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Tome 3, Chapitre 9 « Förutsägelse - Prédiction » Tome 3, Chapitre 9
— Ainsi, la milice me cherche déjà ?
    
    Magdala n’avait point hésité à demander à Ana confirmation de la situation. Plus une ombre d’hésitation. Il était temps, se disait-elle, de prendre part aux décisions quoi la concernaient de près.
    Lorsqu’Ana avait hoché la tête pour attester de la véracité des faits, il n’avait fallu à la vestale qu’un bref instant pour se remettre du choc qu’une si sombre nouvelle provoquait. Quelques secondes pour retrouver son calme en dépit de cette menace qui semblait toute prête à refermer sur sa gorge ses griffes sinistres.
    
    — Moea d'Ystead.
    
    Elle s’était approchée de Moea de cette démarche ondoyante, délicate qui lui revenait naturellement, dès lors que ses pieds défaits de souliers retrouvaient le contact de la terre. In court, un infime instant, elle avait l’impression d’être revenue en arrière. Elle se revoyait fouler les pavés glacés du cloître accompagnée par l’odeur délicieuse des aromates, le froufroutement rassurant de sa toilette, les craquements de l’âtre, les derniers rayons du crépuscule qui se glissaient sur les murs. Elle se souvenait de cette fierté, de cet orgueil que l’on avait cultivé en elle et qui, comme d’anciens compagnons, s’en revenaient habiller ses gestes, sa chair.
    
    Elle avait posé sur Moea un regard doux, s’était accroupie à sa hauteur. Son voile était retombé en avant, dissimulant à Ana et Linnea son visage.
    
    — Comptez-vous nous trahir?
    
    La jeune femme avait retenu son souffle, comme happée, étouffée, coulée par la profondeur des iris violets qui la fixaient avidement, semblaient lire en elle, dévoiler une à une ses peines, faire ressurgir de leur cercueil ses troubles passés, les fantômes d’antan. Magdala mettait son âme à nu, en retirait sans se piquer les épines qui la protégeaient pour mieux en contempler les facettes.
    
    Comment peut-elle faire cela ? s’interrogeait Moea sans parvenir à se dérober de ces iris envoûtants. Comment cette fille, que même un insecte effrayait d’ordinaire, pouvait-elle ainsi parcourir son esprit sans qu’elle ne désire lui résister?
    
    — Moea ?
    
    Sa voix s’était glissée jusqu’à ses oreilles, la ramenant peu à peu à la réalité.
    
    — Comptez-vous nous trahir ?
    — Non.
    
    Comment aurait-elle pu la duper, si elle avait eu la seule intention ?
    
    — Dîtes-vous vrai ?
    — Oui.
    
    Magdala lui avait souri. Dans ses yeux, un nouvel éclat que Moea n’avait que peu pu constater à son égard jadis. L’on l’estimait.
    
    Elle avait senti sa mâchoire se crisper davantage. Comment aurait-elle pu la trahir, après avoir mérité son estime ?
    
    — Dans ce cas, il n’y a guère de débats à tenir ! avait déclaré Magdala en retrouvant soudain cette candeur que Moea lui avait toujours connue. Ah, vous voici désormais dans la confidence, voilà qui me soulage d’un poids ! Je suis bien contrite par ailleurs de vous avoir dissimulé la vérité quant à mon nom, j’espère que vous ne m’en tiendrez point rigueur…
    — Min Däm, êtes-vous bien sûre de vous ?
    
     Linnea s’était approchée de la vestale, son visage froissé par la crainte qu’une possible trahison attisait en elle. Plus encore, elle redoutait que l’inexpérience de Magdala ne lui cause du tort et ne la propulse face à la plus terrible des déconvenues.
    
    — Je ne puis être plus convaincue de la bonne foi de Moea. Après tout, si elle désirait si ardemment nous vendre, elle se serait sans doute aucun dérobée et se trouverait déjà en bas de la colline.
    — Certes…
    — Linnea.
    
    Magdala s’était relevée, avait réarrangé séant sa coiffe, épousseté sa robe. Puis elle s'étant retournée, elle avait adressé à Linnea un regard brûlant, presque menaçant. Elle n’admettrait point que l’on revienne et contredise sa décision.
    
    — Je suis au fait de mes actes. Je sais que je suis dépourvue d‘expérience, encore ignorante de bien des choses de ce monde. Mais si je ne puis avoir foi en ceux que l’on m’a toujours dépeints comme des pécheurs, laissez-moi au moins placer mes espoirs en les compagnes qui n’ont jamais fauté à mon endroit.
    
    Linnea l’observait silencieusement. Son front était fissuré par une ride de désapprobation qui se glissait entre ses sourcils roux sévèrement froncés.
    
    Elle voulait y croire. Croire que Moea serait infaillible à sa parole, que Magdala prenait la bonne décision, qu’Ana avait eue raison de partager ainsi les secrets qui entouraient la vestale.
    
    Avait-elle perdu foi en l’humain ou la dangerosité de la situation la poussait-elle à se méfier de tout le monde, quand auparavant elle n’aurait jamais remis en doute la parole de son prochain ? Parce qu’elle était hors de sa province ? Hors de Sollnästeå ? Etaient-ce les réminiscences des trahisons passées, des déconvenues qui jouaient sur ses nerfs et la tendaient, la faisaient dévier de ce chemin de bonté qu’elle s’était toujours efforcée de suivre ? Ou avait-elle toujours été ainsi -méfiante, misanthrope- et s’était-elle juste apposée sur les yeux un bandeau pour continuer de se voir comme dans ses fantasmes ?
    
    Elle avait hoché vivement la tête. Repoussé ses tristes pensées dans la boîte d’ordinaire close à doubles tours qui trainait dans un coin de son esprit.
    
    — Linnea ?
    
    Magdala s’était approchée de la prêtresse, avait levé vers elle une main amicale. Pressée dans la sienne la paume raide que Linnea avait porté à son front pour mieux la rassurer.
    
    — Ne vous morigénez point de vous méfier, c’est bien naturel. Cela prouve que vous êtes rigoureuse et digne de foi, et croyez que vous savoir toujours prête à déjouer les moindres embûches me rassure énormément. Mais vous pouvez me croire, tout ira pour le mieux. Je vous le promets.
    
    Ce regard, encore. Linnea pouvait y lire tant d’espoir, tant de confiance… En qui ? En elle-même ? Non, il s’agissait d’une foi qui transcendait le simple amour-propre, l’assurance…
    
    Ses souvenirs soudain se superposaient, créaient un prisme qui s’apposait sur la réalité.
    
    Cette conviction qui outrepassait les frontières du concret pour se complaire dans les bras rassurants du Très-Haut. Elle ne l’avait vu qu’une seule fois par le passé. Dans ces yeux d’enfant, elle croyait apercevoir la présence rassurante de la précédente Magdala.
    
    — …en notre faveur.
    — Pardon ? avait sursauté Linnea, s’arrachant à ses réflexions. Qu’avez-vous dit, Min Däm ?
    
    Magdala lui avait adressé un sourire énigmatique. Puis s’étant détournée, dirigeant ses yeux vers les hauts murs d’Umeå, elle avait répété :
    
    — Tout a déjà été décidé en notre faveur.
    — Quoi ?
    — Oh, Linnea ! avait ri Magdala. Vous m’avez bien entendue, n’est-ce pas ?
    
    Ce regard empli de fantômes, encore.
    
    — Qui vous a dit cela ?
    
    Ce même sourire, plus accentué, plus mystérieux qu’alors.
    
    — Qui donc ? Le Très-Haut ? Votre….mère ?
    — Vous êtes bien trop curieuse, ma Mère.
    
    L’instant d’après, la vestale avait retrouvé son ingénuité naturelle. La regardait avec candeur, comme à l’accoutumée.
    
    L’atmosphère, en un battement de cils, s’était détendue.
    

Texte publié par Yukino Yuri, 1er février 2021 à 19h11
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