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Tome 4, Chapitre 35 « Ögonblicket innan - L'instant d'avant » Tome 4, Chapitre 35

La Cour des Exécutions portait son bien funeste nom du fait de son usage.

Depuis la venue de la Sainte Église de Lathium en Sveeriagë, l’on avait toujours exécuté les criminels, les traîtres, les mécréants en cette cour cernée par un cloître et un portail arrière qui ouvrait vers le flanc sud de la butte sur laquelle la Maison-Mère était bâtie ; et la tradition, aussi sordide soit-elle, avait perduré jusqu’ici.

Le sol, en terre battue sur lequel rien ne semblait vouloir pousser, était creusé en son centre, afin que les bons témoins puissent observer sans mal le spectacle, en une fosse large de plusieurs dizaines de pieds et d’à peine cinq de haut. Un billot se dressait au cœur de ce gouffre, comme un rappel du sinistre usage de ce lieu.

Pourquoi avait-on choisi cet endroit reculé plutôt que la cour avant, bien plus aux vues du peuple ?

Sans doute pour la raison qui menait les clercs en ces couloirs qu’ils fuyaient d’ordinaire : parce que les scélérats portants l’aube de l’Église posaient également leur tête sur le billot, et qu’il aurait été malvenu qu’un laïc ait vue sur pareil épisode.

Plus loin se dressaient plusieurs bûchers sur lesquels l’on réduisait en cendres les corps des exécutés –l’on ne brûlait point pour tuer- afin qu’aucune sépulture digne ne leur soit dressée ; et qu’ainsi aucun espoir de résurrection ne soit espéré à leur endroit.

Linnea, puisque c’était elle que l’on trainait des in-pace jusqu’à ce funeste lieu, avait été conduite jusqu’à la fosse, subissant sans ciller les injures, les crachats, les malédictions de ceux qu’elle appelait autrefois ses confères.

Elle avait aperçu le Chef de l’Église en face d’elle, de l’autre côté de ce trou mortuaire, l’observer, lui sourire de ce rictus miséricordieux puant de suffisance.

Puis sans autre considération, l’on l’avait expédiée dans cette bouche. Elle s’était cognée au billot, s’y agrippant en gémissant. Centaines d’yeux la dévisageaient. Dizaines de voix s’élevaient et réclamaient justice.

Ana avait étouffé un cri d’horreur. Le spectacle était tel que l’air lui manquait, sa vue s’était troublée et elle s’était laissée choir à terre, implorant mécaniquement, d’une voix sourde, le Ciel d’épargner sa camarade.

— Linnea Agnese de Vaastiriäs, vous êtes condamnée à mort par la Sainte Église de Lathium, temple du Très-Haut sur la Terre.

Comme si leurs deux âmes étaient unies en une seule, Linnea et Ana avaient cessé de respirer. Puis retrouvant leur individualité, l’une avait seulement souri, l’autre supplié plus fort qu’alors.

— Afin de racheter vos fautes et pour que la justice de notre Créateur soit faite, le Conseil Judiciaire de la Maison-Mère vous damne à une mort lente qui se fera exemple et saura tenir éloignés de l’immoralité nos clercs.

Et chacun alors s’était baissé, comme mu par un ordre muet, pour se servir une pierre sur les cairns disposés là au préalable. Moea avait ravalé un cri d’effroi, murmurant seulement d’un ton vibrant d’émoi :

— Ils vont la lapider…

Ainsi dit, le fait l’avait enragée plus encore, et elle avait férocement frappé contre les barreaux comme pour les faire céder, hurlant à pleins poumons, vociférant violemment contre la terre entière.

— Puisse le Très-Haut avoir pitié de vous.

Magdala, que le tumulte avait alertée, avait hissé son regard par-dessus les planches qui obstruaient le vitrail. Senti son sang se glacer, son cœur faiblir. Puis comme si sa chair était empruntée par le Diable, elle s’était jetée sur les panneaux, les arrachant sans se soucier des douleurs, du sang qui ruisselait de ses ongles. La fenêtre désentravée, elle l’avait enfoncée d’un coup d’épaule. Les battants s’étaient alors ouverts grand sous l’impulsion, le vent lui avait fouetté le visage et elle s’était penchée au cadre :

— Mère Linnea ! s’égosillait-elle d’une voix pitoyable.

Plusieurs paires d’yeux s’étaient levées vers elle, la dévisageaient sévèrement. Linnea elle-même s’était retournée, lui offrant un sourire désolé.

Elle avait hurlé plus puissamment, demandant clémence, se proposant en échange cependant que des moniales la tiraient en arrière pour la soustraire à ce spectacle. Elle s’arrachait toujours plus, se jetant au chambranle, criant plus encore jusqu’à ce qu’enfin une sœur la repousse plus violemment qu’alors et ne verrouille le vitrail.

— Tenez-vous calme, avait-elle âprement exigé, vous risquez sinon d’aggraver le cas de celles que vous ose nommer vos « amies ».

D’autres mains se voulant aimables l’avaient maintenue éloignée du vitrail tandis que les gardes y fixaient de nouvelles entraves.

— Puisse le Très-Haut faire preuve de miséricorde envers vous.

Marika avait ouvert à grande force les battants qui séparaient les in-pace de la cour des Exécutions, l’esprit en feu.

Et le pontife, comme s’il l’avait attendue, avait fait signe aux bourreaux –ses frères et sœurs- de laisser s’entamer leur rancœur.

Son injonction, à elle, de cesser cette horreur était morte dans sa gorge tandis que volaient les premiers projectiles.


Texte publié par Yukino Yuri, 29 août 2021 à 12h21
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