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Tome 4, Chapitre 27 « Sluti första sessionen - Fin de la première séance » Tome 4, Chapitre 27

Elle avait soupiré. La fumée blanche s’était élevée en volutes gracieuses.

— Eh bien ? Vos motivations ? la pressait-elle d’une voix ferme qui s’accordait à son rôle.

— Il n’y en avait point, cardinale Marika ! gloussait Magdala en se pressant davantage contre les lames. Admettez-le, Ana ! Vous n’aviez aucune raison de me ravir !

— Si vous pensez cela, c’est que notre périple n’a point émoussé votre naïveté et votre bêtise.

Sa poitrine lui faisait mal. Le vide qui y grossissait comme une tumeur semblait engourdir tout ce qui faisait son essence même pour ne garder d’elle que de bas travers humains.

Mens. Trompe.

Brise-la.

— Vous êtes idiote. D’une naïveté affligeante. Vous pensez véritablement que vous ne m’avez point inspiré de bas desseins ? Que je me suis amusée à vous conter histoires comme à une gamine par pur plaisir ?

Un rire rauque avait ponctué sa terrible tirade. Magdala la fixait, la gorge nouée, tremblante comme au cœur d’une tempête.

Brise-la.

— Vous pensez que vous êtes partie de votre plein gré ? Ah ! Cela montre à nouveau que vous êtes stupide et que l’on peut vous faire gober n’importe quoi ! L’Église d’abord, moi ensuite.

Elle avait eu un second rire, plus épuisé encore, semblable à un sanglot.

La peur lui dévorait les entrailles. La peur de se trahir, de dire une parole pouvant incriminer Magdala. Celle de la perdre aussi. La peur était aux commandes.

Avec un calme étrange, dans un état second comme lors de son interrogatoire, comme hors de son corps fébrile, elle récitait laconiquement ce qu’elle avait des jours répétés avec Moea.

— Vous vouliez mes raisons ? Je projetais de la vendre. Avec ses yeux, ses airs d’ange, une vierge en plus ! Je ne doutais point qu’elle me rapporterait gros. J’en avais eu la confirmation à Lunthveit. Ne restait qu’à déraciner de son esprit vos enseignements et à la pervertir.

Elle voulait qu’elle vive. Même si son existence de vestale ne lui était point agréable. Egoïstement, elle voulait qu’elle vive. Déraisonnablement, aveuglément, elle s’enfonçait dans ses mensonges comme pour permettre à Magdala de garder la tête hors de l’eau.

— Et le capitaine de la garde que vous avez blessé ?

— Un dommage collatéral.

Les remords, encore. Tels de la vermine s’agrippant, grouillant sous sa peau, ils refluaient sans cesse. Dès qu’ils étaient oubliés, ils savaient se rappeler à elle. Le rouge du sang, le sifflement de la flèche, le cri douloureux du mercenaire lui sautaient à l’esprit comme des fantômes libérés de leurs entraves.

— J’ai eu un instant de panique, je n’ai point réfléchi. Tout ce que je savais, c’est qu’il allait s’emparer de nous et il n’en était point question. Mais je m’en repens. Ce n’était point mon intention que d’attenter à sa vie.

— Difficile à croire, grognait l’un des cardinaux.

— Monseigneur, je n’ai point menti depuis le début, pourquoi le ferai-je à présent ?

Il avait seulement roulé des yeux, poussant un soupir goguenard.

— Vous reconnaissez donc les faits qui vous sont reprochés ?

— Oui, Votre Majesté. Je vous prie de croire que je me repens de la violence de mon acte.

Fleur de Pivoine n’était point dupe.

Toutefois, malgré les regards suppliants que lui adressait Magdala, malgré son désir de rendre la justice, que pouvait-elle faire ? Il s’était écoulé des heures, le soleil battait sur la coupole, il faisait une chaleur étouffante ; et comme la jeune femme semblait campée sur son témoignage, la reine de Sveeriagë se trouvait impuissante aux côtés de son état harassé, du clergé satisfait et d’Erling jubilant. Elle n’avait guère de moyen de lui soutirer la vérité –qu’elle pressentait un mélange des deux récits-, aucune menace pour l’effrayer et la pousser à la confession. Si la question n’y avait point réussi, comment l’aurait-elle pu ?

Des intimidations, cette fille-là n’en avait plus cure. Elle patientait seulement, sa croix sur les épaules. Elle la protègerait, se répétait-elle en considérant la vestale. Et puisque cela semblait convenir à tous, que pouvait-elle bien y faire ? Par dépit, elle s’était alors rangée à l’avis général. Comme de coutume. Quelle jolie décoration elle faisait là.

Erling et elle s’étaient levés pour clôturer la première séance.

La messe n’attendait point, philosophait Erling avec suffisance. « La catin » attendrait, car il ne restait plus qu’elle à soumettre au Conseil Judiciaire. La prêtresse dissidente, Linnea de Vaastiriäs, de par son statut, n’aurait point un procès public. L’on la jugerait en interne, sans provoquer plus de scandale. Si l’on avait entendu Magdala en grand comité de par sa place ambigüe dans l’affaire, il n’était point nécessaire d’en faire de même avec cette branche pourrie.

Elle avait soupiré, se frottant les tempes comme un aveu de sa fébrilité.

Quelle étrange mascarade, maugréait-elle tout en conversant à voix basse avec le sieur Oscar, quelle sombre mascarade.

Trois miliciens s’étaient faufilés dans le prétoire, entourant Ana en une formation simple mais rapidement exécutée.

Ils ont l’habitude, s’était-elle surprise à remarquer. Comme il lui était étrange de souligner cela, comme si le procès, la sentence à venir étaient bien secondaires à son esprit.

— Attendez !

Au cœur du tumulte, des clercs se levant avec ordre, des conversations et des rires mondains des nobles, une voix familière.

Trop familière.

Magdala.

Ana sentait sa poitrine se serrer, l’air lui manquer. Dans son dos, l’escorte de la vestale s’était arrêtée. L’air dans sa gorge peinait à atteindre ses poumons. Elle ne voulait pas se retourner. Elle ne voulait pas l’entendre. Elle n’en avait plus la force.

— Je ne vous crois point.

Ces mots, plutôt que de la rasséréner, l’avait agacée. Une immense irritation lui hérissait la peau, se glissait jusqu’au bout de ses ongles comme des insectes grouillants sous sa chair. Elle avait tourné vers elle un visage répugné.

Brise-la !

— Quel dommage…

Détruis-la !

— Vous êtes aussi stupide que je le disais tantôt.

Qu’elle n’ait plus à l’idée de se sacrifier pour nous permettre de survivre.

Sa bouche lui pesait soudain, comme si sa langue était de plomb.

Magdala avait eu un court instant ce regard horrifié qui déformait ses traits réguliers. Puis se reprenant pour garder contenance, elle avait souri.

— Vous êtes bornée…

— Assez.

La vestale avait pincé ses lèvres. Tout son corps s’était raidi tandis qu’elle sentait sa gorge se nouer, sa poitrine se serrer à l’étouffer.

— J’aurai préféré ne jamais vous rencontrer, avait lancé Ana en lui adressant un sourire sardonique.

Faites que cela suffise…

Elle réalisait soudain qu’elle retenait son souffle comme ses larmes.

Magdala, comme une poupée privée de ses fils, avait perdu pied. Telle une gifle, les mots d’Ana l’avait fait flancher. Ses jambes sous elle s’étaient dérobées. Assourdissant, son cœur tambourinait douloureusement, lui faisait perdre le sens, semblait trop lourd, trop prêt à se déchirer en deux.

« Elle aurait préféré ne jamais te rencontrer », riaient ses démons.

Magdala riait avec eux, quand bien même son rire se confondait-il avec des sanglots étranglés. La broderie sur l’ourlet de son vêtement s’était mise à onduler, se brouiller. N’était plus que quelques tâches colorées sur du blanc.

— Je ne vous crois point.

Ana avait seulement perçu le sourire fané que lui adressait Magdala avant d’être menée hors du prétoire.

Cela n’avait point suffi.


Texte publié par Yukino Yuri, 11 juillet 2021 à 18h53
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