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Tome , Chapitre 8 « Mod - Bravoure » Tome , Chapitre 8

Elle avait soutenu le regard terrible d’Abel, sa main s’était glissée à sa ceinture pour se porter au pommeau de la dague qui y était dissimulée.

À peine avait-elle eu le temps, cependant, de dégainer qu’Abel l’expédiait d’un coup douloureux dans l’épaule contre les tapisseries, l’y pressant brutalement. Pour l’empêcher d’hurler et la contraindre davantage, il avait abattu son bras contre sa gorge.

La tension avait arraché à Marika un gémissement rauque tandis qu’elle s’usait à happer l’air.

— Quelle tristesse de constater la servante du Seigneur la plus vertueuse de notre maison se révéler un être aussi pervers. Que comptiez-vous faire avec cette donzelle travestie en servante ? Ne devrait-elle pas déjà être cuisses écartées pour le futur père de son enfant ? Il est temps de faire votre devoir, Magdala !

— Relâchez-la, Abel ! avait rugi la vestale en retour, s’agrippant à son poignet pour le faire plier.

— Silence.

Une seconde gifle, aussi puissante qu’un coup de poing, l’avait atteinte en pleine mâchoire. Le choc avait réduit sa poigne à une simple caresse sur le bras ennemi, et celui-ci n’avait pas hésité à lui asséner un nouveau coup dans le ventre, puis dans la poitrine. Le souffle coupé, Magdala n’avait alors point pu résister à un ultime heurt qui l’avait expédiée à terre.

— Abel ! avait grogné Marika, dont la voix s’affaiblissait de plus en plus. Cessez !

— Alors, Marika ?! Tu comptes trahir notre ordre ? Toi ? Ce doit être dans ton sang, d’après ce que j’ai pu entendre des traîtres qui t’ont enfantée. Mais ne t’en fais pas. Je te rendrais à notre Créateur avant que tu ne L’offenses davantage.

— Abel…

L’air lui manquait tant que le train de ses pensées roulait au ralenti.

— Si tu me tues…

Une idée avait à toute vitesse germé dans son esprit.

— Tout le monde saura.

Comme elle l’avait espéré, le bras qui l’écrasait s’était fait plus fébrile, lui permettant de respirer à son aise. Les étoiles qui dansaient sur le visage d’Abel s’étaient peu à peu évanouies. Elle lui avait adressé un regard noir, inspirant à grandes goulées.

— J’ai laissé…une lettre…à tous les cardinaux. Une lettre qu’ils ont consigné d’ouvrir si d’aventure je mourrais inextricablement…Et qui révèle tout.

— Comment cela ?

— Votre parenté. Celle que tu désirais tant dissimuler. Tout le monde saura. Les prêtres. Les miliciens. Les inquisiteurs. Le pape. Tout le monde saura que tu es du même sang que cette traitresse.

Le mot lui avait arraché la langue mais eu l’effet escompté.

Dans les yeux d’Abel, un fragment de l’horreur que pareil aveu lui inspirait. Point assez pour prendre l’ascendant sur un homme de sa trempe… Bien assez cependant pour faire croître en son esprit perverti par des années de manigances et de méfiance un doute, une appréhension.

Et si la Sainte Église de Lathium apprenait qu’il était le frère aîné de celle qu’elle avait condamnée pour haute-trahison et hérésie ?

Marika savait ce qu’il risquait, au vu du nombre croissant de détracteurs à son endroit. Il s’était fait des ennemis, et il en avait conscience.

— Tout le monde saura, et tu seras condamné comme tu as condamné des centaines de familles de prétendues sorcières. Certains n’attendent que cela. Ils n’attendent qu’un faux-pas de ta part. Et je peux leur donner ce qu’ils attendent si tu m’ôtes la vie.

Elle le leurrait. Seul Simon était au courant de ce lien ignominieux.

— Ignoble putain…

— Si tu veux, Abel. Si….tu veux…

Le bras sur sa gorge s’était appesanti, lui coupant le souffle.

— Que la volonté du Très-Haut soit faite, l’entendait-elle murmurer ; et elle avait alors réalisé que son plan avait échoué et qu’il allait purger le monde de sa misérable existence.

— A…Abel…, avait-elle gémi misérablement.

Son cœur tambourinait si fort qu’il en devenait douloureux. Ses yeux semblaient preste de s’extraire de son crâne.

Animée par la peur animale que lui inspirait la simple idée de mourir là, tuée par des mains connues, elle cherchait l’air, la bouche grande ouverte, les poings serrés sur la chair assassine, battant des pieds pour se défaire.

Inutile.

« Très-Haut, vais-je mourir maintenant ? Est-ce que Vous avez décidé pour moi ? Créateur bien-aimé, je ne veux pas…Pas tout de suite ! Ma vie aura été si vaine, si peu utile à mon prochain ! Alors…S’il Vous plaît… S’il Vous plaît. S’il Vous plaît ! Seigneur, tout ce que vous voudrez de moi après…Mais laissez-moi encore quelques instants ! S’il Vous… »

Elle avait inspiré bruyamment, avalant autant d’air que son corps en réclamait.

Ses jambes sous elle s’étaient dérobées, la laissant séant à terre. Abasourdie.

Au travers des larmes qui embuaient ses yeux, elle apercevait le corps d’Abel se tordre, se raidir puis s’écrouler lourdement à terre, la faisant sursauter vivement.

Derrière lui, Magdala.

La bouche et le nez en sang, les membres tremblants, un haut chandelier sur pied –ceux que l’on allumait afin d’éclairer les corridors, la nuit venue- serré entre ses poings.

— Très-Haut…, avait articulé Marika, éberluée par l’improbable tableau.

Elle s’était soudain sentie abattue, comme écrasée par un trop-plein de sentiments que la peur avait momentanément éclipsés, preste de défaillir. Sa tête la lançait à la faire hurler, lui était trop lourde à porter, incapable de raisonner avec cohérence.

— A…Allez-vous bien ?

Magdala, les yeux humides, son arme qu’elle peinait, l’adrénaline à présent passée, à porter au poing, la fixait avec anxiété. Elle-même semblait hagarde, comme éveillée d’un rêve et revenue à un cauchemar dont elle n’avait point eu le contrôle pendant trop longtemps. Comme sidérée par son propre acte.

— Oh…cela va, cela va…

— Êtes-vous sûre ?

— Si fait, ne vous tourmentez point.

Elle avait respiré plus fort les sels qu’elle gardait sur elle afin de retrouver ses sens et un semblant de forces.

— L’ai…L’ai-je tué ?

— Point, il respire encore.

— Vraiment ? Oh, vraiment ?!

— Oui, vraiment. Là, lâchez donc ceci. Quelle drôle d’idée avez-vous eu de prendre ce chandelier.

Marika avait délié avec une révérente douceur les doigts de la vestale, récupéré le lourd candélabre. L’avait soulevé à pleins bras, quand il paraissait fort léger entre les mains de Magdala.

— Merci. Vous m’avez sauvée la vie.

Si le temps l’avait permis, sans doute lui aurait-elle exprimé sa gratitude avec davantage de cérémonie comme l’on le lui avait appris. Avec de sages formules, avec de profondes révérences.

— Oh, Mère Marika… Êtes-vous bien sûre qu’il n’est pas mort ?

— Sûre et certaine.

— Mais….Ce sang…Oh, tout ce sang… Il ne se réveillera peut-être plus s’il continue de saigner ainsi…Je ne pourrais me le pardonner…Oh non, Très-Haut, pas cela…

— Vous l’avez assommée, Däm Magdala. Il est bien normal qu’il saigne.

— En êtes-vous bien certaine ?!

— Oui.

En outre, il ne saignait point assez pour que sa vie ne soit en danger, constatait la cardinale en appliquant sur la plaie une compresse. Cependant, comme elle ne devait point être familière avec les blessures diverses, encore moins avec les mystères du corps et de la mort, Magdala s’angoissait, tortillant ses doigts, fébrile, se penchait par-dessus son épaule pour observer ses moindres gestes, la moindre amélioration. Elle était effrayée à la simple idée d’avoir véritablement mené au trépas un homme, implorait le Ciel de ne point la condamner à porter le poids de ce meurtre, tremblait sans parvenir à se contrôler.

— Il s’en sortira. Il est fort plus coriace que l’on pourrait le penser.

Se serait-elle permise plus de familiarité qu’elle aurait rajouté « increvable », car elle avait vu Abel tant de fois ressusciter là où d’autres avaient péri, que ne point l’admettre serait un parjure.

Abel de Vaastiriäs se relèverait, solide comme un roc face à la mer.

Lui se relèverait, contrairement à Linnea. Une bile amère avait comme emplie sa bouche à cette pensée.

— Comme tout cela est inique, avait-elle entendu Magdala murmurer ; et elle avait seulement acquiescé, par trop contente de savoir son secret avis partagé.

— Allons-nous en. Si l’on nous trouve ici, nous aurons des ennuis.

Sans attendre quelque réponse, Marika avait entraîné Magdala à sa suite, sans un regard en arrière.

Elle sentait le pouls de la vestale palpiter, tambouriner avec désordre. La sentait claudiquer, perdre l’équilibre dans son dos. Se rappelait soudain l’état dans lequel Magdala se trouvait, comme si ce sang qui sillonnait dans ces veines avait encré sur ses phalanges ce besoin immédiat de l’examiner.

Elle s’était concentrée sur ces battements irréguliers pour passer outre ceux, plus douloureux, de son propre cœur, oublier les maux de tête terribles qui lui déchiraient le crâne.


Texte publié par Yukino Yuri, 25 novembre 2021 à 00h22
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