons, frappant toujours plus fort comme pour attirer l’attention de son Créateur :

— Très-Haut ! Ne te détourne pas ! Car voici que je renonce au démon qui te servait autrefois ! Pardonne mon offense, pardonne mon aveuglement ! Car tes voies, Très-Haut…

La croix de la crosse avait transpercé la peau de Marika, atteint le tendon. Nouveau cri tandis qu’elle se cabrait, essayait de se soustraire à ce calvaire terrible.

« Très-Haut, pitié… », s’était-elle entendue plaider, le souffle court.

— Sont impénétrables.

Dernier assaut. Un craquement sinistre suivi d’un rugissement inhumain.

Marika haletait, les yeux écarquillés, recroquevillée, incapable de sentir son corps. A chaque mouvement, même le plus infime, la douleur l’écrasait et lui arrachait de nouveaux cris terrifiants.

Elle avait osé un regard vers son bras : sa peau était couverte de plaies sanguinolentes auxquelles collait la manche en lambeaux de son aube. Un haut-le-cœur lui avait soulevé la poitrine en distinguant son os brisé qui dépassait de sa chair.

Son bras..

Il avait mutilé son bras.

Son bras droit.

Celui avec lequel elle officiait, celui avec lequel elle se signait, celui avec lequel elle faisait son devoir. En cassant son bras, Erling l’avait réduite à rien. Avait renié son statut de clerc.

Un nouveau hurlement avait traversé ses lèvres.

Et comme elle encaissait un dernier coup en plein sein, elle avait pu ouïr :

— À présent, Magdala…

— Non !

Le ton pervers d’Erling avait fait frémir chaque parcelle de son corps.

Le pontife avait poussé Simon sans considération aucune, le laissant à moitié inconscient à terre, faisait planer sur Magdala son ombre sinistre.

— Il est temps d’honorer votre devoir.

— Non ! Non ! Non ! Reculez ! s’égosillait Magdala en reculant vitement, serrant son corps pour se protéger de l’homme. Allez-vous-en !

— Cessez. Obéissez.

— Non !

La vestale avait contourné en vitesse le bureau du pontife, le cœur en désordre, son bas-ventre tiraillé par un mauvais pressentiment qui l’obsédait.

L’imposante silhouette d’Erling l’écrasait, s’avançait vers elle d’un pas mesuré qui l’effrayait. Car il trahissait une chose terrible : il ne doutait point qu’il arriverait à ses fins.

Elle ne voulait pas !

Elle avait peur, terriblement peur !

D’un mouvement vif, Magdala s’était arrachée à une première poigne sur son épaule, retrouvée coincé contre l’un des vitraux. Son cœur l’assourdissait. Ses larmes embuaient ses yeux, sa respiration se désordonnait, la privait d’air.

S’il l’attrapait…

Elle s’était sentie tirée par les cheveux, traînée jusqu’au bureau.

— Non ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Non ! Non ! Laissez-moi !

Elle avait voulu saisir sa dague mais ses doigts tremblants n’étaient parvenus qu’à la laisser tomber à terre. Elle s’était alors débattu, griffait le poing qui emprisonnait ses boucles. Tirait sur ses cheveux pour essayer de se libérer. Appelait à l’aide, jetait des regards implorants à Marika tout en sachant que celle-ci ne pouvait lui venir en aide.

— Pas ça ! Pas ça !

D’un coup sec, Erling l’avait envoyée sur le plateau, l’y maintenait de tout son poids. Incapable de bouger, Magdala avait fondu en larmes, pestant contre son impuissance, s’égosillant dans l’espoir d’être entendu par une âme charitable, sinon par le Ciel dans l’espoir d’un miracle.

— Taisez-vous. Tenez-vous.

Un soufflet avait cinglé sa joue, fait redoubler ses sanglots. Elle avait senti l’haleine avinée du pontife, ses doigts glacés tirer sur son pantalon du dessous, mettre nues ses cuisses.

— Vous devez honorer votre devoir, Magdala. Je vais vous y aider.

— Lâchez-moi ! hurlait-elle en retour en battant de ses poings le torse de son bourreau. Lâchez-moi ! Je ne veux pas honorer ce fichu devoir !

— Taisez-vous, vous avez perdu le sens. L’on ne refuse pas un devoir divin.

— Lâchez-moi ! Je ne veux pas !

Un coup de genou avait atteint Erling au torse, ralentissant à peine ses mouvements.

Il avait rabattu les jupons de la vestale. Cette dernière s’était raidie, resserrait fermement ses cuisses afin de protéger son intimité. Il s’était appuyé de tout son poids sur elle, l’écrasait, l’empêchait de se mouvoir, de respirer à son aise.

— Écartez les cuisses.

Magdala avait serré les dents, les yeux clos, tout son corps glacé, dévoré par l’horreur.

Il allait lui faire du mal. Il allait…

Le nom de l’outrage résonnait en elle et l’embrasait d’effroi. Ce n’était plus son devoir.

C’était pire.

C'était une excuse.

L’on avait écarté ses cuisses d’un geste vif. Dans le noir, Magdala avait senti le sexe dur du pontife à l’entrée de sa vulve. Une nausée affreuse lui soulevait le cœur. Elle voulait resserrer ses jambes mais celles d’Erling l’en empêchaient. Les sanglots l’avaient submergée tandis qu’elle se débattait faiblement, diminuée par le peu d’air qui parvenait à ses poumons.

Il allait la déshonorer.

— Ana !

Seul ce nom lui était venu, éclatant dans le désordre ambiant.

— Ana ! appelait-elle encore à pleine voix tandis qu’elle sentait la verge s’enfoncer en elle. Ana ! Ana !

Une douleur mordante, terrible avait pris son bas-ventre.

— Ana ! Non, je ne veux pas ! Ana ! Au secours !

Cette douleur-là n’avait rien à voir avec celle qu’elle s’était infligée un jour, au lieu d’aisance. Cela n’avait rien à voir avec son doigt, qui pourtant lui avait semblé intrusion insupportable. Cela n’avait rien à voir avec la douceur des lèvres d’Ana.

C’était insoutenable.

Inhumain.

Sacrilège.

Un haut-le-cœur lui avait soulevé le sein. Ses yeux la brûlaient.

— Vous êtes étroite, avait susurré Erling d’une voix teintée de satisfaction.

Il avait insisté, serré la gorge de sa victime pour la faire taire et la contraindre davantage à ses désirs pervers.

Magdala avait battu de ses talons l’aine de son ennemi de sorte à le faire reculer, l’empêcher de percer plus encore en elle. Gagner du temps avant l’inévitable.

— Arrêtez…Erling…

La voix de Marika, brisée par la détresse, lui était parvenue. Elle s’était raccrochée à cette présence, tout en sachant qu’au vu de son état, elle ne serait point en mesure de la soustraire à son supplice.

— Erling ! avait-elle appelé d’un ton plus impérieux qu’alors. Arrêtez ! Arrêtez !

Un simple rictus arrogant lui avait répondu, la glaçant jusqu’à l’âme. Elle avait tenté de se relever, de venir en aide à la vestale. Mais la douleur qui lui déchirait le bras, l’épaule et se propageait dans son tronc l’avait faite choir de nouveau, vidée de ses forces.

Elle n’y arriverait pas.


Texte publié par Yukino Yuri, 8 février 2022 à 23h26
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