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Tome 4, Chapitre 16 « Fången - Captive » Tome 4, Chapitre 16

Magdala, en sursaut, s’était réveillée.

L’odeur atroce des sels que l’on lui avait faits inhaler semblait imprimée dans ses narines, son crâne la lançait à la faire hurler. Elle avait l’estomac à l’envers, le cœur au bord des lèvres.

Un instant, le calme de la cellule, la douceur des draps de coton, la beauté de la lumière diurne se glissant à travers le vitrail coloré l’avaient fait soupirer d’aise, fermer les yeux, invitée au doux prélassement comme elle le faisait tant dans sa chapelle, autrefois.

Puis la réalité s’était rappelée à elle comme un cauchemar réveille d’un doux sommeil, et elle s’était levée d’un bond, toute prête à s’enquérir à propos de ses compagnes.

L’instant d’après, trois religieuses l’entouraient pour la faire rasseoir, lui préconisant de ce ton mielleux et creux qu’elle n’avait que trop connu de se reposer.

— Min Däm, vous avez tant souffert durant ce rapt terrible, laissez-vous un jour de quiétude pour vous en remettre.

Elle avait pincé ses lèvres, serrant l’ourlet de son voile. Elle n’était pas « sa » dame. Elle n’était la dame de personne, sinon celle d’Ana. Seule Ana avait le droit de l’appeler « sa » dame. Elle, elle acceptait d’être sienne, de tout son corps et de toute son âme, comme Ana s’offrait toute entière à elle. Elle n’était pas la chose de ces femmes à la mine faussement douces qui lui parlaient avec tant de véhémence, pour lesquelles elle n’était que Magdala.

— Je n’ai point été enlevée, avait-elle corrigé d’une voix tremblante de colère. Je m’en suis allée de mon plein gré.

— Oh, Däm Magdala, ces apostâtes vous ont retourné l’esprit ! Comment auriez-vous pu commettre pareil sacrilège sans les viles tentations de ces pècheresses ?

Magdala s’était dressée d’un bond, braquant sur la sœur es yeux brûlants d’une rage indignée.

— Ne parlez point d’elles de la sorte ! Osez une nouvelle fois devant moi et je jure que je saurai vous le faire payer !

Les religieuses avaient eu un mouvement de recul face à cette petite chose, ce rien de rumeur si malléable qui se révoltait, cette boule de nerfs prête à écumer. Magdala leur faisait peur. Car si encore elle s’était jetée sur elles pour les rosser, elles se seraient gaussées en catimini de cette sainte qui se comportait comme une enfant de son âge, une sauvageonne.

Mais devant elles, Lavende se tenait de ce maintien impeccable, noble, le visage grave, le souffle à peine tremblant de colère. Seuls ses iris trahissaient du ressentiment brûlant qu’elle leur vouait.

— V…veuillez accepter nos plus plates excuses, Däm Magdala…, avait articulé la religieuse en faisant devant-elle une génuflexion respectueuse.

Mais Magdala, déjà, ne prêtait plus attention à l’expression de ce repentir. Elle s’était glissée à toute vitesse de la cellule, désireuse de trouver quelqu’un qui puisse la mener jusqu’à ses compagnes, sinon la renseigner à leur propos car elle ignorait tout de leur sort. Deux bras cependant l’avaient saisie pour la renvoyer sans ménagement dans ses appartements. Dans l’encadrement de la porte, des gardes lui barraient la route.

— Soyez assurée de notre contrition, Däm Magdala, mais nous avons reçu l’ordre de ne point vous laisser sortir. Sa Sainteté vous convoquera en temps voulu.

— Sa Sainteté doit me laisser voir mes compagnes ! Faites-le lui savoir je vous prie.

— Ce n’est point de notre ressort, j’en suis navré.

— Je vous en prie !

Ils avaient sèchement incliné la tête puis refermé la porte. Derrière le panneau ouvragé, elle les entendait se replacer de ce pas calculé, militaire, qui lui faisait comprendre que toute fuite ne se solderait que par un échec.

— Très chère, vous voilà échevelée… Souhaitez-vous faire une toilette ?

Elle s’était rembrunie, se laissant dévêtir par les religieuses, serrant contre son poing l’amulette des voyageuses comme elle aurait serré la main d’Ana. Dans une alcôve, l’on avait installé à son intention un baquet que des domestiques remplissaient de cruches d’eau chaude. Elle s’y était glissée, se recroquevillant pour mieux dissimuler sa nudité –encore qu’elle fût en tenue du dessous.

Il lui faudrait patienter.

Jusqu’à quand ?

Et pendant ce temps-là…

Elle avait frémi d’horreur : qu’arrivait-il à Moea ? À Linnea ? À Ana ?


Texte publié par Yukino Yuri, 26 mai 2021 à 18h02
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