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Tome 3, Epilogue Tome 3, Epilogue

Vingt-sixième jour d’Aedera de l’an soixante-quatorze de l’ère de Paix

Lorsqu’elle avait rouvert les yeux, Magdala avait senti les cahots de la route s’imprimer douloureusement dans son dos, aggraver la nausée qui la tiraillait et l’étau incommode qui enserrait son crâne.

Au loin, les rumeurs bruyantes d’une ville qui semblaient à son oreille forte véhémente.

Instinctivement, elle avait tâtonné, cherchant une présence, quelqu’un qui puisse la rassurer, calmer la peur qui lui tiraillait le ventre. Elle avait ouvert les yeux, espérant trouver penché au-dessus d’elle le visage rassurant de Moea, souriant de Linnea, aimant d’Ana.

Rien cependant, sinon de larges planches usées que des carcans de fer maintenaient fermement serrées.

Son cœur avait raté un battement, la privant de souffle. Frénétiquement, ses iris s’étaient mus d’une part à l’autre du coche. Quand s’y était-elle installée ? Où allait-elle ? Et surtout…

— Ana ?

Aucune réponse. Sa main avait battu l’air, cherchant ses doigts, ses boucles blondes, sa chaleur qu’elle avait découvert cette nuit-là, sous les yeux des lucioles. Mais le froid, seulement le froid.

Lentement, Magdala s’était hissée sur ses coudes, supportant à grand-peine les vertiges violents qui l’hébétaient; avait balayé du regard cet attelage qui lui était inconnu.

Son sang s’était glacé dans ses veines.

Elle était seule.

Devant-elle, à hauteur d’homme, une archère scindée par d’épais barreaux de fer laissait glisser sur le sol sale l’aube blanche et le rose pâle de l’aurore.

— Très-Haut… Non…Oh non…

Magdala se souvenait à présent, tandis qu’elle constatait sur ses doigts le sang qui coulait de son front. Des images floues s’imposaient à son esprit, des images de cette nuit d’horreur.

Paniquée, elle s’était levée vivement, vacillante jusqu’à la fenêtre étroite, s’agrippant aux barreaux avec une force telle que ses articulations en étaient devenues blafardes.

Au-dehors, les grandes artères, les hautes arches, les imposantes bâtisses de maître d’une cité défilaient lentement tandis qu’autour du convoi se pressait une foule grouillante de badauds, tout état confondu.

Elle avait planté ses ongles dans le bois de la paroi afin de ne point s’écrouler tandis qu’elle sentait ses forces l’abandonner.

Elle avait compris dans quelle terrible situation elle se trouvait. Elle se souvenait…

Des sanglots hystériques l’avaient saisie, faisant trembler ses membres convulsivement. Ses jambes sous elles s’étaient dérobées, la laissant à genoux tandis que ses poings, suivant la mesure de ses cris désespérés, battait la cloison qui se dressait face à elle. Une rage sourde la rendait ivre de violence. Elle se pressentait prête à tout détruire. À se détruire. À réduire en lambeaux ce voile pour et par qui tout avait commencé.

— À cause de toi ! hoquetait-elle tandis qu’elle tirait frénétiquement sur sa coiffe, s’arrachant moult mèches qui restaient coincées dans les épingles. À cause de toi ! À cause de toi !

Elle avait violement tiré de sa poche ses ciseaux de couture, les empoignant à pleine main. Elle voulait le détruire. Le déchirer, le réduire à rien ! Lui, ce maudit voile qui avait asservi tant de femmes avant elle, ce voile à cause duquel toute sa vie n’avait été qu’une existence de peur du péché, de solitude, de tristesse ! Lui pour qui sa chère mère s’était damnée !

Et pourtant, une prise imaginaire retenait sa main, s’opposait à ce sombre dessein.

« Ce voile est notre fierté, ma fille. »

Lui revenaient les mots de Sina. D’ennemi alors, il passait à compagnon de misère tandis qu’elle abaissait mollement son bras, le saisissait en gémissant pour le serrer contre son sein. Ce seul contact, plutôt que de la rassurer comme cela l'avait toujours été auparavant, avait fait affluer plus de larmes encore.

Tout était perdu. Face à sa destinée, à la destinée des Magdala, Lavende avait perdu.

— Ana, appela-t-elle une dernière fois d’une voix plaintive.

De nouveau, point de réponse.

La carriole s’était ébranlée tandis qu’elle pénétrait dans une grande cour en terre battue. Par l’archère, à travers les lourdes larmes qui embuaient ses yeux, elle avait distingué de hauts murs percés de vitraux ouvragés, le murmure des matines que l’on célébrait dans la cathédrale dont elle percevait la flèche, quelques discussions lointaines. Puis les chevaux avaient été mis à l’arrêt, les portes du fourgon s’étaient ouvertes, dans un fracas de chaînes défaites et de clés qui s’entrechoquaient, sur plusieurs miliciens en armure qui l’avaient fait descendre de force. Par-delà les cuirasses et les capes de pourpre, les voiles sombres de religieuses qui avec véhémence lui avait souhaitée :

— Bienvenue à la Maison-Mère de la Sainte Église de Lathium, Däm Magdala.

Son cœur avait cessé de battre, l’esprit l’avait abandonnée et elle s’était écroulée lourdement à terre.

Face à la destinée des Magdala, Lavende avait perdu.


Texte publié par Yukino Yuri, 6 avril 2021 à 19h31
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