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Tome 5, Chapitre 2 « I domstolen - Dans la cour » Tome 5, Chapitre 2

Pilleurs comme révoltés étaient aux aguets, l’arme au poing.

Détaillaient attentivement la milice en uniforme, aux armures dorées qui se tenait en formation, leur barrant la route jusqu’au porche du bâtiment principal, leur objectif, leur graal. Une fois à l’intérieur, ils pourraient asseoir leur modeste puissance, occuper le territoire ennemi et faire entendre leurs exigences. L’on ne pourrait plus se contenter de détourner les yeux. De les faire taire d’un geste impatient ou d’un sermon autoritaire. Le Chef de l’Église ne pourrait plus se retrancher dans sa tour dorée. Mais, réalisait Magnus qui menait, exalté, cette assemblée populaire, qui se rêvait déjà maîtresse du pays, cela n’allait point être aussi aisé qu’il ne l’aurait cru. Il avait assuré sa poigne sur son arquebuse, fait un pas vers les soldats.

— Reculez ! exhortait le capitaine de l’unité, braquant sur eux le canon de son arme. Reculez ! Nous avons ordre de tirer si vous avancez plus !

Il avait perçu dans la voix de stentor quelques accents fébriles, s’était avancé encore. Dans son sillage, comme un seul homme, ses camarades lui emboîtaient le pas.

— Reculez !

Les pas avaient résonné plus fort, battu la terre à mesure que le peuple se muait sans faire fi des menaces. En réponse, les miliciens avaient chargé leurs arquebuses, mis en joue la foule.

— Soldats, apprêtez-vous à tirer ! annonçait le capitaine.

— Camarades, ne nous laissons pas impressionner ! Avançons !

Les canons les observaient de leur seul œil sombre prêt à laisser échapper leurs larmes de plomb. Quelques boucliers s’étaient dressés face à eux, prêts à défier la poudre. Le bras qui donnerait l’assaut s’était levé.

Magnus avait dégluti, le cœur battant.

Il était prêt à mourir, s’assurait-il pour contraindre son pas à aller bon train. Il s’y était préparé, le jour où il avait fomenté ce soulèvement, le jour où il avait mis le dernier point à sa réforme. Mais si tôt ? Il ne pouvait s’y soustraire !

Ni à mourir, ni à reculer !

— Arrêtez ! Capitaine, faites baisser leurs armes à vos soldats !

Magnus avait relevé le front.

Sur le perron du porche ouvragé, Simon de Lathium s’avançait au pas de course, sa soutane en désordre, donnant des instructions sans se préoccuper de sa propre agitation. Il avait quitté la protection de la milice, s’était avancé dans la cour de sorte à ce que son corps se trouve entre les canons et la foule.

Le jeune homme le connaissait. De vue, certes, mais il en savait suffisamment sur sa personne pour baisser sa garde. S’il était d’Église, il n’était cependant point fourbe. Alors s’il avait quelque chose à dire, Magnus voulait bien tendre l’oreille.

— Magnus ! Imbécile ! Tu vas te faire trouer la peau !

— Qu’esce qu’ça fait ?! Si t’es descendu pour m’dire ça, prêtre, tu arrives des mois trop tard ! Si faut verser not’ sang pour faire entendre nos voix, c’est bien d’vot’faute non ?!

Et comme ses patriotes appuyaient ses constatations à grands cris, il avait bombé le torse.

— Ça, avait soupiré Simon en s’assurant que la milice avait bien baissé les armes, saches que je le sais bien et que je le déplore. Mais ne sois pas idiot! Mort, tu ne serviras plus à rien!

— Ah, la belle affaire ! Ça nous rendra pas ceux que vous avez tués ! Alors si faut tous vous saigner pour coincer ce chien d’Erling, j’hésiterai pas !

Face au canon qu’il pointait en sa direction, Simon n’avait point cillé.

— Cela ne sera guère nécessaire.

Il avait dégluti, sensiblement abaissé son arquebuse.

Le regard que lui lançait Simon lui rappelait celui de Marika : d’une gravité solennelle, profonde, quelque peu glaciale qui saisissait l’âme. Il avait repris son souffle, retrouvant ses esprits.

— Comment qu’ça ?

— Sa Sainteté a accepté de s’entretenir avec vous.

— Quoi ?! avait-il rugi malgré lui.

— C’est comme je te le dis : Sa Sainteté, le Chef de la Sainte Église de Lathium, accepte un pourparler avec celui que vous désignerez comme votre porte-parole.

— Où est l’entourloupe ?

— Il n’y en a point.

L’éclat froid qui brillait dans les yeux sombres de Simon s’était accentué, durci ses traits. Un nouveau frisson avait saisi la plus infime parcelle de son corps.

Simon l’impressionnait, plus encore qu’à l’époque où, aide aux cuisines, il le croisait dans les couloirs du couvent de Lathium. Plus encore, il avait l’infime certitude qu’il était fiable et, chose qui le dépassait, qu’il partageait ne serait-ce qu’un peu leurs convictions. C’était impossible pourtant. Il était homme d’église. Comment pourrait-il lui tourner le dos?

Concentre-toi, Magnus ! se morigénait-il amèrement. L’instant présent était bien trop fortuit pour ne point s’y pencher sérieusement.

— Eh bin, si tu dis bin vrai…

Et comme il se tournait vers ses camarades d’université, il avait mandé si l’un d’eux se sentait l’âme d’un représentant:

— T’veux pas y aller ?

— Eh Magnus, t’fais dans tes jupons ? J’savais pas qu’il t’impressionnait à c’point, Erling !

— C’pas ça, c’est qu’j’suis pas bon pour discuter…J’risque de juste le tuer. Et c’s’rait pas correct d’vous abandonner. On sait pas c’que la milice est prête à faire…

— Magnus, veux-tu que je me présente à ta place ?

Celui qui lui avait proposé cela se nommait Åke.

En dernière année à l’université royale de droit, il avait été son second, son adjoint dans la rédaction de leur amendement. Son camarade de nuits trop courtes, qui l’avait aidé à organiser ses idées, encouragé. Åke, donc, qui faisait montre d’une contenance rassurante, se proposait de rencontrer le Chef de l’Église.

À cette idée, Magnus s’était ragaillardi : si Åke les représentait lors de ce pourparler, alors tout irait bien.

— Citoyens de Lathium ! avait-il harangué du haut du calvaire dressé devant le bâtiment administratif. Notre camarade Åke désire nous représenter devant l’Église. Cela vous convient-il ?

Il y avait eu un instant de battement afin que tous puissent comprendre de quoi il en retournait. Puis des éclats de voix joyeux, encourageant le jeune porte-parole.

— J’crois qu’c’est bon, mon ami !

Et ayant quitté son promontoire, Magnus avait serré la main de son compagnon, murmuré d’une voix émue :

— Åke, je compte sur toi. Use de la force s’il le faut mais t’laisse pas endormir.

— Compte sur moi.

Les feuillets, les précieux feuillets de leur réforme, étaient passés du veston de Magnus à celui d’Åke, bercés par deux cours qui battaient avec autant de vigueur.

Puis son compagnon avait emboîté le pas à Simon, disparaissant par-delà la haie de plastrons dorés et de capes de pourpre qui avait tôt eu fait de faire reculer les insurgés à mi-cour.

— Ne faites rien qui pourrait nous causer préjudice, s’était exclamé Magnus sans quitter des yeux le dos d’Åke qui s’éloignait. Pas tant que notre frère se trouve entre ces murs.

Alors docilement, la foule s’était repliée.


Texte publié par Yukino Yuri, 22 octobre 2021 à 11h31
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