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Tome 3, Chapitre 19 « Bekännelse- Aveu » Tome 3, Chapitre 19
Lorsqu’Ana avait recouvert conscience, le visage de Linnea lui était apparu.
    
    Elle s’était en un sursaut redressée, rabattant sur son intimité et sa poitrine son jupon. Elle avait soudain honte de sa nudité, celle qui pourtant lui paraissait si sensuelle auprès de Magdala. Etait-ce l’éclat outragé dans le vert de ses yeux ou les traits tirés de la prêtresse ? Il n’en demeurait pas moins que la pudeur s’était rappelée violemment à elle.
    
    — Mère Li…
    — Qu’avez-vous fait ?
    
    Le patois dont elle avait usé avait un accent tranchant d’une colère contenue.
    
    — Vous le voyez bien je pense, avait-elle répondu, un rien frondeuse.
    — Je crois deviner, oui.
    — Eh bien ?
    — Etait-ce bien nécessaire ?
    — Si nous l’avons fait, c’est que cela l’était.
    — N’était-ce pas assez compliqué comme cela ?
    — Certainement.
    — Tu n’as même pas l’air de regretter…, avait grincé Linnea.
    — Non.
    
    Ana s’était détournée, avait couvert avec prévenance le corps nu de Magdala qui dormait encore. Puis s’étant levée, son jupon toujours dissimulant ses seins, elle avait adressé à Linnea un regard brûlant d’ardeur t d’une satisfaction fière.
    
    — Je n’ai aucun regret d’aimer et d’avoir permis à cet amour de s’exprimer librement.
    — Et les conséquences ?
    — Jusqu’ici, je n’ai point failli à les assumer. Il en sera de même à ce sujet.
    — Comptez-vous en faire étalage ?
    — Et si c’est bien mon intention ?
    — Je tâcherai de t’en empêcher.
    — Pour me nuire ?
    
    Ana s’était tue, ravalant le venin qui remontait dans sa gorge. Elle regrettait ses derniers mots si injustement cruels.
    
    — Point.
    
    La prêtresse s’était approchée d’elle, dévoilée sous un rai de lune. Avait saisi sa main. Pour la première fois, Ana la voyait preste de verser des larmes. Cette vue l’avait troublée, et soudain toute l’amitié qu’elle lui vouait s’était rappelée à elle dans un déferlement affectueux qui avait éparpillé son humeur.
    
    — Parce que je tiens à toi, et que c’est mon devoir en tant qu’aînée de te protéger. De vous protéger. Toi, Magdala et Moea.
    
    Elle voulait rajouter que c’était le vœu solennel qu’elle avait fait dès leur départ de Hjalmar et renouvelé au sortir de Lunthveit. Elle aurait pu lui avouer qu’elle savait, dès l’instant où elle les avait vues face à face, ce qui allait arriver, qu’elle avait pressenti que naitrait entre elles une attirance interdite. Qu'elle s’était alors juré qu’à défaut d’empêcher la volonté du Ciel de s’accomplir, elle les protégerait.
    
    Elle s’était cependant contrainte au silence. Rajouter tout cela était parfaitement inutile.
    
    — Nous ne comptons pas nous dévoiler.
    — Sage décision, avait souri la prêtresse en lui tapant amicalement l’épaule.
    
    Elle allait tourner les talons, cependant la poigne d’Ana sur sa main l’en avait empêchée.
    
    — Vous n’allez pas vous opposer ?
    — Pourquoi ferai-je cela ?
    — Vous avez toujours dit… Que ce n’était pas bien.
    — C’est ce que je me dois de dire et de croire.
    — Mais vous…
    — Qui suis-je pour juger ?
    — Cela n’a pas de sens ! Il s’agit là de ce que vous m’avez enseigné ! Que l’amour entre deux êtres du même sexe était un péché, que la fornication était un péché, que le Très-Haut condamnait tout cela… Et maintenant, vous prêchez l’inverse ? C’est invraisemblable…
    — C’est mon travail, Ana.
    — Certes.
    — Je te l’avais dit tantôt, n’est-ce pas ? La prêtrise a ses contraintes, ses codes ainsi que ses obligations. Ce que je prêche, ce que je dis dans le cadre de mes fonctions n’engage point mes opinions personnelles, ni mes convictions mais celles de la Sainte Eglise de Lathium. Je suis en public prisonnière des convictions d’autrui, porte-parole de messages que je ne cautionne pas toujours et que l’on m’attribue par la suite comme étant mes propres pensées.
    — Alors vous… ?
    — Moi, j’ai mes idées. Si elles ne sont point en adéquation avec celles de nos Ecritures… Eh bien, le Très-Haut saura quoi faire de moi à l’heure de ma mort.
    — Et cela vous convient ?
    — Si fait. Mieux vaut, à mon sens, être intègre plutôt qu’hypocrite. Il n’y a aucune fierté à entrer dans la vie éternelle après avoir été faux avec soi-même toute sa vie.
    
    Ana ne savait que répondre tant Linnea l’avait prise de court. Ses enseignements résonnaient dans son esprit et sans pouvoir s’en empêcher, elle tentait d’y démêler un vrai d’un faux. Qu’est-ce qui, au final, appartenait à Linna ? Qu’est-ce qui était, finalement, en accord avec ce que pensait cette amie qu’elle croyait parfaitement connaître ?
    
    — En ce cas…, osait-elle demander, quel est votre avis à propos de…cela ?
    — Le veux-tu vraiment ?
    — Oui.
    — En es-tu bien sûre ?
    — Oui.
    — Je n’approuve pas. Non point à cause de la nature de votre amour mais du contexte dans lequel il est né, dans lequel il va grandir et s’exprimer. Ce sont des difficultés dont nous n’avons point besoin et je vous trouve tout à fait égoïstes de nous les imposer et de ne point avoir été maîtresses de vos sentiments. Voilà tout.
    
    Et Linnea, s’étant calmement dérobée à l’emprise d’Ana, avait tourné les talons, sa lanterne haute dans les ténèbres.
    
    — Nous partons. Ne tardez pas à nous rejoindre, était tout ce qu’elle avait ajouté.

Texte publié par Yukino Yuri, 21 mars 2021 à 15h54
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