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Tome 3, Chapitre 20 « 19e dag di Aedera - 19ième jour d’Aedera » Tome 3, Chapitre 20

Dix-neuvième jour d’Aedera de l’an soixante-quatorze de l’ère de Paix

Marika de Lathium

— Retrouvez-la !

Le Chef de l’Eglise Erling avait à nouveau rugi, frappant violemment sur le large bureau en chêne que contenait son cabinet d’études.

De concert, ses cardinaux, son messager, jusqu’au séminariste qui occupait à son côté les fonctions de scribe avaient sursauté. Marika, qui se tenait au plus près des hauts vitraux ouvragés, se tenait à l’écart du concile qui s’éternisait. Les colères de son supérieur pouvaient être terribles, et elle ne voulait pas prendre le risque de recevoir en pleine figure un encrier ou un presse-papier comme cela avait pu arriver –de cette expérience, elle gardait une cicatrice sur l’arête du nez, et c'était bien suffisant.

À travers le verre coloré, le crépuscule prenait des teintes surnaturelles, magiques, dessinait sur le sol des formes naïves qui l’extirpaient un instant de la réalité et des horreurs auxquelles elle devait prêter l’oreille. Puis de nouveau reprenaient les desseins, les ambitions, les complots dans un climat de terreur sourde.

— Si elle a été formellement identifiée à Umeå, pourquoi ne pas l’avoir arrêtée ?!

— C’est que, Votre Sainteté, elle n’a point pu l’être « formellement »… Les troupes de la milice ont pensé que c’était elle…

— Eh bien ?!

— Eh bien, avait continué avec moult hésitation le messager, ils n’ont point jugé bon au premier abord de l’interpeller. Elle portait le signe des postulantes et... Au sud-ouest, c’est une coutume que de porter un voile…

— Que m’importe les coutumes des bonnes-femmes ! Les faits !

— Les faits, oui…Ils ont entendu qu’elle s’appelait Magdala et.. Quand ils ont voulu la saisir…. D’autres femmes se sont interposées.

L’attention de Marika s’était accrue à cette mention. Ainsi, la vestale avait des complices ? Des complices, ou des ravisseuses ? Là était toute la subtilité.

— Deux étaient du nord, à en juger par leur accent. L’une du sud. Une artiste, sinon une prostituée. L’une des deux nordiques… Eh bien, Votre Sainteté… L’une des deux portait l’aube de notre Eglise.

— Une prêtresse…, avait grincé Erling. Peste soit les prêtresses !

Disant cela, il avait jeté à Marika un regard si courroucé qu’elle y avait sans nul mal lu le message qui lui était adressé.

— La dernière n’a point été identifiée… Et c’est elle qui a permis à la présumée Däm Magdala de se dérober en portant flèche au capitaine qui était preste de l’appréhender.

Quelle folie, avait maugrée Marika en fronçant les sourcils.

— Où sont-elles parties ensuite ?

— Vers l’ouest, Votre Sainteté.

— Cardinal Hans, avait interrogé Erling d’un ton faussement mielleux, vous qui êtes de ces provinces, qu’y a-t-il hormis Blekingäs qui puisse servir d’étape à Däm Magdala ?

— Il y a la cité de Växjä qui est sur la route d’Umeå à la capitale occidentale, ainsi que Göteborgä qui se situe dans la contrée d’Avonllä, à la frontière de notre pays.

— Elle chercherait à fuir le pays… ? Ou bien… Qu’importe ! Sortez d’ici, faquin ! Faîtes dire au capitaine de la milice d’Umeå de déployer ses troupes vers l’ouest. Qu’il déploie deux mille hommes ou toutes les unités de Sveeriagë, qu’il ravage chaque village, peu m’importe ! Trouvez-la ! Même s’il faut mettre ce pays à feu et à sang ! Trouvez-la et ramenez-la sous notre coupe de gré ou de force !

Le messager s’était dérobé aussi vite que possible, multipliant les basses révérences avec précipitation et maladresse.

Marika quant à elle s’était raidie en oyant les ordres terribles que le Chef de l’Eglise, le second maître du pays et dont le pouvoir surpassait dans les esprits celui de la reine, venait de cracher sans aucune autre forme de considération. Mettre à feu et à sang Sveeriagë ? Sveeriagë, qui n’entamait que sa soixante-quatorzième année de tranquillité après les longues guerres qui l’avaient opposé à ses voisins? Sveeriagë, à nouveau, allait boire le sang de sa nation et sentir la morsure des flammes au plus profond de sa chair ?

Comme une prophétie, Marika avait soudain la vision de la croix couronnée sur son fond pourpre, de la fleur d’œillet auréolée d’étoiles sur son fond blanc s’embraser, se réduire en poussière. Elle avait frémi : était-ce là un présage de la chute violente de la monarchie et de l’église à laquelle elle tenait tant ? Le profil volontaire de Fleur de Pivoine portant fièrement sa couronne de souveraine lui revenait.

« Nous ferons de notre pays une nation forte et influente ! »

Très-Haut…

« Toi en tant que pontife, moi en tant que reine… »

Elle était là, dans cette pièce, à comploter contre son pays.

« Nous montrerons à nos voisins ce que ce pays qu’ils convoitaient a su faire en quelques années. Nous leur montrerons que deux femmes savent élever toute une nation !»

Quelle horreur…

« C’est promis, Mari ? »

Elle avait serré sa croix, implorant un miracle. Mais depuis le début de cette affaire, les miracles semblaient aux abonnés absents. Le Très-Haut s’était-Il détourné, ou au contraire était-ce là Sa volonté ? Si tel était le cas…

« C’est promis, Fleur. »

Si tel était le cas…

« Les cieux sont avec nous ! »

À quoi bon croire encore ?

Elle s’était signée discrètement afin d’ôter de son esprit ses sombres réflexions. Il n’était point propice de douter maintenant !

— Votre Sainteté, avait-elle articulé en s’avançant avec détermination, je vous en prie, révoquez les ordres que vous venez de délivrer.

— Ma décision est prise. Dehors.

— Vous menez notre pays à sa perte ! Nous allons face à une dépression sans précédent !

— Dehors.

— Je vous en prie ! Notre Eglise va s’écrouler ! La noblesse nous retirera son soutien si le peuple se soulève contre nous ! La reine saura nous imposer la puissance de ses troupes armées qui surpassent en nombre et en puissance les nôtres !

— Marika, avait murmuré Simon en lui pressant le bras, assez.

— Vous allez mener la Sainte Eglise de Lathium à sa perte ! Vous, Erling ! Vous allez détruire notre héritage ! Vous allez réduire en cendres ce que nos ancêtres ont protégé des siècles et des siècles ! Vous allez détruire notre Eglise !

Erling était resté impassible, les mains jointes sous son menton. Dans son dos, Marika sentait les quatre autres cardinaux retenir leur souffle. Son corps tremblait de rage, sa lèvre inférieure frémissait de cette colère qui désirait encore hurler, rugir, tout détruire. L’œil hargneux du pontife s’était posé sur elle. Une ombre menaçante dans ses iris sombres l’avait fait frémir et elle s’était alors tue, attendant gravement une réaction, un mot.

Un seul, après un long instant de silence, avait traversé glacialement ses lèvres :

— Dehors.


Texte publié par Yukino Yuri, 21 mars 2021 à 16h05
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