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Tome 3, Chapitre 18 « Syndöst – Péché » Tome 3, Chapitre 18

Dans l’esprit d’Ana, tout n’était qu’agitation.

Son cœur acclamait à pleins poumons ce saut dans l’inconnu, cette vassalité nouvelle à ses premiers émois : sa Raison s’offusquait de cette infidélité au Ciel, cet oubli des convenances, cet attrait pour des penchants que tous condamnaient.

Multitude de questions se bousculaient, autant d’interrogations sur l’avenir auxquelles elles n’avait point de réponse tandis qu’elle goûtait à cette chaleur, cette tendresse qui émanait des lèvres de sa vestale.

Elle n’avait point été en mesure de mettre des mots, sinon des images sur ce qu’elle éprouvait pour Magdala tant cela la dépassait, tant cela lui était étranger. Oubliées les passions qui rendaient las, qui poussaient à attenter à sa vie si la romance s’attirait les foudres des parents, des familles. Cela, ce n’était bon que pour exciter les ardeurs de lecteurs, faire soupirer les jeunes filles. Oubliées, ces idylles dont elle s’enivrait, entrant en puberté, qui lui faisaient rosir les joues et briller les yeux. Elle vivait l’amour à sa manière, avec une ardeur grisante, une sérénité évidente, une joie qu’elle n’avait point soupçonnée. Une peur également de cet inconnu. Un feu qui la consumait jusqu’au plus profond de sa chair. Tout était simple. Tout était au mieux dans le meilleur des mondes.

Et lorsqu’elle avait embrassé Magdala une nouvelle fois, elle s’était sentie submergée par ce désir qui rendait gourd son esprit, abandonnée à ces lèvres après lesquelles elle s’était languie. Toute la spiritualité de laquelle elle nimbait ce penchant s’évanouissait sous les assauts brûlants de l’appétence propre à son âge.

Leur étreinte, dans une intime communion, s’était affermie de concert. Leurs doigts, égarés dans les boucles, sur les corps, s’aventuraient sur les tissus, faisaient frémir la chair. Au creux de son oreille, tandis qu’elles se séparaient encore pour reprendre haleine, le souffle désordonné de Magdala l’incitait à se hasarder, à la découvrir davantage.

La peau de la vestale, sus ses paumes meurtries, était veloutée, tiède. Sous la lune glacée, sous les effleurements volatiles des lucioles qui jetaient sur elle des éclats d’or, elle prenait un aspect plus sensuel, plus érotique qui incitait Ana à lui prodiguer d’autres caresses, d’autres cajoleries. Jamais rien, cependant, qui aurait pu indisposer Magdala ou lui donner à penser qu’elle cherchait à la déshonorer à présent que leurs sentiments étaient dévoilés.

Certes, elles s’aimaient. Mais Magdala n’était point sienne. Elle se devait d’attendre son consentement sur toutes ces choses qui lui étaient inconnues, toutes ces subtilités qui étaient le miel –ou le sel, voire le piment- de l’intimité conjugale.

De concert, les deux jeunes filles avaient fendu la surface que la cataracte faisait ondoyer, se glissant main dans la main entre les roseaux à plumes, s’y laissant choir en gloussant.

Un essaim de lampyridés s’était envolé, dérangé par ces deux corps qui s’abandonnaient, jusqu’aux cimes des pins, formant une voie lactée mouvante entre les épines d’émeraude.

Ana et Magdala, blotties l’une contre l’autre, observaient ces astres fébriles qui déjà, tels des étoiles filantes, plongeaient vers la terre et se posaient dans la graminée.

L’eau avait alourdi leurs toilettes, le tissu collait à leurs jambes nues. Magdala, pour se sentir davantage à son aise, avait relevé sa tenue du dessous, l’avait roulée au-dessus de son buste, découvrant son ventre blanc et son bas de lin brodé. À travers l’étoffe humide, Ana pouvait deviner les lignes de son intimité, le galbe nubile de ses cuisses, percevait un imprécis triangle sombre au bas de ses reins blanc. Elle avait rougi, dès l’instant où elle avait réalisé de quoi il en retournait, s’était détournée. La luxure n’avait point encore sa place entre elles. La pudeur, quant à elle, maintenait dans leur esprit son joug impitoyable.

Et était-ce pour lui épargner cet embarras, pour la séduire plus encore, partager avec elle une sempiternelle œillade tendre? Magdala s’était hissée sur son séant sans prendre le soin de réarranger sa toilette, penchée sur Ana. L’amulette des voyageuses qu’elle lui avait offerte s’était glissée devant ses yeux. Tant de chemin depuis… Ana l’avait saisie, caressée du bout des doigts. Oui, tant de chemin depuis.

La jeune fille qu’elle était alors, l’ingénue timide et timorée qu’avait été Magdala s’en étaient allées. N restaient que des femmes aux portes de l’âge d’or de leurs vies. Et dans cet inconnu pourtant, elle se sentait terriblement à sa place. Pour la première fois de son existence, c’est dans ce flou qu’elle se sentait le mieux. Rien n’était certain, rien n’était bâti… Et pourtant avec quel calme elle accueillait l’avenir. Tant que Magdala était auprès d’elle…

— Ana, qu’allons-nous dire à ses compagnes ?

Bonne question. Y avait-il seulement quelque chose à dire, à ajouter quand Moea et Linnea étaient au fait depuis longtemps de ces affaires qui leur étaient alors encore étrangères ? À quoi bon ainsi officialiser cette relation devant elles quand elle n’en était qu’à l’aube de sa naissance ?

— Que souhaitez-vous leur dire ?

— Eh bien… Une trop soudaine proximité deviendrait certainement source de rumeurs, et l’on serait vite embarrassée…

— Elles sont déjà au courant.

— Que dîtes-vous ?!

— Moea est bien plus au fait de ces choses-là que nous, elle a deviné.

— Vous croyez ?! s’était étranglée Magdala.

— Cela crève les yeux. Il en va de même pour Linnea. Je la connais bien assez pour savoir qu’elle n’est point dupe et l’amour n’est guère quelque chose qu’elle mésestime. Et pour être tout à fait honnête…

Ana s’était redressée, hissée sur ses coudes. Avait posé sa main sur la joue de Magdala, la pinçant gentiment.

— Qu’avons-nous besoin de les entretenir à ce sujet ?

— Nous leur devons au moins un peu de franchise…

— Pourquoi ?

— Parce qu’elles sont…

— Nos camarades ?

— Exactement.

— Sauf votre respect, Min Däm, je n’adhère pas à cette vision des choses ?

— Pourquoi ?

— Sous prétexte que de tendres sentiments nous unissent, leur devons-nous vraiment d’être totalement transparentes ?

— Tout à fait.

— Je ne suis pas d’accord.

Magdala avait pincé ses lèvres. L’incompréhension se lisait dans ses yeux.

— J’entends qu’il faut se montrer honnête et fidèle à ses camarades… Mais il y a de ces choses que je tiens parfois à garder pour moi. Point pour tromper mes semblables, seulement pour préserver mon intimité, mes peines comme mes joies, mes pensées… Il en va certainement de même pour Moea et Linnea. Même vous…

— Point ! Je ne cache rien à personne !

— Ne vous emportez pas…

Elle s’était mise sur son séant, avait posé un baiser sur le front de la vestale.

— Il y a sans doute des choses que vous conservez ici.

Elle avait pointé la poitrine de Magdala, puis repris d’une voix affirmée.

— Nous avons ces parts d’ombres en nous que nous ne voulons dévoiler. Vous…et moi.

— Considérez-vous que notre amour n’est point assez pur pour sortir du domaine des ombres ?

— Non.

— Ana…

— Pour ceux qui nous entourent, c’est une hérésie. Un péché. Si nous nous dévoilions, si nous montrions au monde… Face à quoi nous engagerions-nous ?

— Vous parlez comme les prêtres qui me maintenaient captive…, soupirait Magdala en baissant le front.

— J’en suis navrée mais pour ces sujets-là, je ne peux qu’aller dans leur sens.

La vestale avait jeté sa tête en arrière. Au-dessus, les étoiles et les lucioles. Tout semblait soudain si limpide tandis que son esprit se noyait sous cette complexité nouvelle, ces problématiques auxquelles elle n’avait point pensé et qui à présent lui sautaient aux yeux.

— Eh bien ! s’était-elle exclamée soudain sans autre préambule. Gardons cela secret ! Que seul le ciel soit témoin de notre union !

Elle était déçue. C’était la première fois, la naissance de l’amour dans son cœur, l’amour humain, l’amour concret. Elle avait envie de le crier au monde entier, de le professer au creux de chaque oreille. Par orgueil d’être aimée, sans doute, mais comme il était bon d’être orgueilleuse ! Pour une fois…

— J’espère cependant que le jour où l’on écrira à votre sujet, j’aurai l’honneur de faire partie du récit.

— On n’écrira jamais sur moi ! avait ri Ana.

— Comment cela ? Vous avez quand même ravi le cœur de la vestale la plus précieuse, la plus importante de la grande Eglise de Lathium… Il y aura bien un jour une plume enflammée pour conter votre histoire.

— Je ne serais jamais une héroïne pour personne, au mieux une fille, au pire une hérétique à brûler.

— Ph, ne parlez pas de cela !

— C’est vous qui dîtes des choses insensées.

— Permettez-moi de rêver de choses déraisonnables. Parfois, elles peuvent se réaliser.

Elle avait coulé vers elle un regard complice dont Ana avait sans mal saisi le sens. Nouveau baiser. Nouvelle étreinte. Nouveaux mots doux.

Magdala avait glissé ses doigts dans les liens de son corset, les faisant glisser dans les œillets. Ana avait défait la tenue immaculée de sa compagne. À la lumière tamisée, les deux corps se découvraient dans leur plus simple appareil.

Magdala était demeurée figée en découvrant une autre chair, une autre taille, d’autres formes –plus généreuses, toutes en rondeur- que les siennes. Puis s’était lovée dans les bras qu’Ana lui offrait, couvrant sa peau de mille caresses. Ana les lui rendait au centuple. Il n’y avait plus qu’elles dans leur jardin d’Eden.

— Ana…

— Min Däm…

— Non, point de cela. Plus de cela entre nous, je vous en prie.

— Comment dois-je vous appeler alors ?

Magdala s’était penchée au creux de son oreille, avait murmuré son nom d’une voix tremblante d’émotion. Ana lui avait jeté un regard ahuri, puis ses traits s’étaient radoucis.

— Il vous va fort bien.

— Parait-il que la couleur de mes yeux a inspiré mam ère de me donner ce prénom-là.

— Pourquoi ne point l’avoir révélé plus tôt ? Vous n’auriez pas eu besoin de donner du « Hjörda » par-ci, « Hjörda » par là. Point que cela ne vous allait pas, mais je préfère votre prénom.

— Nous n’avons pas le droit. Il nous reste dans la postérité, mais nous ne devons pas le révéler de notre vivant .L’individualité n’existe pas dans ma lignée.

— Pourquoi maintenant ?

Magdala la regardait avec mystère.

— Parce que j’ai fait le vœu de le dévoiler à la personne pour laquelle j’aurai de tendres sentiments.

La nordique avait souri, d’un souris dans lequel pointait l’émotion que pareil aveu suscitait en elle. Puis elle l’avait attiré vers elle, ramenée dans leur monde, leur jardin. La brise fraîche attisait le feu brûlant qui les consumaient et que leurs lèvres, leurs doigts, leurs souffles excitaient toujours plus. Et tandis qu’à force de tendresse, de baisers, de caresses il enflait encore et encore, Ana avait serré Magdala –sa Magdala- contre son sein, se sentant perdre le sens.

— Ana…

— Lavende…

L’instant suivant, la passion les avait submergées. Elles s’y étaient abandonnées avec délice.


Texte publié par Yukino Yuri, 18 mars 2021 à 18h56
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